Gcrmnni iniiltum ab hac consueludinc iliffcrunl
ô. Fere de omnibus coiilioversiis publicis priratisque cousliluunl. — On sait que d;Éns la lanf.iic du Droil les juriicia piiblica sont les jugements criminels, littéralement ceux qui portent sur un des crimes que l'autorité publique ]ioursuil : les /Mf/ic»a piivata sont ceux qui concernent seulement des intérêts privés et où la société n'est pas engajiée. Voir sur cette distinction : Paul, Senlentix. I. 5. 2; llpien. Mil. 2; Fragmenta Vnlicana, 197 et .-.20; Digeste, XLMI. til. 1 et 2; XLVni. 1:1, I. I, § 2; XMII. 2, 15, § 1 1 cl 12. — On ferait un contresens sur le passage de César si l'on Irailuisait conlroversi.r piiblicx par (|uerellcs entre deux peuples: pubUcus n'a jamais signifié inler duos populos.
lOG QUESTIOKS 11 ISTuRIQUES.
portés (k'vaiil les druidos; au crimiiu'l il cili' le meuiliv: au civil il mentionne « les pioci-s sur un héritage on sur les limites », si de liereditalc, si de fînibus controversia est. Dès qu'il y a en Gaule des procès sur l'héritage on sur les limites, c'est (jue les Gaulois ont la règle d'hérédité et l'usage des limites, c'est-à-dire l:i propriété héréditaire du sol. César dit ailleurs que les Germain'> n'ont pas de fines; il dit ici que les Gaulois en ont.
Xous ne pouvons pas dire si cette propriété gauloise ressenihlait exactement à la propriété romaine, si elle était aussi bien garantie par le droit, si ces limites avaient le même caractère >acré. Nous ne savons même pas si cette propriété était encore familiale ou même individuelle. César ne dit qu'une chose, c'est qu'elle existait ; car visiblement « l'héritage et les limites » soni la mar(pie de la propriété et sont l'opposé de la communauté du sol'.
C'est à ce résultat que conduit la lecture toute simple et sans parti pris du livre de César. Mais les préventions et les idées préconçues sont bien fortes. Qu'un esprit se fasse d'abord l'idée que la communauté des terres a dû prévaloir partout, il arrivera que de la meilleure foi du monde il attribuera cette communauté aux Gaulois contre toute évidence. L'un des premiers érudits de notre temps, M. d'Arbois de Jubainville, dont les travaux sur le moyen âge et sur hi lilléralure irlandaise sont si hautement appréciés, n'a pas cru devoir penser que les Gaulois du temps de César fussent assez avancés eu civilisation pour pratiquer la propriété foncière; et, partant de cette idée de son esprit, il a cru voir chez eux l'indivision du sol. Que César n'ait jamais signalé celte indivision, il s'en met peu en peine. Que César ait signalé comme une dillérence entre les Germains et les Gaulois que les premiers n'ont pas la propriété
1. Ajoutez que rélat social que César décrit est incouciliahle avec un communisme agraire. VI, 15 : hi omni Gnllin plcbs pxnc servnruin Itabetur loco. etc. Vovez les nomiireuv clients cfOrgélorix. I, i; ceux de Vercingéloris. YII. 4; les nomlii-eux indigents qui sont, non dans les villes, mais dans les campagnes, in agris cgenles. Vil. -4; le poids des tiibiita. VI. l.j. Tous ces traits ne sont pas ceux d'une société où la terre serait en comnum. 11 send)le plutôt un régime de grande propriété, où le sol est dans les mains des gi-ands. — [Cf. La Gaule romaine, liv. I.]
(U'.Kil.NES liK I.A l'Itdl'Itll-Tf; FONClKIiK. 107
|ii"ivco. il onii'l (le lo rtMnar(|iii r. Ou'i'uliii (lésar [larlo l'ormcl- K'inoiit, iluv. les (iaulois, >\r l'iiri'ita'io ci des limites, il va se (léliai-fasseï- ilc ce lexle lièriaiil rii l'iiili'r|nvlaiil de la l'acoii la |ilus iiiatleiidiie.
Suivant lui, (|uaiid (lésar meiilioiinc des |)rocès sur l'héritase, (le liercditatc. il ne se iieut pas ((n'il s'agisse de l'hérilaiie de- [larliculieis. la réi,de (riii'i('dil(' ne devant ]ias exister. Mais (le (|U(d iK^itauc Cé-ai- a-t-il |iaii('''.' \'.\ lucn 1 il aura parlé (le riiéiilaiie de la royauté; la royauté e\i>lait; le> lils des rois voulaient succéder aux jières. et s'il y avait contestation sur ce lioinl. les druides jugeaient. M. de .liiliainxille n'a |ia-~ (ail attention (jue dans le li\rc de (ii'sar il e-l iiuolion une dizaine de l'ois de liK (|ui \eulenl élre rois comme leuis |ières, et que pas une loi^ le débat n'est porté ilevanl les druides. C'est une jri'ande cireur de croire que les druides eussent l'iialiiliide de s'(){(U|ier de la p()liti(|ue des Klat- : il i\'\ a [la-- un seul exemj)le de cela. M. de Juliainville veut pourtant (jne, dans la j)hrase de César, de hereditale sifiuilie de l'iiéritaf^e des rois. Kl il donne celle raison : dans un autre ouvraae, [)arlanl des Égyptiens, Césai'a écrit liereditas rciji)'i\ l.'ariiumeiit est singulier. Je répondrai (jue si César a écrit ailleurs lierrditus recjni, c'est que le mol hcredilas à lui seul ne pouvait signilier héritage (le la royauté. Il est bien certain, en ellet, ipie si C(''sar avait voulu dire que les Gaulois portaient devant les diuides leurs déliais sur la succession des rois, il aurait dit de hereditale rerjuiii.
Quant à rex|)ression de /htiliiis, M. de Juliainville veut <]u*elle signifie « les frontières des peupU^s ». Il y a ici une douille crrcni-, hi-huiipie el pliilnloLiiipii'. lli>loriqueniriil, (Jésar nous présente de nombreux exenqiles de (juerelles entre les peuples gaulois; jamais ces (luerelles ne sont port(''es devant les druides. IVnsera-t-on i\iu) Ci'sar ail dit (pie les druides ju-
1. Cela rsl dans li^ Cuiiiple rendu de l'Académie des liisciiplious et Bctlcs- Lellrcê, 1887. piiftes C3 et siiiv. ; p. l.ï, li du lira^'c ii part. — [Voir maintenant le livre de M. d'Arliois do Jiil)ainville, Recherches sur l'origine de la propriété foncière el des noms de lieux habités en France. 1890. — Cf. égaleineiil. contre la théorie de M. d'Arliois de Juliainville, l'excellenl mémoire de M. Léerivain, vl;iHfl/(7S de ta Faculté des lettres de liordcuux, 1SS9, p. IX"J.]
108 QUESTIONS ilISTORIQL'ES.
geaient les tlôlials sur les frontières dos pcu|iles, alors (m'il savait bien qu'ils ue les jugeaient |i;is'.' il est tout à l'ail inexact de dire (jue les druides eussent le droit de juger les peuples entre eux'. Aussi (\'sar, énuniérant les principales matières à procès, eite-t-il le meurtre, l'héritage, les limites; et personne ne doutera ipTil n'ait en vue le meurtre d'un particulier, l'héritage d'un homme, les limites d'une terre.
Philologifiuement, M. de Juhainville objecte que le mot fnex se dit aussi liien des limites d'un peuple que de celles d'une terre. Cela est hors de doute. Le mot fines s'emploie même au moral, et Cicéron a écrit un traité De finibus bonorum et malorum. Qu'un mot soit d'une application si large, cela se voit dans toutes les langues, mais le lecteur ne s'y trompe pas. S'il s'agit de philosophie, il comprendra fines au sens moral. Si un général d'armée traverse le territoire de plusieurs peuples, il comprendra fines dans le sens de frontières. S'il s'agit de droit privé, il ne doutera pas que fines ne désigne une chose privée, . c'est-à-dire les limites d'un domaine ou d'un champ. Or la phrase où César parle de « procès sur l'héritage et les limites » est dans un passage où il ne s'agit que de justice et de droit.
M. de .luliainville a pris la peine de compter que dans le traité De la guerre des Gaules le mol fines se trouve soixantedix-sept fois appliqué à des frontières de peuples. Voilà un de ces arguments par les chiffres qui frappent la majorité des esprits par leur apparence de justesse matérielle. Mais regardez-y un peu. Le De bello rjallico est-il un livre de droit privé? C'est le récit de campagnes militaires ou de négociations avec des peuples. 11 est fort naturel <pie l'auteur ait souvent à parler des frontières ou du territoire de ces peuples. S'il avait écrit un
1 . C'csl que M. do Juliainvillo a fait un faux sens sur foxpiossioii coiilvoversix publicx. Il la traduit connue s'il y avait controversise inler duos populos. Je ne vois dans la litlératme latine aucun exemple où le mot publicus ait ce sens. Dans Suétone, Aiigustus, 2!), \es jiidicia pi/ft/iVa ne sont certainement pas des jugements entre peuples; ce sont des jugements criminels. Quant Cicéron, plaidant pour Roscius d'Amérie, dit qu'il plaide sa première causa puhlica. il est bien visible i|u'il ne plaide |i;is pour un peuple contre un autre ; il plaide pour Roscius accusé de parricide; il plaide au criminel.
ORIGINES I)i: LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE. IO!l
livro de di'dil |ir-ivt'', ce doiil il eût ('lé i'oil caiialilc, c'est dos limiles des |ir(i[iiiélés (iiiil eût loujouis parlé. Peut-on s'étonner de cela'.' Lise/ les (renie vulnnies de Tliiers, (ailes sur eux 11- même ealcnl ([ne M. de .luliaiinilli'. el, si vous raisonnez comme lui, vous eontdurez i|ui' les Français ne connaissenl pas les limites des propriétés.
Ce (ju'il lallail plulùl remar(|uer. c'est (jue, dans le livic de César, au milieu de ses lécils de uuimm'os, il se trouve seulement sept pai'agrapiies sur les nnenrs des Gaulois et leurs inslilutions en tem[)s de paix'. Or. dans ces sept chapitres, vous renconti'ez trois l'ois le mot fines avec le sens parlailemeiit certain de limites des champs'. Ainsi, quand César l'ail le récit des jrnerres, il emploie fines dans le sens de frontières d'Etal, et (piaiid il parle de dniil pii\i''. il l'emploie dan-, le sens de limiles de propriété. Kl si l'on aime les chiH"res,M. de Juhainville a compté soixante-dix-sepl fois fines en trois cent quarante chapitres; en sept chapitres je le compte trois fois : la pro[)(nlion est liieii ^aidée.
Mais, au lieu de compter ce norahre de fuis, il y avail une ohservalion plus importante à faire : c'esl ipie chaipie fois que le mot siuiiilie limite de |ieuple, c(^lle sijiiiilication est nettemeiil accusée parle iiinn du |mmi|i1(' (|ui esta côté. Ainsi, César dit fines Ilelvelioniin. fines Sequanorum, fines Santonitm, fines .Ednnnnn, fines Limjonum. fines Âmbianorum, el toujours ainsi''. l'i'cnez les soixante-dix-sept exemples qu'a comptés M. de Juhainvillo, et vous verrez toujours que le mot fines, lorsqu'il si;jnilie frontières, est accompaj^né du nnit peuple ou d'un nom de peuple. Si César avail voulu parler de procès sur les limites des peuple^, il ani-ait dit eontmversix