Suétone
Ol'ESTIO.VS ROMAINES. Kil
sion du pouvoir il ne manquerait pas d'annuler la loi Valinia et de renouveler l'accusation qu'il avait essayé de porter trois ans plus loi'. Suélone afiirmo que c'est pour emptrlicr (|ue Domilius n'exécutât sa menace que César se rapprocha de Pompée et de Crassus aux conférences deLucques. Or le meilleur moyen d'empêcher que Domilius ne fût consul lui parut être de porter Pompée et Crassus au consulat; c'est ce qu'il lit. Il est probable d'ailleurs que, dans ces mêmes conférences, il lit promettre aux futurs consuls qu'ils prolongeraient son autorité, et surtout qu'ils la régulariseraient en le débarrassant des appréhensions que lui causaient les irrégularités de la loi \alinia.
En conséquence, dans les premiers mois de l'an 55, Pompée et Crassus firent passer une loi qui prorogeait le commandement de César. Cette loi Pompéia-Licinia différait en deux points de la loi Vatinia. D'abord on ne voit pas qu'elle fût entachée d'aucun vice de forme : aussi ne fut-elle jamais attaquée ; ensuite elle s'appliquait aussi bien à la Gaule transalpine qu'à la Gaule cisalpine : du moins, c'est ce qu'on peut conclure de l'expression de Velléius, provincix prorogatœ. Celle remarque a son importance.
Cherchons maintenant (juel était le terme que celte nouvelle loi mettait à l'autorité de César. Oualre historiens, Velléius, Suétone, Plularque, Appien, affirmenl ijue la loi Pompéia- Licinia donnait à Cé^ar le gouvernement pour cinq ans, in quinfjuenniuin. v.; TTEvratriav'. On ne peut pas aisément mettre en doute un fait si unanimement attesté. Dès lors la pensée qui vient naturellement à l'esprit, c'est que, ces cinq années du second proconsulal s'ajoutant aux cin(| années du premier, le commandement de César devait durer dix ans et n'expirait qu'au commencement de l'année 48. S'il en était ainsi, le sénat n'avait pas le droit de rappeler César, ainsi qu'il l'a fait,
1. Suétone, César, H : Qtium Domitius. cunxnlaius candidalut. palam minarelur se consulem effeclurum quud prxtoy (en 58) nequissel, ademplurumque ci exercilus.
'i. Suétont, César, 24. Velicius, U, IG. PluUrque, Crassus, 15; Pompée, 52; Caton, a, 43. Ap|iieo, De betli» civitibus, U, 18.
le 1" janvier -49, et César, en alta<[iuiiil par les armes celle décision ilu sénat, avait la légalité pour lui. Celle opinion pourtant ne soutient pas un sérieux examen. En efTct, dans les discussions qui eurent lieu au sénat dans le cours de l'année 50, et dont nous connaissons assez bien le détail, nous ne voyons jamais que la lui Pompéia-Licinia soit présentée comme une lui qui lut encore en vigueur; ni les adversaires de César ne la combattent, ni ses amis ne l'invoijuent. Quand les historiens parlaient des discussions de l'an 51, ils faisaient observer qu'elles étaient contraires à la loi l'ompéia'; la même observation n'est plus faite dès qu'ils parlent des discussions de l'an 50. D'ailleurs César, au début de son De bello civili, donne les raisons qui peuvent le justifier; or il n'allègue jamais cette loi, dont le nom seul serait un argument décisif, si elle lui avait assuré le pouvoir jusqu'en 48. EnCm il y a ])lusieurs textes où il est dit formellement que le commandement de César expirait dans le cours de l'année 50. Ainsi Dion Cassius rapporte qu'en 51 Pompée fit la remarque en plein sénat (jue « le terme du gouvernement de César était proche et devait arriver l'année suivante' ». César le reconnaissait lui-même en 51, lorsqu'il demandait, suivant Appien, que le sénat voulût bien prolonger « d'un peu de temps son commandement «, jusqu'à ce qu'il se fût présenté aux comices consulaires de 50 ou de 49'. Ce qui est plus clair encore, c'est que, dans les premiers mois de l'année 50, Marcellus proposa au sénat le rappel de César, en donnant ce motif qu'il arrivait au terme de son commandement' ; aucun des amis de César ne repoussa celte affirmation : ils se contentèrent de demander que Pompée renonçât aussi à son proconsulat d'Espagne, et les amis de Pompée répliquèrent « que la situation n'était pas la même, puisque le terme du comman-
1. llirtius, De hetlo tjallico, àô. Suétone, César. 28. Dion Cassius, XL, ôU.
2. Dion Cassius, XL, 59. Déjà piécédemnient le même liislorien avilit dit, à l'année 52, que le temps fixé par la loi ne tarderait pas à expirer (XL, -44), ce qui n'aurait eu aucun sens s'il y avait eu encore quatre ans à courir sur cinq.