‹ Questions historiquesChapitre 74 sur 258 · Plularque, Vie d'Agis · texte numérisé non relu

Plularque, Vie d'Agis

128 QUESTIONS IIISTORIOIES.

mcnl la môme valeur ([u'iN (Hil cluv, ikhis; les conslilutions des Ailles j^rccques, au temps de Pcdylie, se ressemblaient à très jieu près; et dans j)res(jue toutes tous les citoyens partageaient également les droits polili(|ues. Ce que nous entendons pai' le régime démocraliijue existail donc presque partout. Mais là où une classe peu nombreuse possédait la richesse et y joignait l'influence, le gouvernement passait pour aristocratique. Là où une abolition de dettes, un partage de terres, ou tout au moins un emprunt forcé venait d'avoir lieu, la constitution était réputée démocratique. Le plus fort des deux partis ne s'en tenait pas à la puissance politique, et chaque coup d'État était signalé ou par une confiscation de la richesse ou par une restitution forcée.

Un des premiers actes de la vie d'Aratus a été remarqué par les écrivains anciens comme peu commun. La révolution qu'il opéra dans Sicyone affranciiie ramena une foule d'exilés qu'une révolution précédente, il y avait cinquante ans, avait dépouillés de leurs Idens. 11 fallait les leur rendre, et ruiner à leur tour ceux qui jwssédaient ces terres depuis un demi-siècle. Aralus le Ht; ce n'est pas là ce qui parait extraordinaire à Gicéron qui raconte le fait; rien de plus commun au contraire. Mais il se distingua en ce qu'il trouva moyen, à la faveur des largesses d'un Ptolémée, d'indemniser ceux à qui il enlevait les biens. C'est ce dernier trait que Cicéron admire; le premier était habituel'.

Les mots de tyrannie et de liberté n'avaient pas non plus dans les idées des Grecs le même sens que ces mots ont chez nous. Sous ces deux noms, c'était encore la richesse et la pauvreté qui se faisaient la guerre. La tyrannie n'était qu'une forme de la démocratie, et c'est même ce qui la ilistinguait de l'ancienne royauté des temps héroïques. « Tandis que la royauté, dit Aristote% est établie pour défendre les grands contre le peuple, le tyran n'a pour mission que de protéger le peuple contre les riches. Le tyran a toujours commencé par être un démagogue, et il est de l'essence de la tyrannie de com-

t. Cicéron, De officiis, II, 23.

•i. kvhiote, Politique, V, 8. " •

POLYBE or L.V GUKCE CONOUISE l'AR LKS ROMAINS. 12'.»

haltif l'iiiislocralie. » C'est sans douU' parce (|iii' l'Iiilippe abaiuloniie les iiitiMèts de l'arislocralie frrecque j)our se liiiire populaire f|iie l'ulylie lait enlemlre qu'il est devenu lyran, de roi qu'il était'. Cléomène (jui abolit les dettes et parla|i;ea les terres, Cléomène, le roi de la démocratie sparliale, avait, dit l'ulylie, chan<jé la royauté de Sparte en lyrannie*. Nicoclès, le tyran de Sicyone, était le chef de la déniocralie e( avail dépossédé les lirands, puisque nous venons île voir qu'un des premiers actes d'Aralus avait été de rendre leurs biens aux citoyens riches que le tyran avait exilés. Nabis n'était pas non plus autre chose que le chef des pauvres contre les riches. « 11 avait jeté le fondement de sa tyrannie en exilant ceux que la richesse ou la naissance mettait au premier rang". » Maître d'.Vrgos, son premier soin fut de confisquer les biens de rari^locnilie, d'abolir les dettes et de partager les terres*. Même politique à Sparte : il donne des champs aux pauvres et aux esclaves la liberté'. Kst-il en guerre contre l'Achaïe et l'Ianiiniiius, il trouve dix mille LacoMiiiiN i|ui prciiiniil lo armes pour lui, tant il est populaire; mais aussi, pour assurer sa résistance, il lui faut massicrer les quatre-vingts plus riches citoyens de Sparte'".

\oilà ce qu'enfantait chez les Grecs l'inégalité des fortunes. Kt ici se montre bien l'absence de vues politiques et sociales chez ce peuple, si grand néanmoins par riiilelligence. Chacune de ces révolutions pres(|ue jouriudières aurait dû les avertir de travailler à en prévenir le retour, en donnant à la richesse une répartition plus légitime, ou à la |iauvrelé des conditions meilleures, en adoucissant et en faisant tolérer l'inégalité. Tous devaient chercher la solution de ce problènu-, les pauvres pour avoir le bien-être, les riches pour le conserver et les bons citoyens pour assurer le repos de l'Ktat. C'est à quoi les Grecs ont le moins songé. Aristotc lail un iniih' de la science économique, et ce point, le plus important de tous, est le seul qu'il

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