La guerre russo-japonaise
loirc ; qui possède un malériel de deux millions et demi, une réserve de neuf millions et demi, ol qui pourrait doubler son trésor, en un jour, au premier cri qu'elle jetterait à la France.
Mais vous savez que la loi de la vie est le développement. Vous avez innové, vous avez créé. Pour assurer le sort de ces nombreux hôpitaux auxiliaires du territoire, il fallait des infirmières. Vous vous êtes préoccupés non seulement de les recruter, mais de les former, et vous avez établi ces Dispensaires- Écoles d'infirmières, qui sont le plus important événement de la vie intérieure de votre œuvre pendant ces dernières années, le plus fécond en conséquences heureuses. Je le dis pour deux raisons qui ont achevé sans doute de vous déterminer, et pour une troisième à laquelle je ne crois pas que vous ayez songé et qui me paraît un beau rêve.
Avez-vous pensé, messieurs, qu'en établissant ces Dipensaires-Écoles et en vous préparant à remplir la lourde tâche éventuelle que vous avez assumée, vous alliez instruire et développer la charité française, celte verlu toujours prête à répondre et (|u'on n'appelle jamais en vain? J'en suis persuadé. Mais vous ne vous attendiez pas peut-être à ce que votre idée suscitât autant de vocations d'infirmières dans tous les rangs de la société, dans toutes les provinces, ni si rapidement. Elle a été mieux que répandue : elle a été saisie au vol, elle a fait le
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chemin que font chez nous les jurandes idées généreuses, pour lesquelles la télégraphie sans fil a toujours existé. Les femmes du monde, les jeunes fdles, les vieilles filles, se sont inscrites par centaines. Quel que soit le développement de votre œuvre, vous êtes assurés désormais d'avoir toutes les engagées conditionnelles ([u'il vous faudra. On a l'ambition de servir en temps de guerre dans les hôpitaux. On se sent le courage d'apprendre à panser les blessures, d'assister aux opérations, de <lcmeurer de longues heures avec les malades, dans le domaine de la soulTrance et dans le voisinage de la mort. Que cela est beau, et (luelle heureuse orientation'. Vous enlevez des recrues aux arts dits d'agrément, qui n'agrémentent point la vie. Nous arrachez des victimes promises, au piano, à racpiarelle, à la collection d'autographes. Vous leur découvrez un incomparable emploi de leur e-prit, de leur cœur, de leurs forces. Vous mettez <le la science au service de leur charité éveillée <( tout de suite émue. En vérité vous ennoblissez beaucoup de vies en leur permettant de se dévouer, et, par vous, quelque chose aura grandi eu France, pour le jour où elle n'aura pas de trop de tout le courage de ses hommes et de toute la bonté de ses femmes.
(^e n'est pas tout, et, dans un de ces comptes lendus où l'abondance des idées générales suffirait
à trahir un maître, M. le professeur Guyon a pu écrire ces lignes, que je retrouvais hier, citées par M. (Jllaussonville : « Les infirmières instruites dans les Dispensaires de la Société ne sont pas seulement destinées à rendre, en temps de guerre, des services dont la chirurgie actuelle ne peut se passer; elles contribueront, en temps de paix, à faire pénétrer dans les couches les plus humbles et les plus élevées de la société, les bienfaits des doctrines pastoriennes. »
En quelques mots, voilà indiqué un effet indirect mais excellent de votre initiative. Vous ne Tavez pas cherché : il est comme nécessaire. Car, vous ne rignorez pas, on recommence à résider plus longtemps à la campagne. On ne rentre plus à Paris ou dans les grandes villes de province avant les derniers jours de l'année. Tout Télé, tout l'automne, souvent une partie de Thiver sont vécus au grand air. Je ne me lais pas illusion au point d'attribuer à la seule vertu ce changement dans les mœurs de nos contemporains. La diminution des revenus, le goût des sports, le développement de la neurasthénie ne me semblent pas étrangers à notre amour des champs. Mais, quelle que soit la cause, il y a un voisinage plus prolongé entre les paysans et beaucoup de propriétaires, grands ou moyens. Les échanges de services, comme les coups de chapeau, comme les bonjours, comme les amitiés, j'espère, se
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mulliplieront. Vos infirmières diplômées ne serontelles pas, messieurs, ce que leurs grand'mères étaient sans diplôme : la providence des malades? J'aime à le croire avec M. le docteur Guyon. Elles se garderont bien de remplacer le médecin, — elles se savent sans droit et sans études suffisantes, — mais elles le feront appeler plus souvent et plus tôt qu'on ne le fait dans les campagnes reculées. Elles ne consulteront pas; elles conseilleront. Elles pourront, ces bachelières es charité, qui ont reçu l'éducation des premiers secours et des premières formules, répandre l'hygiène, détromper la clientèle ordinaire des charlatans et des rebouteurs, préconiser les méthodes nouvelles, veiller à l'exécution des ordonnances. Que d'épidémies arrêtées, que d'imprudences évitées, que de maux limités si, dans la plupart des communes de France, il y avait une femme, de cœur généreux et d'esprit cultivé, à laquelle les mères, les enfants, les blessés, pouvaient demander ce premier avis qu'on ne demande pas au médecin, et qu'on demanderait à l'inlirmière, parce ^ qu'elle est toute voisine, et qu'il n'en coule rien! l Innovation précieuse, je le répète, si précieuse que [ vous ne tarderez pas à voir le théâtre et le roman 1 s'en emparer. Et la jeune première, femme du monde ' et infirmière diplômée, aura toutes nos sympathies, puisque nous reconnaîtrons en elle les deux choses r que nous aimons, môme divisées : la science et la pitié .
Enfin, je vous avouerai que j'ai fait un r(H'e, à propos de ces Ecoles d'infirmières, et je vous demande la permission de vous le dire. J'ai pensé à nos blessés du travail, qui sont si nombreux dans nos villes et dans nos campagnes, et si délaissés, trop souvent. C'est aussi un champ de bataille que l'usine ou l'atelier, et la guerre y est permanente, entre l'homme et les forces, toujours à demi domptées, dont il use. Le service des ambulances est bien loin d'y être assuré. .J'appelle de tous mes vœux le jour où les ouvriers l'organiseront pour la corporation et par elle ; le jour où ils auront conquis le droit de posséder d'autres immeubles que leur siège social et de gérer librement leur fortune, ce qui n'est pas autre chose que le droit de vivre pleinement. Ce jour-là, nous aurions affranchi la pitié d'une de ses entraves bien anciennes. Ce jour-là, les associations ouvrières créeraient sans nul doute des hôpitaux corporatifs, comme elles en ont déjà créé trois, en Allemagne, pour les ouvriers des mines et les ouvriers du bois. Et j'ai rêvé qu'alors vous pourriez étendre encore votre action fraternelle; qu'un homme de génie ou simplement de grand cœur vous autoriserait à sortir de votre galerie des batailles, et que, dans les hôpitaux du travail, en cas d'épidémie, ou d'accident grave, ou de grève sanglante, on verrait accourir et se pencher autour du lit des malades ces infirmières de la Croix-Rouge,
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que vous engagez pour la guenv, el qui s'engageraient bien, j'en suis sûr, pour la paix.
Mais il n'est pas nécessaire, |)our vous louer, messieurs, de bûtir la cité de rêve et d y prévoir votre rôle. Dès à présent, on peut dire, de votre création des Dispensaires-Écoles, qu'elle est utile et belle, qu'elle affirme une volonté et un progrès, et qu'elle fait honneur à votre Société. Je me rappelle avoir lu dans le journal de l'explorateur Gentil, racontant la chute de l'empire de Rabah, un trail admirable, un de ceux qu'on ne peut lire sans que le cœur réponde tout de suite : « C'est un Français qui a l'ait cela! ». Non pas que les autres nations n'aient leur vaillance, et leurs grands serviteurs, et leurs martyrs comme la notre. Mais, le courage, comme le vin , a des arômes dilTérenls. On y reconnaît le sol, le ciel et le cépage. Ce que je vais dire est bien de chez nous. C'était au moment décisif de la lutte contre le sultan noir. Les Français allaient attaquer la redoute, entourée de pieux aiguisés, de fossés, de murailles, dans laquelle s'étaient renfermés, décidés à périr, les meilleurs guerriers tle notre ennemi. Les clairons sonnent la charge. Sous le feu des noirs, deux compagnies sont lancées à l'assaut. Le capitaine Galland, qui commande la première, franchit l'espace découvert, escalade la redoute, et retombe blessé d'un coup de
lance. Derrière lui, le capitaine de Coin tel arrive avec ses hommes. Ceux-ci courent vite, ils sont jeunes, ils sont ardents, ils sont Français. Pressé par eux, le capitaine de Coinlet, sans s'arrêter, se détourne, et leur cric ce mot de héros : « Surtout, ne me dépassez pas! » Et ils abordent la redoute, où le jeune officier allait rencontrer la mort.
« Surtout ne me dépassez pas! » Je crois, messieurs, que je ne puis mieux finir que sur ce mot, qui est une devise, en même temps qu'un éloge.
J'ai une si bonne et si vieille habitude de vivre au milieu des étudiants et de causer avec eux, que i<^ résiste difficilement à leurs invitations. Je leur <lois d'aimer mon temps et de n'en point désespérer. Ils me sont un argument sans cesse renouvelé, toujours plus fort et plus probant, en faveur de la vitalité, de la supériorité, de l'avenir de cette jeunesse <royante, avec la destinée de laquelle se confond, pour moi, la destinée même du pays. Depuis vingt-cinq ans, soit en province, — dans toutes les provinces, — soit à Paris, j'observe la génération (jui sort du collège et qui entre dans la vie. Elle a toujours le môme âge, et moi, chaque année, j'ai vieilli. Je devrais sentir plus vivement la distance. Eh bien! non, c'est autre chose que j'éprouve, c'est la joie de constater qu'elle est mieux préparée que les générations précédentes à l'épreuve où nous -ommes entrés. Je trouve les tout jeunes hommes
1. Allocution à la Réunion des Étudiants (rue de Bagneux) le 0 juin lUO».
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plus modestes que leurs aînés, plus agissants, mieux résolus à laisser passer leur cause avant euxmêmes, plus soldats on un mot, et plus dignes du succès.
J'ai donc foi dans Ta venir. Mais si vous devez, voir ce que nous n'avons pas vu : la liberté des uns défendue par les autres; — ce que nous n'avons pas vu : toutes les forces de la France^ unies pour le bien du pays; — ce que nous n'avons pas vu : la joie d'un peuple qui frissonne d'avenir et de gloire rajeunie comme d'un printemps qui revient; — • vous aurez néanmoins dans le début de vos carrières, dans la mêlée des travailleurs qui partent, quelques-unes des inquiétudes que nous avons eues, et la plupart d'entre vous connaîtront les mêmes difficultés.
Je voudrais vous dire amicalement, et simplement, qu'il y a plusieurs de ces inquiétudes et de ces difficultés qui sont de pures chimères; et je serais heureux si je pouvais enlever de quelques esprits ces craintes inutiles, qui fatiguent et oppriment souvent la vingtième année et môme la vingt-cinquième. Que ce serait bon d'augmenter la confiance des voyageurs que vous êtes, non pas la confiance
ans la sécurité de la route, mais dans la puissance qui est en vous d'aller tout droit malgré les cahots, et jusqu'au bout malgré la mauvaise volonté de vos semblables, qui ne vous fera pas défaut.
Sachez donc bien dabord que le j^rand moyen de parvenir et la plus grande différence entre les hommes, c'est le travail. Je ne vous l'apprends pas : je vous le répète avec une certitude raisonnée. H faut, évidemment, être doué pour la carrière que Ton prétend suivre : il y a parmi vous des mathématiciens, des ingénieurs prédestinés, des avocats désignés par la nature avant de Tôlre par le client, des littérateurs peut-être, bien que ce soit la vocation la plus sujette à Terreur; il y a, sans doute, hélas! — des fonctionnaires; il y a, j'espère, des industriels, des commerçants el des laboureurs de la bonne terre de France.
Eh bien I quelle que soit la voie par vous choisie, vous serez assez vite classés d'après le labeur et la ténacité. Pour m'en tenir à l'expérience de ma seule vie littéraire, le nombre est grand, je vous assure, des jeunes gens remarquablement doués que j'ai vus échouer misérablement par excès de facilité. Ils donnaient un joli volume de promesses, en vers pres- (|ue toujours; puis un second qui promettait encore mais ne tenait rien du tout, et <léjà lAge de l'efTort • tait passé : ils pouvaient continuer d'écrire ou se laire, c'était le même silence autour d'eux. Ils s'emjtorlaient contre leur libraire, qui souriait subtilement, sachant combien d'éditions princeps ont vécu dans la solitude; contre le public, à (|ui ces colères -cmblent indilTérentes ; contre la crise des livres,
([iii n'a jamais élé que celle des mauvais livres ; contre la chance, qui n'a rien à faire ici, ni ailleurs. Je dois ajouter que la plupart de ces ratés étaient riches, ce qui est bien dangereux au début, pour une ambition élevée, et que la condition la meilleure, celle dont il ne faut cesser de remercier Dieu si vous Pavez, c'est une toute petite aisance, une possibilité de commencer, avec impossibilité de continuer à vivre si vous ne travaillez pas.
Voilà une première vérité. Une seconde, c'est que ces mêmes qualités de travail et de volonté, nécessaires pour parvenir, sont assez puissantes, en général, pour avoir raison de Tencombrement des carrières. Je dis en général, parce que des exemples certains, en sens contraire, pourraient m'être opposés. Je n'en maintiens pas moins que les professions sont encombrées surtout de médiocrités, de simples aspirants au repos en attendant la retraite, d'hommes dont le dévouement intellectuel et l'effort d'application se sont arrêtés, comme chez le nègre, à l'heure où il faut cesser d'être un étudiant pour devenir un agissant. Partout, au contraire, il y a besoin d'hommes. Et partout, sauf dans la poHtique, ceux-là sont sûrs, ou presque surs de prendre les devants, qui ont une valeur professionnelle soutenue par le temps.
Je considère comme une troisième vérité utile à répandre, selon la formule de M. Jules Lemaître,
(|ue ce n'est pas un malheur dliabiter province, pas môme une épreuve, pas mùme un ennui. La vie est diflerente ici cl là. Elle vaut toujours la peine dVtre vécue, et même dctrc aimée, pour des raisons qui ne sont pas toutes les mêmes. Le tort de beaucoup d'hommes est de ne connaître que la vie de Paris, ou la vie de province, et de |)arlor des deux. Aussi bien , la facilité grandissante des communications permet- elle à un nombre considérable dhommes iiabitant la province de passer à Paris plusieurs lois par an, et d'y prendre ce que Paris a de meilleur; je veux dire la fièvre. Quand on a soin d'entretenir ce microbe généreux, on ne risque plus de s'endormir. Et, pour parler plus simplement, cpiand on a vu de près cet incomparable exemple de travail, d'endurance, d'invention, d'humeur facile dissimulant une vie difficile, de goût très sûr en art, et de ce que j'appellerais l'intelligence en circonférence et non pas seulement en pointe, et d'attcfchement secret à beaucoup de traditions que nous olTre le vrai Paris, il est impossible de l'oublier. On l'emporte avec soi partout. 11 empêche qu'on ne se contente d'une approbation trop restreinte, et particulièrement de l'approbation de soi-même, à laquelle nous sommes portés. Il donne à l'ambition (jnelque chose comme l'unité de mesure, qui ne varie plus d'un point à un autre; 5 l'esprit une habitude d'information; au caractère
une aisance à supporter le prochain, en quoi consiste presque toute la civilisation. Parmi les hommeles plus remarquables, les plus complets, les plus utiles que j'ai rencontrés, je pourrais vous nommci beaucoup d'industriels, de grands commerçants, d<' propriétaires fonciers, ou d'hommes appartenant aux professions libérales, et qui n'habitent pa- Paris, mais qui se tiennent en contact. Plus vous voyagerez en France, plus vous reconnaîtrez l'ex.Ktitude de ce que je vous dis.
Enfin, je veux formuler devant vous une quatrième vérité, plus inqiortante et dont l'exemple de certains hommes pourrait vous faire douter. Je veux vous assurer que la fermeté dans la défense de vos idées vous fera plus d'amis que d'ennemis. Lors même que ce serait le contraire qui serait vrai, il faudrait encore montrer cette fermeté, je n'en disconviens pas. Mais il n'est pas sans quelque réconfort pour notre faiblesse de savoir (jue nous ne perdons pas de sympathies à penser noblement et fermement . Nous n'y pouvons perdre que ce qu'on appelle les faveurs officielles. L'estime de tous ceux qui luttenl, dans un camp ou dans l'autre, ne s'égare pas sur les neutres. Elle va aux chefs et aux soldats; à ceux qui, dans la vie quotidienne, dans la conversation, dans une lettre, dans la soutenance d'une thèse, par un vote, par un mot, par un silence, manifesteni qu'ils ont un avis sur les choses de quelque gravi t('N
un avis à eux, et non pas celui d'un autre, ni surtout celui de tous les autres successivement. On ne perd rien à avoir un avis pour deux raisons : parce que les hommes se rendent compte que le choix entre deux opinions, et à plus forte raison entre deux croyances, suppose une étude, une comparaison, un jugement, quelque chose de plus laborieux et de plus haut que rindillerence, et puis parce qu'ils estiment le courage. .l'ai écrit quelquefois sur des albums ou des éventails à autographe cette pensée, (jui n'est pas de Joubert : « On a trois ou quatre fois dans sa vie l'occasion d'être brave, et tous les jours celle de ne pas être lûche ». C'est à ce petit courage (les jours ouvrables, à cette petite monnaie de la l)ravoure, que je faisais surtout allusion.
Je vous souhaite donc, messieurs, d'être bien franchement, sans aucune ostentation, sans aucune crainte, les chrétiens que vous êtes. Vous y gagnerez, je le répète, même auprès des hommes. El j'aurai tout dit ce que je voulais vous dire ce soir, si vous me permettez d'ajouter un post-scriptum à ma pensée de tout à l'heure. Car ce n'est pas tout d'être fermement de son avis, il faut encore l'être bonnement; il faut mettre dans la contradiction le plus d'estime que l'on peut. Il est bien rare qu'on ail le droit de ne pas en mellre. Je me rappelle l'impression vive que fit sur moi, l'an dernier, un mot que me dit un minisire d'un des can-
tons catholiques de la Suisse. Nous avions longuement causé de la paix religieuse qui a succédé, en Suisse, à de bien dures périodes; et je le félicitais de la grande situation qu'il avait prise, par son caractère et par son talent, dans les conseils de son pays. Il m'interrompit : « Je vais vous donner mon moyen, me dit-il, car il est bon chez noiis, et chez vous, et ailleurs. Quand je me sens de Fantipathic contre un homme; quand il me combat, qu'il me blesse, qu'il rel'use de reconnaître la justice de ma cause, je le regarde bien en lace et je me dis à moimême : je veux l'aimer! Et j'y arrive toujours. » C'est là une devise magnifique, infiniment plus raisonnable et plus féconde que le mépris des hommes, dont s'inspirent et dont se glorifient tant de politiques. C'est par cette large sympathie que souvent vous aurez pour allié le cœur de vos ennemis, qui vaut mieux que leur raison, et c'est par elle, tout au moins, qu'ils commenceront à deviner que la haine est bien vaine quand elle s'attaque à l'amour.