‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 153 sur 238 · XJ · texte numérisé non relu

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Le di-ni-il où l'eicédpfil de la balance commerciale el le coars du clianffe <onl donc fa rapport élroit; il esl ioconb^table qae le ours du cliao^e a^îl sur les im()ortatioas e( les esportalioos. Uan» «|ii<;]]e mi;sure l'inOuenct* inverse se produit-elle sur le chaiiife? Il esl un fait iodéniabie, c'est que les plus hauU cours du chaii(;e coïncident avec les balances commerciales les plus ruvorabb-K. Il v ad'juc d'autres éléments plus importants à considérer.

La balance des comptes doit cumpreudrc, outre le déficit ou l'evcédent de la balance commerciale, les créances et les dettes i{ui: l'Ksjiagne peut avoir sur l'étranger, par les valeurs étran- KirreH que possèdent ses nationaux et par ses valeurs que possèdent des étrangers. Kn 1898, la Dette publique espagnole, composée de 10 milliards en capital environ, était placée en majorité en Kspagne; un milliard seulement restait h l'étranger ; cette dette, que le décret du 20 janvier 1898 a soumis»! ù l'aflidavit vt ijui est devenue l'Extérieure estampillée, esl II) reitlc des nombreux placements étrangers de rente espagnole, raclietés en grande partie par les capitalistes nationaux, et dont lu raelmt a provo<|ué la Tuile de grandes quantités d'or; les trois

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LA CIRCULATION FIDUCIAIRE ET LES CRTStS DU CHANGE. 487

ifuarls soDl placés en France (5,8 millions d'intérêts y sont payés sur un lolal de 8,8 millions). En rapatriant ces titres, et en les soumettant à Tinipôt, l'Espagne s'est d'ailleurs privée d'une monnaie ÎDternatiooale spéciale, cooslituée par les valeurs d'ÉLat; à la même date, il existait encore sur le marché de Paris environ 2.655 millions de valeurs mobilières espagnoles (chemins de /cr, mines, etc.); eu résumé la France possédait 80 0/0 des valeurs espagnoles. Tous ces titres représentent pour l'Espagne une dette annuelle de 160 millions de pesetas; à une date plus récente, le sénateur Calbeton, en juillet 1903, examinant les règlements extérieurs de l'Espagne, constatait le placement au dehors de 4 milliards de titres espagnols.

Eu face de cette dette, l'Espagne a des créances pour les placements faits par ses capitalistes à l'étranger, M. Calbelon donnait les résultats de son enquête : en France, la Banque de France et ses succursales ont en dépôt 800 millions de titres appartenant à des Espagnols. Deus autres grandes banques avaient, l'une 260 millions, l'autre 250 millions de titres; en Angleterre, la Banque d'Angleterre en possédait 600 millions, une autre, 300 millions; il évalue en tout à, plus de 3 milliards et demi h)s titres appartenant à l'Espagne. Les revenus arrivaient donc presque à s'équilibrer; de plus, il calcule que les dettes subsistant entre la métropole et les anciennes colonies, et tes envois des émigraots représentent annuellement 50 millions de revenus pour l'Espagne. Il faut ajouter les dépenses des étrangers en Espagne, qu'on évalue au bas mot à 50 millions; en délinitive, c'est par un solde créditeur que se traduit la balance des comptes de l'Espagne. C'est à un résultat analogue qu'aboutit l'enquête de M. Théry. L'Espagne semble donc se trouver actuellement, dans une situation favorable; lorsque la balance commerciale se traduit de plus par un excédent, elle est particulicremenl avantagée. Il n'est cependant pas démontré, comme le fait remarquer M. Villaverde, que les crédits en faveur du pays dépassent toujours tes obligations à sa charge; il n'y a que de rares nations de premier ordre qui y parviennent; il suflit que, somme toute, il y ail une tendance prononcée à des règlements favorables, tendaoce que l'on peut accuser en développant les exportations. En tout cas, t'élat de la

4<tft K. FOCHIER.

balance oe sufHl pas à jusliiiur ta crise du change ni h empiclier l'aclion des remèdes proposés.

Le cabinet Silvela, conetilué eo mars 1899, devait s'occuper de la liquidalioD financière urgente; le ministre des Finances, M. Villaverde, s'était signalé depuis longtemps aux Cortès par la justesse et la proroadeur de ses vues Rnaocières; c'est & lui qu'incombait la plus lourde tâche, et c'est lui qui va devenir le champion, d'ailleurs très combattu, de la restauration monétaire espagnole. On savait qu'il apportait un programme très net et très étudiéderéorganisalion financière. Il Tallait, pour liquider lasitualion, que le budget espagnol, dont les recettesjusqu'alors dépassaient rarement 150 millions de pesetas, avec un déficit moyen de 80 millions par an, pût Taire Tace à i milliard environ de dépenses, dont 470 pour les services publics, et 529 pour les intérêts de la dette, correspondantà un capital de 9.796 millions, y compris la dette des colonies répudiée par les Étals-Unis. Le projet de budget présenté par le ministre comportait une série d'économies sur les amortissements, des impôts nouveaux sur les revenus mobiliers et les créances, et un emprunt de consolidation de t. 300 millions pour couvertir la dette flottante.

Le ministre fit appel au concours de la Banque d'Espagne pour la liquidation nécessaire; le crédita peu près illimité qu'on lui avait accordé au cours de la guerre appelait une réduction; il proposait donc de fixer à deux milliards le maximum d'émission ; c'était encore lui laisser beaucoup d'aisance, car son papier n'atteignait en août que 1.509 millions. La Banque, en revanche, devait réduire à 3 0/0 l'intérêt de ses avances au Trésor et des titres coloniaux qu'elle avait en portefeuille. Les négociations avec la Banque réussirent; l'emprunt projeté s'effectua <lans des conditions favorables en juin 1900; M, Villaverde trouva le moyen de diminuer la délie de l'État envers la Banque de 168 millions en 1899, de 147 en 1900; le portefeuille ne comprenait plus alors que 944 millions de titresd'État. Il décida également l'arrêt des frappes d'argent pour le compte de l'État, dont on avait tant abusé. Mais les projets financiers et les mesuresbudgétaires dti ministre provoquaient de vives oppositions; il se heurtait à la mauvaise volonté générale des contribuables, qui ne voulaient admettre aucune charge nouvelle, quoique depuis plusieurs années les capacités financières de l'Elspagne se fussent

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beaucoup développées. Le budget fut voté, non sans peine, mais on suscita à ses velléités rérormalrices de telles difficultés qu'il dut abandonner son poste en juillet 1900.

Lorsqu'on put juger des résullatsde la politique financière inaugurée par M. Villaverde, on constata la justesse de ses prévisions. Il avait affirmé que, en régularisant la perception des impôts et en tenant une comptabilité sévère, on équilibrerait le budget, et l'anttée 1900 dounait effectivement 970 millions de recettes pour 909 millions de dépenses, soit 61 millions de plusvalues; toutes les dépenses, j compris la dette, étaient couvertes. Cet excédent de 60 millions répondait & un déficit antérieur de 300 millions; il était obtenu en allégeant les charges publiques de 176 millions sur la Dette, et de 11 millions de dispenses d'administration; il fallait déduire, it est vrai, 28 millions de receltes extraordinaires, el néanmoins, l'augmentation des recettes sur l'exercice 1899 ressortait à 130 millions de pesetas. C'était la justification de l'œuvre si méconnue et si combattue de l'ancien ministre, qui apparaissait comme le vrai moyen de sauver la situation financière de l'Espagne, etparsuite sa situation monétaire, a condition d'employer scrupuleusement les excédents à rembourser la Banque d'Espagne.

La Banque, au reste, loin de seconder les efforisdu Gouvernement, suivait une politique toulecootraire,el semblait s'appliquer h contrecarrer les efforts vers la régularisation monétaire. Alors qu'on lui remboursait plus de 300 millions d'avances, ce qui lui permettait de retirer autant de billets, elle enflait sa circulation de papier, elle abaissait démesurément, pour provoquer les emprunts, le taux de son escompte. Il y avait, en août 1899, 1.509 millions de billels en circulation ; à la fin de l'année après un premier remboursement, 1.523; après le second remboursement, au milieu de 1900,1.569 millions, et à la fin. 1.586 millions; en février 1901 c'étaient 4.623 millions; le change, ramené d'al)ord par les projets de M. Villaverde à 23, puis h 26, atteignait sous ce débordement de papier 34, à la fin de 1900, et 37 en février 1901 ; c'est à ce moment que la Banque annonçait l'intention surprenante de retirer 100 millions de billets pour les remplacer par de l'argent.

Les successeurs de M. Villaverde se contentèrent de maintenir, le mieux possible, l'équilibre budgétaire, sans intervenir aulre-

E. POCIIIËR.

ment dansla question (ki change. M. Urzaiic, ministredes Finances du cabinet Sagasta (mars 1901 ), devait faire montre de plus d'activité; il inspira tout d'abord confiance par -son intention annoncée de reprendre et de continuer la politique financière de M. Viilaverde. En Espagne et à l'étranger, on commence à se préoccuper sérieusement de la question du change, qui intéresse d'une pari les fÎDances de l'Élat et les sociétés industnelles espagnoles, obligées de s'imposerde lourds sacrifices pour payer en or les porteurs étrangers de rentes et de titres, et d''aulre ■ part, les actionnaires de ces sociétés, en particulier des chemins de fer, dont la prime de l'or entame les dividendes. M. Juan Alvarudo en février, dans le Corre.o, M. Viilaverde en juillel, dans le Nuevo tiempo, M. Théry en France dans VEconomiste européen, consacreni de longueséludes au\solulions pratiques du problème du change, dont tous reconnaissent la grande complexité.

Le ministre montra liienlôt qu'il n'avait pas entendu faire de vaines promesses; le 11 jutllel, il prenait la résolution énergique, pour arrêter les spéculations sur le change, d'interdire à la Banque d'Espagne, jusqu'à nouvel ordre, d'acheter du papier decliange; il aurait dû compléter son intervention en soumettant le taux de l'escompte i\ l'approbation gouvernementale. Il déposait en même temps un projet de loi tendant à suspendre la frappe de l'argent, et à retirer de la circulation un certain nombre de pièces de S pesetas. En fait, depuis le passage de M. Viilaverde au ministère, la frappe était arrêtée; les hommes d'État espagnols commençaient à avoir une vue exacte de la situation monétaire. La loi proposée devait mettre un terme à l'envahissement de la circulation par l'argent, et s'accompagner d'une restriction de la circulation fiduciaire, ainsi que de nouveaux remboursements à la Banque.

La Banque, de son côté, se préoccupait foi't peu des efforts du Gouverneiiient;elle maintenait sa circulation au-dessusde 1.600 millions, son escompte à 3 1/2; le change s'élevait encore, atteigaaitiO au mois de juillet. A la fin de novembre, le ministredes Finances reprenait un projet présenté par un membre des Certes, M. Gomez Acebo, sur le paiement des droits de douiine en or; rexeiiijite de nombre de pays à change déprécié, de l'Italie en particulier, pouvait dicter cette mesure. En reportant sur les imporlati'urs elles exportateurs la perte du changt', le Trésor se

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LA CIRCULAllON FIDUCIAIRE ET LES CRISES DU CliANOE. 401

procureiaît saas frais des sommes en or, pour faire face au service de la Délie eKlérieure; on d<^jouerail également, par des demandes régulières, les calculsdes changeurs qui escomptaienl de fortes demandes d'or à époques déterminées. Une difficulté résultait pourtant du taux fort élevé du change; la surcharge imposée au commerce avait été faible en Italie, où le change élait modéré; mais avec des taux de 30 à 40, il n'en serait plus de même; on risquerait de compromettre l'activité et l'extenî^ian des échanges par celte surtaxe douanière. Aussi te GouTernement agit-il prudemment; il restreignait la mesure à un cerlain nombre de marchandises déterminées, et accordait, par une disposition ingénieuse, certaines réductions aux débiteurs sur les droits; on devait partager entre l'État et le débiteur la perte du change, proportionnellement à l'élévation de la prime de l'or au moment du paiement. Celle réductiun était de 30 0/0 pour un change de 40 et plus ; de 2a 0/0 pour un change de 30 à 40 ; ' de 20 0/0 pour un change de 2*0 à 30, et de 10 0/0 potir le change entre 10 et 20. Ce système, d'après les calculs du ministre, devait donner les 41 millions d'or nécessités par les coupons de l'Extérieure. Celle Fois, la spéculation cambiste se sentilatteiote, car le vote du projet amena un efTondrement des cours du change de 42,13 à 29,50. Il remontait, il est vrai, peu après, en janvier 1902, à 33,35.

M. Urzaiz présentait bientôt un nouveau projet de loi pour ta réforme de la circulation fiduciaire en Espagne; il s'agissait de créer, à côté de la Banque et complètement indépendant, un Office d'émission pour contrôler et régler la circulation, en fonction de l'actif <Je la Banque, constitué par l'encaisse mélalliijue et les bons du Trésor en portefeuille; le Gouvernement ven;int à retirer des bons, l'Office devrait annuler une somme égale de billets. Ceux-ci auraient cours légal obligatoire. Ce système, imité assez servilement de celui de la Banque d'Angleterre, ne pouvail présenter aucune utilité pratique au point de vue de l'amélioralion du change; les billels n'avaient nul besoin du cours légal, puisqu'en fait on les préférait à l'argent. -En outre, appuyer la valeur des billets sur la garantie des bons du Trésor, c'était une œuvre vaine, car, précisément, la dépréciation des billets provient de l'excès du papier d'Étal dans le portefeuille de la Banque, M. Villaverde. h la Commission chargée d'examiner le pro-

jel, le critiqua vivetneDl, fit remarquer l'ÎDutilité économique du cours légal, el la dissemblance profonde entre les situations des Banques d'Espagne et d'Angleterre; le chiffre de la circulation fiduciaire de la Banque d'Espagne, pour un pajs infiniment moins développé au point de vue économique et une population bien inférieure, n'était dépassé ea Europe que par ceux de la Banque de France et de la Banque d'Allemagne.

La Commission, sur ces observations, avait déjà modifié le projet, quand M. Villaverde en présenta un nouveau : le Trésor rembourserait ea 7 ans la dette coloniale à la Banque par un emprunt intérieur; le service de cette nouvelle dette devrait être couvert par les ressources budgétaires. On réaliserait, dans le public, en 6 ans, les rentes faisant partie du portefeuille de la Banque, el l'on renoncerait rigoureusement aux emprunts du Trésor à la Banque. La situation une fois liquidée, la circulation fiduciaire ne pourrait excéder la valeur de l'encaisse et du portefeuille commercial, composé d'effets à 90 jours au plus. M. Villaverde avait le mérite de rechercher les solutions catégoriques, la liquidation définitive de la dette du Trésor; et quant à la base qu'il donnait à la circulation, c'était la seule logique, qui put soutenir la valeur des billets, correspondant exactement aux. besoins monétaires de l'économie nationale, et non à des capitaux fictifs et inutiles représentés pardu papier d'Étal.

M. Rodriganez remplaça bientôt aux Finances M. Urzaiz, else ralliant aui idées de -M. Villaverde, présenta le 5 avril un nouveau projet. La loi du 13 mai 1902, qui eu sortit, posa les principes de l'interdiction de nouveaux emprunts à la Banque, du remboursement en 10 ans, au moyen d'une conversion de la dclte tloflante et des excédents budgétaires; elle fixait en outre les limites de rémission et de l'encaisse. Le vote de cette loi eut pour résultat de faire baisser le change, remonté en mars à 3ft,42, jusqu'à 36,77 malgré l'énorme circulation de 1.6")9 millions de billets atteinte par la Banque.

On suivait aLtcntivement à l'étranger, et surtout en France, pays possédant la plus grande partie des valeurs espagnoles, les efforts do l'Espagne pour se libérer de la cbarge du change; ea avril 1902, M, Germain, directeur du Crédit lyonnais, avait proposé un système destiné, d'après lui, à ramener la circulation fiduciaire à un chiffre normal et à obtenir de nouveau le change

LA CIRCULATION FlDi;clAIRB ET LES CKISBS DU CHAN'OB. 493

an pairou tout pn>s du pair, sans )no(1i(îer la coastitulion Ht; la Banque d'Espagne et sans recourir à l'emprunt. Il considérait que la crist^ espagnole était due surtout à l'inllalion monétaire, à l'excès du papier par rapport aux besoins; il constatait que, dix ans auparavant, l'Espagne pouvait supporter sans dépréciation sensible environ 800 millions de billets, et jugeait qu'étant donné les progrès économiques réalisés, elle supporterait actuellement une circulation d'un milliard. Il observait en outre que les différentes cou pures en circulation avaient chacune une clientèle distincte, que les petites coupures de 25 pesetas en particulier ne représenlaienl que 10 0,'O de l'ensemble, el nefaisai<'nt pas pratiquement concurrence aux coupures plus considérables. Or d'autres pays, ayant usé de la circulation de papier, avaient pu supporter un chiffre de 30 à 33 0/0 de petites coupuri's; on pourrait donc en augmenter la proportion sans danger en Espagne. Pour exécuter l'opération, il fallait, en revanche^ reiirer un certain nombre de grosses coupures; dans ce but, on devait vendre au poids les 430 millions d'argent environ, constituant l'encaisse argent de la Ban<}ue d'Espagne, encaisse dépréciée el inutile, les transformer en or, et rembourser aiu'^i unecertaine quantité de billets.

Celte combinaison, ingénieuse au premier abord, était critiquable à divers points de vue; d'une manière générale, elle considérait le problème du change comme infiniment pins simple qu'il n'était eo réalité; la translurmalion de l'encaisse argent aurait donné environ 200 millions d'or; celte opération diminuait de moitié le stock argent de l'Espagne et portait son stock or à 600 millions. Cette transformation de la monnaie métallique aurait eu assurément un efTet heureux sur le change; elle aurait permis de rembourser, en admellant, comme il était logique, qu'on les rachetât pour leur valeur nominale en or, 200 millions de billets. En définitive, le stock monétaire de l'Espagne ciît été : 600 millions d'or, 430 millions d'argent, 1.400 millions de papier, donl 1 milliard environ non couvert; c'était une situation monétaire plus avantageuse que la situalion antérieure; mais on dépassait eucore de 400 millions la quantité de papier considérée par M. Germain comme normale et supportable; à vrai dire, et l'exemple de l'Italie le prouve, il suffit d'un retrait de papier relativement faible pour abaisser

E. rOCHIER.

le cours do change. On peut donc coofidèrer qae le change aurait ttosiblement dimioué; il e^'t cependant douteux qu'il eût pu passer de 36 à uo taux rapproche du pair: en tout cas, il serait resté au dessus du pair, et cela suffisait pour neutraliser en grande partie l'effet de l'opération; l'orque l'on aurait lancé dans la circulation en échange des billets, faisant toujours prime, n'y serait pas resté; il aurait disparu soit à l'étranger, soit dans les réserves des spéculateurs et des particuliers, et après une baisse, le change se serait relevé ; lorsqu'on veut constituer an stock d'or pour assainir la circulation, il faut le tenir sons clef tant que le change n'est pas revenu au pair, et parfois longtemps après; c'est encore l'ilalie qui le démontre. La combinaison Germain ne tenait pas compte en outre de la délie encore énorme de l'Étal envers la Banque, et de l'effet moral de celte dette sur le cours du papier; de l'infloence d'une spéculation solidement organisée sur le change, des intérêts coalisés des exportateurs espagnols exploitant la prime de l'or, et surtout de ce fait : il était impossible de déterminer la Banque d'Kspagne, qui trouvait tant d'avantages à la dépréciation de son papier, k combattre cette dépréciation en s'imposant une perle de près de 2o0 millions de pesetas, puisque, légalement, son encaisse argent pouvait lui servir à rembourser 450 millions de billets. L'Etal prîl-it à sa charge les frais de l'opéraiion, c'était une énorme perte pour un résultat douteux. Si logique que fût la combinaison, elle ne pouvait en un moment résoudre un [iroblème aussi complexe, exigeant des solutions longuement préparées.

En octobre 1902, à la renlrée des Corlès, M. RodriganCt déposait un projet, ayant pour objectif la lutte contre la spéculation sur le changi-, dnni le Gouvernement avait, pour sa part, cherche à s'affranchir par le paiement en or des droits de douane. I) proposait la constitution d'un syndicat, composé du Trésor, de la Banque, des grandes Compagnies de chemins de fer, pI au besoin, d'autres sociétés financières et industrielles qui voudraient s'y joindre. Le syndicat, constitué pour un an, et pouvant se prolonger plus longtemps, acquerrait en commun du pa[)ier de change ou de l'or, de la monnaie internationale en un mol, à dos cours avantageux, de façon à rendre te change plus stable et fi paralyser la spéculation; les membres du syn-

LA CIRCULATION FIDUCIAIRE ET LES CRISES DU CHANGE. iftS

dicat avaienl loos, à des époques connues, des paiemenis étrangers à efTcctuer, et les délenleurs d'or eo abusaient pour imposer leurs conditions. Le Conseil du syndical devait détermiaer chaque semaine un taui de change, au dessus duquel il sérail interdit aa\ adhérents d'acheter de l'or; les francs achetés (on prenait pour base de la monnaie internationale l'unité muaétaire française) devaient être répartis chaque semaine entre les adhérents, au prorata de leurs besoins d'or en vue de paiements étrangers. On supprimerait ainsi la concurrence que les sociétés se faisaient entre elles pour l'achat du change.

L'annonce seule de ce projet avait fait tomber le change à 3i; au moment du dépôt, il n'était plus qu'à 30,90. Le change s'était d'ailleurs amélioré au cours de l'année; de 38,3 en moyenne en 1901, il tombait à 35,5 en 1902; le paiement en oi^ des droits de douane, qui donnai! cette année 44 millions à l'État (49 en 1903), privait les spéculateurs d'autant d'occasions d'agir. Le Syndicat des francs commença à foncfionner le 17 janvier 1903; on venait de désigner un nouveau directeur de la Banque d'Espagne, M. Garcia Alix, qui, pensait-on, changerait les habitudes de l'établissement et se préoccuperait de la question monétaire. Pendant les premiers mois les achats du Syndicat, habilement dirigés, déjouèrent les calculs de la spécutalion ; le change, de 34,30 en janvier, descend à 33,20 au milieu de février. Le Syndicat profitait des baisses pour exécuter de forts achats, les interrompant à d'autres moments pendant un certain temps, pour enrayer une hausse en privant les vendeurs de ses importantes demandes, achetant alternativement, suivant l'abondance de l'or, à Madrid ou en province. Pourtant, malgré ses efforts, il était parfois obligé de céder, de subir des cours imposés par les demandes de petits acheteurs pressés; les spéculateurs, d'abord déconcertés, s'organisèrent à nouveau; en avril te cours du change dépasse 36, et se maintient, malgré tes efforts du Syndicat, toute l'année au-dessUs de ce cours; il devient bientôt manifeste que la spéculation cambiste est maîtresse du terrain ; tout ce que peut faire le Syndicat, c'est d'acquérir l'or au\ conditions les moins désavantageuses; mais son but est manqué, et lesdei'hiersmoisdeson eiislencese passent sans que le public, qui s'était d'abord intéressé à la tentative, lui accorde la moindre attention; il se dissout à la lin de l'année, après

UD échec presque (olal ; le change est ea décembre 1903 toujours à 36. Le Syndicat avait acheté en tout 82 millioDs de francs aa lauï moyen de 35.

Le poste de ministre des Finances reste, avec le problème du change, parliculièpement difficile; en novemhre 1902, M. Rodriganez était remplacé parM ïJ^uJlior; bientôt M. Villaverde revenait au pouvoir, et sous son mi nistère se constitua le Syndicat des francs; les difficultés qu'on ne cessait de lui susciter, étant donné sa ferme volonté de résoudre la question du change, le firent bientôt démissionner; il reparaltsur la scène politique en juin 1903, avec la publication d'un projet de loi, accompagné d'un mémoire développé, qui constitue une étude des plus remarquables sur le change espagnol ; le titre était ua programme : n Projet de loi pour régulariser et améliorer le change extérieur et pour procurer le rétablissement de la circulation et de la libre frappe de la monnaie d'or en l^spagne ».

Avant d'examiner le projetde loi présenté, il faut résumerles considérations sur lesquelles s'appuie. M. Vil laverde pour défendre son système. En cherchant les moyens de terminer la crise espagnole, il porte son attention stirle sujet général de la monnaie dépréciée, et cherche àdéterminer, d'après l'exemple des pays étrangers, quels remèdes il convient d'employer.

M. Villaverde s'applique à faire ressortir le caractère essentiellement monétaire de la crise du change, vérité méconnue jusqu'à ces dernières années ; pour attribuer une influence prépondérante à la balance des règlements étrangers, il faudrait pouvoir exprimer dettes et créances en une monnaie commune; tel n'est pas le cas, par suite du mauvais état de la circulation espagnole; tout débiteur espagnol paie l'étranger en or, et il n'a à sa disposition que de l'argent ou du papier; c'est la dépréciation de l'argent et du papierqul délermîae le piii de l'or. L'auteur étudieen détail la circulation espagnole, la politique déplorable des frappes d'argent, des emprunts à la Banque et des émissions itnmodéréos de papier, puis l'cxploitalion du change par les spéculateurs, et l'attitude persistante de la Banque d'Espagne en face de l'exode des capitaux et de ta bonne monnaie.

Il est, on résumé, manifeste que la crise mo'nélairea pour base la disparition et l 'émigration de l'or. L'or émigrera naturellement quand la balance des comptes sera défavorable, ce qui est le cas

LA ClRCtrATIOM PinUClAlRE ET LES CRISES I

ordioaire pour la plupart des nations ne jouissant pas d'une situation économique supérieure; il faut tin remplacement incessant de l'or émigré pour maintenir une circulation saine, et l'Étal, en Espagne particulièrement, s'est montré bien peu apte à apprécier les besoins du commerce en frappant les monnaies. Mais il faut arrivera rétablir la frappe automatique, c'est-à-dire le remplacement, par le public lui-même, présentant des lingots à la frappe, des monnaies exportées, et il faut chercher les mesures qui peuvent aboutir à ce résultat.

Pour arriver à faire de l'or l'étalon monétaire, ou l'instrument eiïectifdes paiements, l'expérience étrangère peut donner des indications; mais il faut considérer aussi la situation particulière de l'Espagne; il ne faut pas songer àun grand emprunt, d'effet immédiat mais non durable. Il faut réformer complètement la politique monétaire, et on pourrait procéder ainsi ; sacrifier résolument une partie de la valeur de l'unité monétaire espagnole, prendre, par exemple, un taux moyen du change depuis dixans, soit 250/0; le peseta ne vaudrait plus nominalementque 0 fr. 80, el on frapperait des pièces d'or, égales en titre et en poids à celles de 20 pesetas actuelles mais valant 25 pesetas d'argent, et circulant avec cette force libératoire sur tout le territoire espagnol ; elles auraient, pour les paiements extérieurs, la parité avec les pièces de 20 francs et autres du même type. Cette réforme aurait pour avantages de stabiliser la perle du chaage, de supprimer la spéculation, de favoriser la circulation et la libre frappe de l'or.

Mais, étant donné la date récente de ladépréciation monétaire, ce serait un (rouble grave dans les prix et les obligations. Plutôt que de consacrer le renchérissement des prix, il vaut mieux essayer de restaurer la valeur primitive de la monnaie: il faut maintenir la monnaie d'or actuelle et arrêter lu frappe de l'argent pour le démonétiser au moment opportun; il faut adopter un régime analogue à celui de l'Union latine.

Pour s'acheminer vers ce résultat, il faut combattre les causes d'instabilité du change provenant de la spéculation ; dans ce but, on a constitué le Syndicat des francs, el exigé le paiement en or des droits de douane. La difficulté consiste à acquérir des quantités d'or sans augmenter sa prime, el pour régulariser le change, il serait avantageux de créer un organe spécial, un bureau de change dirigé parle Trésor et la Banque. Ce bureau adoptera un

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