LES CONFÉRENCES INTER NATION A LBS
lemagnc n'avait pas accepté l'invitation et la France prit une politi<]ue d'expectative. La conférence aboutit simplcmcnl au vote de la résolution suivante par laquelle les délégués reconnaissent :
<i 1* Ou'il €st nécessaire de maintenir dans le monde le rôle monétaire de l'argent a<issi bien que celui de l'or; mais que le choix entre l'emploi de l'un et de l'autre de-ces deux métauK, ou de l'emploi simiillané des deux, doit avoir lieu suivant la situation spéciale de chaque Élat ou groupe d'Élafs;
V 2° Que la question de la lini,itation du monnayage de l'argent doit également être laissée à la libre décision de chaque Etat ou groupe d'Etals, suivant les conditions particulières oîi ils peuvent se trouver, et cela d'autant plus que les perturbations, qui se sont produites dans ces dernières années sur le marché de l'argent, ont diversement afTecIé la situation monétaire des différents
pays;
I' 3° Qu'en présence de divergences d'opinion qui se sont manifestées et de l'impossibilité où se trouvent même des États ayant le double étalon de prendre un engagement relatif à la frappe illimitée de l'urgent, il n'y a paslicu dediscusfer la question d'un rapport inlernalional de valeur à établir entre ces deux métaux. »
C'était un aveu d'impuis«ance.
Ed 1881, sur l'iniliative des États-Unis et de ta Krance, on décida de convoquer une nouvelle conférence intcrncltionale. Dans le programme qui fut communiqué à chaque Gouvernement, il élait dit que la conférence devrait examiner : 1" si l'or, existant dans le monde, pourrait à lui seul siiflire à toutes les transactions; 2° si, étant donnée la nécessité d'une seconde ' monnaie, il élait possible de la constituer sans fixer un rapport légal de valeur entre l'une et l'autre, etc.. Plusieurs Gouvernefnenls, el parliculicrement le Gouvernement anglais, demandèrent des modifications à ce programme, dont le texte semblait impliquer l'idée préconçue d'introduire le bimétallisme. Après <!e8 pourparlers avec lesdivers Goiivernemenls, le but ofRciel de la conférence fut de » soumettre à l'acceptation des Gouvernements représentés un plan et un système, pour l'établissemenl, au moyen d'une convention internationale, de l'usage de l'or «t de l'argent, comme monnaie bimétallique ». Or, M. Gladstone,
iiit KENË LAFARQE.
à lu Ctiambre des comtnuaes, disait qu'à ce point de vue, fè Gouvernement anglais ne pouvait donner aucun espoir. M, Scholz, ministre d'Étal, avail, d'autre part, déclaré au Rcichslag, au nom lie M. de Bismarck, qu'il importail de maintenir le statu gno. La Suisse envoya des délégués, parce qu'il semblait que ■' la conféf ence de Paris avail été convoquée plutôt pour discuter la question que pour la résoudre >•. La Hongrie répondit à l'invitation, quoi- ([u'elle ait plutôt des teadances vers l'étalon d'or; elle envoya un délégué. Il semblait difficile, dans ces conditions, d'aboutir à un résultat.
La conférence se réunit néanmoins à Paris le {9 avril. Les Ëtats représentés étaient : la France, les États-Unis, l'Allemagne, l'Aulriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, la Suède et la Norvège, les Pays-Bas, la Riissii-, la Suisse, l'Espagne, l'Italie et la Grèce. Le Canada et les Indes avaient aussi chacun un représentant spécial.
M. Magnin, directeur de la Banque de France cl bimétalliste, présida la conférence. Il se prononça ainsi que le second délégué di; la France, M. Henri Cernuschi, pour le bimétallisme. Les États-Unis, les Indes anglaises, l'Italie, l'Autriche et les Pays- Bas se prononcèrent dans le même sens. L'Angleterre et l'Allemagoe déclarèrent catégoriquement qu'il ne pouvait pas être question de modifier leur étalon monétaire, mais qu'elles élaieoi disposées à examiner certaines mesures destinées k augmenter l'emploi monétaire de l'urgent. La Belgique, la Suisse, la Grèce, la Suède et la Nuivcge se prononcèrent catégoriquemenl contre le double étalon. Il n'y eut pas moins, dans le cours des discussions, de douze déclarations conire le bimétallisme.
La conférence, dans l'impossibilité d'arriver à une entente, suspendit ses travaux le 20 mai, pour consulter les Gouvernements intéressés. Elle les reprit le 30 juin, et après cinq nouvelles séances inutiles, s'ajourna au 12 avril 1882.
Après l'échec de la conférence de 1881 et, malgré les demandesque tirent à plusieurs reprises les bimétallistes de divers pays, elle ne reprit jamais .«es travaux ; il n'y eut même pas de manifestations internationales importantes du bimétallisme avant (889. A celte époque, pendant l'Exposition universelle de Paris, se réunit un congrès libre monétaire. Un comité d'organisation français t'avait préparé; 194 membres répondirent à son invi-
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tation. Le président fui encore M. Magnin, directeur de la Banque de France. Les |)rinci|iaux délégués furent M. Grenfell, représentant la ligue bimétallique anglaise; M. Dreyfel, la ligu(! bimétallique allemande; M. Arendl (Allemag:ae); M. Raffalovitch; M. Cernuschi... Le bimétallisme fut brillamment soutenu ; mais il fut vaillament combattu, en particulier par M. Lcvasseur et M. RalTalovitcb. Ce congres a\ait un simple caractère privé ; il ne pouvait donc pas aboutir à une solution ; il se termina, après quatre jours de séances (du H au 15 septembre]) sans aucune résolulion pratique.
Jusqu'à présent, les diverses tentatives interoatioDales n'avaient eu aucune chance d'aboutir, on n'avait même jamais eu à discuter un projet précis. On avait discouru sur des tendances, sans viser un résultat pratique immédiat. Il n'en fut pas de même dans la conférence qui se réunit à Bruxelles en 1892. toujours sur l'initiative des États-Unis. Jusque-là, on avait sans cesse demandé la libre frappe de l'argenl, avec pouvoir libératoire absolu. La conférence de Bruxelles essaya d'aboutir à un résultat plus modeste : Taugmentation du rôle de l'argent par divers moyens successivement proposés. L'invitation était conçue en termes très vagues. La conférence était convoquée « dans le but de considérer les mesures qui. le cas échéant, pourraient être prises pour augmenter l'usage de l'argent dans le système monétaire des nations ». Cette invitation arrivait du reste au moment de la plus grande agitation bimétallique et elle fut acceptée par vingt gouvernements : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, États-Unis. France, Grande- Bretagne, Indes anglaises, Grèce, Italie, Mexique, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Roumanie, Russie, Suède, Suisse, Turquie. I^e président fulM. Montufiore-Lévy, délégué belge. La première séance eut lieu le 26 novembre 1892.
La conférence de Bruxelles était presque exclusivement composée de praticiens, ayant (I ne ferme volonté d'aboutir. Dès l'ouverture des séances; les États-Unis tentèrent une proposition tendant au bimétallisme international. Elle souleva une telle opposition que les Étals-Unis n'insistèrent pas. On s'occupa alors de rechercher les moyens d'augmenter l'emploi de l'argent par des moyens secondaires, sans arriverau bimétallisme.
Diverses propositions en ce sens furent soumises à la confé-
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rence.M.Morilz-Lévy proprosaitde retirer de la circnlatîoa les billets et les pièces d'or d'une valeur Qomiaale inférieure à 20 fraocs. M. Tielgen demandait la création d'une monnaie d'argent internationale, qui aurait plein pouvoir libératoire, mais serait j-emlioursahlc en or dans le pays d'émissioo. M. William Houldsworth proposai! la formation d'une union bimétallique, dans laquelle tous les Etats recevraient, dans leurs hôtels de monnaie, di's dcpAls de lingots d'argent, en échange desquels on donnerait dus reçus qui circuleraient comme monnaie. M. Alphonse Allard avait fait une proposition analogue. Les monnaies seraient ouvertes au dépôt libre des lingots d'argent ; on les payerait en billets du Trésor à la valeur du marché le jour où le dépôt aurait été effectué. Ces billets seraient remboursables en or ou en argent, au gré du Trésor. Mais, au cas de remboursement en argent, ils donneraient droit à une quantité variable d'argent, égale à ce qu'oa aurait pu acheter d'argent le jour du remboursement, avec les dollars or, exprimés sur le billet. MM. Mon te fi ore-Lévy et Saincteb^tte proposaient de réunir les deux métaux et d'obliger lesacheteursd'or à pe pas pouvoir disposer de ce métal, sans acheter aussi une certaine quantité d'argent.
La plus intéressante de ces propositions fut celle de M. de Ruischitd. (Quoique partisan do l'étalon d'or, il voulait développer l'usage du métal blanc. 11 proposait la résolution suivante : " A condition que les achats des Élals-Unis soient continués jusqu'à concurrence de 5i mi II ions d'onces par an, Je propose, disait-il, que les puissances de l'Buropc tombent d'accord pour faire de leur côté certains achats réguliers, soitjusqu'à concurrence d'une valeur de £ S. 000. 000 par an : ces achats s'échelonneraient pendant une période de cinq ans, à des prix ne dépassant pas 43 pence l'once, mais si le cours de l'argent dépassait ce niveau, les achats seraient immédiatement suspendus temporairement. Je ne vois pas non plus, ajoutait-il, pourquoi l'argent n'aurait pHS cours légal en Angleterre jusqu'à concurrence de £ o au lieu de C 2, comme il en est actuellement ». La réforme ressemblait h la réforme américaine, le Bland bill et le Shermann act.
La commission, chargée spécialement d'étudier le projet de M. Rotschild et celui de M. Moritz-Lévy. se prononça contre le premier et adopta le second. Un délégué anglais fit toutefois
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quelques réserves : il De voulait accepter la démonétisation des pièces d'or que concurremment avec l'adoption du projet Rotschild ou^de toute autre proposition, ajanl l'approbation d'une majorité prépondérante de grands États.
A l'assemblée de la conférence, il y eut de nombreuses oppositions. M. Boissevain déclara que la proposition Rotschild soulèverait dans les Pays-Bas des obstacles insurmontables. Le délégué de l'Inde ajouta qu'il lui était impossible de soutenir la proposition devant l'accueil peu favorable qu'elle avait reçu. M. AUard la trouvait insuffisanle. Les délégués anglais déclarèrent qu'ils s'abstiendraient de prendre part à la discussion de détail, qu'ils croyaient inutile : l'un d'eux, pour écarter tout malentendu, fil une déclaration très nettement monométalliste. Le délégué des États-Unis déclara à sou tour que la proposition n'était pas équitable pour les États-Unis.
Le projet de M. Moritz-Lcvy ne fut pas discuté sérieusement : on le trouva généralement insuffîsanL
On s'était encore demandé s'il ne serait pas possible d'arriver à limiter la production de l'argent par des taxes spéciales. On vit les obstacles d'une pareille solution. Les conditions de la production sont différentes aux États-Unis et au Mexique : les mêmes taxes ne produiraient pas les mêmes résultats dans les deux pays. D'autre part, il serait impossible de fixer la proportion de production de chacun : la découverte de nouvelles mines modifierait tous les calculs.
On en revint au vole sur la proposition bimétallique des États-Unis. Au'nom de la France, M. Tirard nnonlra les grands services que la France avait rendus au métal argent, dont elle était alors inondée, et déclara qu'elle ne pourrait pas faire de nouveaux sacrifices, à moins que les nations monométallistes or ne s'engagent à reprendre la frappe libre. Les autres États de l'Union latine firent des réponses analogues. L'Allemagne, le Danemark, la Norvège ne voulaient en aucune façon changer leur étalon monétaire; rAutriche paraissait bien décidée à établir l'étalon d'or. Les Pays-Bas n'entraient dans une Union bimétallique que si la Grande-Bretagne en faisait partie. Or, la Grande-Bretagne était très ueltemenl liostile. Les États-Unis se trouvèrent seuls à défendre le bimétallisme. On s'ajourna.
La conférence de Bruxelles n'aboutit à aucun résultat pratique.
i'ii RENÉ LAFAROE.
Elle ne fut poiirlanl pas inutile : elle eut l'avantage de préciser la position de chaqtie État. L'Aaglelerre était irréductible dans son opposition. La plupart des autres pajs n'adhéraient que ai le concours de l'Anj^leterre était acquis. Ëo un mot, le succès était impossible sur le principe bimétallisle lui-même. Peut-être aurail-,on pu aboutir à une entente sur un des moyens proposés pour rébabiliter l'argent. 1! est permis de douter de l'efficacité de ces mesures ChacuHe d'elles n'aurait certainement pas suffi à maintenir le cours du métal blanc. En tout cas, leur effet n'eût été que temporaire.
L'échec de la conférence de Bruxelles fut très sensible aui bimétallistes et depuis lors, il n'y a, pour ainsi dire, pas eu de nouvelles conférences monétaires. Toutefois dans diverscoagrès et spécialement dans les congrès agricoles, on émit souvent des vœux bimétallistes.
C'est ainsi que le 20 avril 1896 un Congrès libre d'entente bimétallique se réunit à Bruxelles. Les délégués anglais déclarèrent que leur Gouvernement était disposé à réouvrir les hôtels des monnaies des Indes et à faire accepter par la Banque d'An^ gleterre une partie'd'encaisse métallique argent. Quelques mois après, la Commission internationale d'agriculture, réunie à Paris au ministère de l'Agriculture, sous la présidence de M. Méiine, émit un vœu en faveur du bimétallisme et de la réunion d'une nouvelle conférence monétaire.
La même année, au mois de septembre, le Congrès international d'agriculture de Budapest, vota une résolution bimétalliste, d'après laquelle, la détresse de l'agriculture viendrait, non pas de la surproduction, qui n'existe pas, mais de la dépréciation des prix, qui vient de la démonétisation de l'argent. La crise agricole devrait donc prendre fin avec le règlement de la question monétaire.
Le Congrès international de Lausanne, sur le rapport de M. Fougeirol, vota une résolution analogue.
Ces vœux restèrent platoniques. C'est seulement, en 1896, sur l'initiative des Etats-L'nis, qu'on fit un essai d'entente internationale au sujet du bimétallisme.
Nous avons déjà dit qu'en 1896, après la première élection .'i la présidence de la République des Étals-Unis, Mac-Kinley envoya !a mission Wolcotl en France pour essayer de s'entendre