L'HEURE QUI SONNE
Messieurs,
Vous avez achevô vos éludes classiques. Vou^? avez pris ou vous allez prendre vos licences ou vos doctorats. L'heure sonne donc ou va sonner de votre entrée dans la vie. C'est une heure grave pour tous les hommes, mais qui ne sonne pas de la même manière pour chaque génération. Les événements sont le carillon qui précède, qui accompagne, qui enguirlande de sa chanson les vingt-cinq coups de la grosse cloche. C'est eux qui brodent sur Theure ((ui sonne, et lui donnent un sens qui n'est jamais le luème.
-Messieurs, j'ai écoulé, et il m'a semblé que riicure parlait ainsi :
Voici le temps pour les lâches, ou simplemoni pour les faibles d'abandonner la partie. Il se fait un grand tumulte autour du navire de l'Église. Depuis
I. Discours prononcé .'i Paris, à l'assemblée générale dr la Conférence Olivaint, le 9 juin 1905.
longlomps, le métier de mousse ou de matelot, — même celui d'amiral, — sur ce navire-là n'était pas profitable. 11 va devenir dangereux. C'est le moment de quitter le bord, avec les rats dont vous savez que l'espèce est prudente. Que ceux-là donc s'écartent, pour qui la paix se confond avec l'entêtement à ne point se battre, et qui ne veulent point se rappeler ou risquer d'apprendre qu'elle est, tout au contraire, un fruit de guerre, une conquête, une trêve qu'il faut acheter cher, et défendre tout le temps, et perdre quelquefois, et recommencer ensuite à conquérir. Qu'ils se hâtent! Qu'ils se décernent à euxmêmes le brevet de sagesse, qu'ils partent en exprimant leurs regrets, et qu'ils laissent au péril ceux qui doivent y aller, non par plaisir, ni par bravade, non sans quelque serrement de cœur ou de nerfs, mais sans crainte aucune pour le vaisseau, ce qui est tout l'essentiel, puisqu'il porte dans ses flancs, dans ses voiles, dans sa mature et dans la flamme qui est au bout, toute la beauté morale du monde. Si vous voulez une comparaison plus terrestre, je vous dirai, pour expliquer ma pensée, que, ces jours derniers, à la campagne, je voyais un vieux paysan de mes amis qui rentrait des fagots dans sa grange. Comme nous sommes à la fin du printemps, il y avait, à l'extrémité des branches de bois, là où furent les feuilles, des cocons de chenilles, que le bonhomme enlevait, en cassant les brindilles. Je lui
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dis : « Vous y mettrez du temps, car 1 année est aux chenilles ». Il me regarda, de son air tranquille, et, cassant un autre brin de ramure : « Possible, me dit-il, mais j'aime le l'eu clair, et je ne veux })as de vermine dans mon bûcher ». Il avait raison. Et je crois que Dieu pense comme lui. Je vous dis cela, non pour insulter ceux qui déserteront les rangs des catholiques, — nous ne sommes pas chargés de les juger, et le monde s'en charge; — non pas pour nous glorifier par avance de la fidélité que nous •'opérons garder, car nous savons qu'elle est l'œuvre, pour un peu seulement, de notre bonne volonté et j)our beaucoup du secours de Dieu ; je vous le dis pour que votre jeunesse ne s'étonne pas des défections <[ui se produisent ou qui se produiront. Vous verrez séloigner des hommes que vous croyiez plus braves, que vous aimiez peut-être, des laïques, des prêtres même. N'en soyez pas troublés, il faut que cela soit. L'heure en est venue.
(Jue dit encore l'heure qui sonne? Elle dit : Voici, pour ceux auxquels répugne la lûcheté, le temps d'être fidèles. Vous êtes de ceux-là. Vous qui êtes <les chrétiens, soyez fidèles, d'abord, au premier de vos amis, Jésus-Christ; soyez-le à l'Église qu'il a fondée, et qui va vous demander des sacrifices nouveaux. Vous l'aviez vue organisée, selon sa iiiérarchie, dans le cadre des divisions administratives de la France, possédant une rente sur l'Etal
(lui iHail une compensaLion, proli'gcc par un roslc de respect; vous la verrez demain différemment groupée par le malheur et par la faim, appauvrie, injuriée et frappée. Vous la reconnaîtrez cependant, parce que ce n'est pas sa prospérité que vous aimez. Vous lui rendrez témoignage dans la vie publique et dans la vie privée, par votre parole et par vos écrits, et je crois entendre plusieurs d'entre vous qui ajoutent : « autrement même, s'il le fallait.' » Mais ce n'est peut-être pas cet autrement qui est le plus difficile. Il y a dans ce qu'on appelle les grands sacrifices une brièveté de souffrance qui les rend peut-être plus aisés. Je me l'imagine du moins. L'épreuve qui vous sera demandée, et qui est rude, consiste à modifier les conditions de sa vie et à contrarier son humeur. Il y aura demain, messieurs, des chasseurs passionnés qui vendront leurs dix beaux briquets noir et feu, chiens de lièvre très aimés ; d'autres donneront leur démission d'un cercle mondain, pour subvenir aux frais du culte; d'autres accepteront, rechercheront même, des fonctions de maire ou de conseiller général, dont les éloignent leurs goûts, leurs habitudes et quelquefois leur instinct; d'autres renonceront à des carrières qui leur enlèveraient la liberté de combattre les ennemis de la foi; d'autres vendront leur hôtel ou leur terre pour nourrir les prêtres et protéger le peuple chrétien on péril de mort. Il se fera beaucoup de choses
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<Micon\ doiil la plupart iio pcuvtMit ôlrc pivvuos, car lamour de Dieu, plus que Tautre encore, esLcapable (rinvenlion, do patience et d'audaces qui n'ont pas de précédents. Vous serez de ces généreux, j'en suis silr. Mais pour en élre tout à fait, laissez-moi ajouter ([u'il y a une condition. Ceux-là n'ont pas d'action profonde sur les hommes, dans le sens du salut, qui ne confessent la vérité que des lèvres. Leur talent éblouit ou amuse, et ne persuade pas. Ils ne produisent que des demi-convictions; leur illogisme apparaît et ruine leurs paroles, môme éloquentes, même justes, même sincères et nullement hypocrites. Et quelqu'un devant moi, il n'y a pas longtemps, exprimait cette pensée en termes lapidaires. ïl disait : « Je déteste les cléricaux qui font la noce ». C'est un mot à graver sur les palmarès des maisons d'éducation, années de rhétorique et (le philosophie. Soyez bien assurés que ceux qui retireront la France de l'abîme où elle glisse seront des hommes sans reproche, fidèles de cœur, autant que fidèles d'esprit. A ce moment où l'on détruit le Concordat, je ne puis pas ne pas penser à ceux (jui le firent. Je les ai bien connus, puisque j'ai roiinu leurs descendants. C'étaient des paysans o[ des paysannes de la Vendée, des tisserands, des marchands de toile, des domestiques de ferme. Ils «^ battaient ou ils se laissaient tuer pour leur foi. Kt on a pu, eomme dans toute œuvre collective
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liumaino, relever des déraillances ou des actes de désordre dans l épopée vendéenne; mais le gros de la troupe, au début surtout, la masse anonyme, ce qui donnait au soulèvement sa puissance et son âme, c'étaient des gens qui portaient le Sacré Cœur sur la poitrine, et qui récitaient le chapelet dans les chemins creux. La victoire fut Tœuvre de ceux-là. Et la prochaine victoire, dont je ne doute point, sera l'œuvre de ceux qui, moralement, ressembleront à ces pauvres paysans de l'armée catholique.
Que dit encore l'heure qui sonne? Elle dit, messieurs, que vous devez être des hommes de grand labeur, afin d'être au premier rang, ou, si l'injustice vous en écarte, qu'on dise de vous : « Il mériterait d'y être ». Autour de vous les travailleurs abondent, parmi vos amis et parmi vos adversaires de demain. C'est là le secret je ne dirai pas de toute réussite, — il y en a d'autres malheureusement, — mais de toute valeur, de tout mérite éminent. Et vous vous défierez de la facilité, comme du chemin qui mène droit à la nullité, en passant par l'insipidité. Vous connaissez le proverbe populaire : « Le talent court les rues ». C'est une erreur, il s'y promène, et là est sa faiblesse, la cause de l'innombrable médiocrité. Entrez aux Salons, à tous les Salons de printemps, d'automne ou d'hiver; lisez les livres des poètes, des prosateurs, et de ceux qui,, à force de liberté dans la poésie, ne sont plus ni l'un ni l'autre;
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presque toujours, vous éprouverez ce double sentiment : « (Jue c'est joli!... Cependant il y nianciue <iuel([ue chose ». Le C[uel([ue chose c'est le patient, 1 clïVayant travail qui change en œuvre d'art une esquisse bien venue, ^*ous, messieurs, vous croirez .-m liavail dilTicilc cl sûr. Vous fonderez sur lui votre avenir, qui n'est pas seulement à vous, mais aux causes que vous servez. Si vous n'avez l)as d'ambition, la vérité en a, et vous êtes de son l>ord. Faites-vous un nom pour elle, dos amis pour clic, une gloire pour elle. Et si vous avez des incctres, tant mieux, c'est quelque chose, mais juand ils sont tout, c'est trop peu. Ils n'ont pas voulu vous dispenser de l'honneur, assurément non; ils vous ont, au contraire, montré où cela se rencontre, et qu'on en gagne pour d'autres en en uagnant pour soi.
L'heure qui sonne dit encore bien des choses, que vous entendez sans que je les développe. C'est à vous d'y songer. Moi, je dois vous quitter, après avoir salué votre jeunesse que je croise au passage. Je la salue avec alVeclion, et avec émotion, comme une ébauche bien conduite, pleine d'Ame, et d'où peut sortir un chef-d'œuvre. Je ne vous envie pas
Ivos rêves, puisque je les ai eus tous, mais je vous dis de les garder comme un trésor, et je vous prédis que l'un d'eux, tout au moins, survivra aux années, le plus noble : celui de vous dévouer pour la liberté
(le TEglise. Je vous permets de lire Jérémie, à condition de ne pas imiter ses lamentations, et enfin, au soir des journées rudes, quand vous aurez bien travaillé, pour votre pain quotidien et pour la défense de vos idées, je vous engage à répéter déjà rAllehiia, que vous chanterez un jour à pleine voix.
A DES 01 viui:hs catiiolioues
Messieurs.
Votre aumônier, avec son inlassable et humble dévouement, a eu raison des raisons très fortes (jue , j'avais pour ne pas venir ici. Je ne le connaissais pas, f et, la première fois que je le vis, je fus frappé, et ému aussi, de l'entendre répondre à mes excuses, excuses de travail, d'absence de Paris, de promesses déjà faites et que je ne parvenais pas à remplir, par cette seule parole : « C'est que je les aime bien, nos ouvriers! » Il revint à la charge à deux autres reprises, et, comme il allait se retirer, il me dit :
— Vous avez d'excellents motifs pour refuser; seulement il y a de mes amis, là-bas, qui vont répéter :
i Les ouvriers catholiques n ont pas de chance!
— Non, lui dis-je aussitôt, je ne veux pas que ce
\. Toast prononcé au banquet des noces d'or du cerclo fatholifiMP d'ouvri^Ts do Monfparfias^o. !♦' 12 juin 1905.
mot-là soit répété! Il est faux! J'accepte. J'irai leur dire, au moins, comme vous, que je les aime bien!
Et cela est vrai, messieurs. Je ne vous connais pas, et je puis dire cependant que je vous aime bien; que j'ai plaisir à me trouver parmi vous, tout simplement parce que je suis un chrétien, et que la fraternité, chez nous, n"est ni une formule creuse, ni une habileté politique, mais une réalité prouvée par deux mille ans d'histoire, un devoir impérieux, et, j'ajoute, un devoir tout plein de joie.
Plus heureux que beaucoup d'ouvriers trompés sur la religion, retrompés en histoire, et bien peu clairvoyants dès lors sur le compte des hommes, vous savez, messieurs, que les catholiques sont les amis véritables du monde ouvrier, ceux qui le servent sans ie flatter et ne le flattent pas pour l'asservir, ceux qui veulent la paix, l'amitié et le respect entre les créatures du môme Dieu, rachetées par le môme sang et destinées au même ciel; ceux qui ne mentent pas ; ceux qui ont délivré le monde du despotisme païen, qui ont pris l'esclave méprisé, et ont fait de lui, peu à peu, l'homme des communes aflranchies, le maître artisan, le chef de corporation, l'échevin, môle aux affaires publiques et admis aux honneurs dans sa ville, en attendant la noblesse et les charges de l'État. Vous savez aussi d'où viennent la plupart des réformes ouvrières, proposées à la discussion de notre temps, et vous savez où elles aboutissent.
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I)()ii elles viennonl? Dans re Cercle de Afonlpari.nsso, personne n'ignore que ces lois sur les syndi- < als, sur les retraites ouvrières, sur les assurances ' onlre les accidents et contre le chônnage; ces lois pour le repos dominical, ces idées de lY'cole ménai.'^ère, de la protection de la femme ouvrière, de l assainissement des ateliers et des logements, ces i>rescriptions en laveur de l'apprenti, tout cela et beaucoup d'autres choses encore, c'est le programme des calholicpies, programme exposé, développé, défendu, au lendemain de la guerre de 1870, par des hommes qui s'appellent M. Maigncn, le comte de M un, le marquis de la Tour du Pin. Noms glorieux, qui auront bientôt dépassé l'altitude où atteint la poussière du combat, et que tout le monde saluera avec reconnaissance.
D'où elles viennent, ces réformes? En remontant plus loin, et vous le savez encore, elles sont une revanche de tous les droits sacrifiés par l'individualisme révolulionnaire. Après cent années de malaise <l de révolutions, vous voyez se relever une organi- ;t lion du travail, sur beaucoup de points analogue à l'ancienne et née des mêmes besoins.
Rien de tout cela n'est socialiste dans son principe.
, Tout cela est conforme à la justice, conforme à la
charité, chrétien par conséquent. Toutes les fois que
ces deux mots sont prononcés, ou sous-entendus,
nous sommes chez nous. L'apport (\o< hommes de
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désordre, — et je n'entends pas par là tous ceux qui ont voté ces lois, car beaucoup, qui se croient toul païens, ont conservé au cœur une pitié qui ne f'u( jamais païenne, — l'apport des hommes de désordre, c'est la haine des classes, qui leur sert d'instrument de règne, et c'est autre chose d'également détestable, et que je vous signale, comme un péril de demain. Je veux parler de la défiance de ces prétendus amis de l'ouvrier contre la propriété collective ouvrière. Relisez le texte de ces lois dont je parle, et de quelques autres. Voyez comme elle est limitée, mesurée, précaire, surveillée, ligottée, la propriété de vos sociétés de secours mutuels, la propriété des syndicats, la propriété des associations! Sous prétexte de la protéger, on rempéche de se développer, on la tient en servitude. Et lisez aussi les comptes rendus des dernières séances de la Chambre. Vous y verrez ce qui vous menace. A propos de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ce n'est pas un, c'est dix députés de la gauche, qui ont affirmé cette doc trine fausse et oppressive que la propriété, aux main> de toute personne morale, était une concession de l'État. Ils ont dit cela pour dépouiller l'Église. Ils le répéteront demain contre les communes, dont les biens les tenteront, contre les compagnies anonymes, contre les sociétés de secours mutuels, contre les syndicats, dont la propriété acquise, malgré les entraves, déplaît à ces ennemis de toute indépen-
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(lanco. Théorie dangereuse, vous le voyez, et théorie fausse, que nous repoussons de toutes nos forces, nous qui admettons que tous les groupements naturels sont nalurellement propriétaires, et que la liberté d'association n'existe que dans la limite même où la collectivité est libre d'acquérir et maîtresse de son patrimoine.
Voilà les origines. VA maintenant, où allons-nous? Sans être prophète, ni grand, ni petit, on peut le prévoir. Je suis sûr que vous pensez comme moi. Vous avez déjà jugé que cette nouvelle organisation du monde du travail se bAtit avec des matériaux de démolition et avec des matériaux neufs; qu'elle s'élève dans la confusion, les querelles, le bruit, et dans de fâcheuses conditions d'atmosphère; qu'il n'y a pas que de bons architectes sur les échafaudages, et que plusieurs des parties de l'œuvre sont destinées à tomber. Mais il n'est pas douteux que c'est un abri qui se construit. Il n'est pas douteux que ces groupements ouvriers prendront conscience de leurs responsabilités et de leurs intérêts véritables; que, quand ils se sentiront bien chez eux, ils <lésireront y rester en paix, et mettront poliment dehors les gens de la noce, les troubadours contemporains, dont c'est runicjue métier de chanter la carmagnole, et qu'ils deviendront des forces conservatrices, dans une société rajeunie, où ils auront retrouvé leur place.
Ce jour-là, messieurs, ils seront bien étonnés de nous voir aussi contents (pfeux. Mais leur étonnement se changera bientôt en sympathie, quand nous leur dirons : « Vous avez une maison, vous avez moins de misère, un repos mieux assuré, une famille moins séparée, et nous Tavons toujours souhaité pour vous; mais vous n'avez plus d'Ame, et il faut vous en refaire une. Car vous êtes des hommes; vous n\Hes pas seulement des actionnaires d'une société de production et de consommation; ceux qui ne vous ont jamais parlé que de vos salaires, de vos assurances, de vos grèves, vous ont fait une suprême injure ; vous souffrez, vous mourez, vous voyez souffrir et mourir, et vous êtes sans espérance. Venez donc avec nous, parce que l'espérance est où nous sommes! >>
Il y a, sur ce sujet, une bien belle lettre du président Roosevelt. Elle a été adressée, en décembre 1904, à Frédéric Mistral. Le président de la grande république américaine, de la « République étoilée », remercie le grand poète de l'envoi d'un exemplaire de Mireille, et il ajoute :
« Vous enseignez une leçon que nul plus que nous n'a besoin d'apprendre, nous, nation ardente, inquiète, ayant soif de richesse, une leçon qui, après l'acquisition d'un bien-être matériel relativement considérable, nous apprend que les choses qui comptent réellement dans la vie sont les choses de l'esprit.
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» Les industries et les chemins de fer ont leur valeur jusqu'à un certain point; mais le couraj^e el la puissance d'endurance, l'amour de nos épouses et de nos enfants, l'amour du foyer et de la patrie, l'amour des fiancés l'un pour l'autre, l'amour el l'imitation de Théroïsme et des efforts sublimes, les simples vertus de tous les jours et les vertus héroïques, toutes ces vertus-là sont les plus hautes, el si elles font défaut, aucune richesse accumulée, aucun u industrialisme » imposant et retentissant, aucune fiévreuse activité, sous quelque forme que ce soit, ne sera profitable ni à l'individu, ni à la nation.
•> Je ne méconnais pas la valeur de ces choses du corps de la nation ; seulement je désire qu'elles ne nous portent pas à oublier qu'à côté de son corps, il y a aussi son Ame. »
Messieurs, il y a un mot qui résume cette admirable lettre, et il ma été dit par un pauvre homme, un ancien soldat, devenu rempailleur de chaises sur la (in de ses jours. H n'y a pas longtemps, je causais avec lui. Il me parlait d'une des injustices commises j)ar cette Chambre que nous possédons. El comme vous ne pourriez pas deviner, en mille, celle à laquelle je fais allusion, je précise. Il me rappelait le vote par lequel la Chambre a approuvé, en février 1903, que, dans la distribution des secours iu\ vieux militaires, les catholiques fussent laissés
(Je côlé. Il était tr^s ému. Il était intéressé dans la question. Au lieu de se plaindre, il se tourna du côté d'une petite croix cni'umée, pendue au-dessus de la cheminée, et dit :
« Jésus-Christ, le monde vous reviendra pourtani, comme à son seul ami. »
Messieurs, c'est toute ma pensée. C'est aussi la vôtre. Et je bois à l'avenir où elle se réalisera!