‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 150 sur 238 · SS · texte numérisé non relu

SS

Le premier résultat tangible de la politique gouveraeineRtale fut uoe hausse du ctiange ; il était, en 1891, avant ta loi sur la Banque de 4 0/0 et monta après le vole à 8 0/0; en mars 1892 il était déjà de 17. Comme conséquence immédiate, le service de la Dette eitérieure se trouvait subir, pour le paiement en or des coupons, une surcharge de 12 0/0. Et cependant ta Banque usait très modérément de sa faculté d'émission ; elle n'avait en moyenne que 850 millions de billels avec une encaisse de 300 millions; mais, sans qu'il y eût une grande transformation des conditions matérielles, les conditions morales soutenant son crédit devenaient moins favorables, et l'inquiétude naissait des pratiques gouvernementales.

11 devenait manifeste, aux yeui du publie, que la faculté d'émission accordée à la Banque répondait non pas aux besoins de la circulation espagnole, mais aux déficits des finances publiques qui rendaient nécessaires des ressources supplémentaires. Au début de 1893, les découverts du Trésor espagnol se décomposaient ainsi :

a) Une dette Ûollante de 245 millions, dont 165 avancés au Trésor par la Banque, et 84 millions de pagarès du Trésor (il

n(t B. FOCBIER.

est à notei- que l'on venail de consolider 225 millioas de dette {lottaote par une émission de dette amortissable qui avait été péniblement écoulée] ;

ù) Plus de 30 millions de bons du Trésor placés par la Banque dans sa clientèle;

c) 64 millions dus pour avances de la Compagnie fermière des tabacs;

d) Les avances en compte courant de la Banque au Trésor; Et ou pouvait y ajouter un nouveau déficit probable de 70

millions pour le budget de 1893.

Cette énuniéralioD donne une idée du système d'expédients temporaires dont vivaient les finances espagnoles, faisant à ce moment monter les émissious de la Banque à 900 millions, disparaître l'or de la circulation, el hausser le change jusqu'à 21.

La raréfaction de l'or, cause et effet tout à la fois' de la hausse du change, était accentuée par la conlinualicîn des frappes d'argent. Le caractère de monnaie inconvertible en or, échangeable seulement contre de l'argent, du papier de la Banque devient dominant; l'or, par la prime qu'il obtient, sert à des spéculations sur le cours du change; les particuliers, et la Banque surtout, prolitent des bas cours pour accaparer le papier de change, el le revendre aux cours élevés, aux époques prévues de grands paiements à l'étranger. La Banque négligera d'ailleurs souvent el de parti pris une de ses fonctions essentielles, qui est de retenir les capitaux dans le pays par un taux élevé de l'escompte; pendant de longues périodes, le taux de ses prêts sera bas, inférieur au taux de capitalisation des fonds d'Etat espagnols. Les capitaux émigrent à l'étranger, où ils trouvent une rémunération supérieure; ou bien, et le cas va devenir fréquent en Espagne, les nationaux achètent des litres de rente espagnole, se font prêter par la Banque des sommes sur ces litres, tirant encore bénéfice de l'écart entre le taux de ces prêts et le revenu des litres. La Banque ne défend ni les capitaux nationaux, ni les siens propres; elle trouve encore avantage à émettre, pour ses prêts, des billets qui ne lui coûtent rien et lui rapportent un certain intérêt. Ces spéculations combinées ne facilileront pas la solution du problème du change.

Le cabinet conservateur venait d'être remplacé par un cabinet

libéral, doolle jirogramme très net, rompant avec les errements antérieurs, tendait à la réduction des dépenses, à l'augmentation des recettes par un contrôle plus sévère de leur perception, à une politique douanière plus libérale, les tarifs adoptés ea 1892 paraissant eiercer une inQuence fâcheuse sur les échanges eilcrieurs de l'Espagne. Le ministre desKinances parvint à diminuer fortement les déficits de 1893 et 1894; les plus-values obtenues, par rapport aux exercices précédeols, s'élevèrent à 27 et 23 millioas de pesetas. Mais on devait laisser subsister les énormes engagements du Trésor envers la Banque; néanmoins, celte-ci pouvait augmenter dans de fortes proportions son encaisse, qui, à la fin de 1894 était de 52 0/0 de la circulation fiduciaire, avec un change de 12 seulement, bien inférieur à celui des années précédentes.

Le 27 juin 1894, les Chambres avaient approuvé une convention nouvelle avec la Banque, qui, loin de régler la question des avances, la prolongeait. 333 millions d'obligations du Trésor allaient arriver à échéance; on les remplaçait par de nouveaux titres à un an, et on ouvrait à l'État un nouveau compte courant de 75 millions pour faire face aux excédents de dépenses de l'exercice. C'était la continuation de la politique d'atermoiement; il était temps, cependant, de liquider sérieusement les engagements exagérés de l'État, et on aurait pu le faire par un emprunt, au lieu de perpétuer une énorme dette flottante, mais à la condition de mettre l'Espagne « à la diète » suivant l'expression de M. Leroy-Beaulieu, et de couper court pour plusieurs années aux armements et aux constructions de chemins de fer.

Les événements démontrèrent que c'est à cet instant que l'Espagne aurait du régulariser sa situation financière; car les complications imprévues qui suivirent devaient empêcher toute nouvelle tentative. En 1895, l'insurrection cubaine commençait, et allait exiger du pays, déj^ chargé, de nouveaux sacrifices financiers. C'était natureltemcnl encore la Banque d'Espagne qui allait ouvrir ses caisses à l'État pour faire face aux dépenses. Le bilan de la Banque pour 1895 accusait une augmentation de billets de 90 millions, ce qui portait la circulation totaleà près d'un milliard. Les existences métalliques s'élevaient à 507 millions, dont 200 en or. Le ministère des Colonies avait, dans le courant

,yGoog[c

K. POTHIES.

de l'année, demandé i la Banque 110 millions, garantis par des pagarès de Caba k 4 0.0, pois 50 millions contre des pagarès i 4 1/2. En janvier 1896, on avançait encore au Trésor cabain 50 millions, contre pagarès; il faut remarquer que le ministère aTait emprunté d'un autre côté 50 millions à la Banque de Paris et des Pa^s-Bas. Les engagements de la Banque d'Espagne avec le Trésor métropolitain étaient représentés, à la même époqae, par 153 millions de bons et pagarès, et 406 millions de dette amortissable; en tout, pour la métropole et les colonies, près de 770 millions. La Banque, au reste, j trouTail son aTanlage, puisque, sur un total de bénéfices de 43 millions, elle en relirait 27 de ses relations arec le Trésor, et 15 seulement de ses opérations commerciales. Le change remontait alors au taui de 22,40.

Le ministre des Finance5,daos le projet de budget pour 1896- 97, affirmait à nouveau hautement ta volonté de mettre fin aux déGcits (qui depuis dix ans étaient en moyenne de 81 millions, malgré les expédients et les secours de la Banque). En fait, à la fin de l'année, l'Espagne était contrainte & demander des avances nouvelles i la Banque, qui, en revanche, exigeait des garanties supplémentaires sur les recettes des douanes. Le Gouvernement tentait de placer un emprunt de 500 millions à l'étrangef, mais il était trop tard ; il subissait un échec et se voyait forcé de recourir à un emprunt intérieur.

L'insurrection des Philippines s'ajoutait à celle des Antilles et eiigeaif de nouvelles avances. La gène du Trésor était extrême; en principe, le Trésor cubain seul devait supporter la charge de l'emprunt et des 700 millions de pagarès émis pour faire face aux dépenses de guerre; mais étant donné le déficit perpétuel des budgets coloniaux, il était certain que le poids, en fin de compte, en retomberaitsurl'Espagne.L'emprunt réussit cependant, grâce à une habile préparation du public et au concours des grands établissements financiers; il produisit 372 millions effectifs; c'était un certain succès moral, et malgré la gravité de la situation, le change ne dépassa pas 26,40.

L'année suivante, la Banque se voit forcée d'émettre jusqu'à 1 .206 millions de billets, car ses engagementsavec le Trésor des colonies seul s'élèvent à 417 millions, plus 400 millions de titres amortissables donnés par le Gouvernement, contre desavaoces en numéraire pour la guerre, et 382 millions d'autres titres

amortissables. La calaslrophe se prépare; le change monteà 33, atteint 43 à la veille de la guerre avec les États-Unis, en avril 1898, puis c'est la débâcle; les cours descendent à 60, puis quelques jours après à 115. Pour n'avoir pas su ménager en temps normal les facultés d'émission de la Banque, pour avoir laissé déprécier ses billets avec une rare imprévoyance, l'Espagne se trouvait, au début d'une grande guerre, privée de la ressource essentielle du papier-monnaie, qui perdait déjà la moitié de sa valeur.

1^ papier de la Banque était ruiné d'avance, et la crise financière se doublait d'une crise monétaire exceptionnellement intense. Il fallait pourtant songçr à la guerre américaine; M. Puigcerver, ministre des Finances, prépara un budget de ressources spéciales ; en première ligne, on plaçait les emprunts à la Banque; on augmenterait les facultés d'émission jusqu'au delà de 2 milliards, à condition de porter l'encaisse métallique à la moitié de la circulation de papier, et au-dessus de 2 milliards, aux deux tiers. En outre on emprunterait aux compagnies fermières et aux contribuables, par avance sur leurs re~ devances et cotes annuelles; on émettrait comme garantie des obligations du Trésor. C'était ne tenir aucun compte de l'énorme prime de l'or déjà existante que songer h demander à la Banque d'autres avances, fussent-elles garanties par une encaisse plus considérable; l'or seul, non déprécié, pouvait servir de garantie, eL l'obligation d'en acquérir coûterait cher. Le ministre déclarait, au reste, ne vouloir user de ces ressources spéciales qu'à toute extrémité, et le change, après la première panique, redescendait entre 90 et 80. La courte durée de la guerre devait éviter à l'Espagne un désastre plus grave, et le change revenait dès le mois d'août à 66 avec la conclusion de la paix.

On calculait qu'à ce moment, et depuis 1895, l'État avait emprunté environ 850 millions à la Banque pour les dépenses de guerre, sans compter 700 millions d'autres emprunts; il devait encore, jusqu'à la fia de 1898, aggraver ses charges ; le bilan de l'établissement accuse en effet une circulation de 1.464 millions, tout près du maximum fixé par la loi de 1891, avec une encaisse toujours élevée, qui, comprenant une forte proportion d'argent, n'avait jamais empêché lahaussedu cbange; en porle-

feuille, OQ trouvait 1.110 millioas de pagarès coloniaux, garantis par le Trésor, et des obligations du Trésor pour 554 millioas. Les opérations de l'année, faites surtout avec l'État, avaient rapporté auK actionnaires le beau dividende de 2t 0/0; le change, en revanche, se tenait à 29.

A ce moment, l'Espagne recueille tous les fruits de l'incurie financière de ses gouvernants; si elle voulait éviter la banqueroute, et non seulement la banqueroute de TÉlat, mais auBfti celle des sociétés fioancières et industrielles espagnoles, ayant de forts engagements étrangers, il fallait effectuer une réforme financière sérieuse; un certain nombre d'hommes d'État l'ont compris, mais la lâche est infiniment complexe et difficile, car on a laissé la crise du change développer toutes ses conséquences funestes; aussi les efforts réitérés n'ont-ils abouti jusqu'à présent qu'à de faibles résultats.

Quels étaient les éléments du problème? on a vu sous quel régime monétaire et fiduciaire s'était développée la crise du papier de la Banque. La prime du change exprime la quantité de monnaie de papier ou d'argent que doit payer un débiteur pour se procurer l'or, monnaie universelle des paiements à l'étranger; l'une et l'autre monnaie, argent et papier, sont dépréciées, par suite de la rareté de l'or et aussi de leur surabondance; car il faut remarquer ce fait, qu'il j a beaucoup de monnaie en Espagne, trop pour l'activité économique et les transactions du pays; la crise monétaire vient d'une pléthore de monnaie i force libératoire internationale restreinte; il y a trop de papier et d'argent pour les échanges intérieurs, et pas assez d'or pour les paiements extérieurs. En effet, en 1902, nous voyons que le stock monétaire de l'blspagne se compose de 415 millions de pesetas d'or, de 911 millions d'argent, et de H67 millions de papier non couvert; de toute cette monnaie, seul l'or (415 millions), a une valeur internationale pleine et entière, et l'on est obligé, pour empêcher sa fuite, de l'emprisonner pour la plus grande partie dans l'encaisse de ta Banque. Il y a en Espagne, par tête d'habitant, 23 pesetas d'or, 50 p. 75 d'argent, et 48 p. 3â de papier, alors qu'en France, on trouve 121 fr. 65 d'or, 56 fr. 70 d'argent et 18 fr. 10 de papier. La disproportion est flagrante entre la monnaie saine ci la monnaie dépréciée : l'activité économique des deux pays ne peut être comparée, et l'Espagne dis-

pose cepeodaatd'uD stock d'argent à peu près égal, par tète, à «elui de la Fraoce, d'ua stock de papier presque triple, et par contre, du cinquième à peine de sou stock d'or.

C'est le résultat tout d'abord des Trappes imprudentes de monnaie d'argent par le Gouvernement espagnol, frappes qui n'ont pas cessé duranl toute la crise, qui même, par une aberration incroyable, se sont élevées en 1898, pendant la période aiguë, à près de 200 millions; le Gouvernement tirait profit de ta monnaie émise en métal déprécié, sans se préoccuper de l'avilissement consécutif de sa valeur. On peut examiner les frappes d'or ■et d'argent effectuées de 1874 à 1903 en Espagne.

Frappes effectuées en Espagne-

(millions de pesetaa).

ISUO 46,8 36,3

1900 16,5 Arrêt de ta frappe des pièces

de 5 pesetaa d'argent.

Monnaîefl divi

Page 1