CINQUIEME PARTIE
De la communauté des terres chez les Gaulois.
Il serait bien étonnant que les théoriciens do la communaulé ne l'eussent pas atliii)uée aux aneiens Gaulois. On sait si peu de chose sur eux, qu'il est bien tentant et assez facile d'introduire dans leur histoire l'indivision du sol.
Une observation jiuurtant devrait l'aire obstacle à celle théorie : c'est que César, dont le livre est le seul document qui ail une valeur historique, ne dit nulle part que les terres tussent communes chez les Gaulois. Ce silence n'est pas chose négligeable. Il est même, pour tout homme habitué aux recherches histoi'iques, très significatif. Sans doule César ne dit pas non plus expressément que les Gaulois pratiquent la propriété foncièie. Mais ce n'est pas la même chose, pour un écrivain qui ne parle des institutions gauloises qu'en passant, d'omettre de signaiei- un droit de propriété qui est conforme à ses habitudes, ou d'omettre de faire mention d'une communauté qui serait le contraire de ses habitudes et le frapperait par son étrangeté même. On devrait remarquer que César ne décrit pas tout l'état social des Gaulois; il se contente de présenter les usages qu'il a remarqués comme étant très dilTérents de ceux qu'il voyait en Italie. On n'a (pi'à lire les dix paragraphes qu'il consacre à cet objet pour reconnaître que sa description a bien ce caractère. Après avoir décrit en trois paragraphes les particularités de leur état politique, et en trois autres celles de leur religion, il passe à celles de leur vie privée, et il débute ainsi : « Quant aux institutions de la vie privée, voici celles par lesquelles ils diffèrent des autres peuples. » Par ces « autres peuples », il est clair que César entend les peuples (ju'il connaît.
c'osl-à-iliie surloul les Italiens et les fiivcs. Ce début marque bien qu'il est dans la pensée de César de nous dire seulement les points qui sont partieuliers aux (iaulois. li noiera les différences, non les ressemblantes. Si la pro|)riété existe comme à Rome, il n'aura pas besoin di' le dire; mais si la propriété n'existe pas. il le dira. Sou silence aii^ulu sur celte matière est la marque <[ue les (Iaulois ne dilleicnl pas seusililemeiit des Italiens sur ce point; ce silence si^'nilie qu'ils u'iiiiioieut pas la propriété inivée. Notons bien (pie l'absence de toute propriété eût paru tellement extrordinaire à un Homain, qu'elle ne pouvait pas échapper à (-ésar. 11 l'a bien remarquée en Germanie, où il a passé dix-buit jours; il l'aurait certainement vue en Gaule, où il a passé huit élés. S'il ne meutionue pas cette indivision du sol, c'est visiblement qu'elle n'existait pas.
Voici (pii est plus probant encore. Amené à parler des Germains, il annonce qu'il va montrer « en quoi ils diffèrent des Gaulois' », et plus loin : « Les Germains s'éloiiiru'Ut beaucoup de cette manière de vivre des Gaulois'. » 11 établit encore un |iarallèle entre les deux populations : 1" les Germains u'onl pas de druides; 2° les Germains n'ont pas les mêmes dieux (|ue les Gaulois: Tt" enfin, les Germains n'ont pas la propriété privée. Manpier celle dill'érence en Ire les deux peuples, n'esl-ce pas comme si César disait que les Gaulois connaissent et pratiquent la propriété pi'ivée?
Il y a plus. César a écrit une i)Iirase dans hupu-lle. indirectement et presque sans y penseï', il a sifrnalé la propriété foncière chez les Gaulois. Au chnpilic l." du livre VI, il dit que les druides jugent pres(|ue tous les procès, aussi bien au criminel qu'au civiP. l'ui- il liiil une énnmération de ces débats