VI. I
2. G:ilus. m, lil : ÀppeUalione pecunix omîtes res in Icgc significanlur...
112 QUESTIONS lilSTORIQUES.
mot, mais rovemis. Crsai' jiarle donc ilo Ijiciis (|iiélcoii(|ucs (lonl les revenus sont mis en rései-vo. Ces biens peuvent être une terre en labour, ou un troupeau, ou un fonds de commerce, ou une somme d'argent j)iacée (les Gaulois connaissaient cela); les revenus pouvaient être le produit de la vente des récoltes, ou le croil du lidupeau, ou les iiénéfices du commerce, ou les intérêts de l'argent. Dans aucun cas César n'a voulu dire que les Gaulois ne connussent pas la propriété.
Je tiens à n'omettre aucun des arguments présentés par le savant et liabile éci'ivain. 11 note que tous les noms des domaines fonciers, tels (jue nous les trouvons à l'éijoque romaine et mérovingienne, dérivent de noms d'hommes latins. Cela est vrai, et j'avais moi-même fait cette remarque dans un mémoire antérieur'. Mais ce (}ue je m'étais bien gardé île dire et ce que M. de Jubainville soutient, c'est que ces noms latins de l'époque romaine prouvent qu'il n'existait pas de domaines à l'époque gauloise. Cela prouverait tout au plus que les noms des domaines se latinisèrent après la conquête aussi bien que les noms des particuliers. Comme les propriétaires gaulois avaient pris pour eux des noms romains, ils donnèrent ces mêmes noms à leurs terres, et c'est ainsi que les domaines s'appelèrent Pauliacus, Floriacus, Latiniacus, Avitacus, Yictoriacus, etc. Conclure de ces noms (ju'il n'y eût pas de propriétés avant la conquête, est un raisonnement bien téméraire. M. de Jubainville allègue encore que César n'emploie pas en parlant des Gaulois les termes villa et fundus; il conclut de là qu'il n'y avait pas en Gaule de propriétés rurales, fundi, ni de fermes, villx. « Il n'existait avant la conquête ni fundi ni viUx, et la terre était en commun". » Voici encore une affirmation qui surprend. 11 fallait faire attention que, si l'on ne
fundum vel hominem.... — • Digeste, L, 16, 222 : Peamise nomine non solum mimcrala pecunia, sed omncs rcs tam soli rptam mobiles conlinenlur. — Cf. S. Aii;;ustiii, De dlsciplinci christiana, I : Omnid iiiionirn domini siimus pecunia vocantur; serrus, ayer, arbor, pecus, pcciinin <liciliir.
1. [Le domaine rural chez les Humains, dans la Revue des Deux Mondes, 1886, t. LXXVU, p. 521 ; voir maiiiteiiaiil L' Alleu, c. 1 et c. 7, § 1.]
2. Compte rendu de rAcadémie des Inscriptions, séance du 8 juin 1886, tirage à part, p. G.
ORIGINES IiE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE. 115
trouve pas cl-. (1imi\ ItM-nios dans César, on trouve des termes exactement synonymes. Les Romains avaient jilns d'un mot pour désigner la |)ro|)iiété rurale, fundus, ou la l'erme, villa. Pour fundux ils disaieni (njcr; c'est le sens que ce mot a toujinirs dans Caloii, dans ^arron, dans Columelle, souvent dans Cicéron, souvent dans Pline. Pour villa ils disaient xilifciwn; quand Varron ou Columelle parlent des construction-, (jiii s'élèvent au milieu d'un domaine, ils ein|)loient aussi souvent œdificium que villa. Prenez le livre L du Digeste, titre 10, et rapprochez les trois fragments 27, 60 et 211, vous reconnaîtrez que les Romains appelaient un domaine at/er et la construction œdlficiian. Or César, parlant des Caulois, emploie très souvent le mol agri et plus souvent encore ledificia. Voilà les domaines et les vilhe que M. de Juhainville clieicliail. Ces xdificia n'élaicnl pas des cabanes, c'étaient des fermes. Ils contenaient d'ordinaire une population rurale assez nombreuse, j)uis(|ue César note une fois comme exception singulière « qu'il ne rencontra dans les sedificia des liellovaques (ju'iin petit nombre d'hommes, parce que presque tous étaient partis pour la guerre 5>. Ils contenaient aussi des greniers pour mettre les récoltes; car riii.>l(irien note que « les Tenctères, avant envahi le j)ays des Ménapiens, se nourrirent pendant plusieurs mois des grains qu'ils trouvèrent dans les sedificia ». Le général romain savait bien que |iour procurer des fourrages à sa cavalerie il fallait les chercher dans ces fernu";, pabiiluni rr xdiftciis ain(juircrc\ Ce que César dit de Vxdificium d'Ambiinix montre ([ue c'était un bâtiment assez grand j)our loger un nombreux personnel. Ainsi, les mots aqer et aedificiiim remplacent dans César les mots fundus et villa, et ne j)ermettenl pas de dire (|uo « les Gaulois ne connussent ni les domaines ni les fermes avant la conquèle .■.
M. di' .Inhaiinillr compare la (iM-re gauloise à Vager publicus romain. Je ne sais si le savant médiéviste se fait de Vager jiublinis une idée bien exacte. C'est un sujet fort difllcile, qui exige pour être étudié beaucoup de temps, de minutieuses
i. VUI, 7;n". i: VI, 30; Mil. 10.
recherches et une grainU' l;iniili;uilé av<'c les choses romaines. Je ne veux pas insister. (Ju'il ine suffise de dire ({ue Vager publicus n'était pas une terre commune, mais une iiro|iriété d'État à côté de la propriété privée. Suj)poser que l'État <j;anlois fût le maître de tout le sol et le dislrihuâl annuellement entre les citoyens, c'est supposer une chose qui serait ahsolument contraire au.\ habitudes romaines et aux pratiques de Yager piiblicus. 11 est d'ailleui-s impossihle de trouver dans le livre de César une seule ligne qui autorise une pareille supposition'.
En résumé, la tentative de l'ingénieux érudit pour montrer la communauté des terres chez les Gaulois ne s'appuie sur aucun document. A vérifier les textes qu'il cite et les arguments qu'il ])résente, on voit qu'aucun de ces textes n'a le sens qu'il leur attriliue, qu'aucun de ces arguments ne se rapporte à la pratique de la communauté. Le plus sage est encore de se tenir à ce que César nous enseigne.
\ . M. de Ju))ainville ne traduit pas très exactement les textes latins. Par exemple, s'il voit dans César qu'aucun Germain ne possède agri modum certum, vite il dit que cet ager doit être Vnger publicus, « par ce motif qu'à Rome tnoilus agri était l'expression consacrée quand on parlait de Vager publicus )>. Mais où a-t-il vu cela? 11 peut lire dans Yarron, De Re ruslica, 1, 13. les mots de modo agri. lesquels signifient incontestablement u de l'étendue d'une propriété privée ». 11 trouvera la même expression, agri modum cerluiu. dans Vari'on. 1, 18. lorsque l'agronome dit que le nomlire des esclaves ruraux doit être proportionnel « à l'étendue du domaine ». 11 trouvera encore chez le jurisconsulte Paul, au Digeste, XVlll. 1, -40, moiluiu agri, signifiant l'étendue d'un donraine qu'un particulier vient de vendre. Pour prouver que ager signifie à lui seul ager publicus, il cite la Loi Tlioria. sans faire allenlion que dans cette loi Vager priratus est nommé onze fois, et que pas une fois ager ne désigne la terre pul)lique à moins d'être accon]])agné de l'adjectif publicus un du •2én'[l\( populi.