‹ Questions historiquesChapitre 245 sur 258 · Journnl des Savants, juillet 1870, p. 457 et suiv · texte numérisé non relu

Journnl des Savants, juillet 1870, p. 457 et suiv

ioi (JLKSÏIO.NS lllSToniQUES.

esprits des Romains; il est luilmcl que les historiens modernes aient cherché à le résoudre.

On croirait d'ahord que la solution en est facile. Le sénat avait-il le droit de rappeler César de sa province? 11 l'avait, si César tenait de lui son commandement. Mais c'était le peuple qui, par une série de lois, avait donné à César son pmivdir et ses légions; or le sénat ne pouvait rien contre des lois laites régulièrement par le peuple. Seulement ces lois avaient marqué un ternie aux pouvoirs de César, et, si ce terme était arrivé, le sénat pouvait rappeler César et lui désigner un successeur. Le problème est donc de savoir si ce terme était expiré le 1" janvier 49; il se réduit à une (jueslion de date.

C'est une chose bien étrange i|ue, parmi tant d'écrivains latins et grecs qui ont raconté cette histoire, aucun ne nous marque cette date, (jue tous les Romains devaient connaître. Ni les historiens, ni Cicéron. ni les correspondants de Cicéron, ne nous la donnent. Quant aux textes de lois dans lesquels ce terme était certainement indiqué, aucun d'eux n'est parvenu jusqu'à nous. C'est donc à nous de trouver cette date à l'aide; des renseignements vagues et des allusions que nous pouvons saisir chez les contemporains.

Un maître de la science allemande, M. Mommsen', a été conduit par une série de calculs à fixer cette date au 1" mars 40 (705 de Rome). Aujourd'hui M. P. Guiraud', par d'autres calculs et par l'observation minutieuse des textes, arrive à la date du mois de mars 50 (70 i de Rome). Si M. Mommsen a raison, c'est le sénat qui a commis la première illégalité, car il n'avait pas le didil de rappeler César le 1" janvier 49. Si c'est la théorie de M. Guiraud qui est la vraie, le sénat avait ce droit depuis neuf mois, et, par conséquent, César n'avait aucun prétexte pour faire la guerre civile.

t. Th. Mommsen, Die Rcchtsfvayc zwisclien Cœsar und dem Sénat, 1SÔ7. — M. Zumpt, dans ses Sludia Romana, s'écarte de l'opinion de M. Mommsen; il croit pouvoir fixer le terme du proconsuhU de l^ésar au 15 novembre 50; voyez son Appcndlr, pages lôC-l'JO. — lloii'mann, De origine belli desariani, se prononce pour le l" mars 49.

-2. P. Guiraud, Le différend entre César et le Sénat, 1879, Paris.

QUESTIONS ROMAINES. \hh

Voici irMliiiitl les faits con mis : l'an 59, César élant consul, la province de (laule cisal|iiiie lui fui alliilniée, nial^M-é le sénat, par une loi dont le Uibua Valinius était l'auteur. Cette loi Vatinia lui donnait la province pour cinq ans. Il faut noter (pie cette loi avait lui vice de forme : elle avait été volée on dépil des auspices, par conséquent en violation de la loi .Klia- Fulia'. Aussi ne serons-nous pas surpris de voir que les adversaires de César la déclniaieiit nulle et sans valeur. Quoi (|u'il en soit, après que le peuple eut donné à César la (!aule cisalpine, le sénat lui donna à son tour la Gaule transalpine; ap|)aremment il ne voyait pas de meilleur moyen d'empêcher que cette seconde province ne lui fût décernée aussi par le peuple; en la donnant lui-même, et probablement sans terme fixe, il restait maître de la reprendre quand il voudrait; donnée par le peuple, il n'aurait eu aucun droit de la ressaisir. Quatre années plus tard, en 55, la loi l'oinpéia-Licinia prorogea le commandement de César imurune nouvelle période. Tels sont les faits iloiii il faut tirer la miIuIiou du prolilème.

Si l'on connaissait le point de départ des cinq années du commandement conféré par la loi Vatinia, on posséderait un élément important. Ce point de départ était si bien établi par les usages et le dniil piiblic i\f lionie, ([u'aiiciiu des contemporains n'a pris la peine d'en parler, el c'est parce qu'il était si bien connu ipie nous l'ignorons. Trois hy|)olhèses ont été faites. Suivant M. Moiiimsen, tous les cominandements provinciaux el militaires commençaient au 1" mars; leconiuiandement ellectif de César ne pouvait commencer que le I" mars ôiS ; mais il |)ouvait prendre VimpcriiDit proconsulaire dès le 1" janvier, el ces deux mois coinj)taienl alors pour une année entière; d'où M. Mommsen conclut que le terme assigné par la loi Vatinia était le 1"' mars 54. M. Guiraud a trè> clairiiiiiiil montré, et M. Ziimpt l'avait déjà fait avant lui, (pie celte théorie de .M. Mommsen sur l'année militaire commençanl au 1" mars n'était appuyée sur aucun texte. — Suivant M. Zumpl, les cin(j années accordées par la loi Vuliiiia

Page 1