F'olvbe
comptait sur l'avenir de la patrie, sur les ressources de chaque citoyen, sur l'accord de tous. On savait qu'à chaque entreprise on irait jusqu'au bout. Surtout on n'avait pas à craindre, comme dans les autres cités, qu'un parti vînt (l(''tiuire ce que l'autre avait commencé. On savait à Rome d'une manière certaine, ce dont on n'était jamais sûr dans les villes grecques, que l'ennemi n'avait aucun partisan dans la cité. De là celle audace du peuple romain même dans ses défaites; de là aussi cette opinion des peuples, « que Rome n'est jamais plus à craindre que quand elle craint' ».
Ainsi l'autorité de l'État était encore puissante à Rome alors qu'en Grèce et à Carlhage elle était affaiblie chez presque tous les hommes par les intérêts et les haines des partis. Au lieu qu'en Grèce Polybe a vu tous les esprits uniquement occupés des querelles des factions, et qu'il n'a presque entendu parler que de séditions, de vengeances, de partages de terres, d'abolition de dettes et de protection étrangère, il voit à Rome l'accord entre tous, la soumission de chacun aux ordres et aux intérêts de la cité, elles esprits uniquement soucieux d'agrandir la République.
Avec cette constitution et cet esprit, Rome paraît à Polybe supérieure à toute la terre. Il ne s'étonne donc pas qu'elle ait conçu et exécuté le dessein de la concpièle universelle. Il va plus loin : celte entreprise d'assujettir le monde lui paraît légitime ; nulle part il ne songe à contester les droits de Rome à l'empire. Poui' un esprit pratique et logique comme le sien, pour un homme que les faits dominent plus que les théories et les sentiments, se rendre compte de la conquête, c'était déjà avoir beaucoup fait pour la trouver juste. Peut-il détester et combattre une ambition qui a sa source dans de si belles lois, et qui aura sans doute pour résultat de les faire partager aux autres peuples? Si l'on eût demandé à Polybe de quel droit Rome asservissail le monde, il aurait sans doute répondu que c'était du droit de ses bonnes inslilutions.
Il fut enfin si bien gagné à Rome, lui appartint si bien,