C.-S. - P/OF, .Ai.it.vp
610 PAUL ALQL^VE.
lord Herschell et comprenant les lords Farrer nt Welhy, M. Léonard Conrtney, sir Arthur Godley, lient. -généra) sir Richard Strachey el M. Bertam Cnrrie. La conférence de Bruxelles s'était ajournée le 31 mai 1893 sans avoir rien résolu. On comprend l'émotion que cet événement causa en Inde et l'iinpaticiico avec laquelle on attendait les conclusions de la commission Jlerscheil.
Voici ce qu'elle décida :
Uien qu'on vous demande, disait le président, la fermeture des Monnaies et l'adoption d'un " gold standard », la Commission a cru devoir apporter à ce projet quelques modifications.
La commission admet la fermeture da^ Monnaies à la frappe libre de l'arg-ent. Les particuliers perdirent ce droit. Le Goavernement au contraire pourrait frapper des roupies en échange de pièces d'or. Serait également suspendue la frappe libre dn mohnr. Mais l'or n'en continuerait pas moins d'être r«{u dans les Monnaies de l'Inde.
Comment? Les porteurs de métal jaune, en échange de leurs versements, recevraient non pasdes piècesd'or, maisdes roopies d'aigent. A cet effet on établirait un change fixe de 1 roupie pour 1 s. i d. ou 16 d. Quant aux souverains et demi-souverains les caisses publiques le» accepteraient, en paiement de toutes les sommes dues, au même taux ; les premiers pour 15 roupies, les seconds pour 7 1/2 roupies'.
IHen entendu la Commission n'entendait pas fixer le moment où il faudrait agir. Le (iouvernement de l'Inde doit conserrer toute liberté sur ce point d'accord avec le secrétaire d'Ktat.
Par ces amendements, la Conmiission voulut ménager la tranpilion entre l'ancien et le nouveau régime. La fermeture brusque complète des Monnaies provoquerait une hausse du change. La baisse des prix des produits indigènes en résulterait. Elle engendrerait le mécontentement de la population indienne. Enfin, dans le système recommandé par la Commission, la quantité des espèces en circulation continuait à être automatiquement réglée par les besoins du pays.
Le projet ainsi amendé par la Commission fut approuvé par
1 pput remsrqoer que Vanna indisn équirant 'à un p«nnj, < t= 16 «nna», une roupLo nadra 1/lS da lir. st. ou 16 d.
le Gouvernement de Sa Majesté et celui de l'Inde. Le Conseil léifislatif de l'iade en fut saisi. Le 2;i juin 1893 il le volait. L'act monétaire de 1870 et « t'Indian Paper Currency Act » de 1882 se trouvaient ainsi sensiblement modifia. Notre acl prononçait la fermeture dos Monnaies indiennes à la frappe libre de l'orct l'argent. Mais le Gonvernement de l'Inde conservait le droit de frapper des roupies d'argent pour son compte. Des Aoti/icaliom en date du 26 juin 1892 conlirmaient également lès conditions recommandées par la Commission suivant lesquelles l'or serait reçu dans les caisses publiques.
§ 3. — Résultats de la réforme de 1893.
Quelles furent les conséquences de ce changement de législation préparé depuis si longtemps et qui venait d'aboutir par l'act du 26 juin 1893? C'est ce que nous allons essayer de rechercher.
Une première conséquence — prévue d'ailleurs par la commission Herschcll — fut la hausse subite des valeurs payables en roupies.
Enfait, au milieu de juin, la roupie cotait ls.3d. Dès le 26 les transferts télégraphiques' sur l'Inde atteignaient le cours de 1 s. 3 d^ 8/16; le lendemain 1 s. 4 d. 1/32, tandis que le 30 les soumissions faitesà I s. 3 d. 7/8 ne furent pas l'objet de surenchère.
Bien des raisons diverses ont été données pour expliquer ce fléchissement. 11 serait le résultat d'une spéculation. La Commission Herschell étant sur le point de terminer ses travaux on pouvait déjà prévoir dans quel sens elle conclurait. Aussi de grandes quantités de métal blanc avaient été envoyées en Inde.
L'époque à laquelle la réforme avait eu lieu y aurait été pour beaucoup. On était à la veille de la mousson, c'est le moment où l'exportation est la moins active. Dès lors les demandes de traites du Gouvernement sont rares.
1 Lo GouTernement de l'Inde b« procQce la majeure partie des fonda qui lui sont nécessaires ï Londres, en lendantdes traites. Ces traites libellées en roupies, sont adjuges Hu plDS oCTrant. Elles sont de deux espices : les unes i vae. trsnsniisiibtes par la poste ; les autres télégraphiques. Celles-ci, arri^aDt à deslioation trois semaines avant les premières (16 jours de IJindres A Bombay}, sont à un cours gânënlemenl plus Alevé de < A 2/32 par roupie. Rapport de l'inspeclion générale des finances \,Bulletin de siatUlique du minittère de» Finanea, février 18%, p. 225).
6t2 PACL A1.GLAVK.
Mais OD comptait sur les besoins d'argent qui se feraient sen- , tir avec l'aprivée de la période des affaires. L'Inde n'important plus d'argent pour la frappe il faudrait bien que tdt ou tard le commerce recourût aux traites. Comme il yavait lieu d'escompter une demande active — la concurrence faisant son œuvre — la hausse devait s'ensuivre. On allait bientôt revoir le cours de Is. 4d.
Ces belles prévisions ne se réalisèrent pas immédiatement. Voici, en effet, quels furent les taux annuels moyens des négociations à Londres des Indta councils btlls et des transferts télégraphiques de 1893 à 1899'.
Tandis que de 1892-189â la moyenne annuelle avait été de li d. 98o, l'année suivante elle tombe à 14 d. 547. La baisse n'avait pas dit son dernier mot. En 1893-1896 la roupie ne valut plus que 13 d. 101. Heureusement que l'année suivante les cours redeviennent plusfavorablesà la roupie. Elle cote 13d,638. La hausse non seulement se maintient mais s'accuse davantage. La roupie s'est vendue 14 d. 4-'>l en 1896-1897 et l'année suivante on paya la roupie i;> d. 3o4.
Occupons-nous maintenant des résultats attribués à laréforme au point de vue des prix en général et de la prospérité del'Inde.
Pour les uns les conséquences seraient fâcheuses. D'autres, au contraire, ne voient dans la réforme que des avantages. Tout d'abord voyons comment raisonnent les premiers.
Pendant2o ans, jusqu'en 1891, les variations que l'on enregistre dans les prix sont à peu près négligeables. Elles ne dépassent pas 9 0/0. C'est ce qui résultedel'exaraen des statistiques relatives à la valeur des marchandises d'exportation. L'emploi de la méthode des index Numbers aboutit à des constatations analogues.
Depuis 1893, date de la fermeture des Monnaies à l'argent, il en est tout dilféremment. On en déduit que le métal blanc otTre, comme étalon des valeurs, des qualités de stabilité que l'or ne présenterait pas.
A un autre point de vue cette réforme aurait ruiné les planteurs d'indigo, les planteurs de café. Quant aux planteurs de thé ils n'en sont pas loin.
Par suite du mode de circulation monétaire adopté chaque
1 Nous extra vons ces cliilTres da HepoH ofthe coinmittu Indian Currencr/ i^
„Googlc
LA QUESTION MONUTAIRR EN EXTRÉMEnDRIEM'. 613
raiyat de l'Inde au lieu de recevoir 22 roupies pour la valeur d'un souverain de blé ou de ^rraiaes oléagineuses reçoit 15 roupies au taux artificiel do change. Il doit donc vendre une plus grande quantité de grains ou de graines oléagineuses pour payer son bail ou ■l'intérêt de sa dette.
Mais il existe en Inde de fervents partisans de la réforme. Ce sont pour beaucoup, des hauts fonctionnaires de l'administration des Finances de l'Inde tels M. Fred, Âtkinson; des directeurs de la statistique tels que J.-E.-O. Conor; des fonctionnaires de rindian Financial department tels que M. Harnson '.
Ces défenseurs de la réforme, sans nier les faits relatés, — qui pour parlie s'imposent à l'évidence, — leur attribuent des causes diflérentes.
C'est d'abord le procédé employé pour arriver à démontrer la variation dans les pris qui est condamné. La méthode consistant à se baser sur la valeur d'exportation des marchandises pour déterminer le prix des choses est défectueuse Cela pour plusieurs raisons. Ces évaluations encourent le grave reproche de n'être toujours qu'approximatives. Elles 'tendent à se rapprocher des déclarations présumées. Dès lors il est douteux qu'elles soient toujours identiques. Ce n'est pas tout. Il y a des articles comme l'opium, le thé, l'indigo qui n'ontqu'une valeur d'exportation. Tout au moins ils ne tiennent qu'unp place bien mince dans le commerce intérieur, Ce n'est pas pour ce genre de trafic que la question de l'influence de l'argent sur la détermination des prix joue le rôle dominant.
Enfin les statistiques ne peuvent donner nécessairement que des résultats d'ensemble. Elles seront obligées dégrouper dans une même catégorie demarchandisestoutun ensemble d'articles qui peuvent être l'objet de variations multiples mais diverses.
' Ces fonctionnaires ont fait connaître leur macière de penser, notamment dans des articles qui en raison de leur étendue cl de 'leur im[)ortence doivent SIro spécialement signalés A l'allention du lectear. Voici iâs priucipaui [pour les autres consulter noire bibliographie) :
Pricet ond Silver, pan .Mkinson, articles parus dans le Joiimal of thc Royal Statiitital Society de mars lti9T et de juin 1898.
liupee C<iuui, par Harrison, article paru dam Y Economie Journal de 1897, L'article de J,-E CoDOr paru dans la [tevieu! of Traie in India, numéro de mars 189S. Enfin l'article Priées and Waget in India inséri dans les Blue Book de 1S97.
PAUL ALGt^VE.
De celles-ci il sera, le plus soaveot, impossible de tenir compte dans les résultat» statistiques fournis.
Malgré ces réserves on convient volontiers que les prix ont subi depuis i& réforme monétaire, des fluctuations assez sensibles. Mais les causes n'en devraient pas être cherchées dans cette réforme.
Ces causes elles seraient multiples. Les principales seraient : la chute de la pluie, l'extension du réseau ferré, l'accroissement de la demande des produits destinés à l'exportation, la concurrence faite à flnde par les pays voisins, enfin les conditions de la circulation.
Pour M. Atkinson cVsf la pluie qui joue lerôle le plus important dans les variations de prix constatées. Cependant ce phénomène météorologique n'explique pas tout. Car, heureusement, la sécheresse ne fut que temporaire. Dès lors les efi'ets en résultant n'auraient pu être également que passagers. S'il n'en fut pas ainsi c'est par suite de l'influence exercée par d'autres causes précitées.
Le développement des chemins de fer, l'accroissement de la demande des produits destinés à l'exportation peuvent, sans dou(é, être considérés comme des causes de hausse des prix. Cependant deux observations s'imposent. Les raisons invoquées n'expliqueraient que des variations momentanées. Ensuite, la hausse résultant de l'augmentation de la demande des articles d'exportation est singulièrement gênée par un phénomène inverse. La concurrence des pays voisins n'a-t-elle pas pour effet de neutraliser les chances de hausse mises en avant?
Aussi démoQtre-t-on, avec l'appui des statistiques, que la baisse des prix est surtout due à la concurrence étrangère. Pour faire cette prouve on distingue dans les tableaux mis à contribution d'une part, les articles d'alimentation et d'autre part, les produits manufacturés.
Cette opération accomplie, on remarquequelesobjetsmanufacturés <mt plus souQert de la baisse que les produits alimentaires. Bien mieux certains d'entre ces derniers avaient bénéficié d'une hausse. Pourquoi? Parce que ce sont surtout les produits manufacturés qui sont particulièrement atteints par la concurrence des pays voisins.
Mais restait loujours à trouver une cause permanente de na-
LA QUESTION MONÉTAIRE EN EXTKKME-DKIENT. 615
tare à rentlre compte des fluctuations continues qu'il était impossible de nier.
Aussi AtkinsoB lui-même est ohligé de reconnaître que la circulation monétaire a joué un grand râle dans l'élcvation des prix. Il admet également que c'est la seule cause mise en avant qui puisse expliquer des fluctuations quelque peu durables. Mais il B"empresse d'ajouler que la sécheresse a une importance bien autrement considérable sur les prix.
En 1893, la fermeture des Monnaies amenant une contraction monétaire, les prix exprimés'en roupies d'argent baissent très sensiblement. Un chitrre pour fixer les iilées. Si l'on exprime par 100 les prix de 1893. c'est par 78 qu'il faut représenter ceux de 1895. Et la baisse continue pendant toute la preniicfe moitié de l'année 1890. Malheureusement 1» sécheresse entraine une hausse de 4t 0/0 en six mois. Encore la panique ne battit son plein qu'en novembre 189G. En 1897, les prix des denrée-s. en moyenne sont doubles de ceux de 1871 et ti8 0/0 plus élevés, qu'en 189.'i. Tandis qu'en 1878, lors de la précédente grande famine causée par la sécheresse, on ne relève qu'une différence de 66 0/0 par rapport aux prix payés en 1876.
Cependant, il afiirnic que l'inflation ne peut entraîner qu'une hausse apparente des prix. La contraction monétaire, pourvu quelle ne soit pas trop grande, peutseule maintenir une certaine stabilité dans les prix.
Maintenant quelle est l'influence de la réforme sur le métal blanc?
Les adversaires de la réforme pensent communément qu'avant la fermeture des Monntlies, la roupie suivait sensiblement le cours du métal blanc. Depuis, il n'en serait plus de même déclarc-t-on. Il résulte cependant des statistiques dressées ' que depiiiii 1893, toute hausse ou baisse dans la valeur de la roupie s'est traduite par une fluctuation presque analogue dans le prix de l'argent. Donc, malgré la fermeture de la Monnaie h l'argent, c'est toujours la roupie qui reste le facteur principal pour la détermination du prix de l'argent. Il faut en rechercher la raison dans la régularité de la demande de métal blanc faite par l'Inde.
i Reciew of Trade in India de mars 1897. On y IrouTe un rele»é Iriraestriel du «ourade la roupie et de l'argent de janvier ISIS au 20jnîn 1896.
«16 PALL AUILAVE.
Sans doute la coDSommatinndc l'Iode, pour ses besoins monétaires ne dépasse pas 1/6 de la produelion totale de l'argent. Mais cette demande ayant presque toujours la même importance influe plus, à elle seule, sur le métal blanc que toutes les autres demandes réunies.
On comprend facilemeat maintenant l'enthousiasme du Gouvernement et des hauts fonctionnaires pour la réforme. Elle ne peut qu'augmenter la prospérité de l'Inde. Celle-ci cesse ainsi <l"ètre le refuge de l'argent du monde. On ne voit pas bien où se serait arrêtée l'inflation et à quel niveau les priic se fussent élevés sans la fermeture des Monnaies k l'argent. Personne ne peut contester que les fluctuations dans tes cours du change depuis 1874 n'étaient pas préjudiciables au commerce. Quant aui béttéflces que la baisse de la roupie, par rapporta l'or, a pu procurer aux exportateurs, ils n'étaient que de courte durée- Par contre, l'inflation de la circulation monétaire — en élevant les prix d'une manière exagérée — eût pu, à brève échéance, porter un contre-coup fAcheux au commerce d'exportation.
Si les hauts prix relatés de 1389 à 1892 s'étaient maintenus l'exportation eût été rendue, sinon impossible, tout au moins fort difficile.
La fermeture des Monnaies à l'argent, en mettant un frein à cotte inflation exagérée du même coup mettait un obstacle à la hausse des prix. Celle-ci, après les statistiques fournies par M. Atkinson, n'avait pas été moindre de 187i à 1892.
(Juant au change, abandonné à lui-même, il eut vite atteint le cours officiel de 16 d. et eût fait preuve de la même stabilité que celle relevée de janvier 1893 à novembre 1896 sans la sécheresse qui a désolé l'Inde en 1897,
C'est cette calamité qui a empêché les prix de se fixer à un taux de nature à encourager et à accroître le commerce d'exportation. Heureusement que cette situation ne fut que passagère.
Malgré ces belles promesses la situation ne s'améliorait pas. La contraction monétaire faisait sentir tous ses effets.
Alors en janvier 18t*8 — pour remédier au resserrement delà circulation dontsoulfrait le marché de l'Inde « in ordcr to afford a mcans of relief to the severe stringency » — un act autorisait le (Jouvernement de l'Inde à émettre des billets contre dépôt ■d'op. L'nc uoiifwalion du 21 janvier annonçait que le secrétariat
LA QUESTION MONÉTAIIlE ES EXTRÊME-ORIENT. 617
d'Etat pour Tlndc recevait de l'or en échange de billets. Ils seraient émis sur le pied de 7.53344 grains d'or fin par roupie. Maintenant, de temps en temps, le secrétaire d'État indiquerait la quantité de fin qu'il faudra verser en sus pour couvrir tous tes frais et charges accessoires occasionnés par la transmission de l'or en Inde,
En conformité de cette notification le secrétaire d'Etat pour rinde faisait publier que, jusqu'à nouvel ordre, il était vendeur de transferts télégraphiques sur Calcutta, Madras et Bombay à raison de 1 s. 5/32 par roupie.
Ces dispositions qui n'avaient été édictées que pour six mois, tout d'abord, furent prorogées par un act subséquent de 1898 pour deux ans.
Il importe de remarquer que malgré ces deux acts <t no gold bas been tendered », l'or n'avait pas été rendu tender. La roupie restait toujours la seule monnaie légale et libératoire pour les paiements de quelque importance. Il n'existait alors encore aucun rapport légal entre les roupies et l'or. Le Gouvernement de l'Inde entendait simplement jusqu'à nouvel ordre, fixer le taux auquel pouri'aient être frappées des roupies en échange d'or ou de billon.
On déterminait seulement la limite extrême que pouvait atteindre le change du sterling sous l'empire de ces arrangements.
§ i. — Politique qui a conduit à l'acl du io septembre 1899- — Travaux du Comité de 1898. — Lpi^ résultats de la grande enquHe. — Ét'tde de la réforme de 1899-
Voilà, brièvement indiquée, quelle était la situation lorsqu'au mois de mars 18îl8ie Gouvernement de l'Inde fit un pas déplus. 11 voulait définitivement faire aboutir la politique monétaire inaugurée en 1893 par la suppression de la frappe libre de l'argent, ouvrir les voies à l'étalon d'or. A cet effet il soumit à lamétropole un projet qu'il nous faut faire connaître.
Il fut exposé dans une dépêche du 3 mars 1898. Voici quelles en sont les grandes lignes.
Le but visé était de maintenir le change de la roupie à 16 d. Si officiellement la roupie valait 16 d, or, ce n'était pas son taux commercial. Aussi les souverains n'étaient pas importés. L'or
PAUL AIXiLAVB.
était ofli civilement déprécié par rapport h Targent. Tant qu'O en serait ainsi l'or ne rentrerait pas dans la circulation. Si, au contraire, l'argent parvenait à valoir 16 d. d'or ou, mieux encore, un peu plus, cette petite différence, si faible soit-elle, serait suffisante pour intéresser la spéculation à importer de l'on Pour arriver à ce but, il était de toute nécessite de faire hausser le prix de la roupie au-dessus de 16 d. ou tout au moins s'efforcer à ce que sa valeur commerciale atteigne au moins 16 d.
Pour cela le Gouvernement de l'Inde proposait de restreindre la circulation de la roupie. Il estimait que — sans pouvoir exactement fixer la quantité de roupies qu'il faudrait retirer de la circulation — le retrait n'atteindrait pait 240 millions de roupies. Mais, pour rendre cette opération praticable, il fallait au préalable constituer une réserve d'or. Celui-ci prendrait la place de l'argent'. Pour ce faire un emprunt de âO militons de sterling suffirait. Sur cette soinme,5 millionsde£. st. seraient prélevés alin de mettre l'opération en (raiti. On retirerait de la circulation 200 millions de roupies qu'on refondrait et vendrait comme métal. Sans doute une perte, qu'on estimait à 80 millions de roupies, en résulterait.
Nos"» millions de £.sf. suffiraient à la couvrir.
Mais alors, peut-on se demander, pourquoi un emprunt de 20 millions de £. st. puisqu'une couverture de 5 iniIlion.s de £. st. était jugée -suffisante? Pour deux raisons principales : d'abord pour constituer une réserve d'or, puis, si le besoin s'en faisait sentir, retirer une nouvelle quantité de roupies de la circulation. Cependant le Gouvernement de l'Inde était persuadé que ce retrait de 200 millions de roupies assurerait le cours de 16 pence par roupie.
Dès ce moment les souverains anglais pourraient être importés. Ils entreraient alors dé6oitivement dans la circulation du pays. Ainsi l'étahlisscment de l'étalon dor, étroitement lié à la hausse du cours de la roupie, pourrait être établi.
Ce plan fut soumis, au mois d'avril 1898, par le secrétaire d'État pour l'Inde, à un Comité.
1 Voici d'ailleurs le passage : " to Tnelt donn existing rupees, haiing ftrst providetl s resene of gold, bolli for (he praclicH] purpose oî taking Ihe plkce of lb« Bilver, and ia order lo establish confldence in the issue o'
DiailizedbyGoOglc
LA QUESTION MONÈTAIEtG EN SXTRÈME-OKIE^■T. Bttf
Sir Henry H. Fowler, le présidai). Faisaicat partie de cette commission notamment lord Balfour of Burleigh, Sir David Barbonr, M. Everard Hambro, M. W.-H. Holland, Robert Campbell, etc.
Une longue enquête fut ouverte. Tous les intérêts ont été représentés et invités à faire valoir leurs observations. Les résultats de cette enquête furent consignés dans deux gros volumes. En parcourant ces travaux on est étonné de la multitude des questions envisagées. C'est plutât une grande enquête économique qu'une simple étude monétaire. On y trouve de tout. Un musicien la qualifierait volontiers de pot pourri. Cette enquête ne fut clôturée qu'eu juillet 1899, par un rapport final dû au secrétaire Sir Chalmers'.
Ce rapport résume toutes les opinions émises et enregistrées dans les procès- verbaux des séances dans l'ordre monétaire. C'est assez dire qu'il s'occupe d'autres questions que de l'examea pur et simple du projet du Gouvernement. Mais voyons de suite ce que le Comité pensait du plan proposé par le Gouvernement de l'Inde'.
Le rapporteur insinuait, tout d'abord, que si le Gouvernement de l'Inde avait pu prévoir l'amélioration qui s'était produite dans le change depuis mars 1898, il n'eût, sans doute, pas rédigé sa proposition.
C'est qu'en effet, pendant qu'à Londres notre Comité s'éternisait dans sa longue enquête, la hausse naturelle de la roupie s'effectuait. Le change s'était fixé à 16 pence. Les traites du Secrétariat d'Etat ont été exceptionnellement nombreuses. Une somme de plus de 2.370.000 £ d'or avait été versée dans les caisses du Trésor en échange de roupies. 11 est vrai que même si le projet eût été accepté plus t6t, devant cette modification dans la situation monétaire, le Gouvernement de l'Inde — c'est ce qui résulte de ses déclarations postérieures — n'eût pas appliqué son projet. Bien que ce projet ne soit plus en question, le Co-
■ Report of Lbe committee oppoeiled loinquireinlo tfaelndiimCucroDcv, publié en » Cela fait l'objet du g * du rapport (p. 15].
HfU PAUL ALOLAVE.
mité a cru devoir examiner les causes qui expliquent la hausse de la roupie depuis I8fti,
11 conteste tout d'abord, que la contraction relative de la circulation soit la cause principale de la hausse de la roupie. C'était la pierre angulaire sur laquelle était écbafaudé tout le projet du Gouvernement de l'Inde. H n'était pas démontré du tout qu'il y ait eu quelque contraction dans la circulation de l'Inde de nature à avoir influencé matériellement le change. Il n'est pas déraisonnable de soutenir qu'il y a eu une certaine contractioD et qu'elle a légèrement influé sur le prix de la roupie '.
De gros emprunts faitsà Londres pour le compte indien ; moindres tirages de traites du secrétaire d'Etat; augmentation dans les exportations nettes de l'Inde ; diminu tîon dans les importations de métal blanc ' ; renchérissement des prix exprimés en or, voilà les principaux facteurs qui ont coopéré à la hausse de la roupie.
Dès lors, comme il est impossible d'établir dans quelle mesure ta contraction monétaire a pu influer sur la hausse du jtris de la roupie, il serait téméraire de produire cette contraction artificiellement en retirant de la circulation — comme le demandait le Gouvernement de l'Inde — une certaine quantité de roupies. Au reste cette opération entraînerait des souffrances momentanées sur les marchés de l'Inde occasionnées par le resserrement monétaire. C'est ce qui explique que les personnes représentant les intérêts commerciaux et industriels dc'l'Inde n'ont pasappuyé cette proposition. Elles la considéraient comme devant engendrer des resserrements monétaires très préjudiciables au commerce. Comme autre conséquence cette vente d'argent par le Gouvernement devait entraîner une baisse du prix de ce métal. Il en résulterait une perturbation dans le change avec la Chine et les autres pays ayant une monnaie d'argent. Ceci posé,
< Voici d'ailleurs le passage : •• it has not been prov«d (h>t tha rise in the tiIuc of tbc rupee sincc 18CH-5 is due solely to relalive contraction orihe Indien currencj : «nd it ma; be lliat il is net due mainl; lo this cause. Il is not certain Ibat thire bas been anj contraction of tha Indiaii currency wlilcb bas materiaUy affectfd the exchange Ihougb il msy not unreasonablj b« inferred Ibattbere mustbave bcen sdme contraction, aad thalsuch contraction bas bad some iaduencQon Ihe exchange value or Ibe rupca •>,
* Le» iniporialions nettes unnuelles pendant les 3 années qui procédèrent la <e> raelure do la Monnaie a l'argent s'^levant à 43.133.678 ooues pour une laleurde 12O0a\2yti roupies. Pour les 3 années précédant 1898-9 ces importatîODg tombent à 3t.126.376 onces Talanl 60.103.431 roupies.
LA QL'ESTION MONÉTAIRE: EN EXTRlÏMË'ORIENT. 63t
le rapport concluait qa 'il n'étaiinullementdémontré que le projet du Gouvernement fût moins préjudiciable que le statu quo.
Mais fatlail-il rouvrir la Monnaie à la frappe libre de l'argent et renoncer à la politique inaugurée en 1H93?
C'est une question qui a été longuement examinée dans l'enquête non pas précisément sous cette forme absolue, mais avec certaines atténuations.
Aucun des mémoires rédigés par les Chambres de commerce de Bengale, Bombay, Madras et Karachi ne demandait de revenir à la frappe illimitée de l'argent.
Par contre certaines personnes qui en 1893 étaient hostiles à la fermeture des Monnaies réclamaient maintenant l'étalon d'or.
Il y avait enlîn d'autres groupes de réformateurs. Les uns étaient partisans de la réouverture des Monnaies à la frappe de l'argent. Cette réouverture immédiate effrayait d'autres qui croyaient plus prudent de temporiser. Plusieurs proposaient d'attendre un concours de circonstances favorables à cette réouverture. Quelques autres en tenaient pour une réouverture graduelle dans l'intérêt de l'industrie, du commerce et des finances publiques indiennes.
Toutes ces résolutions ont été examinées. par le Comité à la lumière des faits des six dernières années.
Tout d'abord le Comité estime qu'une réouverture, graduelle aurait un effet aussi néfaste sur le prix des objets et occasionnerait le retrait de capitaux de l'Inde, tout comme la fermeture immédiate.
Quant au projet consistant à attendre des circonstances favorables (ce qu'on ne peut espérer que d'une entente internationale très problématique) poupreveniràl'étalond'argentil ne présente pas assez d'avantages à côté des inconvénients pour abandonner le statu quo. On escompte d'une élévation de l'argent par rapporta l'or, ou d'une baisse de l'or par rapport à l'argent, ou de la combinaison de ces phénomènes jointe à d'autres circonstances mal déterminées, la possibilité de revenir à l'étalon d'argent sans entraîner une baisse sensible et soudaine dans le change de la roupie. Le Gouvernement de l'Inde choisirait ce moment opportun.
Le Comité fit remarquer que l'adoption ou le rejet de cette proposition dépendaitde la solution donnée à une question beau-
PAUL AI-flI.AVE.
conp pins générale dominant toute cette matière, 'à savoir :
Est-il àésii-able poiir Clnde de revenir au monométallisme argent?
La politique de la réouverture des Monnaies à une date fature n'a été soutenue que par des gens croyant à la possibilité d'un accord internatinnal pour une certaine périodeou tout au moins d'une entente directe entre l'Inde et les Élats-Unis en vue de la stabilisation du change. L'échec des négociations de 1897 entre la France et les États-Unis niontre que ces espérances deviennent de plus en plus chimériques.
Et cependant beaucoup de bons esprits sont encore partisaos de la réouverture des Monnaies et de la frappe illimitée de l'argent.
Voici quels sont les principaux arguments apporter; à l'appui de cette opinion.
L'ne roupie bon marché entraîne un bas change. C'est nn stimulant à l'exportation dont dépend la prospérité de l'Inde. Un « arbitrarily enhanced » de la roupie décourageait l'exportation. La fermeture des Monnaies ne peut qu'augmenter le mal. Les bénéfices de la frappe libre compenseraient les difficultés temporaires que renc(Hitre le Gouvernement de l'Inde. Il lui suffirait d'élever les taxes ou d'en créer de nonvelles portant sur les importations et les exportations.
Le Comité remarque que ces resserrements monétaires redoutés ne se sont point produits pendant la période d'activité des affaires. Le taux d'escompte de la Banque de Bengale fut de 10 0/0 au 6 janvier 1898, s'éleva au 24 février & 12 0/0, se maintint à ce taux jusqu'au 27 avril 1898 et ne tomba au-dessous de 10 0/0 que le 16 juin 1898. Le taux pour la période d'affaires 1898 99 n*a jamais dépassé 7 0/0. Par contre le commerce extérieur de t'lndedépassa2.100 millions de roupies en 1898-99, tandis qu'il n'atteignait en 1897-98 que 1.990 millions de roupies.
D'ailleurs les combinaisons des banquiers peuvent parfaitement satisfaire à l'accroissement du commerce de l'Inde. La cause du resserrement constaté en 1897-98 est due, à n'en pas douter, à la situation exceptionnellement défavorable où se trouvait le Gouvernement de l'iude, par rapport au marché monétaire, en automne 1897. En temps ordinaire le Gouvernement de l'Iode est en mesure d'approvisionner le marché monétaire tant
en autotnue qu'en hiver en vendant des Councils Hills et des transferts télégraphiques. Ainsi pendant les quatre derniers mois de 1894' les bills et transferts vendus par le secrétariat d'État atteignaient 80.520.000 roupies. L'année suivante, pour la même période, ce chifire s'élève à 98.880.000 roupies et en 1896 : 60.360.000 roupies. Maisen 1897 — par suite de balances défavorables au Gouvernement de J'Inde occasionnées par lafamlne, les expéditions militaires, qui ont fortement affecté la rentrée des impôts — le secrétariat de l'Inde fut dans l'impossibilité, du 1^'' septembre au 15 novembre, de vendre des bills et transferts. Bien plus, il fut obligé de tirer pour 10 millions de roupies de traites sur l'Inde. Aussi pendant les 4 derniers mois de 1897 le total du disponible, provenant des remises du Gouvernement sur les marchés monétaires de la Présidence, ne s'élevait qu'à 30.327.000 roupies au lieu de 57. 212.000 roupies l'année précédente.
D'ailleurH. des variations très grandes existaient avec le système de laMonnaieouverteàlafrappe. Par exemple : l'escompte était de 12 0/0 en avril 1890, tandis que du 10 février jusqu'à cette date il s'était maintenu à 10 0/0. L'année précédente l'escompte avait été de 12 0/0 du 21 février au 28 mars 1889, et en dehors de cette période du 16 janvier au 11 avril de cette même année, l'escompte ne tomba pas à 10 0/0.
Que faut-il penser maintenant de cet autre argument d'ap:çès lequel le système de la fermeture des Monnaies à l'argent met l'Inde, an point de vue industriel, dans une situation défavorable par rapport à la concurrence qu'elle a à .soutenir avec les pays k étalon d'argent?
On fait remarquer que la plus forte baisse du change de Londres avec la Chine ainsi que la baisse du change avec l'Inde seraient de nature i stimuler les exportations de Chine qui concurrencent les exportations de l'Inde. Conséquemment, ce serait une cause de développement de ia production en Chine. Les importations indiennes en Chine ne peuvent qu'en souffrir. L'Inde se trouve ainsi placée dans une situation d'inégalité que l'augmea* tationducourf actuel duchange rendrait plus intolérable encore.
La baisse du prix de l'argent se traduit nécessairement par
' Cea quatre derniers mois de l'iDnée «oaaIitDeol l'époqoo dei affiirei.
Gii PAUL AL0[JIVE.
une baisse de change chinois. Le producteur chinois reçoit un prix plus élevé par rapport à ce même prix exprimé en or. Les salaires et autres facteurs de la produclioa subiraient des fluctuations moins sensibles. Cette dilTcrence dans les variations eog^ndrerait un bénéfice spécial dô à la baisse du change. Voilà ce qui constitue pour le producteur chinois une prime à la productioa à rencontre du producteur iiidiea privé de ce stimulant. Si au contraire to change s'élève, le producteur touchant pour ses produits un nombre inférieur de roupies sera moins encouragé k produire.
Cette question avait déjà été longuement examinée par la Commission llerschell '. Elle pensait, qu'en admettant même le bien fondé de celte opinion, les effets résultant de chaque baisse du change n'ont qu'un caractère transitoire. Le Comité de 1899 dans son rapport se rallie ci la même idée.
Il est remarqué notamment que les prix et salaires ont augmenté en Chine depuis la baisse de l'argent et la circulation locale de cuivre a varié dans la proportion de l'argent.
Quant à l'idée qu'un change bas constitue une prime à l'exportation, le Comité de llerschell avait déclaré qu'elle ne ressortait nullement de l'examen des statistiques des exportations de l'Inde pour une série d'années envisagées. En fait, ce stimulant n'a eu aucune influence sur l'importance du commerce, " On the conlrarij, ihe //rityre.i^ of the fj-poH trade kas been less uilh a rapidhj faUiinj ihan ic'Uk a steadij, excitange •> (Au contraire, l'exportation a été moins élevée avec la baisse du change qu'avec un change fixe). Le rapporteur du Comité de 1899, reprenant le passage, déclare à son tour qu'il n'a pas été possible au Comité de trouver des statistiques confirmant l'opinion que les exportations ont été influencées sérieusement et d'une manière durable, par la dépréciation de l'étalon des valeurs du fait de la baisse du change. 11 semblait que la statistique des exportations de l'Inde depuis la fermeture des Monnaies eût dû faire la lumière sur cet aspect de la question.
Malheureusement, il n'en est rien. Car, comme le remarque le Comité de 1899, depui.>4 les 6 dernières années, tant de causes ont troublé le commerce que vraiment il est difficile d'établir dans quelle mesure la hausse du change a pu agir. A c6lé de la
< Paragraphe 27 du «eport of commiltee de It3t2.
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rermcture des Monnaies de 1 Inde, on relève la cessation de la frappe de l'argent par les Etals-Unis de nature à entraîner 1^ baisse du prix de l'argent. U devait en résulter de nombreuses appréhensions qui troublèrent le commerce pour un certain temps. Eulin l'Inde eut à supporter la guerre, la famine qui devaient lui causer bien des embarras financiers et réduire, comme nous l'avons vu, les traites du secrétariat de l'Inde. Malgrétout, il peut êlre de quelque intérêt pour le lecteur d'avoir une idée des exportations de l'Inde et du coure du change pendant les 12 années qui s'écoulent de 1887-88 à 1898-99.
Voilà pourquoi nous extrayons du rapport de l'indian currency committee un tableau qui renseigne sur ce point :
Le Comité, sans s'attarder à ces statistiques — qui ne présentent qu'une faible valeur pour noire démonstration — croif devoir retenir l'attention sur l'industrie du thé qui a particulièrement à souffrir de la concurreacc chinoise puisque la Ctiine pratique le monométallisme argent. De plus beaucoup de capitaux sont engagés dans cette industrie qui est de première importance pour l'Inde.
Or, dans l'enquête, les intéressés ont fait valoir leurs revendications déclarant qu'ils étaient particulièrement atteints par la hausse du change de l'Inde. Le Comité tout d'abord remarque que ce phénomène n'a pas pu être préjudiciable à l'exportation des produits venant des plantations produisant déjà ni de ceux