‹ Questions historiquesChapitre 80 sur 258 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Quelques hommes modérés; Philopémen et Polybe.

Au milieu île ces déplorables luttes et de ces crimes, il ne se pouvait poui'lant pas qu'une race cultivée et intelligente comme la race grecque ne produisît au moins quelques hommes sages. Etudions ces hommes à leur tour. S'ils ne sont pas tout à fait exempts de l'esprit de faction, du moins pouvons-nous supposer qu'ils ne se laissent pas complètement dominer par lui. Yoyons donc par eux jusqu'à quel point la sagesse savait se garder de ces passions, ce (ju'elle pouvait sauver de l'âme humaine, et ce qu'elle leur en sacriliait ; nous pourrons voir alors si elle était un remède suffisant aux maux du pays.

Lorsque naquit Polybe, l'Achaïe était presque le seul endroit de la Grèce où la modération fût encore possible. L'habitude de la guerre civile manqua longtemps à l'Achaïe; les passions étaient donc moins violentes qu'ailleurs. ÏXul n'avait de vengeances à exercer ni à craindre; les caractères y étaient (loiie plus calmes, et l'esprit public plus sage. L'Achaïe avait bien, comme toute la Grèce, ses riches et ses pauvres ; mais les pauvres ne s'étaient pas encore organisés en faction et n'avaient pas forcé les riches à en faire autant. Les villes étaient généralement petites, sans industrie et presque sans commerce; la richesse qui a sa source dans l'agriculture est cell(> que le pauvre respecte le ])lus longtemps; et elle élail d'ailleurs assez généralement répartie pour ne pas opposer d'une manière trop choquante l'opulence et la misère. Les riches y étaient moins impérieux, les pauvres moins cupides (|u'ailleurs: el les crimes des révolutions ne les avaient pas rendus irréconciliables.

Aussi le gouvernorriLMit tlo l'Achaïe était-il diii^V" par un certain esprit de satresse qui ne se voyait fruèi'e ciiez les autres (iriTs. L'aristocratie y jouissait de la puissance (pie donnent la >upériorité de la richesse et celle de l'espril ; mais elle savait la ménager. Elle comhattail énertriquenient le peuple au di'luMs et le llallait chez elle. Le gouvernement était déniocratiipie par les institutions, arislocratii[ue seulement par l'esprit. « On ne trouve nulle part ailleurs, dit Polyhe, |dns d'égalité, de liherté et de véritahle démocratie. « En cll'el. tous les citoyens avaient des droits égaux: tous indistinctement pouvaient piendre part aux assemhlées générales de la ligue. Mais il ne faut pas juger l'état polili(pie et social d'une vill(> grec([ue d'après sa cmi-iiiulioii ('crile. L'égalité et la hlicrh' (|iii' l;i Im proclamait |uesque partout étaient tantôt tempérées el lantôl [Kiiissées à l'excès, suivant les mœurs, l'esprit puhlic el l'ascendant de l'une ou l'autre classe. La lettre des coiislilulions était à peu près partout la iiiémc; mais sous 1("~ inrmc- liii-> l'aristocratie et la démocratie pouvaient régner tour à tour. 11 faut donc d'antres signes que la constitution pour distinguer quel parti a la puissance. Nulle part en Ijrèce, à cette époque, l'aristocratie ne domine en vciln de droits écrits et avoués. Si elle peut régner, c'e^t par >ur|irise, c'est [lar adresse, c'est surtout en laissant ignorer au vulgaire qu'elle règne.

.\insi, chez les .Vchéens, la loi est pour le peuple, mais le pouvoir est à l'aristocratie. La loi accorde au peuple l'élection du stratège'; mais comme celle magistrature est ruineuse', il faut hien que le stratège soit choisi dans la classe riche. En Achaïe, les jeunes gens des principales familles forment le corps de la cavalerie. l'Iularque signale l'autorité et la puissance de ce corps ipii ili-.pose des honneurs, etPolylx; nous dit que tous ceux qui aspiraient à devenir stratèges avaient grand soin de le llatter".

Le peuple avait autant de dioils ipi'il en pouxail demander. De rassemhloe générale à laquidle Ions les citoyens étaient

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