‹ Questions historiquesChapitre 15 sur 258 · L'HISTOIRE EN FIIANCE ET EN ALLEMAGNE. ID · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE EN FIIANCE ET EN ALLEMAGNE. ID

un pas vers la civilisation ». M. Zrllir remarque en cll'ct (|iic depuis César et Tacite jusqu'à Charlemagne,c'est-;i-(liiv tliiraiit huit siècles. rAllema;j:iie a donné ce spectacle assez rare en histoire d'un pays alisolunient slalionnaire, toujours harhare, toujours ennemi de la civilisation qui ilorissait tout près de lui. Pour la civiliser, il a fallu employer la force; les guerriers de Charlemagne (tnt dû courir vingt fois des hords du Rhin, de la Seine, de la Loiie, pour soutenir en (îernianie les missionnaires et les bâtisseurs de villes. I.a Germanie n'a pas fait le pmgrès; elle l'a reçu, elle l'a Milii.

Celle manière de juger 1 histoire de l'Allemagne est conforme aux docunieiils historiques des siècles passés. Si nouvelle (|u'elle puisse paraître, elle est ancienne; il n'y a guère qu'une cinquantaine d'années que nous nous étions accoutumés à voir les choses autrement. M. Zeller n'a eu qu'à écarter de son espiit le préjugé d'admiration que les historiens allemands et français avaient établi de connivence depuis un demi-siècle. Ce ne sont pas nos récents désastres qui ont appris à .M. Zeller à connaître la Germanie. Le livre qu'il vient de publier était écrit il y a dix ans. La préface seule est nouvelle, et ce n'est pas elle que nous louons ici ; nous oserons même dire ipi'elle fait tache, (ju'elle dépare un livre de pure science historique. Mlle sent l'ennemi, et nous ne voudrions pas qu'un historien lui un ennemi. Elle est faite pour la guerre, et nous ne croyons pas en France que l'histoire doive être une œuvre de guerre. Dans le coi|is même de l'ouvrage, un Ion d'amei-tume perce trop souvent. L'auteur semble avoir de l'anlipalhie et presque de la rancune à l'égard de son sujet. Il ne dit que la vérité; mais il ne se cache pas d'être heureux cpiand la vérité est défavorable à l'Allemagne. Le fond est d'une érudition exacte et sûre; la forme est trop souvent celle de la récrimination et de la haine. Ce défaut cho(|uera sans nul doute quelques lecteurs français; au moins ne saurait-il choquer les Allemands : quel est l'historien d'outre-Hhin qui jetterait la première pierre?

Assurément il serait pn-férable que l'hisloire eût toujours une allure pln> paçiliqm', qu'elle re>làl une xience jinre el absolument désintéressée. Nous vouilrimi^ la voii' planer dans

lii (JUESTIONS IIISTiil!l(,llli:S.

celle région sereine où il n'y ii ni passions, ni laiicnncs, ni désirs de vengeance. Nous lui demandons ce chaiini' d"iin|iailialilé ijarfaile qui est la chaslelé de l'hisloire. Nousconlinnons à |)iofesser, en dépit des Allemands, (|uo l'érudition n'a pas de pallie. Nous aimerions (jn'on ne pût pas la sonpcdunei' de partager nos tristes ressentiments, et tjn'ellc ne se pliai pas plus à servir nos légitimes regrets qu'à servir les ambitions des autres. L'hisloire que nous aimons, c'est cette vraie science française d'autrel'ois, cette érudition si calme, si simple, si haute de nos Bénédictins, de notre Académie des Inscriptions, des Beaufort, des Fréret, de tant d'aulres, illustres ou anonymes, qui enseignèrent à l'Europe ce (pie c'est (|ue la science historique, et qui semèrent, pour ainsi dire, toute l'érudition d'aujourd'hui. L'histoire en ce temps-là ne connaissait ni les haines de parti, ni les haines de race; elle ne cherchait que le vrai, ne louait que le beau, ne haïssait que la guerre et la convoitise. Elle ne servait aucune cause; elle n'avait pas de patrie; n'enseignant pas l'invasion, elle n'enseignait pas non plus la revanche. Mais nous vivons aujourd'hui dans une époque de guerre. Il est presque impossible que la science conserve sa sérénité d'autrefois. Tout est lutte autour de nous et contre nous; il est inévitable que l'érudition elle-même s'arme du bouclier et de l'épée. Voilà cin(|uanfe ans que la France est attaquée et harcelée par la troupe des érudils. Peut-on la blâmer de songer un peu à j)arer les coups ? Il est bien légitime que nos historiens répondent enfin à ces incessantes agressions, confondent les mensonges, arrêtent les ambitions, et défendent, s'il en est temps encore, contre le Ilot de cette invasion d'un nouveau genre, les frontières de notre conscience nationale et les abords de notre palriolisnie.

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