I. [15000 en 1889, Miigéris, p
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distingue le lieu ili' cIkuhic massacre, le lliéàlre de chaque douleur; on croil entendre le cri des mourants. L'immense et vajiue disparition de tout un peuple nous frappe moins (|ue raccumulation de tant d'iiii'orlunes particulières que nous |Ktuvons discerner, toucher, analyser. Le détail de cette ruine l'ait horreur.
Le dernier mot du voyageur en sortant de la ville e>l de «lire : Que ne l'ai-je vue trente ans plus In! !
ni. i."kcoi.i: u'iuiMiaiE, i.ks vuxuik-, le templi: di: I'ifan.e'.
Les Chiolos ne connaissent dans leur île (|n'un mumimenl antii|ue. et ils l'aiipellent l'Ecole d Ilomi're. Acin(j kilouit'lres au nord de la \ille, près du rivage, à l'endroit où la chaîne des monts Provatia rejoint la mer, et près de la xiuree i|u'oii nomme l'acIta-Vnjsix, ou montre au voyageur un rocher doiil la face supérieure a été taillée, par la main de l'homme, en plate-forme à peu près ovale. Un petit l)anc de rocher qui régnail aieiihiui-, et ilmil il reste encore de- pailie-. ('■lail, disent les Chiotes, le hauc des auditeurs; et un hanc de granit qui s'élève à 80 centimètres au milieu de la plate-forme était, disent-ils encore, le siège d'Homère. Puis ils raciuitent (ju'il y a vingt ans à peine ce morceau de granit ofi'rait exactement la forme d'un siège, et ipu' deux pattes de lion en formaienl lebras et le dossier.
Les voyageurs ne sont pas sans parler de ce ninimnienl ; l'okocke y a parfaitement distingué la figure d'Homère et celles de deux inn-e-. Il e-l \r;ii i|iic riiaiidler y a \u non luimi- iiellemeut une statue as-ise de Lyhèle, et, au lieu de deux muses, deux lions. L'abhé Coronelli voit bien des animaux, mais il ne sait pas si ce sont des taureaux ou des loups ; Dapper se contente de dire i|ue ce rocher approche de la forme d'un siège; Choiseulfiouflier en donne une description et un dessin également imaginaires. Aujourd'hui il est informe, et je croirais volontiers
1. [Cf. f'apailopoulos Kéiamous, 'O/o^ït» to-ciO;7'.(ôv i.-s/ilwi ii Xi'io dans le journal le "Oar.io;, se|)toml)ie I87(i, p. 5ot; llaussoullicr, Butlelin, l. III, p. 241 ; Âlimonaliis, c. I; Mugéiis, p. 21 et suiv.]
23(j OLESTIONS UlSTdiUUrKS.
(|n'il l'rlail ih'jà au Iciiips de CliaiKlIt'i" ol ilc Poknt'ki'. Je me persuade même diflicilemeni ([ii'il ail jamais élc taill(''. Aucune inscri|ili(ui iriiuli(jue si l'on voil un |iiédestal, un aulel ou un siège, si celte petite plate-l'orme était temple ou école. L'imaliination reste libre de se figurer ce qui lui sourit le plus, et la raison s'abstient de rien décider.
Ce n'est ])as sans quelque surprise que l'on voil les Cbiotes donner sérieusement à ce lieu le nom d'École d'Homère. 11 semble que celte invention ait écbappé aux anciens, qui possédaient tanl de dt'tails, vrais ou i'aux, sur ce poète. Celte tradition néanmoins doit être ancienne. On la trouve rapportée dans un écrivain du xv° siècle, Jé'rome Justiniani, Génois de Cliio, qui mentionne l'Ecole d'ilomi're, en ajoutant que « ce iiiand |)oète vivait au temps des derniers empereurs de Constantinople ». Prenons acte de son ignorance; elle nous prouve ((ue celte tradition ne fut pas imaginée de son tem|is; or, pour liouvei' une .époque où l'on connût assez Homère pour être tenlé de marquer, par un pieux mensonge, la lieu de son Ecole, il l'aul icmonter jusqu'à l'empire romain'.
Il y a donc ipielqiu' cbose de plus authentique que l'Ecole d'Homère, c'est le souvenir du poète persistant à Cliio depuis trente siècles. Parlez à un Chiole des grands écrivains ou des grands hommes de la Grèce ancienne, il en ignore les noms et ne se doute pas que ses ancêtres aient eu une histoire; mais il se souvient d'Homère. Ce qu'était Homère, il ne le sait pas. En quel temps vivait-il? H vous répond qu'il y a cent ans. îN'importe, il connaît ce nom; il l'a appris de ses pères; les générations se le redisent. Tout souvenir de l'antiquité a disparu dans l'île excepté celui-là; le nom d'Homère ne [leut pas sortir de la mémoire du peuple ignorant. L'île entière est encoie j)leine d'Homère : à Pityos il est né, il a vécu à Volisso, il a tenu école à Pacha-Yrysis, à Anavato il a chanté, Cardamyle montrait naguère son tombeau. Ainsi cinq villages de l'île de Cliio revendiquent encore aujourd'hui l'honneur d'avoir possédé Homère.
1. [Cf. sur l'École d'IIo-.iière, Conze, Pliilolofiiis. MV, p. 1 J6 ; SUulnicika, Milihciluiujcii, t. XIll, [1. IG.'i ; le IIx.Qvaîad; d'août 1880.]
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Nous allons parcourir l'île, mais la ruine la plus intéressante que nous y aurons rencontrée, ce sera ce souvenir liiimèiiii'.
Iminéilialonieiil en sortant tle la ville, du ((Ué tlii nord, on trouve le village de Yrontado: il s'étend au milieu de figuiers et d'orangers, dans une étendue de trois kilomètres, et renferme une |ui|)ulalion de itUtO lialiitanis. Ce village resiiiic la richesse. Tandis que les commereanls vivent à la ville cm à Campos, les constructeurs et les capitaines de navires vivent à Vrontado et viennent y dépenser les profits de chaque navigation. Il n'est pas im|)ossible que ce village et le nom qu'il porte soient éiralement anciens. Etienne de Byzance cile un lien nommé l!xo:avTiov, cpTil place tout près de Cliii»'.
In |ii II plus loin, les montagnes atteignent le rivage de la mer, et dès lors on ne cesse de traverser des hauteurs abruptes et stériles. Ceux qui ont bàli le village de Langada semblent avoir choisi la plus haute et la plus raide de toutes, et ils l'ont taillée en gradins pour y mettre des maisons ; on force ces rochers à porter du blé, des figues et des vignes qui font un \ iii passable. F.n tournant la montagne de Langada du côl('' suil-esl, on trouve un bon port; en la tournant du côté du nord, on en trouve deux; tous les trois se rattachent à une rade commune, que les Grecs appellent Kolokllhia et les Italiens Porlo-Fino. Nous sommes évidemment à Delphinium. La persistance du nom n'est pas toujours en Giècc un indice suffisant ; mais nous lisons dans Thucydide' que Delphinium est un lieu naturellement fortifié, iju'il possède plusieurs ports, cl ipiil est voisin de la ville : ces trois circonstances ne peuvent se rencontrer (jue pour Porto-Fino. L'ancien nel]ihiniun était-il une petite viHo, une forteresse ou simjdemeni un lieu consacré à Apollon Delphinien? Etienne de Byzance l'appelle oso-jpiov", et Thucydide se sert du mol vague de/toptov, qui a tous les sens, depuis celui de terrain jusqu'à celui de forteresse. Cette position, qui domine les meillear> ports de l'Ile, était importante pour ([uiconcjue
I. Biôoi/T-.ov, -fj-oi T.i'Jï X;ov (Étieane de Byzance, v° BaSiâvriov).
-1. Thucydide, Vlll, 38.
.1. Etienne de B)-zance, au mot AEÀoivtr/. — [HaussouUier, Bulletin, l. III, p. 24 1 .]
voulait être maître (lu canal; et on même temps du côté di; la terre elle gardait les approches de la ville. Aussi les Athéniens, (]uand ils tirent la puerre aux Chiotes, commencèrent-ils par s'y étiiblir. La nature avant eux avait fortifié Delphinium; ce ne sont, en effet, de tous côtés, que des montagnes qui forment des murailles infranchissables, ou des défilés étroits et faciles à défendre. Les Athéniens, dit Thucydide', ajoutèrent encore à la force de cette position; cependant, en visitant toute cette côte et la montagne, je n'ai trouvé aucun vestige de construction hellénique ; on n'en doit pas être surpris, si l'on songe au peu de durée de ces ouvrages faits à la hâte par une armée en campagne, surtout quand la force des lieux dispensait d'ouvrages considérables. D'ailleurs les Spartiates, qui reprirent Delphinium en 407% rasèrent vraisemblablement la forteresse, pour ne la laisser ni à leurs ennemis ni à leurs alliés.
En se rendant de Langada à Cardamyle, par la route de gauche, on traverse le village de Pityos. Ce nom est cité par l'auteur de la vie d'Homère, attribuée à Hérodote".
Le grand village de Cardamyle était connu dans l'antiquité; Thucvdide le cite comme un des points où les Athéniens débarquèrent en 41 1 et vainquirent les Chiotes'. Les restes d'un beau temple attestaient naguère encore l'ancienne importance de ce bourg". Je les ai vainement cherchés; les paysans me dirent que les marbres avaient été enlevés, il y a peu d'années, et vendus à des étrangers. Je n'en fus pas surpris : c'est un des principaux commerces des Chiotes.
La prospérité de Cardamyle paraît s'être continuée depuis l'antiquité jusqu'à nos jours; les colonnes byzantines et les nombreuses monnaies d'or et d'argent de toute époque que l'on y ti'ouve en sont un témoignage. Dans l'antiquité et dans les premiers siècles de la domination byzantine, le bourg devait