‹ Questions littéraires et socialesChapitre 7 sur 14 · DE ROME · texte numérisé non relu

DE ROME

Le coiniU' international des congrès eucharisii(jues m'a fait riionncur de me demander de dire (juelques mots, dans cette séance solennelle, et je liai pas hésité à répondre affirmativement. J'ai ' <''dé à Tatlrait de cette ville de Rome, qu'on ne peut quitter pour la première fois, ou pour la seconde, ou pour la dixième, sans désirer la revoir une fois

• ncorc; j'ai pensé que l'occasion était particulièrement heureuse, pour saluer avec respect le Pape <pii gouverne d'ici le monde supérieur des ûmes,

• ('lui qui portait hier un autre nom, et qui aujourd Inii, sous un nom nouveau et des traits nouveaux, demeure le docteur permanent de la conscience universelle; mais surtout il m'a paru qu'aucun Ifinps n't'tail inrilltMir ni plus indiqué (pie celui-ci

I. Discours prononce dans la BasiUijuc dcl Santi Aposloli le 2 juin ViO'6.

pour venir, parmi les contradictions, los blasphèmes, les menaces de l'impiété insolente, affirmeimon humble foi en l'Eglise, et particulièrement dans la divine présence de Jésus-Christ au milieu des hommes.

En même temps que j'acceptais cette invitation, il me semblait que le sujet que je devais traiter m'était dicté par les circonstances. Car, pour nous rencontrer ici, nous sommes partis de beaucoup do contrées différentes, d'Italie, d'Espagne, de Portugal, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Autriche, de Belgique, de France, et rien n'est plus naturel que de parler, par conséquent, du lien qui nous unit les uns aux autres.

Quel est-il? Vous savez par votre raison, et vous sentez au fond de votre âme, qu'il est autrement puissant que cette solidarité qu'invoquent à tout propos, et que célèbrent bruyamment les agitateurs de tout pays. Ils n'ont pu trouver mieux. Ils ont essayé de découvrir un principe de dévouement de l'homme envers l'homme, d'établir une loi d'assistance mutuelle, entre des êtres innombrables qui ne se connaissent pas, qui sont éloignés souvent les uns des autres de centaines et de milliers de lieues, et qui, voisins ou non, oui tant d'intérêts opposés,

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laiil (l'aml)itions ou do ])a^?sions rivales. Mais, rejelanl loulc idée de ( ivalion, ils ne renconlronl plus, pour grouper les hommes, pour les retenir en société, pour incliner les individus et les peuples les uns vers les autres, que cette pauvre solidarité, c'est-à-dire la simple notion de l'utile, une l'ormulc d'économie politique, un mot le plus souvent, un son qui agile les lèvres et n'oblige pas le cœur. Que cela est insuffisant! Oue cela est ancien! Que cela est usé et déjà condamné par l'expérience du monde! Car, les peuples, avant le christianisme, n'ignoraient pas les services qu'une nation peut rendre à l'autre, et les plus fortes mettaient leur orgueil à s'emparer des plus faibles; ri. de môme, les hommes savaient de quelle utilité h's autres hommes pouvaient être pour eux, et

< liacun rêvait d'avoir beaucoup d'esclaves. Rien de 1^ land, rien de beau n'est sorti et ne sortira jamais de cette notion de solidarité, parce ({ue c'est la loi ^ans amour. Et quand on prétend nous ramener à cite barbarie, nous refusons : nous l'avons jugée; iKHis ne trouvons la doctrine de la solidarité ni assez fraternelle, ni assez respectueuse de la dignité de l'homme; il nous faut mieux : il nous faut la fraternité que le Christ enseigne au monde.

Or, j'aperçois comme trois degrés de cette fraternité chrétienne. Elle est fondée d'abord sur l'idée de

< réation et sur celle de rédemption, et par là, nous,

callioliques, nous sommes déjà liés, envers cliacun, de nos semblables, par un devoir admirable et précis. % Vn de mes confrères à TAcadémie française, un cri- li tique prodigieusement avisé, M. Emile Faguet, écri-| vait récemment : « L'amour de Thumanitéa sa source i dans le surnaturel, ou il n'existe pas ». Rien n'est j plus vrai. Mais, aussitôt que nous avons reçu t ridée d'un Dieu créateur et père et d'un Dieu rédemp- i leur et frère des hommes, la fraternité est née; le dévouement réciproque devient un devoir; le regard de nos yeux se fait plus pénétrant et aperçoit, derrière Tenveloppe des corps, les âmes de nofrères, et dans les âmes, l'image de Dieu. Origine commune, destinée commune, prix commun du salut, tout rassemble, ici, et resserre les hommes. 11 n'y a plus à considérer quel retour obtiendront les services rendus; il n'est plus question d'utilité, ni d'échange, mais de l'obligation de donner le plus possible de soi-même, gratuitement, pour le bien d'autrui. Elle est sans condition, elle est universelle. Les différences de race ou de couleur ne la modifient pas. Elle produit des merveilles. L'apparence des sociétés n'en est pas changée; mais, dès que le monde l'adopte, les réalités ne sont plus les mêmes. Il n'y a de révolution que dans les consciences, mais elle y est complète et heureuse. On voit toujours, comme avant la promulgation de la loi de fraternité, des chefs et des sujets, des riches et des

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mondianU, mais toutes les idées de puissance sont devenues des id^es de devoir, toutes les infortunes sont devenues des titres. Les faibles trouvent un abri, et la force le leur doit. Les pauvres apparaissent comme des personnages, des amis, des médiateurs. Il n'y a point de dignité, depuis l'Évangile, qui ne s'honore de les servir. Et à quelques pas de nous, réside Celui qui se nomme lui-même le serviteur des serviteurs de Dieu.

Cette admirable idée de fraternité, qui nous lie à tout le reste du monde, s'augmente et se fortifie, entre chrétiens, par la communauté de la foi. Nous sommes ici des hommes de toutes races et de tout Age, qui croyons les mômes vérités; nous avons, les lins, reçu la foi en naissant, les autres, acquis la foi au cours de la vie; tous nous Tavons con- ^orvée ou adoptée, parce que nous avons reconnu

• prelle est infiniment raisonnable dans son principe,

• t qu'elle demeure telle, lors môme que son ensei- Lîiiement dépasse notre raison; nous sommes fiers délie, et s'il peut nous arriver de craindre pour nous, nous ne craignons rien pour elle, aucun progrès, aucune découverte, aucune violence, aucun abandon.

Tous, nous sommes résolus 5 servir de toutes nos

forces une vérité où nous apercevons, non seulement Tespérance du salut individuel, mais toul t l'avenir humain des sociétés dont nous faisons partie. La même foi nous donne un môme amour et des devoirs identiques. Elle fait plus, et elle nous révèle la solidarité vraie, hors de toute proportion avec celle qui suffit aux âmes incrédules; elle relie le présent au passé et les vivants avec les morts; elle supprime le temps et les distances, qui sont des éléments de division, elle proclame qu'il existe pour toute l'humanité un patrimoine commun, fait des mérites de Jésus-Christ et des mérites des hommes, trésor inestimable, d'où personne n'est écarté, espérance, non seulement do ceux qui vivent, mais de ceux qui ne sont plus.

« Il s'établit ainsi, dans la société catholique idéale, — dit M. Brunetière, — une circulation de perpétuelle charité. Les vivants y prient pour les morts, les morts y intercèdent pour les vivants. Une justice plus clémente, un Dieu plus tendre à la faiblesse humaine y accorde aux élus la grâce des coupables. Et du centre à la circonférence de ce cercle infini, où l'humanité se trouve enveloppée tout entière, il n'est personne en qui ne retentissent, pour le désoler, les péchés, mais aussitôt, et pour le consoler, les mérites, aussi, des autres. » Et ainsi les esprits les plus illettrés comme les plus savants, chez les catholiques, sont pénétrés d'une idée de

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