IJom, VI
Tous les étrangers savaient, que les Grecs éljiii'nt à vendre, soit individuellement et en secret, soit (nivcrlement el ]);iivilles. Eumène osa offrir de pensionner le sénat aeliécn, qui refusa, il est vrai, mais ([ui aceepla les présents intéressés de Ptoléméc'. Sélencus, j)rès de eompiérir rÉiiypte, eut soin de répandre cent talents ]»arini les Grecs, et Polybe dit de Persée que, pour peu qn'il l'eût souhaité, il pouvait acheter la Grèce*.
Enfin les Grecs, n'étant plus retenus par aucun amour pour leur cité, ne virent plus de raison pour ne j)as recherclicr l'alliance et l'appui des étrangers. Chacun leur livra la Grèce, et ne leur demanda en retour que le triomphe de sa faction.
Le patriotisme est une source féconde de vertus ])rivées. Il crée au haut de l'échelle les grands hommes, et au bas les honnêtes gens. 1/hahitude de la soumission à la loi donne aux âmes la dniilure; l'orgueil national fortifie et élève les caractères. Quand on redoute de faire le mal dans la cité, on répugne aussi à le faire dans la maison. C'est toujours un bon frein pour le mal, un puissant stimulant au bien que le respect de l'Etal. La nature humaine, livrée à elle seule, est faible, intéressée, ignorante et prompte au mal. Il faut nous enlr'aider, nous unir et nous serrer les uns conti'e les autres pour nous défendre contre tant d'erreurs el de fautes. Chacun sent son impuissance et va chercher bois de lui-même des conseils on des appuis; il en demande à la religion, à la loi, à la coutume, à l'opinion des hommes. La religion chez les Grecs avait peu d'autorité sur les âmes; elle n'avait pas, comme chez lunis, la surveillance des mœurs, le dépôt de la morale, l'empire de la conscience. Le prêtre, n'étant que le ministre du cul le et ne paraissant que dans les cérémonies, n'exerçait aucune direction sur les actes de la vie privée. — Les anciens n'avaient pas, comme les sociétés modernes, le sentiment de l'honneur, ce fruit de la distinction des classes, né chez les jdus hautes de l'idée (ju'elles avaient de leur dignité et de leurs devoirs, et qui a gagné de proche en proche le reste de la société. Ce sentiment, qui est un composé d'orgueil et de désintéressement, ce