‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 146 sur 238 · Ï.OÏ · texte numérisé non relu

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L'Italie était donc parvenue rapidement è se débarrasser du cours forcé, en saisissant les conditions favorables à la reprise des paiements en espèces ; en deux ans de préparation, elle avait atteint son but et recouvré une circulation normale; désormais, les cours du change n'auraient plus du être influencés que par l'état do la balance des comptes et dans les limites du gold point. Le public avait si bien pris l'habitude du papier qu'il ne s'empressa pas de réclamer le paiement des billets d'État en argent; cette accoutumance explique bien en partie le taux, somme toute, très modéré du change pendant la crise du cours forcé. Il s'agissait dès lors, par une politique financière prudente, de conserver le béncEice de l'assainissement monétaire, d'éviterà nouveau celte fuite de la monnaie métallique qui avait causé la première

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LA CrKcrLATlON FinUCIAIRE ET LES CRISES nll CHANGh- io3

crise. Malheureusement le Gauverneinenl italien, de 1883 à 1891, se 5ant à la solidilé trompeuse de la situation monétaire, accumule les fautes; pendant celte période d'accalmie apparente se prépare une crise intense, d'autant plus longue à guérir qu'elle a été longue à apparaître; en apparence, la situation s'améliore, puisque les retraits de papiers s'opèrent avec régularité ; en réalité, l'Italie se dépouille peu à peu du stock métallique constitué en f$8^-t.

On peut suivre, dans les chiffres suivants, les mouvements qui s'opèrent pendant la période préparatoire de la seconde crise; on voit, avec le retrait des billets d'Etat, diminuer le stock monétaire dont dispose l'Élat, et augmenter l'émission des billets par les Banques.

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En 1891, le change, un hausse depuis 1887, subit déjà des cours de crise; le stock métallique dont dispose l'Élat n'est plus que de lo9 millions; les Banques ont, il est vrai, augmenté leur encaisse, de 319 millions en 1883 à 442 millions en 1891, dont 371 en or; mais c'est une compensation insuffisante, leur circulation de papier s'élevant à 1.122 millions au lieu de 732, les billets d'État mis à part. La vérité est qu'à ce moment, et par suite de causes complexes, le stock métallique a été en grande partie exporté, et que l'Italie va se retrouver en présence d'une nouvelle pénurie monétaire.

454 B. FOCHIER.

La responsabililc de la rechute doit èlre impulée essentiellemenl au Gouvernement italien, qui A peioe délivré du cours forcé s'engagea témérairemeot dans une série d'entreprises hasardeuses, qui ne pouvaient que compromettre la situation : des travaux publics exagérés, des armements, l'expédïtioa coloniale de rErylhrée, des Tuutes économiques comme la rupture commerciale avec la France, des emprunts incessants. Une partie de cfs fautes ont été avouées par les ministres italiens euxmêmes à la veille de la crise; d'autres ont été révélées par la crise elle-même, ou résultent de l'examen des phénomènes économiques de cette période, dont riialie n'a tenu aucun compte.

Le ministre qui, après la chute de M. Crispi, principal responsable des fautes 6oancières de celle époque, eut la tâche de combattre la crise naissante et de tenter 'une restauration, M. di Rudini, exposait en 1891 les difficultés rencontrées : la question fincinciére, disait-il, devient la première préoccupation du pays; c'est un programme de recueillement et d'économies qui s'impose, et maintenir rigoureusement les dépenses dans les limites des recettes <^st le seul moyen pour l'Italie d'arriver à l'indépendance économique. On avait conçu de vastes desseins, dépensé 4 milliards pour les chemins de fer, 500 millions pour les travaux publics, [)erfectionné l'armemeot, construit des arsenaux et d«>s navires; le budget de la guerre et de la marine, de 231 millions en 1881, avait atteint 572 millions en 1889. « L'Italie a dépensé une grande partie de ses énergies dans une œuvre multiple et gigantesque, hors de proportion avec ses forces ». Le budget de l'Etat et les budgets locaux avaient subi l'influence de cette fièvre de dépenses; les intérêts de la dette publique, au lieu de 484 millions en 1878 atteignaient 600 millions, et même 700 avec la dette amortissable et la dette flottante.

L'attitude du Gouvernement avait donc fort ébranlé le crédit de l'État, premièrR base de la valeur du papier-monnaie; on peut suivre dans les budgets italiens ta croissance des déficits; depuis 1880, il n'y en apas un qui ne s'accompagne <le dépensas extraordinaires pour 120 à 130 millions (au maximum, 2!)1 millions en 1888-89). Tandis que les dépenses ordinaires croissent de 1.196 millions à 1637 (1890), les receltes passent seulement de 1.238^ 1.562 millions.

LA. CIRCULATION FiDUClAIBE ET LES CRISES DU CHANGE. 4;>5

S'il y eut quelques excédents au budget ordinaire jusqu'en 1885, à partir de J886, od retombe dans le déricJI, qui s'élève, au total, pour cette période à 286 millions. Mais, comme il faut tenir compte des dépenses extraordinaires el extrabudgétaires, couvertes par l'emprunt en règle générale, ou constate alorsque pas tin budget, même ceux qui paraissent présenter un excédent, n'est réellement équilibré pendant ces dix ans, et que le découvert etTectif du Trésor s'élève au chiffre formidable de 2.2S8 millions. C'était autant qu'il avail Tallu emprunter, surtout à l'élraager, par des émissions incessantes de rentes.

Eu second lieu, le stock monétaire que l'on avail reconstitué après 1881 ne pouvait se maintenir dans le pays que sous certaines conditions favorables; on a vu quelle a été la diminution du stock appareotde l'État et des banques. En fait, depuis 1886, on constate des exportations croissantes d'or et d'argent, et les exporlatioDs réelles sont bien plus considérables. L'augmentation des arrérages à payera l'étranger était une cause d'émigration des espèces; M. Vilfredo Parelo évalue  1.200 millions entre 1883 et 1892 l'oxportalion des titres de rente; dès que se manifesta une prime sur l'or, cette exportation augmenta, par le fait des possesseurs italiens t|ui envoyèrent toucber leurs coupons au dehors. De plus, de 1882 à 1891, la balance commerciale a été constamment défavorable, et au total, en dix ans, les importations dépassent les exportations de 3.566 millions; la rupture des relations commerciales avec la France, en particulier, a influé sur l'état du commerce italien. Là encore, le Gou- .Yernemenl italien ne sut pas se mettre en garde contre une tendance dangereuse et enrayer à temps l'émigration des monnaies.

Uuanlù lacirculation fiduciaire, elle avait augmenté de près de 400 millions (732à 1.122) sans que cet accroissement répondit véritablement au développement économique de l'Italie; la même exagération dirigeait les entreprises privées et les travaux de l'État; les capitaux empruntés avaient causé une prospérité factice, suivie d'une déjiression, lorsque, les capitaux utilisés, il restait ;^ en payer les intérêts. Les banques avaient soutenu le mouvement et pris de déplorables habitudes; toutes dépassaient la limite normale assignée à leurs émissions; cette circulation extraordinaire avait été autorisée temporairement, et avait tou-

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* 'fl-nt |«r *fi»J m'^it-n «)(; conjurer rioe noaielle crise. Il soDgeait »iii»'i 4 ol»l*-fiir fine rffurnie rie la léfn^lilioo des BanqDe;. don- (i^ftl [)l'(^d(: (.'aranlie» <\p. lion ronctioDoement.

\ai <r\*t: rf-{.f;riil--iri[ -acct^nluait : \f change, de 2.6Ô ao début Af W.)2, iiirinl;iit a '.i.'ZOcn révrieriàS en mars; Dlalie se lrou\ait «in \<r'w'!t\fr. m\f:iT'\^f fînanciêri-, elune contraction monétaire, <'»(niili'(iii''<'ft d'une; crUe foncière grave. Les impôts renlraienl dirfif^iji'itienl, U: niiniéraire (ii<i[iarai''-^ait à l'étranger; à la fasfue Ai: ri'nion latine, on voyait fuir jusqu'aux pièces divisionriuiri;»; U: délicil de 181)1 (■lait déjà de Ui millions el menaçait de «i; rr|K<)di(in-«-n (892 et 1893.

Le déimteiir Hossi, s'appuyant sur les récents événements, prop'.wiit uu ministre la dénonciation de l'Union latine el l'adoption de l'-liÉltin d'urgi;nl; c'était, à son avis, la seule voie à suivre pour ri'tfMiir lu nionniiin italienne et éviter le cours forcé menaçant. LcN ji-ntaliveN <lc rélialiilitation de l'argcnl qui se produisaient à l'ftte t'po<|ue devaient encourafrer le Gouvernement à se rallier lin iiiunométailisiiie argent, qui assurerait aux producteurs iliilicn» de hauts prix. M. Luzzalli refusa de s'aventurer ttiir Cl' terrain, craignant de retirer de cette réforme moné- ((lire liieii plux de pertes que d'avantages, et d'isoler l'Italie au

milieu de pays possédant l'or comme monnaie ialernalioDale.

Assurémenl l'Union lalioe avait eu pour l'Italie ce fâcheux effet de permellre l'exode de toute sa monnaie métallique, v compris l'argent; par contre, l'Italie avaii trouvé cet avantage de pouvoir faire, avec un stock d'or assez reslpeiol, une grande partie de ses paiements internationaux en argent; ret avantage avait diminué depuis sa rupture avec la France etie développeinentde ses relations avec l'Allemagne en particulier, et d'une façon générale, avec des pays à étalon d'or. A celle époque, la rupture de l'Union latine aurait obligé l'Italie à payer 1^80 millions environ à la Suisse et à la France pour liquider ses engagements. H eàt été 1res imprudent de vouloir couper subitement toutes ses relations monétaires en se réfugiant dans l'étalon d'argent; le cliange ne pouvait que hausser, et si c'était peul-étrc éviter le cours forcé, c'était aussi l'adoption inévitable du régime sous lequel se débat l'Espagne depuis des années : une monnaie intérieure sans valeurinlernationale, et l'or devenant une marchandise exceptionnellement rare quoique nécessaire ; le seul avantage, et très discutable, était pour certains exportateurs la prime résultant du change élevé.

M. Luzzatli se contenta de restreindre autant que possible les dépenses budgétaires, et de déposer un projet sur les banques d'émission, visant à régler miniilieuseinent la circulation, et h organiser un contrôle efficace. Pour liquider en partie la delte du Trésor, la loi du 7 avril (892 autorisa l'émission par l'Etat de 200 millions de bons à longue échéance dans l'espace de (rois ans. Le change était revenu à4,t5, quand, sur ta question des dépenses d'armement, lelninistcre dut céder, en mai, la place à M. Giolitti, lieutenant de M. Crispi, dont la sagesse financière devait £tre bien moindre; la baisse du change continue néanmoins jusqu'en juin, à 2,85. Mais les expédients financiers, les emprunts déguisés sous l'émission des bons du Trésor, l'augtneotation des taxes payées par les élablissements d'émission pour l'émission de billets dépassanl la limite légale, signalent un désordre croissant. Le rapport du ministre du Trésor sur l'exercice financier 1891-92 accuse un déficit de 45 millions, plu» 85 millions de dépenses de chemins de fer, soit 134 millions payés par l'emprunt.

-La fin de l'année et les premiers mois de 1893 sont marqués

par la <i;rave crise des ban(|ues d'émission, dcroière conséquence de la politique écoDomique des années précédentes. La Banque romaine était eu faillite; les scandales financiers auxquels étaient mêlés des hommes politiques donnèrent lieu à une enquête parlementaire; elle révéla que depuis longtemps la plupart des instituts d'émissions vivaient d'irrégularités et d'illégalités; par suite d'interventions gouvernementales, d'énormes sommes avaient été immobilisées en prêts hypothécaires, dont les gages étaient diTScilement réalisables; ses sommes s'élevaient d'après l'enquête à 199 millions; en réalité, la liquidation opérée les éleva à 580 millions pour les six banques. Les dépassements inavoués de la limite légale d'émission étaient courants, et la circulation ainsi dissimulée s'élevait pr>ur certaines banques à 25 et à 60 millions; on avait abusé des crédits douteux, du « portefeuille politique », composé de titres sans grande valeur commerciale, mais portant des signatures influentes, et qu'on renouvelait indéfiniment à échéance.

Pour calmer l'inquiétude publique, le Gouvernement devait reprendre les projets de M. Rudini et préparer une refonte des Banques d émission qui s'imposait. Le change remontait à 8,70 en août, tandis que s'accusait le déséquilibre budgétaire, que l'on liquidait péniblement la situation des banques en faillite. Le numéraire devenait introuvabie,et les billelsdebanqueétaient déjà inconvertibles en fait, faute de monnaie; ou devait protéger la Banque de Naples conti'e l'envahissement du public réclamant les dépôts.

Pour parer aux nécessités urgentes, le minisire du Trésor (îrimaldi engageait dei négociations avec la France, en vue du rapatrieitieut des monnaies divisionnaires d'argent de frappe italienne, qui circulaient presque toutes sur notre territoire. Puis, un décret du 4 août 1893 autorisa le Trésor à émettre des bons de caisse d'une lire, pour une valeur de 30 millions, afin de suppléer la monnaie divisionnaire absente; ces bons devaient ètre'garantis par autant de monnaies immobilisées, qu'on avait dû acheter à l'étranger, et dont ou pensait ainsi empêcher l'exode; en même temps on devaitémetlre des mon naiesde bronze. Le 8 iioùt entra en vigueur la loi sur les banques d'omission, que l'on venait de terminer; elle réduisaità trois le nombre des Instituts jouissant du droit d'émission. La Banque romaine était

LA CIRCULATION FIDUCIAIRE ET Lh'S CRISKS DC CHANGE. iSH

en liquidation; les deux Basques toscanes, dont la situai ion était précaire, Tusionoaient avec la Banque nationale d'Italie, qui devenait la Banque d'Italie, organisée avec un capital de 300 millions. La Banque de Naples et la Banque de Sicile conservaient égalemeot le droit d'émission. On fixait la limite maxima des billets à 1.097 millions pour les 3 insliluls, dont 800 pour la Banque d'Ilaliç, 2i2 pour celle de Naples, 55 pour celle de Sicile. Ce maximum devait durer quatre aas; après quoi, par des réductions progressives, la circulalioa devait s'abaisser au bout de quatorze ans à 864 millions.

Les billels émis au delà des limites légales devront être couverts pai' une encaisse métallique; les autres devront correspondre à une encaisse de 40 0/0, en or pour les trois quarts. Les billets auront cours légal pendant cinq ans dans les provinces où des succursales des banques pourront les rembourser en monnaie métallique; ils seront reçus dans toutes les banques. Pour mettre un frein aux émissions extraordinaires, la taxe de circulation de i 0/0 sera élevée au double du taux de l'escompte. Le (aux de l'escompte sera uniforme pour les trois banques et ne pourra varier qu'avec l'autorisation du Gouvernement. Le Trésor pourra oblfinir de la Banque d'Italie certaines avancesen cas de nécessité.

La nouvelle loi, qui avait donné lieu à de vives discussions, établissait sur de meilleures bases la circulation fiduciaire italienne; il y avait eu exagération du nombre des in^^tiluls d'émission, et les petiles bancfues avaient été entraînées à abuser de leur privilège, que l'on avait d ailleurs fort mal contrôlé; il était bien plus normal de ne garder que des établissements solides, qui venaient de faire leurs preuves pendant la crise. La Banque d'Italie était depuis longtemps l'e pivot de la circulation fiduciaire; c'est elle qui recueillait les épaves des petites banques. Quant aux garanties nouvelles imposées aux établissements d'émission, et en particulier la taxe de circulation, elles étaient Justifiées par la facilité avec laquelle on avait abusé des avances extraordinaires. Mais la lui, bonne en soi, était tardive ; elle ne pouvait plus enrayer les progrès de la crise monétaire ; ce n'était qu'une solution h la crise des instituts d'émission.

Aussitôt après la loi, on s'occupa de la réorganisation, des slaluls et de la surveillance de la nouvelle Banque d'Italie, de

460 E. FOCIIIKR.

IV-change de ses actions contre les actions des anciennes \naqires. Le 22 décembre, un décret complétant la loi organisait le contrôle des instituts et créait une commission permanente chargée de surveiller en détail l'émissioD et la circulation. Au moment de l'entrée en vi^ïneur du nouveau régime, la circulation efTective des trois banques s'élevait à 1.158 millions, avec une ■encaisse de 460 millions, dont 398 d'or; l'encaisse augmentait, mais le stock immobilisé ne pouvait avoir d'effet sur la circulation complètement dépourvue d'espèces. La part de la Banque d'Italie dans la circulation était de 889 millions, plus 11 millions provenant de la Banque romaine. Il fallait ajouter aui hillets des banques ceux qui circulaient encore pour le compte de l'État.

M. Giolilti sentait le besoin de laFisurer l'opinion; il prononça le 18 octobre, un important discours politique, oy, reconnaissant les fautes Hnancières répétées, critiquant \ivement la façon dont les banques avaient jusqu'alors méconnu leur l'oie de ré> gniatrices de la circulalian, il énonçait un plan de réformes pour remédier à la crise monétaire. Les exportations incessantes de numéraire créaient des difficultés exceptionnelles; la spéculation, de plus, s'exerçait librement sur le change; il fallait trouver moyen d'éviter au Trésor des perles stériles pour le service de la dette à l'étranger, et de ne pas troubler le marché du change par des achats périodiques escomptés par les spéculateurs. Le ministre songeait à exiger Vaffidneit des porteurs étrangers de litres de rente, pour éviter l'envoi des coupons h l'étranger au moment des paiements, et à procurer des espèces au Trésor par li'S douanes.

Le 8 novembre, un décret, remettant en vigueur les dispositions de la loi de 1881 tombées en désuétude, exigeait le paie* ment des droits de douane en espèces métalliques ayant cours iiitcrnationat; le paiement pouvait être effectué par des certifia ciits nominatifs, délivrés par les Banques moyennant le paîeiiicnl, en papier, des droits à acquitter, augmentés de la prime du change courant. Cette mesure a été très critiquée; on a objecté que c'élait une surcharge imposée aux importateurs, et en délînitive, aux coni^ommateurs, que l'on risquait, en reconnaissant officiellement la dépréciation du billet, d'aggraver le change et que, somme toute, l'or que l'on exigeait des importateurs ne

vi«nijrait pas de l'élrangcr, mais du pays, et (]ue la demande iaQuerail sur le change. 'L'argument principal iavoqué par le GouTeroement était la nécessité de soustraire aux spéculations des chaoo;eurs, qui accaparaient les espèces, tes paiements importants h cchéance lixe qu'il faisait à l'étranger; en vue de ces Remises périodiques, les détenteurs de papier de change ou d'or faisaient hausser la prime, et la tenaient ainsi artificiellement au-dessus du niveau normal. En s'approvisioonant régulièrement d'or, par le paiement des droits de douane, on évitait les variations du change dues à ta spéculation. On peut ajouter que la surcharge imposi^e aux importateurs était, somme toute, assez faible, étant donné le taux relativement bas du change (10 en moyenne en 1693); l'or ne vînt-il pas de l'étranger et extstàt-il déjà dans le pays, c'était un moyen de le faire apparaître, et, par \A régularité des demandes, de donner le moins de prise possible à l'accaparement. On verra qu'en fuit le paiement en or des droits de douane a été l'un des moyens les pJus efficaces de fecoostituer le stock métallique de l'Italie.

Pour parera la disette monétaire, une convention fut signet; le 15 novembre avec la France et les Ëlals de l'Union latine, en vue de ramener en Italie tes monnaies divisionnaires frappées par son Gouvernement, moyennant leur prix en or; c'était encore un important (sacrifice impose aux finances italiennes.

Sur Ces entrefaites, le cabinet Crispi revenait au pouvoir, avec M. Sonnino au Trésor; le nouveau ministre se trouvait presque immédiatement aux prises avec une aggravation des difficultés. ,La circulation des Banques s'élevait en janvier 1894 à 1.204 millions, ayant augmenté de oO millions depuis ti mois; l'encaisse avait diminué de 14 millions, et le change moulait à 12,37. Il s'élevait entre les Banques des difficultés pour l'échange de leurs billets; le public, pris d'inquiétude, se mettait tout à coup à réclamer le remboursement des dépôts; la panique gagnait bientôt les déposants des caisses d'épargne : or, les dépôts y étaient représentés par 1.621 millions en titres d'État, difficiles ù réaliser en temps de crise; il fallait arrêter à tout prix une catastrophe menaçante.

M. Sonnino commença par suspendre d'urgence, par un décn;t du 23 janvier, la loi sur les banques, en autorisant une circulation supplémentaire de 125 millions de billets, couverts par

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une encaisse du tiers, et soumis à une taxe réduite. Cela n'arrêtait pas la hausse du change, qui atteignait en février 14,95. Le ministre était obligé de recourir, le 21 février, à une émission de hons décaisse de 2 lires, pour 60 millions, fît de pièces de nickel, pour 20 millions, afin de remplacer dans la circulation un peu de monnaie divisionnaire. Le même jour un autre décret prenait iâ mesure devant laquelle on avait longtemps reculé : on décidait rémission de 600 millions de nouveaux billets pour le compte de l'État, en vue d'amortir certaines avances des banques au Trésor; 200 millions de ces billets devaient remplacer, dans les encaisses desinstituts, autant de millions d'or iinmobilîsés dans les caisses de l'Étal; quant à l'avance ordinaire des banques auiTrésor, elle était portée à 425 millions. Les billets d'État recevaient à nouveau le cours forcé; leur conversion en espèces était suspendue, et ils pouvaient servir aux banques d'espèces métalliques pour rembourser leurs propres billets.

Après s'être longtemps débattu contre cette éventualité, le Gouvernement se trouvait donc inévitablement contraint à recourir de nouveau au cours forcé; il n'eiislait pas en Italie de monnaie en quantité suffisante pour les nécessités de la circulation; les espèces existantes se cachaient; les Banques, dont le cn'^dil récemment compromis était encore, aux yeux du public, d'une sûreté douteuse, étaient menacées de demandes de remboursement excédant leurs disponibilités. Le seul moyen était de créer un papier garanti par te crédit de l'État, et substituable immédiatement au papier des [instituts, pouvant remplacer la monnaie métallique jusqu'au moment où elle serait rentrée en quantité suffisante.

Ce remède énergique fut d'ailleurs efficace; les hommes d'Etat italiens, avec une sagesse tardive, se rendirent compte qu'il n'y avait plus une faute à commettre, et qu'il fallait désormais s'abstenir de toute mesure ébranlant le crédit de l'Italie, qui devait soutenir la valeur du papier-monnaie. Le projet de budget présenté en avril décidait enfin de renoncer ii toutes les dépenses non urgentes pour les chemins de fer, l'armée et la marine. Aussi le change, après avoir atteint 16,12 redescendait-il en juin à 10,60, tandis que la circulation de papier des banques s'abaissait à 1. 116 millions La liquidation devait être longue; la crise se préparait depuis

I^ CIRCULATION FIDUCIAIRE E7I LES CRISIiS DV, CHANGE. 463

1887; il faudra encore huit années d'cRbrts.justjo'en 1902, pour faire disparaîlre la prime de l'or. Les miDistres toiiI tendre vers un double résultat : ratTermir la situation financière de l'Ëlat par un équilibre sévère des budgets, et consolider ainsi le crédit de l'Italie ; puis reconstituer le stock monélairo et créer dos conditions favorables à son maintien dans le pays au pair du papier, en diminuant la quantité de billets, et en améliorant la balance des comptes italiens avec l'étranger.

La politique du cabinet Crispi devait encore coûter assez cher; M.Sonnino, en 1894, avait été obligé d'avouer un déficit de 1H millions sur le budget précédent; les années suivantes n'arrivent pas à réaliser l'équilibre, et les délîcits se renouvellent jusqu'en 1896-97. En 189.^ et 1896, lej^pédilion de l'Éry- Ihrée, accompagnée des grosses dépenses d'une guerre coloniale et terminée par le désastre d'Adoua, menaçait de compromettre la restauration financière; te change remontait brusquement à 12,50. Le passage du pouvoir aux mains de M. di Rudini, en mars 1896, avec M. Luzzattiaux finances, permettait enfin l'adoption durable du programme de paix et de travail, annoncé en 1891 et si troublé depuis. M. di Rudini mettait lin à la guerre abyssine, a l'agitation sicilienne qui .durait depuis quelques années, elM.Luzzatli arrivait, en 1897-98, à réaliser un excédent budgétaire de 9 millions; désormais, les excédenis vont être constants. Le change ne subira plus qu'une hausse, à 9,90 en 1898, due à une crise économique, à de mauvaises récoltes qui provoquèrent des troubles graves dans l'Italie du Nord, et également, d'après M. Ferraris, à un abaissement intempestif de l'escompte de faveur des banques pour les lettres de change, de 4 à 3 1/2; celle mesure coïncidait avec un resserrement monétaire et partout ailleurs, en Europe, les grandes banques rele- ■ vaieni leur escompte. On en arrivait à prêter moins cher dans un pays pauvre en capitaux que dans les pays riches. Ce ne fut là d'ailleurs qu'un embryon de crise; depuis 1898, la situation n'a cessé de s'améliorer jusqu'à la disparition du change.

En même temps que la restauration de l'équilibre financier se poursuivait la liquidation des billets d'Ëlat; on 1898,1e ministre putcommencer à les retirer de la circulation; en I1t03, on en avait supprimé et remboursé pour plus de 128 millions.

Les petites coupures ont été les premières retirées, et réduites

en 190^, à 2.33S.000 lires. Les billets de valeur supérieure ool diminué dans une bien moins forle proporlioo; 44S miliioas circulent encore eu 1903. Les petites coupures ont perdu, depuis le 31 décembre 1901, le cours légal, et seront prescrites si le 31 décembre 1906 elles n'ont pas été remboursées.

Retrait des billets émis pour le compte de l'État.

ANNÉES

(MliUoHdelUw).

1 M 1 lir» Toul.

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