Gattaiul. Relation de l'ile de Cliio
QUESTIONS UISTORIQUES.
II. LA DOMI.NATIO.N Tl'RQUE FAIT RENAITRE A ClllO LE GOUVElt.NEME.\T MC.MCII'AL.
Les Chiotcs ont su tirer un si bon parti des qualités et des défauts des Turcs, qu'ils en ont fait de lions maîtres.
Le Turc a dans le cœur un très vif sentiment de la justice; l'instinct est bon chez lui, sa colère seule est cruelle; il ii'esl despote qu'avec les sujets insoumis. Les Chiotes ont toujours eu soin, par leur docilité, do lui permettre de s'abandonner à sa douceur naturelle.
Le Turc est l'homme du momie le plus tolérant pour toutes les religions, sans être moins zélé pour la sienne. Jamais il n'a maltraité ses sujets par des motifs religieux. Le terme de (jlnaonr, dont un lui reproche de se servir, n'emporte pas avec lui une idée de .mépris. Un Turc, en demandant l'aumône à un chrétien, l'appelle ghiaour.
Le Turc est reconnaissant: les Chiotes lui rendirent le service de dénoncer les Latins, en 156(5, en 1509 et en 1604; il leur en a toujours su gré. Les Chiotes n'ont jamais aimé le Turc; mais comme ils détestaient davantage les Latins, le Turc prit pour de raffeclion ce qui n'était qu'une nuance dans la haine.
Le Turc, quoi qu'on en ait dit souvent, peut très bien s'assimiler aux autres races. A Chio, il est devenu Cliiote. On ne le dislingue guère plus d'un Grec ni pour le langage, ni pour les habitudes, ni pour le type : il n'est Turc qu'à la mosquée.
Le Turc n'a aucune des qualités qui font un commerçant; il ne fut jamais banquier, ne soupçonna jamais l'art d'engendrer les capitaux; les détours de la tliplomatie ne semblent pas être de son ressort. Les Chiotes furent ses négociants, ses banquiers, ses hommes d'affaires, et souvent ses diplomates. Qui se rend nécessaire se rend bientôt puissant.
L'administration turque fut toujours pleine d'abus : les Chiotes en ont su profiter; le désordre est un beau théâtre pour l'habileté. Le Turc est avide d'argent, et le fonelionnaire ton-