‹ Questions historiquesChapitre 46 sur 258 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

La théorie de M. VioUet sur la communauté des terres chez les Grecs '.

M. Viollet t'>l un disciple de Maurcr, ([u'il copie et exagère volontiers. Ce même système que Maurer avait pu édilier avec «piclques deliors de vraisemblance en ce (jui concernait les peuples germaniques, M. ViuUet a imaginé de l'étendre à tous les peuples anciens et modernes. Ce qui est surtout nouveau chez lui et ce qui lui appartient en propre, c'est d'avoir attribué aux anciens Grecs le régime de la communauté du sol, que les érudits les plus versés dans l'étude du peuple grec n'avaient pas encore réussi à apercevoir, (juand il soutient celle ibèse, ne croyez pas qu'il parle d'un âge priiiiilil' où les Grecs auraient ignoré l'agriculture et par conséquent la propriété. Il parle de l'a''»' où les Grecs étaient airriculleurs. de l'àue où ils formaient des sociétés organisées; il parle des cités grecques, et il professe que la cité a longtemps cultivé le sol en commun, ^ans i|ue la famille ou l'individu pensât à se l'approprier. Toute terre, suivant lui. ap|iartint longtemps à la cité, non à la famille, non à lliomme".

Il déclare que « sa théorie s'appuie sur des textes dont l'aulorilé est considérable », et il en cite onze, qui sont de l'Ialon, de Virgile, de Justin, de Tibulle, de Diodore sur les îles Lipari, de Iliogène I.aërce sur Pylliagore, d'Arislote à propos de la ville de Tarente, d'Athénée au sujet des repas de Sparte, de Diodore

t. (l'.f. .\ouvclles licclieichcs, p. 7 et suiv. : Les Origines du droit de propriété chez les Grecs.]

2. Viollet, Du caractère collectif des premières propriétés immobilières, dans h Bibliothèque de V École des Charles, 187"2, pages l.")5-.jl)l.

oc QUESTIONS iiisTnninrn: i'.

sur les clrroïKjuies, ot cnlin de Thé<i]ilira>l(' au sujet des ventes d'immeubles. Vérilious ces textes. Ilejianlous si M. VioUet a cité au moins avec exactitude.

1° Le premier autrui- cité est Platon, « qui apercevait encore çà et là les débris de l'ancienne communauté des teri'es », et M. Viollel dit avoir trouvé cela dans les Lois de Platon. Je me re[)orte au passage indi(]ué, et voici ce f{ue je trouve' : « Dans une époque très antique, les hommes vivaient à l'état pastoral,

tirant leur substance de leurs troupeaux et de la chasse

Dans ce temps-là ils n'avaient aucune législation. Ouant au gouvernement, ils n'en connaissaient pas d'autre que la S'jvxffTjîx, c'est-à-dire rautorité du maître sur sa famille et sur ses esclaves. Comme les Cyclopes d'Homère, ils n'avaient ni assemblées publiques ni justice; ils demeuraient dans les cavernes, et chacun se faisait obéir de sa femme et de ses enfants sans se mettre en peine de ses voisins. » Voilà ce que dit Platon, décrivant par l'imaginalion un aiili(jU(' état sauvage. Par quelle illusion M. VioUet voit-il dans ce passage (jue ces hommes cultivassent la terre en commun'.' Platon dit qu'ils ne la cultivaient i)as du tout. Où voil-il que la terre appartint au peuple? Platon dit qu'à cette épo(|ue il n'existait même pas de peuple. Où voit-il que les hommes étaient associés pour la culture? Platon dit que chaque famille vivait isolément « sans se mettre en peine des voisins ». M. Mollet a donc pris à rebours le texte de Platon. Cherchez d'ailleurs dans tous les écrits du philosophe, vous n'y verrez nulle part qu'il ait dit « que de son temps encore il apercevait les débris d'une ancienne communaulé ".Platon a mis une certaine communauté des terres dans la cilT' idéale (ju'il a imaginée; il n'a jamais dit que la communaulé fui une in^lilulidu des cités existantes. Voilà donc un jiremier texte cité à faux.

2" M. Viollet allègue ensuite Virgile, (jui, ilans les Géurgiqiies, dépeint un temps « où le sol n'était ni partagé ni marqué par des limites, et où tout était en commun ». Voilà (pii paraît d'abord pnd)ant. Le vers du poète est cité exacte-

1. Violkl, j). 40ii. — Lois de l'ialou, 1. lit, Irad. Saissel, t. I. p. lliO.

oiiir,iM:s DK L.v pnnpRifiTK foncikiîe. ot

iiicril'. .Mais ic^anlcz II- roiitfxlf. Tout ri' passage est la des- |iliiiii imaiiiiiaiiv il'iiii temps où les lioiiiines ne cultivaient

pas le s(i

Anle Jovem iiiilli suhijiebant nn'u coloni.

.... Ipsaque lelliis

Omnia libciiiis. iiullo puscente. fercbat.

l)(''-i|iir les hommes ne eullivairiil pas la Icire. il ne pouvail èlre ipii'--li(iii (le la partager en pinprii'U'v. \ii-gile ajonle (jue plus 1,11(1 rii(Uiiiii(' appi'il à lalxuirci'.

)/( sulcis fntinciili (juxrerel herham;

niai< ici il ne dil plu-- (pie lonl IVil en e(iiiiiiuin. Il seiiilile ddiic (pi'axec lin peu (l'allcnlidn .M. \i(illel aurail écarté ce texte où Virgile (li'ciil l'i^lal samaj^e el ipii n'a aucun rapport avec la eoinmnnanlé des leires dans l'élat agiicole. (Jn'esl-ee (|ue l'âge d'or. Mai (in i'aux, peut pi-oimr pouc la vie sociale des cités gi"ec([nes'.'

ô°Vienl ensuite une citation de Justin d'apiès Trogue-Pompée. (le (iaulois, essayant de décrire les plus lointaines anliipiilés de l'Italie, dit qu'il l'ut un temps « où l'on ne connaissail ni l'esclaNai^e ni la propriété, el où tout élail iii(li\is)). Le texte est exact; mais de quel lem[is s'agil-ilV Du temps (pii a pi'écédé Jupiter, anle Jovem. (l'est assez dire qu'il s'agit ici de l'âge d'or, (ni, si l'on aime mieux, de l'étal sauvage.

4" Il en est de UKMiie de la cilalKin de Tiliullc; elle se ra|)porlc « à l'époque du roi Saturne », c'esl-à-dire ii l'âge antéagricole. à cet âge d'or (pie l'iniîigination se figurait. Si M. Viollet a voulu déiinnitrer (pu' dans l'âge d'or la |)r(q)rié(é privée n'cxislail pas, il y a assez liien réu-si. M,ii-~ (jikI lappdil cela a-t-il avec les cités grecques".' M. \iollel veut que ces légendes i'e|)r('^eiilcnl (ranli(pies sotnenirs. îlela est inllniinenl douteux ; en Ion! cas, ce serait le souvenir d'un temps où l'on ne connaissail pas l'agriculture et où il n'existait ni peuples organisés ni

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