‹ Questions historiquesChapitre 54 sur 258 · Pascs .iS4-i · texte numérisé non relu

Pascs .iS4-i

78 OIESTIÛNS IIISTORIQUKS.

lai(iR'lli' Tln';oj)liiaslt' ii';ivail |)iis pensé. Quand il décrivait les diviTs modes de |)iiidieilé donnés à la venle et (|u'il explicjuait si naluivllnniiil les raisons de celle publicilé, il ne supposait pas qu'on dénaturerait sa ]»ensée au point de conclure que les terres étaient communes'. Mais M. Viollet suit son idée fixe. S'il lit (pielcjne pari que les voisins sont témoins de l'acte de vente, il ajoute qu'on doit sans doute leur demander leur consentement: car la terre doit appartenir à tous. Lit-il ailleurs que, dans une certaine ville, il était d'usage qne l'acquéreur donnât à trois des voisins une petite pièce de monnaie, pour que plus tard ils se souvinssent de l'acte et pussent en être garants, vite il ajoute « que cette pièce de monnaie est le prix dont l'acquéreur paye à ces trois voisins leur droit primordial sur la terre ». Tout cela est de pure imagination. A ces règles si simples les Grecs n'attachaient certainement aucune idée de communauté des terres.

Voilà donc les. onze textes par lesquels M. Viollet essaye de prouver ([ue les anciennes cités grecques ont pratiqué plus ou moins longtemps l'indivision du sol. M. Viollet n'en cite pas un de plus. Or le premier, emprunté à Platon, le cinquième, pris à Diodore, le septième, relatif à Tarente, sont absolument inexacts; le deuxième, le troisième, le quatrième, empruntés à Virgile, à Trogue-l'ompée et à Tihulle, sont hors du sujet, puisqu'ils se rapportent à la légende de l'état sauvage, qui n'a (|ue l'aire ici; lesivième, celui qui mncerne Pythagore, vise un fait exceptionnel, é|iliémère et visiblement en dehors des coutumes grecques; le huitième, sur les repas publics, est compi-is à faux; le neuvième, sur les y.lrpo-jyiy.'., et le dixième, sur rina]i('naliili(i'' priiiiilive du sol familial, >oiil ju-lemeni l'opposé de la thèse de M. Viollet; le onzième vise la publicité de la vente et non pas la communauté des terres. Ainsi, sur ces onze textes ou arguments, il n'y en a pas un seul qui, après vérilicaliiin. reste debout.

Ce n'est pas tout. Supposez que l'on trouvât, parmi toute la littérature gi'ccque, deux ou trois textes, ou même onze, qui

i. [Nouvelles Recherches, p. 137.]

oni(;iM;s m; i. \ i'koi'riktk foncikre. 70

im|iliqiici;iioiit la cninimmaulô di's tnres, il ivsli'iail i'iicdit pour tout liisloi'iiMi sérieux à faiiv la ntn(r('-(''|)ivuvc, i't>>l-à- (lifc à rcuardcr s'il u'y a pas d'aiilrcs Icxles ou d'autres faits (|ui iiian|Ui'iil l(> cniilraiic. M. Viidli'l n'a pas souyé à l'aii'c cclli' (■(iiiIrc-i'priMni'. S il \ [i('ii--i' (|ucli|in' jour, je iiii' pernicls de lui siiiiialei' (|iialre eatéjiories de lextes ou de laits : 1" ceux qu'où tiouve dans iliiinère. ilaii< Ili'^idde, el dans le< plus anciens documents, i|iii niui- iiionhriil la lerre po-^M'di'e en |ii'ii|irr, -".in-- mille iiumiIkiii m '-lunriiir (raiiciiiie i'iiiiiiniinaut('' ; -" II"- resicv (|iii nous ^onl parvenus du plus vieux droit i^rec, leipu'l ne eonlieni pa> la plus léi,;èi'e li'ace d'un réji'iuie où la terre aurait apparierai au |ieuple, ri (pii eonlieni au contraire le- n''ule- prt'cises di' la pinpni'li' raiiiijiaiç; ,"" les riles de la plus vieilli! relifiiou, (pii nnus nionlrenl le cullede la piiipii('lé foncièi'e el des limiles sacrivs, el cela à une l'piKpie conleniporaiue du vieux culte des nioils ; 4" enlin, le souvenir de toutes les •/.Iriso'jyiy.'., c'est-à-dire de ce partage du sol en proprii''l('> liéiV'tlitaires, |)arlajie l'ail an premier junr de l'étaldisseinent de chaipu' cili'- el qui impliipie uni; sortie tl'inaptilude à posséder eu conimiiu. On Ironveia là, uou pas onze textes imaginaires, mais tout l'en^-emlile des textes et des faits; et cet ensemble est jusiemeiil roppn».!' d'un régime de comimiiiaiih''. I/liistoire serait uiu; science Ircqi Facile s'il suffisail de prendre çà el là quelques lignes isolées el de les interpréler à sa guise ; c'est tous les textes ipi'il faut voii-; c'était toute la lilléralui'e grec(pie (pic piim- mi h'I piolilème M. \ inllel dcvail l'Iiidier. |n l'ail survenant aux îles Lipari ne peut pas su fil re |iiMir juger des institutions du monde givr. Onze textes (pii, s'ils ('laiiMil exacts, seraient insiguiliants à c('ili' de Ion! le reste, ne son! pas assez piuir ('dilier nu svstème. (]e ipii iiinruiid -iirl.nil, c'cvl que lauleiir (riinr Iclle ilii'urie n'ait --1111^1'' ;i t'Iudier ni le droil. ni les crovances, ni les insliliiliiuis conslaiiles des tirées. Il a traïudié la qiieslinn sans seiilenieiil pensi-r à l'éludier. (Ju'il nu' siiil permis d'ajimle;- (pie je regrelle (pie .M. ^ iollet

l. [SouvcUcs [{crlirnlies, p. 7 l'I sui\. : l.ci thiijincx ilii ilioil de piopriélé chez les Gicci. 1

80 OLESTIONS IllSTOIilQlKS.

dans son travail m'ait jiris à [inrlio. ■' M. Fusicl, dit-il ', no pouvait pas apercevoir ee grand fait liistoii(|ue (à savoir h<. prétendue communauté dos terres), parce ipi'il a vu (|ii(' les laiiiilles avaient chacune son foyer, son oullo, ses ancêtres. » il est vrai; je reconnais volontiers que les faits que je voyais, et dont j'ai donné la pleine démonsiration, m'empècliaiont de voir les faits imaginaires que M. Viollot a cru apercevoir dans ses onze textes. 11 ajoute encore 'que, puisque j'admettais la propriété faniiliMle, il m'était bien facile d'aller un peu plus loin et d'admettre comme lui la communauté de peuple. Ici M. Viollot laisse voir tro]) naïvement sa méthode. Pour lui, l'historioii (|ui aporooil un l'ail on une inslilution doit deviner un autre fait ou une autre inslituion, |)our peu qu'il y ait quol(|ue analogie apparente; par là la logique supplée aux textes, et l'esprit peut bâtir tous les systèmes qu'il veut. Je n'ai pas tant de hardiesse : je ne vois pas dans l'histoire ce que je veux y voir, mais seulement ce qui y est. Je me garde bien d'y ajouter ce que je n'y vois pas. J'ai vu, dans le vieux droit et dans la vieille religion, la copropriété de famille; et je l'ai dit. Je n'ai pas vu la communauté de peuple, et je ne l'ai pas dit. L'histoire n'est pas une science do raisonnement, elle est une science d'observation.

11 n'y a d'ailleurs que M. Viollel qui pense que la copropriété de famille et la communauté de peuple « sont deux choses qui se ressemblent ». Tout esprit atlonlif voit Inen que ce sont deux choses essontiollement différentes, et par leur nature, cl par leurs effets. La copropriété de famille est une propriété pleine, absolue, héréditaire, indépendante même de l'Étal. Si elle reste indivise, c'est uniquement parce que la famille elle-même à cette époque reste indivise. Elle est d'ailleurs, légalement, dans les mains du chef de famille seul, vrai propriétaire, qui y est un maître absolu, (jui y fait ce qu'il veut, mais qui ne peut ni l'aliéner ni la léguer, « parce qu'il la doit à ses descendants telle qu'il l'a reçue de ses ancêtres ». Ouelle ressem-

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