I. [jusqu'à i.a bataille de mygale
Chio n'a jamais exercé sur les événements généraux celle action à laquelle de petits Etats peuvent (juelquefois prétendre. Son peuple a toujours vécu en lui-même; il n'a jamais désiré ni rinlluence ni la domination. S'il n'a pas pu rester étranger aux événements qui se passaient auloui' de lui, s'il a dû s'y mêler, c'a été toujours en indifférent. Oue ce fût le Perse, ou le Grec, ou le Romain qui dominât, peu lui a importé. lia ligure dans les querelles qui ont agité ces contrées; mais toujours aussi son action extérieure a été subordonnée à ses intérêts intérieurs. Chaque fois qu'il a pris parti, la cause de sa détermination s'est trouvée dans les besoins de son commerce, ou dans les querelles de sa vie municipale. C'est donc en lui-même qu'il faut étudier le peuple de Chio. Ce (ju'il nous importe de savoir, c'est par quelle sagesse il se gouverna, par quel travail il s'enrichit, par quels arts il sut embellir sa prospérité, par quelles fautes il put la perdre. Le faible part qu'il a prise aux événements généraux, comme elle a été indirecte, mérite peu notre attention, à moins qu'elle ne nous révèle parfois quelques traits de son caractère, ou r|n'elle n'ait influé sur sa vie intérieure.
L'île de Chio a conservé durant douze siècles la réalité ou les formes de l'indépendance. Elle a toujours aimé le régime municipal, en a longtemps joui, l'a perdu à regret, et l'a
MÉMOIRE Slli l.-II.K IiK tllld. 'J7I
pros([iie reconquis il.iiis des lenips vnisius de nous. Ce régime a fait à la l'ois sa |ii'os|ir'iité cl ses malliouis; (|iiaii(l il a (lis|i;iru, la vie a semblé séleiiulre.
Cliio a d'aborJ été gouvernée ]iar des rois. Deux d'enlre (■u\ ont laissé assez de souv<'nirs pour (pic l';iu-;iiiias connût cl cilàl leurs noms'. Comme ilans loules les villes greeijues, c'est par l'aristocratie (pie cette première royauté l'ut renversée. Le souvenii' de la révolution nous a été conservé par ce récit de l'lut:iii|uc : ' l 11 riloMii d'une des premières familles de Chio se mariait, et la jeune épouse était portée -iir le cliar nuptial. Le roi Hippoclus, dont le jeune homme était l'ami, était présent à la l'èle. \u milieu de l'ivresse el de la gaieté générali', il monta sur le char. Aii^sili'il le> aiiii^ du iiiiiie inniiiiic le iiiassacrèrenl. La colère des dieux s'élant alors manilestée, loracle ordonna (|u'on mît à mort les meurtriers d'IIip|)oclus. « Nous sommes tous les meurtriers 1 ré[)ondireiil les Cliioles. » L'oracle, commanda alors que tous ceux qui avaient personnellemeiil pris part à l'alTaire allassent ioiider une auliv \illr'. « — Tel ol le récit de lMular(|ue : je riiilei|irélerais volonliers de la l'açon suivante : Un roi est massacré au milieu d'une i'èlc; l'iiistigaleur du meurtre, c'est un jeune homme d'une grande famille, un coui'tisau du roi. Les auteurs du iiirmlii', ce sont le^ amis de ce jeune homme, c'est-à-dire l'aristocratie; et le prétexte de l'assassinat, c'est une violation des mœurs. En vain IMulanpie, qui vivait (piand les mœurs grecques avaient tant changé, prélend-il que l'artioii d'Hippoclus était légitime et n'avait rien d'insultant; l'indignation qu'elle excita le contredit, el, pour qu'elle servit de prétexte à une révolution, il faut (pi'elle ail été une atteinte aux mœurs de l'aiicieiuie loiiie. Ainsi la légende, ici comme à Rome, imputait au pouvoir déchu le crime qui, en certain temps, blesse le plii^ le senliiinnl |Hi|iiil,iire. Aussi loi'sque les dieux, pour qui le saim le plus jiisleiiieiil versé devait toujours être expié, demandèrent le nombre des coupables, leur ful-il répondu que toute Chio l'était. Cette unani-
1. Il cilp Aiii|iliiclus, le premier roi lielléiic, et lleclor, son descciid;ml ;i la ijua- Irièmc gcnénilion.