‹ Questions historiquesChapitre 241 sur 258 · IV. l'UOlJRÈS DE L\ J'LÈBE SOUS LES PREMIERS ROIS · texte numérisé non relu

IV. l'UOlJRÈS DE L\ J'LÈBE SOUS LES PREMIERS ROIS

L'existence de la plï-be n'est pas un fait parliculier à Home. Il y avait une plèbe dans toutes les anciennes cités, et Uomulus, en ouvrant un asile, n'avait fait i|u'imiler la plupart des fondateurs, vctere consHio co)i(lcntnim urhcs, «lit Tite-Livc; '. Mais ce qui est particulier à Home, c'est l'importance (|ue cette plèbe y prit dès l'abord. Les traditions romaines parlent déjà de celte foule comme si elle était fort nonilti(ni--e. Elli- se grossit

1 . Uenvs, II, 15 : [Toî; va-xoii-iotyi:/ z'.i tojTO to îsfôv î/ita:;, toj t; ^r.ôsv xaxùv

2. La suite de Dcnys ilonnorait .i enlcndic que Romulus leur donna le partage de la cité, r:oÂ!Tt;'a; [iiTEotooj; mais les faits de l'histoire sont contraires;! cette assertion; peut-être leur donna-t-il des terres, -j^; jjiorpa;, mais ce ne fut qu'en dehors de i'ager romanus, ainsi que le montre hien Denvs, -^t;; [xorpi; f,v /.TrloaiTo To'u; noX£(i.{oj; isEÀOjijvo;, 11, l.j, page 208.

K,i} QUESTIONS IIISTOIUQUES.

rapicleniciil, cl il n'csl pas inn»o:>siblc' de tliblioguer les clcuiciils divers (jui la composaient.

1° C'étaient d'abord les exilés des villes voisines. Toutes les cités latines, sabines, élruscpies, avaient alors une existence fort troublée; les luttes intestines en chassaient presque chaque année des hommes qui, se trouvant alors sans patrie, étaient heureux d'accepter le refuge que Rome, de son côlé, leur offrait

volontien-

2° La situation de Rome entre trois peuples, Latins, Sabins, Étrusques, non loin de la mer et sur un grand lleuvc, était très favorable au commerce. On peut croire que, dès l'origine, en un temps où l'Italie ne manquait pas de richesse et où les villes étrusques et greccjues faisaient déjà un très grand négoce, la position parliculière de Rome fut remar(juée, et que beaucoup de marchands étrangers y affluèrent. Or c'était la règle dans ces anciennes sociétés que l'étranger restât toujours en dehors du corps politique. On sait ce qu'étaient les métèques à Athènes. Les étrangers qui venaient s'établir à Rome n'étaient pas compris dans la véritable cité; ils se joignaient vraisemblablement à la plèbe.

5° Les premiers rois firent des conquêtes, et détruisirent plusieurs cités voisines. La tradition romaine rappelait comme un fait fréquent que la plupart des vaincus avaient été amenés à Rome. Les principales familles furent admises dans la cité à titre de familles patriciennes; le vulgaire resta dans la plèbe'.

Cette plèbe, grossissant toujours autour de son sanctuaire, l'asile s'étendit peu à peu sur toutes les collines environnantes.

Nous aurions une notion bien nette de l'accroissement des plébéiens si nous savions avec exactitude les agrandissements successifs de la ville de Rome. Au moins nous possédons sur celte matière quelques faits qui peuvent nous éclairer.

D'abord, il est digne de remarque que l'on distingua toujours dans Rome deux villes de caractère 1res différent et

1. Lenys, H, 15 : .MaÛùv -oAAa; iClv zaïà tj)v 'ItaXîav -oÀstuv novr,f5j; z~'- Tio-£'JC)|j.£V!(; Ci-b Tjpavv{2(<)v x£ '/.a'; àXi-^ixv/:!ï>'j, Tou; i/. toÛTtov È/.;;!';:xovTa5 tûv t./jXiwj a-jyvou; &/-a; u.ïtïyîiv uj; IxjtÔv Ir.v/v'oz: Trjv Tî 'Pco;jia''i)jv 0ÙV!X|jiiv aùÇr^^ai.

'i. Tilc-Livc. 1, -2d; 1, 53. Dl'Iivs, "il,' 5d.

QUESTIONS liOMUNKS. .i".?

(rrlenduo in(''fi;ili'. l/mu' ('•l.iil l;i ville smcivi'. qui ;iv:iit iiiic cnceinle rcHirituisemcnl Iraci'o i-t appelée pomérium. L'autre était la ville inaléi-iclle. rajriildnK'inlioii des maisons; elle dépassait de beaiiaiup la première et débordait fort au delà du poinéiium.

Les deux villes ont grandi au temps des rois. Le pnuK'i inni a été étendu, peut-être déjà par le seeond roi', peut-être encore par un des ti'ois suivants, mais certainement par le sixième, Servius Tiillius*. L'enceinte murée ne parait avoir correspondu au piHiii'iimii iin'aii Icuips de Romulus; elle s'étendit sous les autres rois de manière à enserrer et à protéger les collines plébéiennes. l'ne première enceinte fut élevée ainsi par Tai'- (|uin l'Ancien; une seconde, et plus vaste, par Servius. Elle embrassait ce qu'on a appelé depuis les sept collines, c'est-àdire le Palatin, le Capitolin, l'Avciiliu, le (li'liiis, le Ouirinal, le Viniinal et ri'"s(|nilin. Mais le pomérium ou enceinte sacrée n'emliiassait pas toutes ces collines; il est avéré' (jue l'Avenlin fut toujours en dehors'; on a des raisons de croire que le Capileliii, le tjuiiinal el le Viminal n'y furent pas d'abord comjjris*.

Ainsi, autour de la ville intérieure, sacrée, patricienne, s'étendait une ville extérieure, profone, [débéienne. La jiièbe

1. Ce n"csl l:i qu'une conjecture ; elle peul s'appiiyer sur ce que nous snronsque ■a rc(jia Plitmx el l'xiles Vestœ de. son teiii|is élaient en dnliors du poiiiérinin de lîomulus; tes monuments devaient être toujours dans l'intérieur do la ville sainte; il est donc probalde qu'un nouveau pomérium avait été tracé. Beaucoup de faits de cette histoire ont péri pour nous.

'2. lia pomérium prnfert, Tile-Live. 1,44.

:>. Aulu-C.cll.'. Mil, ti.

\. Voir ce que ilit Varron dos Sacra Aujxorum \Dc liiicjua Inlliia, V, 45-55] : Reliqiia iirbis toca discrela ah Avenlino et Capilolino, qiicm Arqmirum sacra.... — Cf. ce que dit Festus du Seplimonlium : Eo die in xcptom monlibua fiunl sacripcia l'alatio. Velia, Fatiiilali. Cermalo. Cœlio, Oppin, Cispio (Festus, «dit. E<;).'cr. p. 117 et 136 [p. .îiX, éilit. Millier]). Ce dernier document laisse en delinrs de la ville siicrée non seulement l'Aventin et le Capitolin, mais même les collines du Nord. Ce qui nous porte ii penser que ce n'était pas l'Aventin seul qui était en dehors du pomérium, c'est que l'on sait que Svlla, César et Auf;uste agrandirent successivement celte enceinte sacrée (Aulu-Gelle, Mil, 14; Dion Cassius, XLIII, 50; XLIV, 49), et que, même après ces trois afrrandissemcnls. l'Aventin restait encore en dehors; il n'y fut compris que par une quatrième exleiisinn du pomérium par Claude (Auln-Cclle. ihid.).

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était aussi comme un juniplo extérieur {|ui entourait le vrai peuple romain des Oniriles'.

Quelles étaient les relations de ces deux peuples entre eux, nous ne saurions le dire avec une pleine certitude. Les plébéiens n'avaient pas les droits religieux et ne partageaient pas les cultes des patriciens. Ils n'avaient pas non plus les droits politiques, n'entraient pas au sénat, ne figuraient pas dans les comices curiates. Nous pouvons croire qu'ils n'avaient pas non plus les droits civils, lesquels, dans ces vieux âges, étaient liés à la religion; le connubiiim n'existait pas pour eux; la loi civile, chose sacrée à cette époque, ne protégeait que les citoyens; le plébéien, comme étranger, ne pouvait pas l'invoquer; ignorant les actions de la loi, il ne pouvait se présenter devant la justice de la cité. Commentdonc celte plèbe étrangère à l'État, au Droit, aux lois, pouvait-elle être gouvernée'.'ll est vraisemblable qu'elle vivait sous la dépendance personnelle du roi et sous sa protection également personnelle; régie et jugée, non par des lois et des droits certains, mais par un pouvoir arbitraire, par Vimperium, à peu près comme dans les époques suivantes, les peuples déditices étaient jugés et gouvernés par Vimperium personnel du proconsul.

11 est possible, mais ce n'est ici qu'une conjecture, que la plèbe se soit attachée personnellement au roi par le lien de la clientèle.

On peut penser que les rois exigeaient d'elle des services en échange de leur protection. Elle leur fournissait vraisemblablement quelques impôts, certainement beaucoup de soldats. Les conquêtes que Rome fit dès l'abord n'ont pas été l'œuvre des seules génies patriciennes. On ne peut allirmer (jue les plébéiens aient servi à cette épo(|ue dans la légion ; ce qui est sûr, c'est qu'ils combattirent pour les rois; aussi les rois crurent-ils devoir à plusieurs reprises leur donner une part des terres enlevées à l'ennemi.

Ce qui montre bien que le pouvoir royal ne fut pas contraire

l. Il V aurait pioliablenieiit de l'exagération à dire i]ue la ville iialricienne fui fermée aux plébéiens, et la ville plébéienne aux palriciens. S'il en fut ainsi à l'nrigine, du moins cela ne dura f;uère.

QUESTIONS ROMAINES. 45'.t

aux inlorêls de la plM)e, c'est qu'elle grandit incessamment. I.a tradition romaine témoignait même que les rois avaient été plus favorables à la plèbe ([u'au palricial et avaient été aussi plus aimés d'elle que des patriciens'. Tousces rois, à l'exception du second et du quatrième, ^mit représentés comme ayant clé en lutte contre l'aristocratie. Il était naturel qu'ils cherchassent un ;ippiii dans les classes inférieures.

Le sénat patricien essaya, après la moi-l de Romulus, de supprimer la royauté; ce fui la plibc s'il faut en croire la tradition, qui exigea le rétablissement de la monarchie'. 11 y a lien de penser (|ue ces plébéiens (pii aidaient les rois dans leurs guerres contre les villes voisines, ne les aidèrent pas moins dans leurs conflits avec le patriciat.

1. Tile-Live, I, 15 : Romulus mulliluilhii ijmlior fuil qunm pntribus.

'i. Idem. I. 17 : Fremere plebs multiplicalam servitulem, pro uno cenlum dominos fados, nec ultra nisi regem et ab ipsis faclum videbanlur passuri. — Cicéron, De republica. 11, 12 : Senalus tentavit ul ipse gereret sine rege rempublicam; populus id non lulit. — Denys, 11, 57 : 'EàoÇî tm Si^aw niOiai rà;

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