Vitiuve, X
MEMOIRE suit LILE DE CilIO. 327
siècles n'ont f^nèiv d'autre ilcstructenr (jiie l'Iidninic: cl oh l'homme disparait, ce sont eux qui restent tleljuut. Mais la [•losjiérilé est essentiellement destructrice : elle abat les vieux édifices pour en élever de nouveaux; elle inodirie, transforme, lajcunit tout; elle n'a pas le lespect de la moil, elle crée.
A (lliio. cha(jue génération a jiris les piei'res qu'avait élevées la ^a'uéralion précédente. Vous trouvez un morceau de cidonne, un has-relief. un marbre ancien, dans chaque maison, daii'cliaque muraille. Les monuments sont encore sous nos yeux, mais méconnaissables et comme en poussière. L'île a près d'un millier d'églises: elles se sont partagé les dépouilles des Irniplc-; aiitii|ues : à l'une un lui de colonne, à l'aulre le chapileau, à une troisième une corniche. Et tout cela est tellement dispersé, mêlé, confondu, qu'il est impossible à l'imagination de reconsliiiire un seul monument.
Les Chioles ainieni le luxe des églises el do maison- parliculières; aussi ont-ils gardé beaucoup de ni.niirc^ anciens: mais comme ils aiment encore mieux le commerce, iN en on! vendu plus qu'ils n'en ont gardé. Les coK)nnes du temple d'Apollon Phanéen ont été vendues, il y a peu de temps, partie aux l'sariotes, partie à des Anglais. On a souvent l'ail des fouilles dans la ville -an- anli'c but (|ue d'expeiler des marbres.
Tout ce qui n'a été ni délruil, ni partagé, ni vendu, a été enterré. Le sol de la ville a en eifet dû changer depuis Irenle siècles. Les cent générations qui y ont vécu l'ont peu à [leu exhaussé, (ihio est d'ailleurs siluée au pied de collines dont la terre est journellement enirainée par les pluies. Ce ne serait rien encore, si un torrent, qui lonibe des hauteurs voisines et qui se jette dans le port, n'amenait incessanimenl avec ses eaux la terre des montagnes. L'action lente de ce torrent a eu de- ell'ets incalculable-; elle a peu à peu enlevé à Chio -on port.
Il ne faut qu'un coup d'œil pour se convaincre que le port ipi on voit aujourd'hui est artificiel. Sa forme est celle d'un ovale très allongé, ilont la partie la plus large fait face à la mer; l'enfoncement dans les terres est à peine sensible. C'est,
.,.^g Ql-ESTin.NS UlvTORlOUES.
:» vrai .lire, une simple élenduo d'eau prise sur la mer, et .lo.it un a fait un port au uioyen de deux longues digues; sans elles 1. port n'existe plus. Or ces digues ne sont pas de construction orecquo. el paraissent dater du temps des Génois. Tel qu i est ce port hn-mème tend à disparaître, et, si 1 on n y prend narde le même torrent aura bientôt achevé de le combler. '■ Cen-est certainement pas ,■.■ port qui valait fi la ville antique l'énilhèle d-aù^î^vo:. que lui donnent Strabon el Luslathe . Mais si nous observons les environs du port, nous remar- ...u-rons qu'à l'exception d'un petit monticule rocheux qui ..lève à l'extrémité méridionale, tout le reste est de formation ré<-enle Le sol est un mélange de terre et de sable, de sab e apporté par les flots, de terre apportée par les plu.es et par le to. .-eut On peut surtout observer ce fait dans toute 1 étendue de l-esplanade, vis-à-vis de la citadelle; plus on approche du ,.ivaoH. et moins le sol a de consistance. La forteresse ellemême" qui ^-avance en pointe au nord du port, repose sur un t.Trai.i que les Ilots ont occupé; car si l'on creuse a une petite urofundeur, on trouve l'eau de mer\ • Au delà de l'esplanade, à environ 500 mètres du rivage, on p..ut remarquer que le sol s'abaisse tout à coup de plusieurs mètres dans un espace qu'occupent aujourd luii .luelques ,„,lins- puis vient une colline que les habitants appellent Palm,-Costw. On peut se représenter un t.'mps ou le sol qui ,,,,ue auiour-l'hui l'esplanade n'existait pas, et ou le port pénétrait jusqu'à ces ter.-ains bas, au pied de la coll.ne. Le to,-.-ent. venant du sud-ouest, n'a dû combler que 1 entrée el le milieu du port; le reste a échappé à son action et a ete seulement desséché, faute de communiquer avec la mer.
I •uileur de l'histoire manuscrite de la famille Jusliuiani rK-o.'ile, en alteslanl Josèphe, que le Juif Ilérode, pendant un séjour qu'il lit à Cbio, agrandit le po.-t en ceusanl dans les
, S,na,ou. liv. XIV, p. 645. et Eustathe. Tnop^aaTa «c! A.ovû,.ov .z^.r^r^^.
^''^■TTSZ 'S'::' f^^'W!^!;. 135 et suiv., en panicuLer p. .54.]
',- îmuTcri. de la famille Ju.liniani, llv. I. c. 5. J'aura. occas.ou de parier plu. loin de ce document, précieux pour rh.stoue de 1 lie.
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terres jiisi|u'à l'erulioit où se trouve, dit-il, l'église de Saint-Nicolas, il ajoute que |ihis laiil le poit s'est rempli de nouveau, el (|ue de son temps eelle éi;lise est bien loin du rivaiie. ()v Té^diM" de Saint-Nicolas, qui a été déliuile en 18"J'2, était située luiis de la forteresse, sur la eidliiie de l'aheo-Castro, tout |)rès et au-dessus de ces jardin^ dniil j'ai parh'. Airi^i. daii^ l'npinion de l'auteur du inauu^cril. If pori devait occuper aulrel'ois une partie de l'eniplacemenl de la ville actuelle et s'étendie jusqu'au |)ied de Pakeo-Caslro. Comblé peut-être une première lois avant le temps d'Hérodc il aurait été réparé par ce prince: puis le torrent l'aurait conibb' de nouveau. Telle est l'assertion de l'auteur du manuscrit; il e>l vrai que nous cbercberions en vain dans .Idséplie le lémoij^iiaw qu'il invo(|ue. L'Iiisloricii juif parle bien de la présence d'Ilé-rode à Chio et de ses nonducnv bienfaits envers la ville; mais il ne cite que la reconstruction d'un |)orliquc el le paxemcnl de> délies de la cilé. Mais si l'auteur du manuscrit a pu se liomper sur la source de son assertion, cette assertion même ne laisse pas que d'être remarquable il d'iivoir pai' elle seule quelque poids. Au moins prouve-l-clle deux cboses : la premièie, que le l'ail |iaraissail vrai>embiable il y a trois siècles; la seconde, qu'en verlu de Iradilions locales on y croyait.
La situation du port ilélermiin- celle de la ville; elle devail s'éleinlre à l'entour el en demi-cercle, occupant les collines de l'ala-o-l^astro et de Tourlotti. Celle dernière recouvre une vaste nécro|)ole creusée dans le roc, suivant l'usafre des anciens. J'ai pu m'assurer que quebjues-uns des puils qu'on tron\e en ce! endroit sont des ouvrages helléniques.
Enlin. des fouilles opérées sur la colline de l'aheo-CasIro ont mis au jour des vestiges aullienlii|ne> de l'ancienne ville. J'ai fait creuser en quatre endroits, el lidis fois j'ai pu nin^laler la présence d'une grandi' muraille dont l'assise supérieure est à '2 mèlres au-dessous du sol actuel. Klle longe le ci'ilé méridional de la colline, s'avance même un jieu plus bas, parallèlement à ce qui me paraît être l'ancien port; puis, après avoir mesuré une longueur de '210 mèlres, elle tourne au nord-est en formant un angle de 70 degrés.
'ir.O QUESTIONS HISTORIQUES.
Elle est bâtie en matériaux du pays, d'un calcaire tendre et jaunâtre, que l'on tire du villaj.rc de Thymiaiia. La construction en est tout hellénique; le ciment n'y est jamais employé; les blocs supérieurs sont seuls unis par des crampons. Les assises sont régulières, mais de hauteur inégale. Le travail ne paraît pas très soigné: la nature des matériaux ne comportait pas une grande précision dans l'assemblage. L'épaisseur du mur est de r",18; sa hauteur, là où l'on n'a pas élevé -ses dernières assises, est de 5"*, 10.
Il repose sur un autre mur qui s'avance en saillie de 1 mètre sur la t'ace extérieure du premier, et qui, construit (railleurs avec les mêmes matériaux, repose immédiatement sur le sol naturel.
La forme de cette muraille dit assez qu'elle ne fait pas partie ni d'un temple, ni d'un théâtre. Ce ne peut être un mur de soutènement, car il est évident qu'il dépassait le niveau du sol de presque toute, sa hauteur. Reste une seule hypothèse : c'est (|iril ait été le mur d'enceinle de la ville ou de l'acropole.
A côté et en avant du mur inférieur, on a trouvé entassée une multitude prodigieuse de marbres et de colonnes. Les marbres sont taillés en carré et ont, pour la plupart, l'épaisseur uniforme de 0"\1G, qui atteste qu'ils ont dû faire partie d'une même construction. Les colonnes sont toutes d'ordre dorupie •■t de petite dimension. Le tout est en marbre bleuâtre du
pays.
Pline l'Ancien raconte' que Cicéion fit un voyage à Chio, vraisemblablement entre les années 78 et 76 avant Jésus-Christ, à répo(|ue oij les Chioles venaient de relever leurs murs détruits par Milhridale. Ils les montraient avec orgueil à Cicéron; ils en vantaient la magnificence. « Je les admirerais bien plus,répli- (ina Cicéron, s'ils étaient construits en pierre de Tihur. >' La pierre de Tibur est, comme on sait, très grossière, mais, transportée à Chio, elle eût acquis beaucoup de prix. Le bon mot de Cicéron nous donne à entendre que ces murailles étaient construites en marbre, mais en marbre du pays, et que d'ailleurs
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l'architecture en était moins admirable (jne la matière. Or quelle peut être la destination de ces nombreux blocs de marbre taillés en carré et d'une petite éjiaisseur, sinon de servir de revêtement au murde pierre? Dans toute la longueur de ce mur et à mi-bauteur, on remanjue qu'il règne un petit cordon en saillie qui parait avoir eu pour olijit de Miulciiir le revêtement. On peut d'ailleurs observer que les marbres se trouvent tous au pied de la face extérieure du mur, c'est-à-dire de celle qui, suivant l'usage, était la plus ornée ou la seule ornée. Les colonnes ou demi-colonnes ne se rencontrent (|u'à la partie qui faisait face au port, et qui était peut-être précédée d'un jiorticiue. Le mur inférieur semble destiné à les porter.
lu Ici luxe >i Imrs de propos peut sembler bizarre et être réprouvé par le goût. .Mais la singularité du travail explique à la fois que les Cliiotes l'aient signalé à ("icéron. et que Cicéron l'ait si (leu admiré. Songeons d'ailleurs que ces murailles ont été construites à une époque de paix, où les Chiotes, se fiant aux Romains, sûrs de l'appui de leurs maîtres et de leur propre diM ililé, travaillaient plutôt à l'ornement qu'à la défense de leur ville.
Parmi les débris, on a (louvé ([uc^iucs fragments de statues et de bas-reliefs. L'objet le plus curieux est un reste de peinture murale. Sur une bande de marbre, large de O^jOo et haute de 0'°,19, on distingue très neltcmeni des dessins qui représentent quatre animaux : au milieu, un lion et un taureau semblent combattre; à droite du groupe un griffon, et à gauche un autre lion font face à des adversaires qui se trouvaient sur des marbres qu'on n'a plus. On ne reconnaît à l'œil nu aucune trace de couleur; peut-être en découvrii'ait-on par des mo\ens chimiques. En tous cas, ce n'étaient pas les figures, mais le fond, qui était coloré; car le marbre des figures est lisse, et le lund est pointillé au marteau et préparé pour recevoir la couleur. Cette disposition, (jui n'est pas tout à fait sans exemple, ne laisse pas d'être assez remarquable. C'est au poli des figures que l'on doit de distinguer encore parfaitement les dessins; ils sont d'un beau travail. On a trouve un autre fragment semblable au pre-
252 QUESTIONS UlSTOIUQUES;v
mier et niijKuU'iiaiil à la même bande île marbre; il représenle un quadrige conduit par une déesse.
Tous les marbres se trouvaient à 22 pieds au-dessous du sol. La terre elle-même qui les recouvrait donne lieu à [[uelques observations. On peut y compter trois couclies superposées et pour ainsi dire trois âges distincts. Jusqu'à la profondeur de 2"", 50 le sol est un composé de débris modernes, de tuiles, de briques, en un mot de matériaux des maisons génoises et grecques des derniers siècles; car on a bâti en cet endroit jusqu'en 1822. On a trouvé une monnaie d'or des Jus- •tiniani et deux monnaies vénitiennes. Plus bas, le sol a plus de consistance, ce qui imlique (pi'il e^t plus ancien; il contient pourtant encore beaucoup de débris d'babitations et quelques monnaies byzantines. Descendez plus bas encore, et vous trouvez les marbres antiques et les monnaies autonomes <le Cbio; j'ai recueilli en vni petit espace jusqu'à neuf de ces dernières.