‹ Questions historiquesChapitre 212 sur 258 · Anne Couméne, Alexiade, VllI · texte numérisé non relu

Anne Couméne, Alexiade, VllI

MÉMOIRE SUR L'ILE ItE CUIO. r.tl

Alexis, voyant la inei' même et les îles aux mains des Turcs, appela les Latins à son secours. Mais le Grec fut surpris de tout ce qu'une parole j)ouvait enfanter de iruerriers en Occident; il s'aperçut aussi (pi'en ])rovo(pianl en Europe le zèle religieux, il avait remué une libre (pii n'était pas favorable aux siens. Ouand il les vit camper près de sa capitale, il aurait volontiers imj)loré le secours des Turcs contre ses propres alliés. De leur côté, les Latins furent surpris de se voir harcelés, menacés, trahis par ces mêmes Grecs qu'ils venaient défendre. Cette première fois, les Latins furent dupes des Grecs. Alexis les trompa si bien par ses protestations d'amitié, que, non content d'échapper de leurs mains, il les amena par un triomphe d'adresse à se reconuailre ses hommes-liges, à lui baiser les pieds en public et à soumettre d'avance à sa suzeraineté les conquêtes à faire en Asie et le tombeau même du Christ. Tant d'habilelédeviiit funeste à l'Empire grec : les Occidentaux se sentirent tiompés et gardèrent de celle humiliation une rancune implacable. Dès cette première entrevue, les deux races sejugèrent : chacune détesta les défiuits et encore jilus les qualités de l'autre. La haine fut égale entre elles : seulement elle fut mêlée pour l'une de mépris et pour l'autre de crainte. C'est à partir de ce jour (\uv s'est établie chez les Latins cette opinion que le Grec n'est que mensonge et fourberie ; de ce jour aussi, le Grec a regardé le Latin comme son brutal ennemi. La religion, qui devait apaiser ces haines, les a envenimées.

Chio put d'abord se réjouir des croisades, qu'elle devait tant maudire plus tard. Grâce en effet à cette puissante diversion, Tsachas se trouva sans appui. L'amiral Dalassène, (|ui avait essuyé autant de défaites sur mer et dans l'île ([u'i! avait livré de combats, vit son ennemi se retirer inopinément. 11 prit possession de la ville, et Chio échappa cette fois aux Turcs*. En même temps, la mer Egée redevint libre, la côte d'Asie fut reprise, et les Turcs refoulés de .Nicée à Iconium. Mais les Latins étaient alors des ennemis plus redoutables.

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