I. Anne Comnène, Alexiade, VDI
Dans CCS siècles mallicureux, la race greciiue, conuiie si elle eût été frappée d'impuissance absolue, ne semblait plus propre même au commerce. Ou ses instincts qui l'y portaient, par une remarquable exception, lui firent alors défaut ; ou ils furent étoulfés par l'inhabileté des empereurs, par le système du monopole', par le poids des douanes, par les vexations des gouvernants et par la piraterie. La race affaiblie ne put triompher de toutes ces causes de langueur : le négoce et la navigation lui devinrent presque inconnus; elle laissa passer aux mains des Italiens le commerce de ces mers elles-mêmes, que la nature a faites sa propriété. Elle oublia jusqu'à l'art de construire des vaisseaux, que ses ancêtres avaient poussé assez loin, et au moment où cet art faisait des progrès en Italie, il périt en Grèce. Un historien byzantin avoue que l'approvisionnement de la capitale dépendait uniquement des Italiens, et que ces étrangers étaient les maîtres d'affiimerConstantinople'. Il suivit de là que, par un retour natui'el, cette même race, qui avait autrefois couvert de ses colonies tous les bords de la Méditerranée, reçut alors dans ses îles et sur ses rivages des colonies italiennes, et que ce (ju't'llc avait été pour l'Occident dans l'antiquité, Venise et Gênes le furent alors pour elle.
Si les Chiotes avaient oublié le commerce, leur île était demeurée une excellente position commerciale.il devenait donc certain que les peuples commerçants se la disputeraient et s'en rendraient maîtres. Deux fois, sous Jean et Manuel Comnène, les Vénitiens tentèrent de s'en emparer". Puis, lorsque, de concert avec les Français, ils eurent conquis l'Empire grec et qu'ils se le partagèrent comme un butin, ils mirent d'abord la main sur Chio*.
La nationalité grecque se réfugia alors à Nicée, dans cette même ville que la ruse d'Alexis Comnène avait enlevée aux croisés. Les Lascaris, dynastie dont les divisions des Latins firent le succès, reprirent Chio en 1222°.