Idem, c
."i.Iilcm, c. 21.
SOâ OL'ESTIONS HISTORIQUES.
lies Latins et des Grecs; mais la haine des Latins fut pins vigoureuse. Ils régnaient, le Turc venait détruire leur Empire. Les Grecs étaient sujets : leur haine pouvait moins paraître, et elle était peut-être mêlée d'un secret désir de voir souffrir leurs maîtres actuels. Toutes les fois que nous voyons les Justiniani fidèles aux Turcs, nous pouvons affirmer que c'est par crainte; les Grecs l'ont été par un mélange de crainte, de jalousie et d'intcTèl.
Quand Constantiiio|ili' fui assiégée par Maliomel II, les Génois, qui dominaient alors dans la capitale comme dans les ju'ovinces, considéièrent que c'était leur Empire qu'on attaquait, et ils le défendirent énergiquement. Un Justiniani de Chio fut le chef des Génois tpii aidèrent Constantinople à soutenir son derniei' siège'.
Après la chute de l'Empire grec, Chio se soumit sans résistance apparente au tribut de 6000 ducats au(iuel elle fut taxée par le sultan ^ .Mais secrètement les Justiniani essayèrent de provoquer une croisade. Ils envoyèrent des messages au pape et à tous les princes chrétiens, les suppliant d'arracher aux mains des Turcs un si bel Empire. Leur zèle allait jus(|u'à vouloir au besoin faire seuls la guerre : « Si tel est le malheur des temps, écrivaient-ils au pape, que nos justes prières demeurent sans effet, nous attestons Notre Seigneur Jésus-
1. Je;m Justiniani, à la lète de quelques centaines de Génois et de Chioles, dirigea la défense de Constantinople et donna aux Grecs l'exemple du courage. Jusqu'au dernier jour du siège, il combattit aux côtés de l'empereur; mais on raconte que, ce jour-là, le com'age et la loyauté l'abandonnèrent. Prétextant une légère blessure, il déclara à l'empereur qu'il allait se retirer. Constantin lui fit observer que l'on était au plus fort du combat, que son départ découragerait les assiégés; et comme il lui demandait par quel chemin il allait se retirer, « par le chemin que les Turcs m'ont ouvert », répondit Justiniani; et il sortit de la ville par la brèche. S'il répugne de croire à une trahison, on peut supposer qu'une rivalité déjà formée entre le Génois et le Grec Notaras fit oubliei' au premier son devoir. Quelques historiens catholiques de Chio racontent sa fin diflëremment : il fut frappé, prétendent-ils, par un Grec qui était jaloux de le voir défendre si bien sa patrie, et il mourut de cette blessure quelques jom's après si,n reloui à Cnio. Celte assertion, que l'on trouve dans Michèle Justiniani (Scio sacra) comme une opinion universellement répandue chez les Latins, est démentie implicitement par le silence de Jérôme Justiniani et de l'auteur du Manuscrit, et formellement p.ir l'historien Michel Ducas ; elle n'a de vrai que la haine et les calomnies réciproques qu'elle nous montre entre les Latins et les Grecs.
'1. Michel Uucas. c. 42. i',.
MÉMOIRE srn i;ii,E hf ciiio. :,65
CliiisI, (|iiL' si'iiU, fl iiiitl,i;i('' l;i (l(''lr(liiiii iiiiiiic de nus allii's clinHiens, nous comballroii'^ |"Hir la loi jiis(|irà la dernière exirémilc'. » On ne sait si le snllan cul connaissance de ces nuMir'cs, i|ni t'iircnl (Faillonis iiinlili's; inais.dî's l'aum'c 1435, >oiis nn l'nliio jjrélexk' il envoya une expédition contre Chio*. Les Jnstiniani, après quelque résistance, cédèrent à la force : leur mauvais Nouloii' lui puni par une amende de 50000 écus cl un tribut annuel de llontl. A ce [)rix ils conservèrent encore leur indépendance. Lorsque, l'année suivante, une llolle papale parcourut l'Archipel pour soulever lesîles, éclairés par le danger, ils icjelèi'i'ul à leur duir les exliorlaliims du
Cliio demeura diiinnt cent vin^t ans un petit Klat chrétien,
Irihulaire. mais libre, au milieu de l'Knipii'e turc; les .lustiniani entretenaient, coinuie -(lUM'cain-;. un ambassadeur à la l'iule ■. Mais le dani;er perpi'tuel auipiel iN se sentaient exposés les rendaitenneniis du sultan; les rclalionstprilsentretenaient avec le Saint-Siège et la ré[iubli(pie de Gènes, en les rallachanl étroitement à l'Occident, les détournaient de tout rapprochement avec les Turcs. Moins sages qu'ils n'avaient été d'abord, ils noui-rirent une haine généreuse, mais tiop hardie. Ils se regardèrent comme en un poste avancé du catholicisme et crurent avoir la double mission, eux si faibles et si peu soutenus, de c(»mbattre à la fois le schisme grec et l'islamisme. Ils voulurent faire de Chio ce qu'était lUiodcs ou Malte. Ils arrêtaient les corsaires musulmans et délivraient les chrétiens de leurs chaînes. Kn vain le sultan réclamait-il ses [)risonniers : nulle menace n'effrayait les Justiniani. Ils l'ai^-aient plu-^ : à la l'aveiii- de leur ((luiuierce ('■leudu. de l<'urs relations dans l'Empire turc, et surtout de Icui' ambassade à Constantinopli-, ils pénétraient tous les secrets de l'Knijjire et en donnaient avis aux chrétiens. Le sultan ne [touvait plus prépare!' en secret ses exi)éditi(ms : ses ennemis étaient toujours avertis '.