‹ Questions historiquesChapitre 70 sur 258 · PAR LES ROMAINS · texte numérisé non relu

PAR LES ROMAINS

.1 mon mai Ire il. A. CliérueU

l'ulybo 0^1 11- deiiiier t''c'ri\;iiii de la (irècclilnv, cl riii>l(ii'ieii (le la confjuèle. Son livre n'est j)ourtanl inspiré ni par le reirrol (le l'iiult^pendance, ni |iai' la haine des vaiii(|uenrs. 11 racdulc sans indij;nalion el ^aii^ douleur la lonjine histoire de l'asservissement de son jjaNs. (ie n'est pas chez lui de rindiiîi'rencc; ce n'est pas non plus l'impartialitt- de l'historien; il est franchcmcnldu paili des vainqueurs; on sent (pi'il est heureux de voir la (irèce oL(îir.

Qu'il aime sa patrie, on n'en peut jKisdouler; rhonni''teti3el l'i-h'-valion de son caraetère le melteul à l'ahri du souptjon de trahis(Ui. Ne le (•(iiiriiiid(iii> pa^ avec les Uiophane et les (lallicrale, dont il llt^'tiit si ('uergiquement la conduite. Il servit son pays, m(?me à Rome, et aux côtés de Scipiou Kmilien. Il osa disputer aux rancunes des vaintjueurs la mémoire et les statues de Philopémen. Après la prise de Corinlhe, il refusa de s'enrichir de la ruine de ses compatriotes. Qu'il agisse ou (|u'il <!'crive, nous le voyons toujours désireux du honheur de sa nation, in(iuiet de son avenir ou honteux de ses fautes. Il peut n'avoir pas une grande estime pour elle; il a du moins une affection sincère. Son livre respire i'amoui- de la Grèce en même temps que l'admiration de Rome.

Comment donc se fait-il qu'il n'ait aucun accent de regret pour la liherté qui périt ? Qu'un citoyen honnête el dév(uié à son j)ays puisse se réjouir du succès de l'ennemi public ipie cette préférence ne soi l pas de la trahison, mais presi[ue du patriotisme, c'est là un fait digne de quehpie allenlidii. lu ^i l'élude ap|iiofoudie de celte ('iJOiiue nous montre (jue cet homme n'est pas différent de ses concitoyens, et que ses sentiments sont ceux d'une grande partie de sa nation, on peut espérer de trouver là une exjilicatioii de la conquèti! de la (irèce.

Les légions n'ont pas tout fait, la jiolilicjue du sénat romain

n'a pas tmil préparé. Les Grecs sont bien pour quelque chose dans l'œuvre de leur asservissement ; et il paraît même que leurs sentiments et leurs dispositions morales y ont pluscontri- Jjué que la force et l'adresse de leurs vainqueurs. On essayera de montrer ici par le livre de l'ulvlic et par Pohlu' lui-même comment le cœur d'un Grec était tout disposé à se laisser conquérir, et comment Rome faisait ses conquêtes.

Ce qui dans la fortune de Rome doit être attribué aux vertus et à la sagesse des Romains a été souvent expliqué. On se propose de marquer ici la part que les vaincus ont prise à l'élévation de cette merveilleuse fortune, et comment ils y ont euxmêmes travaillé.

Un historien romain, (juelque peu tléclamateur à la vérité, a dit de la Grèce qu'y pénétrer ce fut s'en rendre maître, introisfc Victoria fuit*. Il ne faut pas entendre par là que la Grèce, sans force et sans énergie, fût une proie facile pour le premier conquérant venu. Tite-Live nous laisse voir que les Romains n'ont entrepris qu'avec crainte les guerres contre Philippe, contre Anliochus et contre Persée; la Grèce n'était donc pas sans vigueur. Elle était plus riche que l'Italie; elle ne manquait pas encore de bras : Polybe dit que la ligue achéenne à elle seule pouvait armer trente ou quarante mille combattants; elle avait encore la cavalerie étolienne, la phalange macédonienne, les flottes de Rhodes. Elle avait pour elle les dispositions si favorables de son sol, et ses montagnes qui arrêtaient l'ennemi. Elle avait enfin le respect qu'elle inspirait, et le souvenir de son ancienne gloire, qui. >'il ne servait à l'animer, pouvait au moins rendre ses adversaires moins hardis. Cette race grecque, chez qui l'esprit militaire n'était pas éteint, était encore capable de se mesurer avec Rome. Mais ce qu'elle pouvait faire, peut-être ne le voulut-elle pas.

\. Flonis, II, 7[I, 23, llj.

CIIAIMTUE PREMIER

L'aristocratie et la démocratie en Grèce; guerres civiles dans les cités.

C'est par le réfiiiiie iiiiiiiu-i|i;il (|ue l;i siici(''lé j;rec(|U(' s'élail consliliiée. L'espril nouveau de lilierlé (|u'ell(! ap|)or[ail dans le niniiili'. ne immimiiI IihuIci' dahuid de Liraudcs sot'ictés. Si l'on rejetait le despotisme de l'Orient, il fallait reiioneer aussi à la ^'lande et calme unité des sociétés orientales. F,e morcellement régna donc sur celle lerrcî où di'jii la nature, avant l'homme, avait Iracé lanl i\\' (li\isi(iiis, cl (juc 1rs montagnes et la mer avaieni lanl (liHoupée. (iliacpie agglomération d'li(unmes forma un Ijal ; clia(|ue cilé fui souveraine. Quelques institutions religieuses rappelèrent aux villes leur fraternité, mais sans diminuer en rien l'indépendance de chacune d'elles.

L'esprit municipal était si puissant chez le |H'uple gicc. qu'il domina le génie de tous ses hommes d'I.lal. La firèce eut d'admirahles législaleui's, et les modernes n'uni rien ajouté à leur science de hal.iurn- les pouNoirs cl d'assurer riiaruKinic des éléments divci- d'un Liai. Mai^ leur- h'gislalions irélaienl faites que pour une cilé, et se seraient Iniuvées iin|)uissantes à régir une nation entière. Les ])liilosophes eux-mêmes, (jui avaient tout luisir de créer une répuldique idéale, liornaieni l'association humaine à l'cnceinlo des murailles d'une ville; et IMaton, dont l'imagination se trouvait eml)ari'assé(^ d'avoir ;i gouverner un trop grand nombre dliumnies, n'admetlail dans sa république que 5000 citoyens.

Le j)alriotismc des Grecs ne s'étendait guère au drià des limites de la cité. Comme peu d'Iiuiuuu's avaieni la corucpliou

iR'llc (le lii pairie comimiiie, peu d'hommes aussi s'allachaient et se clévouaienl à elle. Toutes les afleelions et toutes les forces étaieul données à la cité. Dans la guerre niédiquc, Sparte aurait volontiers livré toute la Grèce pour ne défendn; que h; Péloponcse. Hérodote ne songe pas à blâmer ces Ioniens qui à Salamine se montrèrent plus acharnés que les Perses eux-mêmes à comljattre les Grecs. Thucydide n'est pas non plus très sévère pour ces Spartiates et ces Athéniens qui envoyaient à la fois des ambassades au grand roi; Aristophane marquait sans la lléirir cette politique d'Athènes sur son théâtre '. L'esprit politicjue des Grecs ne se haussa longtemps qu'à l'idée de cité. Corinthe ne comprenait pas qu'elle eût rien de commun avec Mégare, ni Argos avec Sparte, ni Mégalopolis avec Mantinée. Entre deux villes voisines il semblait le plus souvent (ju'il ne put y avoir que de la haine'.

Une des conséquences de l'extrême division était une suite non interrompue de guerres sanglantes. Mais la guerre n'amenait jamais l'unité, lue ville avait-elle été conquise, il fallait la détruire ou l'asservir; car les vaincus n'entraient pas dans l'État et n'avaient aucune part dans la cité. Les Grecs ne comprirent que fort lard (ju'un État pût être composé de deux villes jouissant de droits égaux et ayant part toutes les deux au gouvernement commun. Très habiles à donner des lois à une cité, s'ils venaient à agrandir leur puissance, la science du gouvernement leur faisait défaut; et l'on asservissait les villes, faute de savoir les administrer. Or, comme aucune ville ne s'était trouvée assez forte pour imposer à la Grèce un gouvernement absolu, la Grèce n'avait jamais pu être unie.

Menacée par des empires puissants, elle avait su plusieurs fois se confédérer. Mais ces essais, tentés en vue d'un danger présent, duraient tout au plus autant (|ue ce danger même. Bientôt nul ne tenait plus à cette alliance, que ceux qui avaient intérêt à la transformer en empire; les autres villes, (jui s'étaient montrées empressées à former la confédération, l'étaient plus encore à la rompre, sous prétexte que leur liberté

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