MÉMOIRE SUR I/ILE DE CIIIO
Génois, anciens possesseurs de l'ik'. (jui sauraifiil la jirok'ger et la gouverneraient avec douceur. Soit que les Chioles eussent deviné la ruse, soit qu'ils craignissont plus d'obéir aux Latins qu'aux Turcs, ils rejetèrent ces propositions et répondirent qu'ils étaient disposés à résister également à tous leurs ennemis. Ils se défendirent en cfTet avec courage et repoussèrent plusieurs assauts.. Mais l'Kmpirc ne pouvait pas les protéger ; plus faible que jamais, il était encore divisé par la guerre civile : l'impératrice Anne avait à défendre l'autorité de son fils contre Jean Cantacuzène. Les Chiotes abandonnés à eux-mêmes résistÎTeiil diiraiil linis mois, mais eiiliii la famine les détermina à se rendre'.
La perte de l'ile excita à Conslantinople une inilignalion (jui contribua à précipiter du trône l'impéi-atricc Anne. Une fois empereur, Cantacuzène se crut obligé à faire quelque effort pour la repicndre. Une flotte fut équipée et envoyée dans l'Archipel; maiselle n'alla pas même jusqu'à Cbio, et contente d'avoir pris quelques bâtiments de commerce génois elle revint à Constantinople. Or cette entreprise si prudente et si inoffensive se trouva trop audacieuse pour la faiblesse de l'Empire ; les Génois de Galata, pour se venger de la perle de deux ou trois petits navires, refusèrent d'ap[)rovisionner Constantinople, et, mettant ainsi la capitale entre la vie et la mort, contraignirent l'empereur à restituer ce (juc sa flotte avait pris'.Quidle eût été leur vengeance s'il eût essayé de reprendre l'ile de Cbio! Aussi ne fit-il plus aucune tentative à ce sujet; ce fut contre son aven qu'un (]biote plus énergiipie que lui à défendre sa patrie arma une fiotte, leva à ses frais une petite armée et osa attaquer les Latins. Après un premier succès, il
1. Manuscrit Justininni, I, '2; Cantacuzène. III, 95; Niccphore Grégoras, XV, G. Les historiens grecs disent que les Génois <iui coïKiuireiit Chio étaient des eiilés, et (|ue, par conséquent, ils s'armèrent, combattirent et vainquin'iit en leur nom et pour leur compte. Mais j'en crois plus volontiers l'auteur du manuscrit, qui affirme cpie la (lotie fut é<|uipée au nom de la Hépublique et partit sur un ordre du sénat [liopf, p. .'^dl]. Oe qui condamne les historiens grecs, c'est que Gènes s'attribua toujours la souveraineté de l'île; c'est (|uc les Génois de Chio furent toujours accueillis dans leur ancienne |)atrie, qu'ils continuèrent d'en être citoyens, et que leurs descendants sont encore inscrits sur le livre d'or de la noblesse.