‹ Questions littéraires et socialesChapitre 4 sur 14 · LA VOCATION D'INFIRMIÈRE · texte numérisé non relu

LA VOCATION D'INFIRMIÈRE

Monsieur le Président,

Je suis sûr que la Société de secours aux Blessés Militaires» qui vous entendait, tout à Theure, prononcer, en termes si nobles et faits pour son mérite, l'éloge de votre prédécesseur, ne me pardonnerait pas si je ne commençais pas par saluer le nouveau Président qu'elle a choisi. Tout vous désignait et tous vous souhaitaient. L'obstacle, insurmontable pour d'autres que pour vous, c'était la difficulté d'ajouter encore une présidence à celles dont vous •Mes surchargé. Mais vous êtes de ceux qui font à la charité la double aumône : la plus aisée, celle de l'argent, et la plus lourde, celle de leur temps. Vous avez accepté. En le faisant, permettez-moi de vous dire que vous n'avez pas seulement servi une grande œuvre française, mais suivi une vocation.

1. Discours prononcé à Paris, à l'Assemblée générale de la Croix-Rouge, le 2'J mai 1904. sous la présidence de M. le marquis de Vogiié.

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Car il y a des hommes qui recherchent les honneurs et c'est même l'ordinaire; il y en a d'autres qui ne peuvent les éviter, et c'est votre cas. La diplomatie, l'archéologie, les lettres, l'agriculture, les cercles mondains, les associations de bienfaisance, les affaires industrielles les plus considérables se sont partagé ou se partagent encore des jours qui suffisent à tout. Les dignités se groupent autour de votre personne, et se complètent les unes les autres, comme les pièces d'une armure, et je n'en excepte point la plume et le ruban, qui sont guerriers aussi, et qu'on voit figurer dans les portraits de chevaliers. Chacune a sa raison pourvenir à vous. La présidence de la Croix-Rouge devait appartenir un jour à celui qui fut l'un de ses premiers fondateurs, qui faisait partie du Conseil dès 1867, qui, en 1870, à l'heure terrible où l'OEuvre, à peine organisée, apparaît tout à coup comme une nécessité nationale, est délégué dans l'Est, fonde en quelques jours les comités de Nancy, Lunéville, Strasbourg, Haguenau, rentre à Paris après la bataille de Reichshoffen, repart presque aussitôt, avec la mission d'improviser des hôpitaux à Bourges, à Nevers, à Moulins, à Montargis, à Gien, y réussit, et sauve de la sorte un grand nombre de blessés et de malades des armées de la Loire, qui n'ont jamais su à qui ils devaient le linge frais, les médicaments, le médecin, les vivres, le feu du poêle et la chance de ressusciter. Vous avez été ambulan-

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cier. Vous Oies sorti du rang^. Vous voici généralissime. C'est votre passe qui le voulait ainsi. Et nous avons une raison de plus de saluer en vous un de ces rares hommes, chargés d'honneurs, mais encore plus chargés de services, et voués au bien pubHc même dans la vie privée.

A la télé de cette Société, dont vous prenez, à votre tour, la direction, on a vu successivement: en 1865, le duc de Fezensac: en 1869, le comte de Goyon; en 1870, le comte de Flavigny; en 1873, le duc de Nemours, qui a rempli ces fonctions pendant quatorze années; en 1887, le maréchal de Mac- Mahon; en 1893, le duc d'Aumale; en 1897, le duc tl Auerstœdt. Tous, sauf le troisième, ont commandé devant Tennemi, ont été des hommes de guerre, et leur gloire acquise est celle des armes. Après avoir passé une partie de leur vie à préparer des batailles, ou à les conduire, ils se sont dévoués, pendant une autre partie, aux victimes des batailles. Il y a là, suivant les uns, un contraste, et, selon moi, une harmonie qu'il faut expliquer. Et, pour le faire, le mieux est d'agrandir la question, de laisser de côté les hommes, et de parler de la France.

Messieurs, j'ai lu, ces jours derniers, dans un journal :

« Il y a l'ancienne, la bonne, la douce France... Elle renferme en son giron des réserves merveil leuses de santé. Elle voit juste et dit juste. Elle est

celle que nous avons toujours aimée d'un cœur fidèle et à laquelle notre reconnaissance n'a jamais failli... Nous lui devons quelques-unes de nos joies les meilleures, et nous allons à elle comme à une vieille parente très ancienne et très chère, pour nous défendre, pour nous charmer et pour nous adoucir. »

Qui parle ainsi? Je voudrais donner des regrets à quelques-uns de nos compatriotes, en leur apprenant que ces déclarations d'amour pour la France ont été écrites par un étranger. C'est un Genevois, M. Philippe Monnier, qui les publiait tout récemment dans le Journal de Genève. Et, d'ailleurs, quel merveilleux livre d'or on ferait, en réunissant tous les témoignages semblables que notre pays a reçus des étrangers qui l'ont habité, parcouru, ou seulement deviné dans son histoire et dans ses livres, et quelle belle réponse à certaines ingratitudes venues du dedans !

Or, cette France aimée, et partout proclamée douce, a toujours été militaire. Sa gloire est faite d'autres gloires encore, mais aussi de la gloire de ses armes. Est-ce que les hommes se trompent donc, en la louant ainsi, en rapprochant de son nom deux adjectifs mal faits pour vivre ensemble? Non, messieurs. Ils ont exprimé une vérité de tous les temps. Car la force est une chose et la violence en est une autre. Car la volonté de vivre et de vivre

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lionoré, et la force qui l'assure, peuvent se concilier avec tous les affinemenls de l'esprit et toutes les tendresses du cœur^ On citerait d'innombrables soldats qui ont été, qui sont des délicats, des élégiaques, des rêveurs en temps de paix, et <|ui le redeviennent, en temps de guerre, dès que la bataille < -l finie. Ils font preuve, tout simplement, dune mentalité ordonnée et complète. Ils savent que la guerre est un grand malheur. Ils ont pu le voir ; ils ont pu le lire ; ils ont pu même l'entendre chanter dans les églises : « De la peste et de la guerre, délivrez-nous, Seigneur! » Mais ils savent, et tous ceux que la puissance des rêves et des mots n'aveugle pas savent avec eux que la guerre seule, à de certaines heures, peut empêcher une nation de disparaître; qu'elle est le prix redoutable auquel les hommes achètent, de temps à autre, le droit de garder leur civilisation, et dont ils payent l'honneur, l'indépendance, la douceur de vivre, les idées môme • Il < hommes qui viendront après eux. Quand elle est déclarée, ils font cet acte raisonnable et dur de tout sacrifier au bien commun, et il n'y a rien de ( i uel dans la bravoure qu'ils y mettent.

Dans l'intervalle entre ces crises qu'ils n'ont

pas souhaitées, mais qu'ils acceptent comme une

[épreuve, ces bons citoyens ne sont ni dédaigneux,

ni arrogants vis-à-vis de l'étranger. Ils peuvent

iiKMne avoir un goiM très vif pour les institutions,

les arls, les qualités de leurs voisins; on les verra, s'ils voyagent, ne pas dire nécessairement du mal des choses et des personnes qu'ils ignorent à moitié ; ils s'efforceront de diminuer les préjugés internationaux; ils n'espéreront pas abolir la guerre, mais ils s'efforceront de la raréfier, de l'abréger, de l'humaniser; ils considéreront l'arbitrage non comme un remède nouveau, comme une panacée lancée avec fracas dans la thérapeutique internationale, mais comme un vieux et honnête moyen, dont on avait médit-, et qu'il y a des raisons pour reprendre. Ils ne croiront pas que, pour éloigner les chances de guerre, il suffise de s'y mal préparer, et encore moins de compter sur la seule efficacité de l'économie politique, des échanges, des traités de commerce, mais ils attendront un pareil effet, avec une confiance plus assurée, de la diffusion des idées supérieures et des vertus véritablement pacificatrices : la bonté, la générosité, le sentiment de la justice et la conviction qu'elle n'est pas sans obligation ni sanction.

Aiii^si se justifient les deux épithètes de douce et de militaire que l'histoire et la légende s'accordent à unir autour du nom de la France. Vous non plus, messieurs, vous n'aimez pas la guerre, mais vous la croyez possible, et vous êtes prêts pour soigner el guérir quelques-uns des maux qu'elle cause. Com ment pourriez-vous n'y pas croire? Depuis 1877,

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