LA SUITE DES « OHEHLE
jn'ojel qiio rion no changera : le 20 juin, trois Alsaciens, dont je serai l'un, passeront la frontière a lendroit que vous connaissez et où, vous vous en souvenez, j'ai failli mourir. Ce soir-là, selon que vous m'aurez dénonce ou protégé, je coucherai dans les prisons d'Allemagne, ou bien, fiancé d'Odile Baslian, je regagnerai librement la France, ma patrie. » Ouand il fut en présence du vieux Bastian et «rOdile, dans la grande salle, — car la mère ne vivait [)lu.s, — il dit à la jeune fille :
— Vous avez eu raison contre moi. Si elle n'était pas ce que j'avais rêvé, et ce que vous n'avez cessé (le croire, la France n'aurait pas résisté à tant de maux. Je la connais maintenant, je suis sans illusion, et je Taime mieux qu'autrefois : elle n'était pas indigne de ce ({ue j'ai fait.
— Je vous suivrai donc 1 répondit l'Alsacienne. Le môme soir, dans les sapinières qui dévalent
vers les prés, au delà des Minières, trois personnes marchaient plus vite que des promeneurs ordinaires, et plus silencieusement. Elles se séparèrent à quelque distance de la ligne frontière, et les deux hommes prirent les devants, afin que, s'il y avait un danger, ils y fussent seuls exposés. Mais les bois paraissaient déserts. Quand M. Bastian et Jean Oberlé lurent en terre française, ils se retournèrent vers la jeune fille qui était demeurée en Alsace, et qui, anxieuse encore, les regardait.
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— Venez! dit Jean Obcrlé.
Et elle vint, dans le sentier en pente, ayant au front, tantôt un rayon du jour qui déclinait vers Toccident, tantôt le reflet de la l'orét immense (^t muette autour d'elle. Deux ou trois fois, elle sai'réta pour voir encore ce qu'elle quittait à jamais. Elle pleurait de joie et de regret. -Bt^ au moment où elle allait entrer dans la terre inconnue, où la vie l'appelait, 'ilJean Oberlé et son compagnon crurent voir au loin, sur la colline, la silhouette fine et fière d'un homme, d'un soldat qui la saluait avec l'épée. Peut-être était-ce une illusion. Mais Jean Oberlé s(î découvrit et dit :
— C'est l'honneur qui salue.
Enfants qui m'écoutez, je vous salue à mon tour, comme autant de petites Odiles, vous dont les parents suivirent la même route et vinrent jusqu'à nous. Je ne les ai pas connus, mais l'acte qu'ils firent ce jour-là est de ceux qui, éternellement, éveilleront le respect et lémotion des hommes. Il vous sera rappelé tout le long de votre vie. Orphelines d'Alsace ou de Lorraine, liées entre vous ■comme les ailes du môme nœud de ruban noir, partout où vous irez, quelque chose d'infiniment touchant vous suivra : le nom d'une patrie elTaoée sur les cartes et vivante dans les Ames.
A Tépoque troublée où nous sommes, est-il un sujet plus naturel de conversation, ou de discours, (|ue l'inquiétude même qui nousétreint? Car chacun de nous souffre d'une souffrance très noble, à cause du péril où est la France. Nous parlons de la France presque autant que de nous-mêmes, ce qui n'est point conforme aux habitudes de notre esprit. Sa pensée nous suit dans le travail qu'elle interrompt, dans le repos qu'elle diminue, dans les réunions mondaines ou familiales dont elle gêne ou dissipe le plaisir. Nous ne pouvons nous en abstraire entièrement, quand même nous le voudrions. Nous sommes comme les enfants d'une malade qui, se rencontrant les uns les autres, se demandent : « Comment val-elle? Espérez-vous? Que disent les médecins? »
Je ne suis pas l'un de ces médecins qui se disputent à qui signera l'ordonnance quotidienne, poli-