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CHAPITRE PREMIER

Le système raoaélalre de l'Indo-Clilne.

On aurait pu dire les systèmes monétaires de riudo-Chine, car il coexiste deux : le système indigène et celui d'importation étrangère qui, Juxtaposés, se combinent dans une certaine mesure.

A. Le système indigène. — Il comprend deux sortes de moDuaies : des momiaies réelles et des monnaies de compte. Les seules monnaies réelles, jouant un rôle appréciable dans la circulation, sont le nen et la sapèiftie.

Les nens de fabricatioa privée, sont des pièces d'argent quadrangulaires beaucoup moins larges que les nens impériaux et légèrement cintrés dans le sens de la longueur. Les nens, surtout ceux de fabrication privée, servent principalement am échanges entre commerçants indigènes, cambodgiens, laotiens, chinois, etc., et entre les particuliers de mêmes races pour toutes les transactions de quelque importance.

La sapéque, au contraire, monnaie de cuivre ou de zinc, isolée ou réunie h d'autres en liens et en ligatures sert pour les transactions ordinaires. Cette monnaie est très incommode pour les Européens parce que très encombrante. La ligature se compose do 600 pièces, pèse 1 k. 300 et a quelquefois une valeur moindre de li centimes. De plus, c'est une monnaie très fragile. Les ruptures de liens sont faciles et les pièces qu'ils retiennent, en raison de leur faible épaisseur, se brisent facilement. II est vrai qu'en Annam, à l'inverse de ce que l'on constate en Cochinchine et au Tonkin, ces pièces sont en cuivre au lieu d'être en zinc, par suite moins fragiles. Mais les ligatures sont alorsplns lourdes. Enfin, quel que soit le métal employé pour ces pièces, les unes et les autres sont l'objet de nombreu-

ses tlQctuations par rapport à l'argent. Pourtant les indigènes tiennent beaucoup à cette pièce eu raison même de sa faible valeur. Elle convient tout partie uliè renient à une population dont les besoins sont aussi modestes qne les ressources.

Les monnaies de compte sont le « luong » ou once d'argent et le « quan » ou ligature de sapèqucs. Quant à la monnaie légale, il ne saurait en Être question dans le système annamite où la notion de monnaie légale et de compte se confond.

Au début de l'oecu patiou, le Gouvernement de la Cochinchine , acceptant ces monnaies, en paiement de l'impût, fut, plus d'une fois, obligé d'en réglementer les cours. C'est ainsi que, d'après une décision du 24 janvier 1864, la ligature était acceptée pour 1 franc, le tien de 60 sapèques pour 10 centimes et 30 sapèqucs pour 5 centimes.

Sans insister, pour le moment, sur cette pratique de fixation de cours officiel d'une monnaie, remarquons simplement, en passant, que plus d'une fois les magasins à sapèques furent encombrés'. C'était toutes les fois que le cours officiel était supérieur au cours commercial.

Aussi, à partir du 31 décembre 1868, seules les piastres furent acceptées en paiement des impflts.

Avec la piastre nous arrivons au système d'importation étrangère.

B. Système (Timportation étrangère. — Il peut être qualifié de : système de la piastre. C'est celui do l'administration française et du commerce européen. La piastre est la monnaie du commerce étranger non seulement dans l'Indo-Chino, mais dans tout l'Exlrêroe-Orient.

A l'époque de l'occupation de Saigon par la France la piastre mexicaine est rapidement propagée sinon introduite en Annam aux Heu et place des i' pièces ù colonnes »; ces carohis espagnols — longtemps préférés par les Chinois aux piastres mexicaines et aux « trade dollars » — étaient ainsi désignés parce qu'ils portaient deux colonnes au revers et à l'avers l'effîgie du souverain. Cette substitution s'explique par la nécessité où nous nous trouvions de nous procurer des fonds pour l'entretien

I Koiit Terrons ultihauremenl, en nous occuptol de Ja crise des sapèques Uont souBrent les indigènes de nos joars, qu'il n'ea a pas toujours étfi ainsi.

du corps expéditionnaire. On ne pouvait Dégocier des traites sur le Trésor paltlic de la mi^tropole qne sur les places voifiines de Hong-Kong et Singaponr. Or la circulation se composait exclusivement de piastres mexicaines. D'ailleurs cette monnaie, connoe du commerce chinois, était la wule acceptée en paiement des fournitures Faites à l'armée. Bien mieux, comme ces pièces étaient souvent falsifiées, les «compradors », représentants des maisons chinoises, ne recevaient que les piastres marquées au coin de lear maison. Ces u chopped-dotlam », comme on \&i appelait, imesHre qu'ils étaient frappés d'an plus grand nombre de coups de poinçon se dépréciaient davantage. Aussi les clfan-do/lars, non marqués, avaient-ils une valeur supérieure aux premiers. L'amiral Bonard, commandant en chef, ayant oublié la loi de Gresbara commit l'erreur, le 10 avril 1862, de donner cours légal soi piastres mexicaines, marquées ou non. Les spéculateurs exportèrent les clean-doUars à. Hong-Kong et en obtenaient un pins grand nombre de chopped-dollars dont ils inondaient la circnlation au détriment des clean-dollars qui devenaient de pins ea plus rares. Malgré tout le Gouvernement de l'époque maintient, aux pièces marquées, leur qualité de monnaie légale.

l'n peu plus tard le Gouvernement commit une autre imprudence. Par un arrêté du 30 juin 1874 il donne cours légal aui « (rade dallant •• américains pesant 27 gr. 215 au titre de O.tHW aUrs que la piastre mexicaine est évaluée 27 grammes an tilre de 0,9«27.

\\ existe enfin une « piastre française » frappée par la Monnaie de Paris en exécution d'une décision du ministre des Finances en date du 9 octobre 1878. Kllc a été admise au cours légal par un arrêté du 22 décembre 1885. Cette pièce pèse bieo 27 grammes mais ctle ne contient que 21 gr. 3 de fin au lien de 24.4388. Le décret du 8 juillet 1895 en fixant ce taux voulait empêcher que cette piastre soit chassée de la circnlalion pw deux nouvelles pièces similaires : le « british dollar » el le <■ yen » japonais. Leur poids de (in n'atteint que 21,2604. On réduisait ainsi, d'une façon appréciable, l'intérêt des spéculateurs qui perdaient en frais do transports et en frais divers les bénétices réalisés.

Par une décision du 2i janvier 1864 enfin, le Gouvernement a essayé d'introduireenCochinchine nos pièces d'argentde 3 francs.

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Le Trésor recevait ces écus pour leur valeur nominale. Mais, avec la dépréciation du métal argent, ces pièces ne valaient que 4 fr. 85 et la piastre à peine 4,75. Dès lors, plus la déprécialiou, augmentait pluK changeurs et spéculateurs exportaient et réalisaient de hénéfices. La pièce de o francs ne pouvait demeurer dans la circulation. Par suite la monnaie divisionnaire française n'a pas tardé à suivre, dans la mélropole, l'écu.

Cette e.\périence a démontré que seul le système de ta piastre est admissible dans nos possessions d'Extrême-Orient.

La piastre reste donc la base du système monétaire adopté par nous en Indo-Chine. Mais, comme il résulte de nosexplications antérieures, la piastre n'est pas une pièce identique à ellemême. On en trouve trois ou quatre modèles diflérents Toutes, ces pièces, il est vrai, contiennent k peu près la même quantité de tîn. L'ancienne piastre mexicaine était frappée à 24 gr. 3729. la nouvelle k2A gr. 4388, le trade dollar à 24 gr. 4935. La piastre française, depuis le décret du 8 juillet 1895, ne possède plus que 34 gr. 3 de tin. Dé% lors toutes ces pièces peuvent s'échanger les unes contre les autres.

La piastre est divisée en centièmes. Il y a des pièces français^es d'argent de 50, 20 et 10 centièmes. Le titre des premières est de 0.900, celui des autres a été abaissé par un décret du 14 avril 1898, à 0,83o. Pour être complet, ajoutons qu'il existe 2 coupures en bronze : la pièce de 1 centième et la sapèque qui vaut 1/500 de piastre.

, La piastre française a été adoptée comme mode de computation aussi bien par les commerçants étran^^ers que par les adnriiiîstrations locales.

Aussi, aux termes du décret du 5 juillet 1881 (art. 2j, le taux du change est-il, à partir de rc.\ercice 1882, '<fi.ré trimestriellemeitt » par arrêtés du Gouverneur rendus en Conseil privé, et même " menxucllpment » depuis le décret du 10 décembre

Notre décret de 1881 déclare que le budget de laCochincbine' sera établi en piastres.

Malheureusement le décret fut, longtemps, plutôt exécuté dans sa lettre quedans son esprit. Dans les écritures du budget, pour remédier à l'instabilité des recettes et des dépenses budgétaires, on considérait la piastre commeayantunevaleur dc5francs.Mais

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on arrêté da goDvernear du 30 décembre 1886, allant plus loin, prescrivait d'établir le budget en francs. Celle décision enlralnaîl une aojifmentation dn poids des impAts el des Irailemeals des fo ne tioDD aires. Elle fui qualifiée d'îilég'ale par l'Adminis- (ralion des finances.

Alors, à partir de 1888, le budget local fut rétabli en piastres. Mais, beaucoup de dépenses des budgets locaux derAonam, du Tonkin.du Cambodge, étaient, d'abord établies en francs, puis calculées en piastres au tauii fixe de 4 francs. Comme le remarque M. Arnaané, on comptait en piastres, mais l'on pensait en /rancs.

Aujourd'bui on est en voie d'appliquer, dans son esprit, comme dans sa lettre, le décret de 1881. C'est ainsi que, conformément à l'arrêté interministériel du 7 avril 1899, tous les titres de perception et de dépense du budget généra) de l'Indo-Chine sont établis en piastres.

Quant auK dépenses qui, aux termes de décrets ou d'arrêtés d'organisation de certains services, doivent êlre payées en francs elles sont converties dans le budget lui-même en monnaie de compte indo-chinoise k un taux basé sur le cours réel de la piastre. Ce taux fut de 2 fr. 70 pour le budget de 1897; de 2 fr. 50 pour celui de 1898 ; 2 fr. 40 pour ceux de 1899, 1900, 1901 et 1902.

Ces cliiiïres nous révèlent une perturbation dans la valeur de l'unité monétaire qui ne peut que troubler les opérations commerciales et bien d'autres intérêts. Cette constatation nous amène à notre second chapitre qui doit être consacré à formur lor le problème monétaire en Indo-Chine.

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