EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE
DtPlIS CINOLÂÎSTE ANS'
I. [Itetiie des Veux Àlomlcs, 1" >c|.l(inliir I.s7--'. I. 11. i'. iH ^■l m"iv.
Voici une iKuncllf lii'^liiiic (rAllcuiiiLiiic ', i[ui ilillt'it' ilr celles (|ue nous avions jusqu'ici : elle n'est j)as un |ianégyri(|uo de rAllemagne. Pondanl les cini|uan(e dernières années, il ne venait {iies(jue à l'esprit d'aucun Français qu'on pût parler de ce pays aulrenienl qu'avec le Ion de iaduiiralion. Cet engouement date de ISI."». Notre école libérale, en haine de l'Empire qui venait de tomber, s'éprit d'un goût très vif pour ceux ([ui s'étaient montrés les ennemis les plus acharnés de rEm|)iie, c'est-à-dire pour l'Anglelerie et pour rAllemagne. A [larlir de ce moment, les études historiques en liauee furent dirigées tout entières vers la glorification de ces deux pays. On se figura une Angleterre (jui avait toujours été sage, toujours libre, toujours prospère; on se représenta une Allemagne toujours laborieuse, vertueuse, intelligente. Pour faire de tout cela autant d'axiomes historiques, on n'attendit pas d'a\oir étudié les faits de l'histoire. Le besoin d'admirer ces deux peuples fut plus fort que l'amour du vrai et que l'esprit critique. On admira en dépit des documents, en dépit des chroniques et des écrits de chaque siècle, en dépit des faits les mieux constatés.
Que n'a-t-on pas dit depuis lors sur la race germanicpie! Nos historiens n'avaient que mépris pour la population gauloise, que sympathie pour les Germains. La Gaule était la corruption et la lâcheté; la Germanie était la vertu, la' chasteté, le désintéressement, la force, la liberté. Dans le petit livre de Tacite, nous ne voulions lire que les lignes qui sont l'éloge des Germains, et nos yeux se refusaient à voir ce que l'historien dit de leurs vices. Quand Ilérodien et .\mmien Marcellin nous parlaient de leur amour de l'or, nous ne voulions pas
1. Origines de l'Allematjne cl de l'Empire germanique, par M. Jules Zeller. I vol. iii-8'. l'aris, Diilici- [1872].
i OUK.SriO.NS lIISTOlilOLKS.
y ci'oirc. Loixjue (jirfiuii'c de Tours nous il(''riiviiil les mœurs (les !M(''n)viii;iiL'iis cl de leurs guerriers, nous nous obstiuiuus il parler de la chasteté germaine. Parce que nous rencontrions i|U('li[ut's acies d'indiscipline, nous vanlions l'amoui' de ces hommes pour la lil)erlé; nous allions jusqu'à supjioser (jui' le régime parlementaire nous venait d'eux, ([ue c'étaient eux qui nous avaient enseigné à être libres. L'invasion nous apparaissait comme une régénération de l'espèce humaine. 11 nous semblait (ju'ils n'étaient venus en Gaule que pour châtier le vice et l'aire régner la vertu. Un artiste français voulait-il peindre l'Empire et la Germanie en parallèle à la veille de l'invasion, au lieu de représenter la race gallo-romaine au travail, occupée à labourer, à tisser, à bâtir des villes, à élever des temples, à étudier le droit, à mener de front les labeurs el les jouissances de la paix, il imaginait de nous la montrer la coupe aux lèvres dans une nuit de débauche. En face d'elle, il plaçait aux coins du tableau la race germanique, à laquelle il prèlail un visage austère, un cœur pur, une conscience dédaigneuse; on dirait une race de philosophes et de stoïciens. Si M. Coulure avait lu les documents de ce temps-là, il n'eût pas mis dans les traits de ses Germains la haine du luxe el l'horieur des jouissances : il y eût mis l'envie et la convoitise. Hegardez-les bien, tels que les écrits du temps nous les représentent : ils ne détestent pas ce vin, cet or, ces femmes, ils songent au moyen d'avoir tout cela à eux ; quand ils seront les plus forts, ils se partageront et se disputeront tout cela, et, à partir du jour où ils régneront, il y aura en Gaule et en Italie moins de travail et moins d'intelligence, mais plus de débauche et plus de crimes.
Mous portions ces mêmes illusions et cet engouement irrélléchi dans toutes les parties de l'histoire. Partout nos yeux prévenus ne savaient voii' la race germanique (jue sous les plus belles couleurs. Nous reprochions presque à Cliarlemagne d'avoir vigoureusement combattu la barbarie saxonne et la religion sauvage d'Odin. Dans la longue lutte entre le sacerdoce i!t l'empire, nous étions pour ceux (jui pillaient l'Italie et expliiilaient l'Eglise. Nous maudissions les guerres que