‹ Questions historiquesChapitre 99 sur 258 · Polvljc, V · texte numérisé non relu

Polvljc, V

POLYRE 01' LA GRKCK CONOI ISi: l'Ail LES ROMAINS. 105

i|ii(' li's esprits modéi'és. (|iii l'iMiciil en plus i^riiml inniiliri', oussoiil préféré ia lU'iilralih' : la ilciiiit'rc, [lanc ipic lr parli (!émocrati([ii(* y élail le plus tml '.

l'Iiilopéint'ii était al)seiil. du ne pciil diir (iiicllc [liiil il rùt |)iiM' aux résolutions do la lifiuc Mais ci' ipii est mu-, ('r^t (|uç l'olvhe les appi'ouvc. Il Iduc fiiaiidcnicnl le stratège Aristcne qui entraîna la coniétlératidu dans celle nouvelle alliance : "■ Si Arisli'ue, (lil-il. n'eùl à pi'opus IransporU'' l'Acliaïe {\\i parti de Philippe à celui ili' lidine. lu Iil^iic l'Inil |iei(liie: rljeilul.au contraire, à ses conseils la sécurili' cl rat'cidisselueni '. ■ l.l pourtant, (piand l'olylie écrivait ces mois, il ne pouvait pas ignorer (pie celte décision de l'assenililée de Sicyoïie avait élé l'origine delà domination romaine en Grèce.

Rome ^ ict(. lieuse à Cynoscéphales, ces Imuiuie- eureni un moment d'iiupiiélude que Pidylie ne dissimule |)as. Les ('Irangers occu|»aienl la (îièce : il l'allail qu'ils eu soi'tissenl. el Vou sentait bien qu'un ne pousail l'idjleuii' (pie de leur juiipic mi- Iduti'. Home était liluc d'assei\ir lu (irèce, el rien ne pouvait l'arrêter, si ce n'est sa propre modération. Les (irecs l'urenl l'assurés parla scène des jeux islhmiques, et le parti de l'indépeudance jtut se féliciter d'avoir v\c impuui''meut im|iiudenl. Cela fui même un mallieui-. el l'iui^iue d'une illu'-iou funeste. il criil (pie les Romains étaient d'une autre ualure que les autres hommes, ([u'ils bravaient les périls el diqKMisaient leur argent sans avoir en vue aucun intérêt, (pi'ils pouvaient être puissants sans être ambitieux. 11 osa compter que Rome se bornerait à un protectorat désintéressé, el qu'elle soutiendrait les Grecs contre la Macédoine et rarislocratie contre le peuple, mais sans songer à rien assujettir. 11 pensa alors qu'une utile dépendance donnerait à la Grèce le calme et la paix que l'étranger seul |Mui\ail lui doiiuer. sans lui (jler son système fé'déralif et son titre de peuple libre. (Je fut ainsi (ju'avec le |)lns |)ur amour de l'indépendance il livi'a la pali'ie aux Jlomains.

I. Til(;-Livc, XWIJ. 20-23. Appicn, De rébus Macedonicis, 5. •J. l'olvbc, XVII, 15. U.

liu; QUESTIONS HISTORIQUES.

Il faut rccoiinaîtic (|iir la |iivniiiM(' |)(ilitique de Rome paiiil justifier cet espoir. L'ainbilion romaine a eu des degrés, et Rome n'a pas conçu d'un seul coup l'idée d'assujettir le monde. Vicidrieuse d'Annihal et de Cartilage, Rome crut pouvoir prendre le premier rang parmi les villes, mais elle ne parait pas avoir songé aussitôt à les asservir. La première génération des conquérants se lit remarquer par sa prudence et sa réserve; elle ne détruisit, n'assujettit aucune cilé, évita d'imposer des ordres, n'ôia à personne ses lois. Elle laissa subsister Carl'iage, ([u'elle avait le pouvoir et le droit de détruire. Elle se contenta d'affaiblir Pliilippe et Antiocbus. Elle n'eut longtemps et ne voulut avoir d'autre instrument de domination (jue le parti qu'elle s'était créé dans chaque ville. Inspirer aux peuples un mélange d'affection, de respect et de crainte; s'établir comme juge suprême au-dessus d'eux; faire du sénat le tribunal commun des nations ; régler le gouvernement des villes et assurer dans toutes la [)répondéi'ance de l'aristocratie : tel parut être d'abord runi([ue but (jue Rome se proposât. Elle espérait y parvenir [lar une simple lédéialioii de municipalités, dont elle devait être la tête. Enfin la première génération se contenta de l'hégémonie; la seconde seulement aspira à l'empire.

L'aristocralie dominait alors à Rome, moins hardie de sa nature que la démocratie, calculant et ménageant davantage. Elle reculait devant les conquêtes, comme si un pressentiment lui avaitindiqué ([u'elles feraientle triomphe de la démocratie. Elle craignait d'asservir le monde et semblait prévoir, comme Scipion l'Africain, ([ue la conquèle était la ruine, peut-être de Rome, de l'aristocratie sûrement. C'est Caton qui demandait chaque jour la ruine de Carthage; c'est un Scipion qui répétait clia(jue jour au sénat : Laissez Carthage debout. Enfin l'aristocratie, maîtresse à Rome de la p(ilili(iue extérieure, ne semblait souhaiter d'abord autre chose que d'affaiblir partout la démocratie H les rois, pour régner elle-même à Rome avec plus de sécurité.

C'est sur ces dispositions bien marquées du sénat et des généraux de Rome que des hommes, préoccupés d'ailleurs iiar

POLYBE OU LA GRKCE CONQUSE l'AR LES ROMAINS. 167

leur haine contre le parli populaire, fondèrent leur espoir. L'ajtpui lie Home leur assurait le pouvoir dans leur cité el les aidait à f^ouverner. Ils ne souj^'èrenl pas que le protectorat se chan;.'e vite en domination, que l'on est toujours à la discrétion du |)lus fort, et que le plus fort lui-même n'est presque jamais le maître de se modérei'.

A supposer même la puissance protectrice exempte d'ambition el d'entiainemenis, l'empressement des proléi;és ne devait pas tardera changer l'alliance en empire.

En effet, le tiers parli se vit bientôt dépassé. Il avait accepté les Homains; d'autres les appelèrent. l'bilopémen « ne souscrivait aux désirs de Rome qu'autant ([u'ils étaient conformes aux lois de l'Acbaïe et aux traités d'alliance ». Bientôt vint Arislène, qui « obéit à tous les désirs de Rome, qui les prévint et qui mil de côté les lois de son pays sitôt qu'elles s'cqtposaient aux ordres de Rome' ». Ainsi les hommes qui voulaient l'indépendance de la patrie eurent à combattre ceux de leurs concitoyens qui aspiraient à la sujétion, avant même d'avoir à combattre l'ambition de Rome.

Provoqué ainsi par les peuples, le sénat ne tarda pas à s'écarter de sa modération première. On peut suivre dans celle histoire les progrès simultanés de l'ambition de Rome et de la servilité des peuples.

En 180, la ligue achéenne, à qui Flamininus venait de défendie de faire la guerre à Sparte, envoya deux ambassadeurs à Rome pour soutenir ses droits. Or les deux délégués, Lycorlas el Diophane, divisés d'opinions dans leur pays, ne s'accordèrent pas mieux en présence du sénat. Diopliane, au lieu de défendre les actes de la ligue, ne dit autre chose, sinon qu'il appartenait au sénat de régler toutes les affaires de la Grèce, et qu'il était le maître de terminer comme il lui plaisait les querelles de la ligue et de Lacédéraone'. En vain Lycortas prolesla-il contre celle doctrine inattendue, en vain allégua-t-il les traités el la liberté proclamée; que pouvait ce représentant de l'indépendance enlre Diophane et le sénat romain? Dans

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