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LE EUMATALLISME EN FRANCE

A partir de cette époque, toute ta campagne Iiiniélallisle en France, au moias jusqu'en 1895, a comme centre, la Société des agriculteurs de France. Dès 1887, elle émet le vœu : « que le GouTcrnement use de toute son influence près des diverses Puissances étrangères, pour que les étalons d'or et d'argent soient conjointement adoptés par elles et qu'un rapport fixe entre les deux métaux soit universellement établi, dans un bref délai ». Dans les années suivantes, le vœu est renouvelé presque à chaque assemblée générale. En )890, on demande la réunion d'une conférence internationale ajanl pour objet, comme celle de 1878 et de 1881, l'établissement d'un régime monétaire reposant sur un rapport constant entre l'or et l'argent.

Malgré tout, l'opinion publique reste indifférente. C'est qu'en France, dans les transactions intérieures, on n'a pas à se préoccuper du change; la valeur de la monnaie est fiie : peu importe que le paiement soit fait en or, en argent ou en billets. Dans d'autres pays, en Angleterre par exemple, et surtout en .\mérique du Nord, ces questions sont connues de tous. Le rapprochement, le contact journalier de deux pays, comme les États- Unis et le Mexique, qui ont des systèmes monétaires différents, obligent les habitants à se familiariser aux questions de change.

En 1890, la campagne devient plus active : car on va bientôt arrivera l'expiration de l'Union latine et des traités de commerce ; il est donc possible d'obtenir un changement dans le régiqie économique. La Société des agriculteurs de France met au concours un « mémoire sur la question monétaire dans ses rapports avec les inléréis de l'agriculture ».

Mais on parle d'une nouvelle conférence internationale sur l'initiative des États-Unis, La Société des agriculteurs de France agit auprès du Gouvernement qui accepte l'invitation, mais ne veut prendre aucun engagement sur les instructions à donner à ses représentants (voir interpellations de Soubeyran et Bourgeois discutées le 31 mai 1892).

Pour étudier la question monétaire qui n'était pas encore élucidée pour le plus grand nombre, la Société des agriculteurs de France nomme une commission monétaire qui commence ses travaux le 24 mai 1892. Elle envoje des invitations aux diverses sociétés agricoles étrangères pour l'organisation d'une action commune. L'assemblée générale de 1893 décide mèinf de se mel-

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ilt) RBNÉ LAPAKflE.

tre en relalion avec toutes les associations françaises et élraogères, afin de provoquer uQ grand mouvement d'opinion destiné à éclairer la conférence internationale de Bruxelles, dont on connait l'échec; malgré cet insuccès, la Société émet, dès l'année suivante, un vœu demandant d'agir quand même. En 1894, «Ile demande de nouveau la réunion d'une conférence internationale; l'accord de trois au moins des puissances intéressées serait suffisant, dit-elle, pour'obtenir un résultat.

Le 30 janvier 1894, la Société émet le vœu « qu'une ligue monétaire soit fondée sous le patronage de la Société des agriculteurs de France ». Cette initiative fut appuyée par l'Association de l'Industrie et de l'Agriculture françaises, et par la .Société nationale d'encouragement à l'agriculture. Sous le patronage de ces trois associations, fui fondée la Ligue nationale bimétallique, qui inaugura ses travaux le 23 mars 189S. Elle créa un Bulletin officiel de la ligue nationale bimétallique, paraissant le 15 de chaque mois. Le premier numéro parut le IS avril 189S.

Pendant que se fondait celle ligue, l'agitation bimétaltique continuait partout. De très nombreuses conférences étaient faites dans les principales villes, pour éduquer l'opinion publique, qui, malgré tout, ne comprenait rien à la question. Quelques conseil!! généraui, quelques syndicats, quelques comices agricoles éniirent des vœux on ce sens. Des pétitions furent déposées h Ja Chambre.

' La Chambre de commerce de Marseille se déclara, le 12 mars 1895, partisan du bimétallisme international. Le congrès national des unions et syndicats agricoles de France, siégeant à Angers, émit un vœu dans le même sens (20-22 mai 1895).

Le 10 décembre 1895, les ligues bimétalliques française, anglaise et allemande se réunirent en congrès à Paris. On y nomma une commission pour étudier les divers points à résoudre.

Le ministère Méline était tout acquis à la cause bimétallique. Il fil tous ses efforts pour aboutir. Sur l'initiative de la ligue bimélallisle française dont M. Méline était président, et pour répondre à la manifestation bimétallique, faite par presque tous les parlements européens, la Chambre des députés avait voté, te 11 mars 1896, une résolution ainsi formulée : » La Chambre des députés, considérant que l'établissement du bimétallisme inter-

LE PIMËTAU.ISME EN FRANCE. il7

natioDal serait un t^rrand bienfait pour les intérêts agricoles, industriels et commerciaux du pays, invite le Gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour établir et assurer, par une entente internationale, un rapport fixe cotre l'or et l'argent <>.

La Société des Agriculteurs de France continua encore penditnt plusieurs années à s'occuper du bimétallisme; il ea fut longuement question dans les assemblées générales de 1895, 1896 et 1897. Pour remédier A la hausse du change, elle proposa même d'émettre, sur les droits de douane, des surtaxes dilférenlielti-s, suivant l'écart du change. De nombreuses associations agricoles émettaient des vœui en ce sens.

Mnis depuis 1896, on ne peut citer aucun fait important en France, au sujet du bimétallisme. La ligue continue d'existur; elle lient régulièrement ses séances. Mais son r6le devient moins actif. " Elle observe et attend », selon le mot de M. Fougeirol. Elle disserte sur le mouvement monétaire à l'étranger, mais, est persuadée que loute tentative, qui ne serait pas internationale, ne pourrait pas aboutir.

La Société d'économie politique nationale, dont la politique monétaire était aussi ncltemeol bimétalliste, essaye inutilement de remettre la question en discussion : la cause semble décidément perdue.

La même année, le mouvement bimétalliste diminue sensiblement. Il a subi un échec sérieux, lors de la nouvelle conférence de Londres (mission Wolcoll), La Société des agriculteurs de France elle-même recommande la prudence. Voici comment s'exprime le rapport général de l'année 1898 à ce sujet: " La douzième section (section des relations internationales et coloniales) ne s'est pas dissimulé la gravité de cet incident et en a pesé toutes tes suites; elle n'hésite pas à croire qu'il , y a lieu d'apporter présentement dans la poursuite du but beaucoup de prudence et de ménagements; mais elle ne désespère pas de l'avenir ».

Depuis lors, aucune tentative sérieuse n'est à signaler. La Société des agriculteurs de France ne s'en occupe plus. La Ligue bimétalliste subsiste encore pendant quelques années et publie son bulletin, qui constate simplement les divers faits monétaires. Dès 1900, M. Théry demande la cessation du bulletin. Il continue à paraître néanmoins jcisfiu'au commencement de 1903.

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Section II. — lie bimétallisme en Angleterre.

La situation particulière de l'Angleterre ta prédestinait à l'étalon d'or. Elle n'est pas une nation productive, ne possède pas de mines de métaux précieux et n'a pas d'argent dans sa circulation. U'aulrc |)urt, elle est, au pceinier chef, une nalion commerçanle et elle se trouve surloul créancière. Klle passa à l'étalon d'or en 1816, se trouva très bien de ce régime et oc paru! jamais avoir l'intention de l'abandonner.. D'autre part, sa situation primordiale sur le marché financier rendait son adhésion indispensable.

Aussi se Torma-l-il d'assez bonne heure, un mouvement en faveur du bimétallisme. D'abord restreint, ce mouvement devint très puissent en 1893.

On avait formé une Association internationale de rélaloo monétaire dans ce but. En 1886, cette association se fusionna avec une organisation créée dans le Lancashire par les gens de Manchester pour entretenir l'agilation sur la queslion de l'argent et du change indien, et devint la Ligue de. tor et de L'argent. On peut être étonné de voir Manchester, qui est surtout un centre industriel et commercial, se mettre à la tète du mouvement bimétallisle en Angleterre, c'est parce que le district de Manchesler est surtout en rapport avec les pajs à étalon d'argent. Or, c'est 16 le fond de toutes les convictions bimétalliques anglaises, le change avec l'Inde, les rapports commerciaux avec l'Inde.

On connaît les résultais de la grande commission monétaire anglaise. Après plusieurs années de travaux, la commission, composée de douze membres, se trouva divisée en deux paris égales. Six membres déclarèrent « qu'ils ne sauraient engager actuellement leur pays à négocier avec d'autres Étais un traité qui entraînerait l'adoption du bimétallisme », Ils demandaient d'abolir les droits sur l'argenl manufacturé et quatre d'entre eux proposaient d'émettre des billets de banque de une livre sterling et de JO shellings pour remédier à la rareté de l'or. Six autres étaient d'avis d' » opter pour le bimétallisme international sur la base du statu quo ante 1873 ». Ils voudraient « réunir les puissauces de l'Union latine, ainsi que les États-Unis et l'Allemagne, dans un congrès où l'Inde et les autres colonies anglaises pour-

raient êlre représentées. Le rapport final de la commission a paru en octobre 18^8.

En 1889, l'Anglclerre prit part au congrès de Paris, mais en spectatrice, beaucoup plus qu'on actrice. » Prenons-y pari, avait dit lord Satisbury à la Chambre des communes le 5 juin

1889, prenons-y part avec le monde entier et efforçons-nous de tirer de l'expérience générale des leçons qui nous conduiront à un résultat sûr et prospère ».

Les débals à la Cliambre des communes se multiplient dès

1890, mais leur résultat est toujours négatif (V. H mars 1890, avril 1890). Cepeadanl il y a dans le ministère un biméialliste convaincu, M. Balfour, « secrétaire principal pour l'Irlande ».

En 1892, comme partout, la question prend une acuité particulière. La Chambre de commerce de Manchester émet un vceu bimétallisle. La ligue agit vigoureusement. Elle fait de grands progrès, mais sa tactique s'est un peu modifiée. A l'origine, elle demandait la reprise de la Trappe libre de l'argent avec substitution du rapport 1 à 20 au rapport 1 à 15 1/2. Maintenant elle insiste plutôt sur la reprise de la frappe libre par les États de l'Union latine à l'ancien rapport 1 à 13 1/2, la Grande-Bretagne s'engageant simplement à ce que la Banque d'Angleterre admette dans sOo encaisse une certaine proportion d'argent, 1/i au 1/5, par exemple, ce qui représenterait ft cette époque (1892} 250 ou 300 millions de francs environ.

Celle lactique s'explique fort bien. L'Angleterre, par ses relations commerciales, avec l'Iode, aurait évidemment avantage à ce que l'Union latine reprit la frappe de l'argent isolément. Elle profiterait ainsi de l'ancienne organisation, antérieure à 18'ï6, sans rien risquer elle-même.

Pendant ce revirement, les États-Unis convoquaient les principaux États à la conférence de Bruxelles. L'Angleterre y prenait part, mais sans vouloir céder en rien sur la question de principe. D'autant plus que la situation actuelle Lui était très favorable, sauf en ce qui concerne ses rapports avec l'Inde.

Or, dans l'Inde elle-iuême, se faisait une grande agitation monétaire; cette colonie s'apprêtait à passer au monomélallisme or. It s'y était pourtant fondé à Simia, en juiu 1892, une Association monétaire indienne (l'indian Gurrency association] pour la défense du bimétallisme.

iiO KBiÈ LAPARGB.

A la Go de celle même année 1892, le GoaTememeat anglais nommait une commission pour examiner la silualion moDétaire de l'Inde. Celle commission avail déjà son siège Taîl, quand se réunit la conférence de Bruxelles, mais, par courtoisie internationale, elle s'ajourna pendant la durée de la conrérence. Du Ksie, disait le représentant du GnuTememeDi des Indes à la conrérence de Bruxelles, « tant qu*il pourra y avoir l'espérance de Toir aboutir une enleote ioteruatioDale, le GouTernement indien hésitera à modifier le système en ligueur ". Mais la conférence échouai! et le 26 juin, on annonçait à la Chambre des communes la suspension de la frappe libre dans Tlnde.

Nalun-llemeot la Bimeltallic League protesta contre la mesure d\>slraci!<me du métal blanc prise par le Gouvernement indien; M. Balfuur fit uième une conférence bimétallisfe mais, malgré tout, les bimélullisti-s se heurtaient en Angleterre à beaucoup d'îaflui-nci's hostiles : l'opposilion de la presse, un siècle de monométallisme or. l'opposition d'bommes puissants el influents. D'autre pari, la baisse des changes orientaux a été néfaste à beaucoup d'industries. C'est elle qui a permis aux Slaleurs de Bomba) débattre ceux du Lancasbîre sur les grands marchés do l'Exlrèine-Orient. C'est grâce à elle que les manufactures de Dundee ont été transférées à Calcutta. Mais l'Inde souffrait beaucoup de la baisse du change et on a calculé que chaque nmiTelte bai>se d'un penn; dans la \aleur de la roupie représentait une aggravation de dé|icnses de 5 millions de roupies pour le Gouveriiemenl indien.

L'agitation s'étendit aussi à l'Australie, qui a elle aussi une très grosse dette ^i^-à-^is de l'ADgleterre. La colonie australienne de Victoria créa mu; ligue bimétallique, à l'exemple de la métropole.

La Bimellullic Li'ague de l'.^nglelerre agit toujours; elle provoqua môniii un contrés bimctalliste à .Mansion-hnuse. en 1894- L'annéc suivante, elle s'occupa des élections générales qui allaient avoir lieu. On demanda des engagements à Ions les candidats au sujet de la question monétaire. On envoya au chancelier de t'Écln<|uier un mémoire sur la question, signé de banquiers, commerçants, agriculteurs, syndicats...

Les élections semblèrent favorables au bimétallisme, quoiqu'il soit assL'z difficile de classer les élus: il y en avait dans tous

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LE R1META1.LISME B^ ANGLETERKI':. 131

li-s partis. Ces élections étaient surtout un succès poui' les uuionistes.

Les bimétal listes saluèrent le nouveau ministère Salisbury, comme une grande victoire. Le ministère comptait en effet sept membres de la Bimettallic League et en particulier M. Batfoup. On comptait sur lui pour provoquer une nouvelle conTérence iaternationale, mais il répondit k une quesLîon posée à ce sujet k la Chambre des communes : « Je suis quant à moi et j'ai toujours été partisan des ententes internationales, mais je n'ai pas le droit d'engager mes collègues sur cette question, je n'ai pas non plus de raison de penser qu'une conférence internationale aurait celle entente pour issue. Une deuxième conTérence sans résultat serait un échec sérieux ».

Les bimétallistes étaient alors nombreux on Angleterre. Les monométallistes crurent devoir s'organiser et ils fondèrent une Association pour la défense de l'or (The Association of the défense of the gold standard). Elle s'occupa très activementaussi des élections de 1895 el répondit au manifeste bimétattiste par un manifeste semblahle, adressé au chancelier de l'itchiquier.

Par certains côtés, la question prenait même un aspect politique. La question irlandaise, par sa nature même, est une question principalement agraire et ce sont justement les intérêts agricoles du monde civilisé qui souffrent le plus de l'abaissementdes prix, suite naturelle et inévitable de l'iippréciation de l'or, c'està-dire, de l'augmentation de la valeur marchande et intrinsèque de l'op. Tel fut l'argument par lequel on espérait apporter, comme appoint, le patriotisme irlandais à la cause du bimétallisme international. L'archevêque de Dublin, .Mgr Walsh, fut un des promoteurs de la campagne bimélatlisle, à laquelle il essayait de convaincre les Irlandais, dans un ouvrage qu'il publia en 1894, « Bimétallisme et Monométallisme ».

On se souvientque l'agitation avait lieu dans presque tous les pajs et que toujours l'opposilion de l'Angleterre faisait tout échouer. Aussi le chancelier de l'Empire allemand, déclarait-il qu'il ne fallait pas songer à une nouvelle conférence monétaire, tant que l'Angleterre serait décidée à ne pas réouvrir les monnaies des Indes. Or, jamais le Gouvernement anglais ne voulut prendreà ce sujet le moindre engagement. M. Balfour lui-même

(33 RKNÊ LAFARGB.

le déclara deux Toitt à la Chambre des commaoes, en fëvrier et mars 1896.

Le 17 mars, la Chambre des communes Tolauoe motion bimétallisle, pour répondre aui voles des autres parlemeots européens. " Celte Chambre est d aris que l'ioslabiliié de la valeur relative de l'or et de Targeot. survenue à la suite de la mesure prise par l'Union latine en IS'ÏS (suspension de la frappe libre de l'argent/, a porté préjudice aux meilleurs intérêts de ce pays et insiste auprès du Gouvernement de la Rejoe pour lui conseiller de faire tout ce qui est en son pouvoir pour assurer, par une entente internationale, une parité monétaire stable du change entre l'or et l'argent ». Otie résolution fut votée à l'unanimité; déjà le 26 février, la Chambre en avait adopté une semblable. IjC chancelier de l'Échiquier avait combattu les théories bimélallistes. M. Balfour, premier lord de la Trésorerie, les avait au contraire soutenues, en disant que, sans changer la circulation intérieure du pays, on pourrait rouvrir les hôtels des monnaies des Indes. La campagne parlementairp ne donnait donc pas plus de résultats que l'autre.

Les tentatives de Mac-Kinley pour aboutir à uue entente diplomatique échouèrent complètement. Les pourparltrs furent rompus en Angleterre, par suile du refus des Inde« de réouvrir leurs monnaies. La commission d'enquête de l'Inde avait nettement conclu à l'adoption et à l'établissement définitif de l'étalon d'or.

En haut lieu, on suivait donc toujours la politique Iraditioanelte, et malgré toutes les apparences contraires, alors même que la majorité semblait favorable, le Gouvernement ne prenait jamais de décisions définitives qui pussent compromettre la situation acquise.

Et pourtant les conversions au bimétallisme augmentaient toujours. La Commission royale d'agriculture, nommée en septembre 1893, qui avait poursuivi ses travaux pendant quatre ans, avait conclu an bimétallisme. Pendant la même année, 1S97. le parti ouvrier anglais s'y déclarait favorable et le 8 septembre, le congrès des Trade- Unions, réuni à Birmingham, votai! une résolution bimétalliste. Les associations agricoles ven<iienl toujours plus nombreuses au bimétallisme et l'Union nationale ngricole. tenue ù Londres, votait te 8 avril une résolution en ce sens.

LE BIMETALLISME EN ÏÏUROPE. 423

Mais le refus au GouTernemenl indien de rouvrir ses tnonaaies €l l'achèvemenl de la réforoie monétaire avaient porté un rude coup à la cause bimétalliste en Angleterre. Le Gouvernement indien avait pourtant réservé l'avenir par la déclaration suivante :

« Nous ne lions pas nos mains, car si l'adoption de l'étaloD d'or Dous rend indépendants du caprice ou de l'hostilité des pays étrangers, elle ne nous empêche pas, dans lavenir, de discuter avec les puissances extérieures un accord international, si cet accord est encore demandé. Elle nous permet, au contraire, d'aborder cette question sur un pied d'égalité »,

D'autre part, les ligues d'Australie se multipliaient; leurs adhérents augmentaient en nombre. En 1898, il fut même question d'envovcr à l'Angleterre une proposition bimétallique. ' L'instabilité politique du pays empêcha de discuter utilement la question.

Depuis lors, le parti bimétalliste perd tous les jours de son importance. "On peut citer cependant quelques manifestations récentes de son esistence. C'est ainsi qu'en mars 1900, le comité de Manchester de la Ligue bimétallique anglaise vola à l'unanimité une résolution eo faveur du bimétallisme. " Une parité d'échange entre l'or et l'argent est toujours nécessaire pour les intérêts de l'agriculture et du commerce international ».

Le 14 mai 1902, M. Field demanda, à la Chambre des communes, si, en vue des complications monétaires, soulevées dans l'Iode et en Chine pour les paiements de l'indemnité, le Gouvernement ne considérait pas comme utile de proposer une conférence internationale pour conférer et faire un rapport sur la nécessité d'une restauration générale de la circulation bimétallique. M. Balfour répondit : « Je suis tout à fait d'accord avec l'honorable gentleman sur ce fait qu'un grave inconvénient, et quelque chose de pire qu'un inconvénient, a été causé à propos de l'indemnité chinoise par la forte baisse de l'acgent. Mais je ne pense pas que quelque chose de bon puisse sortir de la mesure proposée, si on pouvait l'adopter ».

Se':tion III. — La bimétallisme dans les divers États de l'Europe.

L'agitation bimétalliste eut lieu dans presque tous les autres

RENÉ LAFAROE.

pays. En Belgique, il se forma un parti bî m étal liste, dès la cessation de la Frappe libre de l'argent en 1S76. Sous la direction de M. de Laveleye et plus lard de M. Allard, ce parli combattit ta tendance à l'étalon d'or et fonda une Association belge pour la défense du bimétallisme international.

Le 13 mars 4896, à la Chambre des représentants, M.de Borchgrave tut une pétition de la Société centrale d'agriculture de Belgique, favorable au bimétallisme. M. de Smet de Naeyer, minisire des Finances, répondit que s'il, n'appartenait pas à la Belgique de prendre l'iDÎtiative, il croyait pouvoir assurer de l'acquiescement de la Belgique à toute mesure destinée à obtenir,-par voie d'entente internationale, la réhabilitation monétaire du métal argent.

En Hollande, le mouvement bimélalliste était assez fort. M. Boissevain, l'écooomiBte bien connu, en était le chef. A plusieurs reprises, on lit quelques tenlalives; aucune n'a abouti. Comme la Belgique, la Hollande prit part à toutes les conférences hi m étal listes. Maïs le Gouvernement hollandais était hostile à ce mouvement : ainsi, en novembre 1896, dans le rapport des sections de la seconde Chambre sur le budget de 1897, à propos des mesures que le Gouvernement pourrait prendre en faveur de l'agriculture et des inlérèts qui en dépendent, oa insista tout particulièrement pour que le Gouvernement fasse ce qui esl en soD pouvoir, pour obtenir une entente internationale qui aurai) pour but le rétablissement du bimétallisme. La tentative échoua : les sympathies du GouverncmeuL étaient acquises à la politique contraire.

L'Autriche et la Russie accom plissaient leur passage à l'élalon d'or, malgré les essais de campagne bimélalliste. Le 16 mars 1896, on déposa h la Chambre des députés autrichienne, la notion suivante, qui fut votée : <> Gonsidéranl que les fluctuations de la valeur actuelle de l'or et de l'argent ont causé un grave préjudice économique, le Gouvcriiement est invité à appuyer vigoureusement les efforts faits par les autres Gouveroements tendant à établir un rapport fixe international pour la valeur relative des deux métaux ». Rien ne fut fait en exécution de ce vœu, et malgré les efforts de la ligue bimétallique hongroise qui fut fondée eu juin 1896.

En Russie, le congrès des agriculteurs des neuf gouverne-

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LE BIHÉTAIJ.1SME EN EUROPE. i25

meoU du centre a discuté et voté, les 23 et 26 mai 1898, une résolutioD « appelant l'attealioa du Eninislre de l'Agriculture sur ta nécessité d'une révision des dernières lois monétaires, au point de vue des intérêts de l'agriculture russe et de la Russie elle-même, menacés par l'abandon du métal argent, qui est sa monnaie historique».

Ea Italie, en Espagne, en Suisse, on pourrait facilement trouver trace du mouvement bimétalliste. Il suffira de dire qu'il se manifesta partout, même à Shanghaï, où se fonda, en juin 4895, une ligue bimétallique orientale, dont l'existence fut, croyoQS-nous, longue et prospère.

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