Iliodore. WXVIJ, -JO ol
502 QUESTIONS IIISTOUIOUES.
(|iii' [lai' raiiccdiilc siii\aiilc, ra|)]i(irl('i' ]iar A|i|ii('ii : " Dans mic inanœuMC de la lldllc de Milhriilate. nu \aissoaii cliiolc licuita (le sa |)r()U(; la liiiéinc royale. Millii'iilalc ne liil rien sui' l'heure, mais il |iiMiil plus lard le pilote, el garda toujours un profond rcssculiincul contre Chic'. » l/île avait donc l'uurui des vaisseaux à .Mitliridate, ruais il t'aul (|ii'('llc cùl liicu résisté et bien montré son mauvais vouloir, pour (pie le roi put attribue)'à une intention nianjuée ce qui, de la part de tout auii'e pilote, aurait été lâcheté ou maladresse, et qu'il en rendit Chio tout entière responsable.
Peu après, le général du roi, Zénobius, arrive à Chio, surprend la ville de nuit et, ayant convoqué les citoyens au théâtre, exige que, j)Our dissiper les soupçons du roi, ils livrent des otages et toutes leurs armes. On les donne. Zénobius feint alors de recevoir une lelliie que Mithridale adresse auxChioles : « Vous êtes les amis des Romains, écrit le roi ; [)lusieurs d'entie vous sont partis pour Piome... Les Romains ont des terres dans votre pays; vous les cultivez, sans me payer pour elles aucun
impôt Vous avez laissé vos principaux citoyens se rendre
auprès de Sylla; en ne les désavouant pas, vous vous êtes faits leurs complices. » Mitliridate ajoutait qu'il avait le droit de les faire tous périi', mais que sa clémence se contentait d'une amende de 2000 talents. Les Chiotes recueillirent cette somme et la portèrent à Zénobius. Sous prétexte qu'il y mancjnait quelques drachmes, Zénobius convoqua de nouveau tous les citoyens; el alors, plaçant des gardes aux issues du théâtre et dans toutes les rues qui conduisaient au port, il lit prendre tous les Chiotes cl les fit embarquer, en ayant soin de diviser les familles. Toute la population fut transportée dans le royaume de Pont, et l'on envoya des habilants du Pont pour se partager l'ile. Le roi affranchit les esclaves, asservit les maîtres, et, par un raflinement de cruauté, donna chaque citoyen à l'esclave dont il avait été le maître''.
On voit par ce récit d'Appieu (jue File, forcée de livrer ses
\ . Appleu, De hcllo Mithridatico, 25.
2. Idem, 40, 17. Nicolas de Ilamns, cilé |iar Afiiénéi-. llv. Vf, |i. 20C.
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vaisseaux à Milliriilalc et île lui payer des impôls, avait envoyé secrèleiiit'iil une ambassade à Sylla; que c'élail l'arislocratie (|iii était du parti de> llomains, el qu'elle fioiivernait alors la cité, puisque la eité ne l'axait pas ilésavoui-e; enlin que l'île se tnuna assez rielie |)Oui' payei' à Mithridatc ré(juivalent de douze milliou> de noire Mioiniaie. On y voit encore ce t'ait assez curieux, (pie les lioiuain> po-M'daient dans l'îledes terre> assez con>idéral)lesp(UU' que le roi pût s'en préoccuper. Avant de soumettre politiquement ces régions, les Romains les exploitaient donc déjà individuellement; ils s'étaient répandus dans la Grèce, dans les îles et dans l'Asie'.
Le dur e\il des Cliiotes dura peu; les lialiilants d'iléraclée ponlique les délivirrent de l'esclavage'. Puis les Romains reconnurent une fidélité si chèrement gardée; Sylla n'accorda la paix à Mithiidate que sous la condition de renvoyer tous les Cliiotes dans leur patrie; et eiiliii. jiour consolei- Cliio des maux soulTerls, il lui donna l'aulononiie et le lilie d'ami du peuple romain '\
Chic n'en fut pas moins à partir de ce jour même sujette de Rome. Ses privilèges n'eiu[ièclièrent pas (pie Vei'rès ne regardât comme un droit du citoyen romain de la piller en passant et de lui dérober ses statues.
Oue devint alors le régime municipal? Nous en avons suivi les variali(uis depuis l'origine. Dans une première période, la cité avait été absolument isolée et avait possédé tout ce qvii fait un Etat, l'indépeiHlance au dedans et une action libre au dehors. Tant (lu'il n'y avait pas eu d'Empiic pui>sinl, ce régime avait donné <'i Chio une longue paix intérieure; lorsque parut l'Empire des l'erses, ce régime lui livra Chio comme désarmée.
Dans une seconde période, le gouvernement municipal lui
1 . On ne peut pas, sous ce nom de Ro(nains, voir des provinciaux jouissant du itroit de cite; car alors Rome ne donnait ce droit à aucun Grec. Le recensement de l'an 70 ne compta (|ue 150 000 cilovens [cf., entre autres, Rclol, Checaiters romains, t. U, p. iO'i].
2. Memnon, dans les FragmenU des historiens grecs, Didol, t. Itl, p. oiT>. .". Appien, De hcllo Mithridatico, Îm et 61.
ôOi QUESTIONS HISTORIQUES.
moililir par le système fédi'iiilil'; lu cih' ciinscrviiil ^nn inil(''pemlMiicc eiilièro, et ne soumettnit son nclimi :iii deliors (|ii'aii\ coiiililidiis (rime association libi'e. Mais cette coniliinaison, im|)ossil)le à réaliser, n'enl'anla (jne des discordes et souvent la sujétion.
Dans la période qui s'ouvre, la elle accepte une dépendance avouée. Elle désire encore que son fiouverncment intérieur lui soit laissé, mais sous un mailre. Par force, par résignation ou par sagesse, elle se sourael. Au dedans, (]hio est encore une cité libre en apparence: elle garde ses magistrats, ses lois, ses juges; au dehors, c'est une province d'Empire.
On a trouvé à Gliio une inscription malheureusement mutilée, mais d'oi'i l'on peut tirer encore pres([ue toute l'histoire de cette autonomie de la cité'. On y voit d'ahord les termes mêmes du décret de Sylla : « Les Chiotes, y esl-il dit. coiilinvuM'onl à jouir de leurs lois, de leurs coutumes et de leur procédure, comme ils faisaient avant d'entrer dans l'alliance des Romains. Ils ne seront soumis à la juridiction d'aucun magistrat de la Républi(pi(', el les Romains mêmes (|ui habitent dans l'île obéiront à ses lois. « On peut renia r(|uer que les termes de ce décret bornaient toute l'indépendance de Chio à la jouissance des droits civils.
Cinquante ans pins tard, l'an 28 avant J.-C, Auguste, par une ordonnance en forme de letti'e, régla la liberté de Chio el la confirma sans doute en la limitant. Cette ordonnance était citée dans la partie brisée de l'inscripiion : les j.iemiers mots font entendre (ju'elle élail favorable aux (ihiotes. Vers l'an 00 après J.-C, un procès civil ayant (''lé jug('' à Chio en vertu des lois grec(|ues, la partie perdante, (jni com|itait |u'obablemenl l'emporter d'après les lois romaines, en appela au proconsul de la province d'Asie. C'était alors Antistius Vêtus, le même qui, à son retour ;i Rome, fut condamné par ^éron■. Il donna
1. Cette luscription, ijui n'existe plus à Cliio, a été publiée ilans le Corpus iiiscriptioiiuin île lia'cKli. sous le u" 'J'22'2.
'2. Tacite {Annales, XVI, 10) cile un L. Vêtus, dont la fille s'appelait Antistia (Annales, XIV, 2'2). et qui fut consul avec Néron. h'Aii rie vérifier les dates place ce consulat eu hh. Velus élail doue proconsul eu 00. Un aulce Autlslius Velus tut
MÉMOIRE SUR L'ILK DE CIIIO. 505
•raiii (le fause au réclamaiil, cl alliiila ainsi aux dioils do (".hio. Le successeur île Vêtus, ayant détlaré dans son édil ([u'il M' ciinrnrmci-ait en tout à relui de son prédéresseur, eonlirina sa sentence. Mais ensuite le |U(icès s'insliuisil de notiveau ; la ville, pour lai|uelle celte alï'aiic civile a\ail pii- iiiic i^iaiulc inipoiiance, alléi.nia le (hVirl de S\ll;i. (iircllc a\;iil en soin de consener dans ses arcliives. I.e piocdUsul. a|)r('^ un niùr examen du décret de Sylla et de rordoiuianced'Auuusle, donna un nouvel arrêt. La perle de la fin de l'inscriplion nous laisse iuiioi-ei' (|uel il lut; mais le ton même du pn'amliulc et le suiii avec leipud Cliio conserva ce témoignage, pernicltent de croire qu'il lui tut favoiable.
Vespasien ôla la liberté à l'Acliaïe, à la Lyeie, à Rhodes, à Byzancc, à Samos, c'est-à-ilire à Imil ce (|ui l'avait reçue de Néron '. Mais Cliio, qui en jouissait depuis longtemps, la conserva. Klle avait encore le litre de ville libre au temps de Pline'.
Cependant l'Ile payait des impôts aussi bien que les provinces sujettes. Au temps d'Auguste, le poids en était trop lourd pour la richesse même des Cdiiotes. Le; juif lléidde, passant dans l'ile, la trouva endettée envers le procurateur impérial, et elle n'aurait pu ni s'acquitter ni relever ses monuments abattus, si le roi des Juifs ne fût venu à son secours".
Qu'il fût d'usage d'exiger l'impôt même des villes libres, ce passage de Tacite en lait foi : Acrone principe, confcrendis pecuniis pcrvastala Italia, provincix eversx, sociiqiie et qux civitatum liberx vocantur^ Tacite établi! ici une sorte de gradation, qui nous permet de croire qu'en droit les villes libres étaient exemptes d'impôts. Mais, en l'ail, l'inqjôl distinguait peu entre les noms divers (jue prenaient les sujets de l'Empire.
consul Van G ;ivaiil i.-C. ; mais ripn n'iiiilii|iii' iiuc cflui-ci ait l'ié proconsul en Asie, cl «l'ailloiirs, pour lui, le déeii t de Sylla n'aurait pas été if/a'/raTo;. [Voir les Fasies des provinces Asialitiues do Waddinglon, n°' Uô et !(2.J