‹ Questions historiquesChapitre 14 sur 258 · I.IIIsroïKr K> FlîANCK HT EN A II, MM M, M: y · texte numérisé non relu

I.IIIsroïKr K> FlîANCK HT EN A II, MM M, M: y

;i(lniiii'iil jusiiu'à l:i linilmric de lours ancêtres. Ils s'iillciulris- >rnl ili'vimt les ir-irciidcs sjuivapvs ol fri'nssièrt's des Michrlidnin) . TiMilr l'i'lli' ;iillli|illlc ('--l |iimi- i'il\ llli (dijcl dr loi iiMÏxe. l,(Mir criti(|iie liislnii(|iif. si hardie pour tout ce (|ui n'est [>as rAlltniafine, est timide el IreniMante sur ce sujet seul. Ils en soni l'iieore au point où nous l'-lions en Fi'ance (piand nous condaninions Fréirl poui' avoir porti' alleinle au l'espect dû aux Mérovingiens.

L'érudition en France est liltérale; en Allcinauue, (die est patriote. Ce n'est pas t\mi les iiisloriens allemands n'appartiennent pour la plupart au parti libéral. Ils oui presque tous la haine dos institutions de l'ancien régime; mais celte haine, au lieu de s'adresser à l'Allemagne, s'exhale contre l'élrangcM'. Veulent-ils attaquer le régime féodal, ils portent toutes leurs malédictions contre la féoilalité franc^'aise. Veulent-ils pouisuivre la iiionareliie ahsolue, ils s'en prennent à iiOuis XIV. comme si les princes allemands, grands et petits, n'avaient pas été des despotes. l'Iulôt que de condamner l'intolérance allemande, ils condamnent la n'nocation de l'édil de Nantes. Ils ne peuvent pardonner aux autres peuples d'avoir quelquefois aimé- la guerri'; ils ont de i^c'ué'reuscs indijrnalions contre les conqu('rants toutes les l'ois que les coiH|iu''ranls sont des étrangers, mais ils admirent dans leur propre histoire tous ceux qui ont envahi, conquis, jiilh'. M. de Giesebrecht déclare sans aucun scrupule que la période (|u'il aime le mieux dans l'histoire d'.MIemafine est « celle où le peuple allemand, fort de son unité sous les empereurs, était arrivé à son plus haut degré de puissance, où il commandail à d'antres pcuplcx, où l'homme de race allemande valait le plus dans le monde ». Ainsi l'admiration de M. de Giesebrecht est pour ces siècles odieux du moyen âge où les armées allemandes envahissaient périodupuMiieiil la Fi'ance et l'Italie, et il ne liouverien déplus beau dans l'histoire (pu' cet empereur allemand qui campe sur les hauteurs de Montmartre ou cel autre em|»ereur qui va enlever dan- llmne la coiiioiun^ inqu'ciale en passant sur le cor|is de iUOO lîomains massacrés sur le pont Saint-Ange. Mais que la France mette enfin un terme à ces perpétuelles

invasions, que Henri II. Uicliclii'ii. I.nnis \IV. imi (orlilninl Metz et Strasbourg-, sauvcnl la France cl l'Italie elle-même de ces (It'lxirdcments de la race m'rinani(|uc, vnilà les liisloriens allemands qui s'indignent, cl qui verlueusonienl s'acharnent contre l'ambition française. Ils ne peuvent pardonner qu'on leur interdise de commander aux autres peuples. C/est manie beili(jueuse que de se défeiulre contre eux; c'est être conquérant que de les empêcher de conquérir.

L'érudil allemand a une ardeur de recherche, une puissance de travail (pii étonne nos Français; mais n'allez pas croire que toute cette ardeur et tout ce travail soient pour la science. La science ici n'est pas le but; elle est le moyen. Par delà la science, l'Allemand voit la patrie; ces savants sont savants parce qu'ils sont patriotes. L'intérêt de l'Allemagne est la fin dernière de ces infatigables chercheurs. On ne peut pas dire que le véritable esprit scientifique fasse défaut en Allemagne; mais il y est beaucoup plus rare qu'on ne le croit généralement. La science pure et désintéressée y est une exception et n'est que médiocrement goûtée. L'Allemand est en toutes choses un homme pratique : il veut que son érudition serve à quelque chose, qu'elle ait un but, qu'elle porte coup. Tout au moins faut-il qu'elle marche de concert avec les ambitions nationales, avec les convoitises ou les haines du peuple allemand. Si le peuple allemand convoite l'Alsace et la Lorraine, il faut que la science allemande, vingt ans d'avance, mette la main sur ces deux provinces. Avant qu'on ne s'empare de la Hollande, l'histoire démontre déjà que les Hollandais sont des Allemands. Elle prouvera aussi bien que la Lombardie, comme son nom l'indique, est une terre allemande, et (|uc Rome est la capitale naturelle de l'Empire germanique.

Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ces savants sont d'une sincérité parfaite. Leur imputer la moindre mauvaise foi serait les calomnier. Nous ne pensons pas qu'il y en ail un seul parmi eux qui consente à écrire sciemment un mensonge. Ils ont la meilleure volonté d'être véridiques et font de sérieux efforts pour l'être; ils s'entourent de toutes les précautions de la critique historique pour s'obliger à" être impartiaux. Ils le

LUlSTOlitK KN KRANOE KT l-N ALLEMAGNE. H

scraieiil, s'ils iri'huciil Allciiiands. Ils no peuvent fain' i|ur leur patiiotisnic uo soil pas le plus i'url. On dit avec quelcjuc raison au delà ilu lUiin (|ue la conceplion de la véiilé est toujours subjec[i\e. L'espril ne voit en ell'et (jue ce ([u'il peut voir. Les yeux des historiens allemands sont faits de telle façon qu'ils n'aiMTcoivciil que ce i|ui est favorable à l'intérêt de leur |»avs; c'est leur manière de coni[ircndre l'iiisloire, ils ne sauraient la comprendre autrement. Aussi l'iiistoire d'Allemaf;ne est-elle devenue tout naturellement dans leurs mains un véritable panégyrique; jamais nation ne s'est (an! vantée. Ils ont profité très habilement du reproche de vantardise que nous nous adressions pour se vanter tout à leur aise. Nous nous proclamions vantards; ils se vantaient avec candeur. Nous faisions croire au monde entier (jue nous nous vantions, aloi's même que nos propres historiens semblaient s'apj)liquer à nous rabaisser; ils se vantaient sans avertir personne, modes- Icinenl, Inimblcinent, scienlili(piemeiit, comme nialyn'' eux et par pur devoir. Cela a duré cinquante ans.

Ouand on s'admire tant, on iir peut guère admirer les autres. Aussi les liisloriens allemands sont-ils sévères pour l'étranger. 11 faut à la vérité leur rendre cette justice, (ju'ils savent distinguer entre les peu|)les. Leur critique historique est assez clairvoyante pour ne s'acharner (jue sui' ceux cpii ont été les ennemis de l'Allemagne. Dans l'anticpiilé, ils louent volontiers la firèce, en faisant celte seule réserve, que « les (Irecs n'eurent jamais le sentiment poétique au même degré que la race allemande ». Ils sont moins bienveillants pour Home, qui eu! le lorl dans l'antiquité de relarder les invasions germaniques, el au nu)yen âge de poser une limite aux convoitises impériales. Pai'ini les nations modernes, ils apprécient l'Angleterre et la lldllande, dans lesquelles ils croient se reconnaître; ils louent volontiers lesstathouders el n'attaquent liarmi les rois anglais (\ut' cenx (|ui ont été les alliés de la France. Ils sont moins indulgents pour la Russie, surtout depuis (|ue ce pays a cessé d'être exploité par les Allemands. C'est surtout |)(tur la Pologne et pour la France que leur ériidilion est impilo\alile. IN diMiionlreiil (jue ces deux iialloiis d(M\eiil

Qtre dôlcslécs, que Icm- cnnicliMc \\':\ juiiiiiis l'Ii'' (|ir,iinliiliiin, légèrolc, mMuvaises mœurs, indisciiilinc, corruplidii, — ([u'elles ont élé fk- tout lomps porfidos, (|ucrell('us(!s, (l(''l)iiucliL'es, — que leur existence est un danger pour le rei)Os de l'Europe et surtout un danger pour la morale, — que l'une d'elles a mérité d'être supprimée, que l'autre mérite de l'être, toutes les deux au profit de la Prusse.

Ces qualités de l'érudition allemande n'ont pas été assez admirées chez nous. On n'a pas assez calculé combien elles ont été utiles et fécondes. L'histoire ainsi pratiquée était à la fois un moyen de gouvernement et une arme de guerre. Au dedans, elle faisait taire les partis, elle matait les oppositions, elle pliait le peuple à l'obéissance et fondait une centralisation morale plus vigoureuse que ne l'est notre centralisation administrative. Au dehors, elle ouvrait les routes de la conquête, et elle faisait à l'ennemi une guerre implacnl)le en pleine paix. En vain aurions-nous eu les plus habiles diplomates, les historiens allemands écartaient de nous toutes les alliances. En vain avions-nous le droit de notre côté, les historiens allemands [trouvaient depuis cinquante ans que le droit serait toujours contre nous. On préparait la guerre depuis un demisiècle, et c'était nous, quoi qu'il arrivât, (jui devions passer pour les agresseurs. D'ailleurs la guerre des soldats devait avoir les mêmes caractères et la même issue que la guerre des érudits : d'un côté, la discipline, le bon ordre, le courage collectif; de l'autre, le courage personnel, la méfiance, l'indiscipline, la division. L'histoire allemande avait, depuis cinquante ans, uni et aguerri l'Allemagne; l'histoire française, œuvre des partis, avait divisé nos cœurs, avait enseigné à se garder du Français plus que de l'étranger, avait accoutumé chacun de nous à préférer son parti à la patrie. L'érudition allemande avait armé l'Allemagne pnur la conquête; l'érudition française, non contente de nous interdire toute conquête, avait désorganisé notre défense : elle avait énervé nos ^volontés, paralysé nos bras; elle nous avait à l'avance livrés à l'ennemi.

Avec l'ouvrage de M. Zeller, il semble que nous entrions dans une voie nduvelle. Le banal engouement jKiiir les étran-

LUlSTOinE EX FRANCE ET EN ALLEMAGNE. 15

uei's. a disparu; nous osons ouvrir les veux, rcjrarilor leurs déi'auls, contrôler leurs prétenlions. Le [iremicr volume (les autres suivront à des intervalles de (|uelijues mois) expose riii>toire de la race allemande depuis les origines jus(|u'à l'an bOO de notre ère. Celte existence de dix siècles se résume en un seul fait, l'invasion. C'est une invasion continuelle; elle s'essaye longtemps; arrêtée par Marias, par Drusus, par Marc- Âuièle, elle est reprise à chacpie génération. Tous les moyens lui sont bons; si elle ne peut réussir contre l'Empire, elle se fera par l'Empire et se couvrira du masque du service impérial. Elle l'emporte enfin, elle triomphe; la Caule, l'Italie et l'Espagne lui sont livrées en proie. Elle règne : durant trois siècles, l'invasion est à l'étal permanent; elle est une institution, elle

est, pour ainsi dire, l'institution unique de ces temps-là

Les Francs seuls font un continuel effort pour l'arrêter, le^- Francs, qui sont Teutons d'origine, mais qui ont eu cette singulière destinée d'être toujours les ennemis des Teutons, et (|ui depuis Clovis jusqu'à Charlemagne se sont épuisés à les cumbattre ou à les civiliser. Ils y réussissent à la fin : avec Charlemagne, l'invasion germanique est décidément arrêtée, et c'est au '-onlraire la religion et la civilisation de la Gaule qui s'emparent de la Germanie.

Celte longue invasion n'inspire à M. Zeller ni la franche admiiation des historiens allemands ni l'indulgence naïve des historiens français. Il n'a pas l'ingénuité de rabaisser l'empire romain; il n'abuse pas de (jueb|ues lignes déclamatoires de Salvien pour prétendre que la Gaule fût une» société pourrie ». il ne lui semble pas que la Gaule eût besoin des Germains pour se régénérer. L'invasion lui apparaît tout sim|tlenient comme une série d'incursions de pillards (jui n'avaient que la guerre pour gagne-pain. Ce •■<■ [leuple-invasion ->, cette " race de proie •< ne songeait pas du tout à régénérer riiumanilé. L'auteur dit de ces hommes ce (ju'en disent les documents de ce temps-là : ils aiment le vin, ils aiment l'or: ils se battent et s'assassinent entre eux pour se disputer cet or, ce vin, cette terre. 11 décrit, d'après les chroniques, leur manière de combattre, et il signale déjà leur adresse et « leiii- feinlise >'. il

It QUESTIONS HISTORIQUES.

cite Grégoire de Tours sur les mœurs des Mérovingiens, el il ajoute : « Voilà la chasteté germaine. » Il parle de ces barbares qui, à peine convertis, mettaient la main sur les riches abbayes et les fructueux évcchés, et qui i< installaient les \ices germains sur les sièges chrétiens ». Il calcule les maux de l'invasion, les désordres des gouvernements, l'administration mise à ferme, la justice disparue, l'explosion des convoitises, le débordement des débauches et des crimes, et il se demande si les j)lus mauvais empereurs romains ne valaient pas cent fois mieux que ces rois barbares, et si les époques les plus désolées et les plus tristes de l'Empire n'étaient pas infiniment préférables au temps où les Germains ont régné. Il cherche ce que ces envahisseurs ont fait, el il ne trouve que des ruines, — ce qu'ils ont apporté au monde, et il ne trouve que désordre et brutalité. Il cherche en retour ce que la Germanie a reçu des peuples latins, et il trouve le christianisme, l'apaisement, la fixité au sol, l'art de bâtir des villes, l'habitude du travail, la civilisation. — Il montre que la Germanie, en tant (pie nation civilisée, est l'oeuvre de Rome el de la Gaule. 11 met surtout en lumière un fait caractéristique : c'est que le progiès intellectuel, social, moral, ne s'est pas opéré dans la race germani({ue par un développement interne, el ne fut jamais le fruit d'un travail indigène. Il s'est opéré toujours par le dehors. Du dehors lui est venu le christianisme, implanté par l'épée puissante de Charlemagne; du dehors sont venus ceux qui lui ont appris à construire des villes; du dehors lui ont été apportées des lois qui fussent autre chose que de vagues coutumes, une justice qui fût autre chose que la guerre privée et le wcir/eld, une liberté (pii fût autre chose que la turbulence. Elle a reçu du dehors la chevalerie, du dehors la liberté bourgeoise, du dehors l'idée d'empire, du dehors les lettres et les sciences, du dehors les universités, copie de notre vieille école parisienne, du dehors l'art gothique, imitation des cathédrales françaises, du dehors la tolérance religieuse, enseignée par la France aux catholiques et par la Hollande aux protestants. Un Allemand a fait cet aveu, que « la race allemande n'a jamais, par ses propres forces el sans une impulsion cxlérieuie. fait

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