LA BAISSE DE L ARGENT VIS-A-VIS HE LOR
étudier l'actioo cveotuelle de cette nouvelle cause, essayer une comparaison des deux métaux précieux au point de vue de l'utilité qu'ils présenlent.
Sans doute, et la remarque estdepreinière importance, le consommateur D'est pas ici comme pour les autres denrées capable d'agir immédiatement sur la demande, puisque ta frappe dans la plupart des pays civilisés*, s'interpose entre l'offre et la demande et que dans la plupart des pays la frappe libre n'est plus possible pour l'argent. Cependant l'État qui est d'ordinaire le grand pourvoyeur des monnaies devra tenir compte des besoins pour fixer le montant des frappes annuelles et par là les causes que nous allons étudier pourront tout de même se faire sentir.
Pour établir une comparaison entre ces deux métaux, il faut soigneusement les envisager à deux points de vue :
a) Comme instrument d'échange;
b) Comme étalon de valeurs.
a) Comme inslmmenl d'échange.
A cet égard i'or parait aujourd'hui l'emporter presque complètement sur l'argent :
i) Au point de vue de lafacililé des transports. — Il est certain qu'à poids égal l'or présentant une valeur bien plus considérable sous le même volume doit sembler de beaucoup préférable à l'argent et de ce chef déjà présenter sur lui une grande supériorité.
On a fait remarquer cependant que le tarif des transports des métaux précieux établi en tS54 ne faisait à cet égard aucune différence entre ces deux métaux, puisqu'il ■*tait établi ad valorem, qu'une somme de I million en or ou en argent coûtait ainsi le même prix au point de vue du transport*.
Mais ceci est inexact pour deux raisons :
D'abord le système des colis postaux qui s'est beaucoup géné-
* DtDs les pajs bîmélal listes où les deux métaui sont admis à la frappe, l'aclian serait plus direcle et plus immAdiate.
1 Les flnancea et valeurs [oc, argent, titras, bijoux, pierres précieuses), Bont eiclus des transports en pelito vitesse. En grande ntessa, ces objets sont taxés d'après leur valeur et Eoumis à l'impOt de 12 0/0 comme les bagagas. La laie est fliée à Oc°" 2J2inipûl compris, par fraction indivisible de 1.000 francs et par kilomètre. — Colson, Transparu et tarift, p. -588. '
ralisé permel de traospoiier bien piaf aîsémeDl For qae l'argent : c'esl aÏDsi qu^uoe somme de 1 mitlioo eo or peal être envo^^ée sous forme de 66 colis el profiter ainsi do tarif beaucoup plus réduit de ces colis.
Ensuite le faible volume de l'or permet de dissimuler par des déclaratioos inexactes la valeor de la somme transportée, tandis que l'argent par son poids même ne peut se prêter i cette dissimulation.
Il reste donc que l'or présente sur l'aident des facilités très considérables au point de vue du coût des transports.
2; Au point de vue du frai. — Les statistiques ne nous fournissent à cet égard aucune indication générale sur le frai comparé de la monnaie d'or el de la monnaie d'argent. Il semble résulter cependant des expériences* elTectuées. que la quantité de pièces d'acgent de 5 francs au-dessous de la tolérance de frai qui est de 10 millièmes est plus considérable que celle des pièces de 20 francs au-dessous de la tolérance de frai qui est ici de o millièmes.
Mais ce qui est plus inléressant à signaler, ri résulte de la convention monétaire du 6 nov. 1865 que la perte due au frai est supporlée par le particulier pour les pièces d'or alors qu'elle l'est au contraire par le Trésor lorsqu'il s'agit des monnaies d'argent'.
Il y aurait de ce chef un léger avantage eo faveur de l'aident. Il est atténué cependant par la nouvelle politique de refonte des pièces d'or depuis 1879 en France.
3) Au point de vue du rôle prédominant dans le commerce international. — Sans doute c'esl là d'abord un effet de la dépréciation de l'argent : mais celle-ci agit à son tour comme cause et amène très certainement une faveur plus grande pour l'or, puisque c'est le seul métal admis aujourd'hui dans les règlements internationaux '.
:i(,ériei]re de frai cftetluée en l«3i, Pai-w. Impi: not.. ^VUK — — ■ i-ffecluée en 1HS8, — IJ. IS*^.
irnaurié, La monnaie, U ceèdttet le cliantj'-. p. 181.
l y aurait encor« une série de puinls d,- délail irnigoifianls en eui-mfmes, qui Uicioriqutmenl onl leur importance, ainsi le Icmps plm long nécessaire el uile la perle p1u<i i;ranile d'intérêts pour vérifier .'i la monnaie une même somme, e i;sl comptée de pièc-s d'argent que îi elle est compo°6e de pièces d'or : pour ;iis (l'ar^'enl, un ne peut vérifier que M-OiJI francs par jour, pour l'oi- au con- !, ou eu peut vérilier hii'n davantage.
DigilizedbyGoOgle
L'argent n'aurait guère ea sa faveur qu'une seule condition : il est beaucoup plus pratique et même le seul pratique pour les paiements de petites sommes.
En somme à ce premier point de vue, comme instrument d'échange, l'or paraît de beaucoup supérieur à l'argent.
b) Comme étalon de valeurs^.
La stabilité de l'or ou de l'argent s'entend ici en ce sens que le métal choisi doit mettre eiactemenldébileurs et créanciers dans ta même position vis-à-vis l'un de l'autre à la fin d'un contrat qu'à son commencement, soit qu'il s'agisse de contrats commerciaux géoéralement à court terme, soit qu'il s'agisse de placements industriels ordinairement à plus longue échéance. On conçoit en effet que les variations respectives de l'or et de l'argent viennent troubler les prévisions et modilier le cours normal àes affaires.
Pou rinstituer une comparaison à cet égard, il faut d'abord exprimer la valeur de l'or et celle de l'argent par rapport aux marchandises. Cette transformation s'obtient en posant les deux égalités suivantes :
Talenr de l'or par rapport nuit marchanâiBeB =
Index Namber dee marchand ises.
Valeur de l'argent par rapport anx Index Namber de l'argent.
marchandises Index Nnmber des marchandises.
Pour ce qui est de la valeur de l'or, on sait en effet que la valeur de l'or et celle des marchandises sont en raison inverse l'une de l'autre. Lorsqu'on compare les marchandises t l'or considéré comme étalon, celui-ci est supposé constant et les variations dans les prix sont envisagées comme si elles étaient dues à l'or seul. De la même manière, il faut ici supposer les marchandises constantes et pour comparer l'or aux marchandises, prendre l'inverse de l'Index Number donné dans les tables de prix.
Pour l'argent, la chose est plus facile : les prix de l'argent et les marchandises étant donnés tous deux par rapport à l'or, il suffit d'en prendre lo rapport.
' Cf. B.-S. Mesde, The relative Stability of gold and tilver, Amiali of Ameri. tan AeatUmi/. July 1899, p. 38.
S50 8. RAY?iAUD.
Nous Dous borneroDS à comparer les variations de l'or et de l'atyent par rapport aux marcbaodises seulemeol dans des pays à étalon d'or*.
Or, d'après l'article de E.-S. Meade elle tableau des TariatioDs des marchandises et de l'argent ponrla période 1846-1 895 à t'aide des tableaux de Sauerbeck, il résulte la double conclusion suivante:
1* Si l'on envisage de longues périodes, la valeur de l'argent est plus stable que celle de l'or;
2* Pour les |)ériodes courtes de trimestre en trimestre, l'or est plus stable que l'argent.
Il y alieo de remarquer que ce dernier avantage en faveur de l'argent — sa slabilKé plus grande comme étalon de valeurs poar de longues périodes — n*a pas dà grandement influer sur l'utililé économique qu'il présentait : le marché de l'argent était avant tout dominé par les variations rapides et fréquentes de ce métal.
Au total et pour conclure cette comparaison, il reste qu'à bien des points de vue, l'or présente une utilité économique plus grande que t'aient et que celte dernière cause doit intervenir encore à côté de la cause de surproduction et de la cause spécialement monétaire, pour expliquer la baisse de l'argent.
■ Un eiamea coniplel comporterai! de plus la companiion des dem mtlaox dans va pays à étaloo d'argeal, comme t'Ioile araat l;SKt, et ta cam|MraUaD de VugCQt dans aa pivs à étalon d'argeol avec i'or dans ni>s f»js à élaloo d'or. Sur tooi eu points, Cf. l'article cilé.
CONCLUSION
Arrivés au terme de celte étude sur la baisse de l'argent par rapport à l'or, une question se pose par manière de conclusion : qu 'arrivera- t-il dans l'avenir et la baisse de l'argent est-elle destinée à continuer?
Pour résoudre cette dernière question, il faut tout naturellement reprendre les causes de baisse et voir quelles sont les perspectives probables de leur action, dans l'avenir.
I. La production. — Nous avons établi que la baisse de l'argent était due pour partie mais pour partie seulement à la surproduction de l'argent.
Or à cet égard, il semble bien que la production de l'argent qui avait considérablement augmenté entre J880 et 1893, ait depuis une dizaine d'années une certaine tendance à demeurer sensiblement constante et même à légèrement diminuer sur le maximum atteint en 1897 : voici les chiffres :
1893 5.146.695 kilog.
Il en est ainsi en raison des conditions toutes spéciales de la production de l'argent. Depuis 1893, en elTel, la production de l'argeol n'est plus une production autonome, mais au contraire