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Scio sacra, p

564 nUI'STIONS HISTORIQUES.

Cette op|iosili()n lui iiiiilile à l;i chrétienlé cl funeste aux Jusliniani. Le mauvais succès de rexjiédilion de Malle, que Soliman attribua aux avis partis de Chio, alluma une colère que des apparences de soumission avaient pu calmer longtemps. Le sultan donna l'ordre à sa flotte de se venger de Malte sur Chio. el Piali-l'aclia s'empara de l'île sans coup férir, en IMiC.'.

Les Latins accusent les Grecs de les avoir dénoncés en cette circonstance et d'avoir appelé les Turcs. Il est certain que les Turcs en voulaient aux Génois et non pas aux Grecs ; les Latins avaient sûrement montré de la haine, et les Grecs peut-être des dispositions favorables. Aussi les Génois seuls eurent-ils h souffrir de la conquête. Leurs églises et leur évêché furent saccagés; la forteresse, où ils habitaient presque exclusivement, leur fut enlevée, et le séjour leur en fut interdit. Les membres importants de la mahone furent amenés à Conslantinople, puis, sans enquête, relégués à Caffa ; leurs enfants furent réservés pour être convertis à l'islamisme, et dix-huit d'entre eux qui refusèrent d'abjurer leur foi souffrirent le martyre'. Au contraire, les Grecs conservèrent avec la vie sauve leurs propriétés; nul ne les inquiéta. La iiaine qu'ils portaient aux Génois étant regardée comme un gage suffisant de docilité, les Turcs jugèrent inutile d'appesantir leur joug. La population grecque gagna tout ce que perdil la populalion latine.

Il en fut de même dans presque tout l'Empire. Quand les Turcs en firent la conquête, ils s'aperçurent (|ue c'étaient les Latins qui y dominaient, que c'étaient les Latins qui le défendaient. Aussi traitèrent-ils les Latins comme des ennemis qu'on vient de terrasser et qui peuvent se relever, et les Grecs comme d'anciens sujets qui n'inspirent ni crainte ni haine. La politique de leur gouvernement fut toujours d'abaisser la population latine, de détruire son empire dans ces contrées, de ruiner son influence, et souvent même d'élever les Grecs au-

1. Scio sacra, ibidem. Manuscrit Jiistiniani, III, I. fllopf. p. 3'2i.]

2. Manuscril Jusliniani, III, '2. [Cf. Michèle Jusliniani. La gloiiosa morte (Ici XVIII fanciulli Giiistiniani. 1(j56, Avellino. — Episloia Paleotogi de rébus.... Chii aclis, dans les Epistolx Turcicœ de Rcusncr, 1500.]

MEMOIRE SLR I/ILE DE CIIIO. 365

ilessus d'elle. C'est en alTaiblissaiil la [lopulation franque qu'ils afIVimircnl Ifiir Finpiic. Ils coiinuroiil rjralemfiit bien deux choses : l'une, ijue toute éner<jie et toute llerté t'iaienl chez les Latins, toute docilité chez les Grecs; l'autre, que la conformité de relifiion assurait aux Latins l'appui de rOccidenI, tandis que le schisme écartait des Grecs ses sjin|)athies et ses secours. Les Grecs avaient l'avantafie d'avoir pour ennemis les ennemis de la l'orle.

Ce (|ui a iiiini' Ic^ (irecs de iin> jours, c'ol ralliaiuc lir l;i l'iussic; mais cette alliaiue ne date que de la lin du siècle dcr-nier. Les Latins ont eu Idiiirlemps une position analojrue à celle des Grecs iraujonrd'liui : les yeux con^lanlnlcnl lixés sur les puissances de l'Occident, poussés vers elles par une sorte d'instinct, ils ont toujours été regardés par la Porte comme des ennemis. Les rôles ont à peu près chanfjé ; maison peut juger de la déliance qu'inspiraient les alliés de rOccideul par celle qu'inspirent aujourd'hui les alliés de la Russie.

La population grecipii' dr (ihio a tml liahilciin'nl prolih' dos fautes des Latins. Sa ligne de conduite lui a été tracée par la leur : ils étaient insoumis, elle a été docile ; ils mettaient leurs espérances dans l'Occidenl. elle a attaché les siens à raffermissement de la domination turque. Son but, poursuivi avec une persévérance et une hai)ilelé surprenantes, était de s'élever en religion et en politique, dans l'Eglise et dans la municipalité, au-dessus des Latins.

Dès 1566, les Grecs atteignirent à l'égalité. .lu>(|U(-l;i |irivés (ré\('i|iic. il- en obtinrent un de la Porte; noniiin' pai- le paliiarchc de ('onstantinopic. il marcha de pair avec celui que lîome élisait'. Du reste l'Église latine conserva ses églises, à sa cathédrale près, ses couvents et toute la liberté de son culte'. Elle ne perdit rien, à vrai dire, sinon qu'elle ne dominait

1. Criisius (Tmxo-Griecia.) mentionne un évèque de Cliio en 1575 et un autre en ICl'J.

i. S' osscrvano con esatezzn le fonzioni ccclesiastice {Scio sacra, |). 21). « Avant l6"Ji, les |iiétres [mibicnt le Saint Saciement aux malades en plein jour avec des fanaux; la procession de la Fèlc-Dieu était solennelle.... Les Latins avaient sept églises dans la ville, six dans la (-ani|)a^'nc, et lu droit d'oflicier dans dix ou douze églises des Grecs « (Tournefort).

plus. Tous SCS tlroils. l'Éiilise grecque les partageait; les deu\ Églises avaient In même liliciU'' el les deux cultes le môme éclat.

Il eu était de même daus le gouvernement civil, l n (■()n>eil fut institué parmi la populalion sujette ; il répartissait l'impôt, jugeait les procès entre les raïas, et réglait les détails de l'administration intéiieure. Les deux populations y lurent représentées par partie égale ; chacune y élut deux membres '.

L'égalité pour d'anciens maîtres est bien près de l'infériorité. Les Latins tombèrent d'un degré, à la première tentative que tirent les Occidentaux pour les affranchir. En 1500, Ferdinaml de Médicis, avec cinq galères seulement, voulut conquérir Chio ; il com[itait sur l'incurie des Tui-cs à garder la forteresse : il la surprit en effet et s'en empara; mais dès le lendemain les Turcs, détrompés sur le petit nombre des assaillants, la reprirent'. Cette entreprise maladroite fut fatale aux catholi<|ues. Il n'est pas bien sûr qu'ils l'eussent provoquée, mais les Grecs l'affirmèrent et les Turcs le crurent. Les principaux Latins furent chassés et leurs biens vendus à vil prix. Le conseil communal fut reconstitué, et les Grecs y élurent trois membres, alors que les Latins n'en nommaient que deux. Le sultan avait voulu pousser plus loin sa vengeance; il avait songé à ôter aux catholiques leurs églises ; mais les sollicitations de l'ambassadeur français de Brèves l'arrêtèrent".

A cette époque et au siècle suivant, la France, sortie des guerres civiles, étendait son commerce dans le Levant. Elle y voulut avoir des amis, s'y créer une influence, et s'y faire, si j'ose ainsi parler, une espèce de colonie. Dans ce but elle s'annonça comme la proleciricede la population latine et du catholicisme. Son alliance était la seule qui ne compromit pas les Latins, car elle était l'alliée de la Tunjuie. Ce rôle, dans lequel elle a noblement persisté jusqu'à nos jours, lui a souvent suscité des embarras et lui a valu la haine des Grecs et la défiance des Turcs. C'est certainement à sa protection que les

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