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DEUXIÈME PARTIE

De la plèbe.

Aucun écrivain de l'antiquilé n'a défini ce qu'élail la plèbe romaine; aucun ne nous apprend en termes précis par quels caractères essentiels un plébéien différait d'un patricien'.

Au temps de Cicéron on de Tite-Live, les différences entre ces deux hommes étaient assez légères. Patriciens et plébéiens avaient les mêmes droits civils, les mêmes droits politiques. An Forum, au Champ de Mars, au Sénat, ils se mêlaient. Leurs familles se mariaient entre elles. Ils priaient dans les mêmes temples, et ils exerçaient également, sauf quelques rares exceptions, les sacerdoces. Ils se ressemblaient dans l'intérieur de la famille aussi bien que dans la vie publique; ce qu'on appelait les (jcntesplebeise avait les mêmes habitudes, les mêmes mœurs intimes, le même culte domestique, les mêmes sacra que les gcntes palricix.

Mais si nous voulons savoir ce qu'était la ])lèbe dans la première partie de l'existence de Rome, il faut d'abord écarter de noti'e esprit l'idée que nous avons des plébéiens de l'âge postérieur. Si, par exemple, nous voyons qu'au temps de Cicéron la plèbe est une partie du peuple romain, qu'elle fiiit partie des curies, (ju'elle exerce les magistratures et les sacerdoces, qu'elle contient des goites et qu'elle pratique des sacra ainsi

t. Nous ne pouvons prendre pour une (icfiiiition claire et suffisante ces mois il'Aulu-tlelle. X, *iO : Plcbis ea dicittir in qita yciiles cii'iiim patricia' non insunt; — ni ceux de Gaius, I, 3 : Plebis appclhitioiic sine palriciis cieleri cires significnntur; — ni ce fragment de Fcstus : Plèbes aulem est [omnis popidiis] prxter paiririiis (édil. Miiller, p. 550).

que font les palricions, nous ne sommes pas en ilroil de (•(inclure qu'il en ail M de ni(Mne (luatre siècles auparavant.

Nous savons d'ailleurs par l'histoire (ju'il y a eu dans le v' et le iv" siècle a\ant notre ère une série de révolutions (jui ont peu à peu transformé la plèhe. Nous pouvons donc penser (pie la plèlie ancienne ne ressemblait pas à celle que Cicéron avait sous les yeux.

Un exem|)le rendra celte vérité IVapiiaiile. (iicéron ne dit jamais de lui-même qu'il soit un plébéien, et il n'y a guère d'apparence que ses contemporains le rangeassent dans celle classe d'hommes. Telle était en effet la nature de la plèbe à cette époque, (|ue Cicéron pouvait n'y pas être compté. Il n'est pourtant pas douteux qu'à prendre le mot dans son sens primilif, Cicéron ne fût un plébéien.

Sur cette ancienne plèbe, nous ne possédons aucun document contem|)orain. Pas un livre, pas une inscription, pas un texte de loi (pii date du temps des rois ou des premiers consuls, ne nous montre ce qu'était alors le plébéien. C'est ce ([iii l'iiil la difficulté de notre élude. Nous ne pouvons essayer de con^ naître l'ancienne pUdie que |iar l'internK'diaire d'('crivains qui sont de beaucoup postérieurs et (|ui ne l'ont pas connue; ce qui ajoute encore à la diflicullé, c'est précisément que ces écrivains ont connu. s(iu< le même n^rn. une |)lèbe fort diffiMcnle : ce qui a été une cause d'erreurs pour eux-mêmes et pour nous.

Toutefois les Romains avaient un tel soin de leurs annales et un tel respect pour leur passé, que ces premiers siècles n'ont pas clé sans laisser d'eux quelques traces. Beaucoup de faits ou de ivgles de ce lemps-là, perpétués par la tradition ou par les annales, sont arrivi-s jusqu'à des historiens qui nous les ont transmis. C'est par l'ensemble de ces traces et de ces vestiges attentivement observés que nous pouvons espérei' de retrouver une iina^a- qui ne soit pas trnp iiiex.icle de la plldie primitive.

.il2 QUESTIONS HISTORIQUES

I. QUE LA « PLÈBE » NE FAISAIT PAS PARTIE IIU pOJJUllIS ET ÉTAIT DISTINCTE DES CLIENTS.

Si aucun livre et aucune inscription des premiers siècles de Rome n'est arrivée jusqu'à nous, nous trouvons du moins, insérées dans les écrits postérieurs, quelques formules de prières qui datent de cette époque lointaine et qui, suivant l'usage romain, avaient dû rester immuables. Tile-Live, racontant le départ d'une llolte romaine, en l'année '204 avant notre ère, atteste qu'un général devait, au début d'une expédiiion, prononcer une prière ainsi conçue : « Dieux et déesses qui occupez les terres et les mers, je vous adresse cette prière afin que tout ce qui se fera sous mon commandement tourne à bien pour le peuple romain et pour la plèbe romaine », populo plebi(]ue romanx'. — De même lorsqu'un consul présidait les comices pour l'élection des consuls de l'année suivante, il invoquait les dieux, «afin que ce qu'on allait faire fût heureux pour le peuple et pour la plèbe romaine* ». — Dans ces deux formules, la plèbe et le peuple étaient présentés comme deux corps différents. Ce n'est pas qu'en l'année 204 avant notre ère ils ne fussent déjà associés et confondus; mais les formules dataient sans doute d'une époque antérieure où la picbs n'était pas encore comprise dans le populux.

Cette vérité a laissé d'autres vestiges. Une vieille prophétie du devin Marcius. qui vivait pendant la seconde guerre punique et (jui, suivant l'usage des faiseurs d'oracles, usait apparemment d'un langage plus ancien, désignait un magistral par ces mots : « le préteur qui rendra la justice au peuple et à la plèbe^ ». — Cicéron. parlant des jeux sacrés que l'édile devait célébrer en faveur de l'anlique déesse Flora, faisait sans doute allusion à la formule de prière qui y était prononcée lorsqu'il disait « que la solennité de ces jeux devait rendre la

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