CHAPITRE II Position dn problème monétaire
L'étude que dous venons de faire du système mouétairc de lindo-Chine dous montre clairemeot que c'est la piastre, qu'elle soit de frappe mexicaine, américaine ou rran(,!aise et ses coupures d'argent ainsi que le nen d'argent qui sont les seules vraies monnaies. Seules elles peuvent servir de moyens de paiement dans les rapports de l'Indo-Chine avec les pays de civilisation européenne. Cette colonie doit donc être considérée comme . an pays à étalon d'argent.
Or, si, pendant une période consécutive de 68 ans, allant de 1801-1870, le prix moyen de l'argent métal sur le marché de Londres n'a varié, dans ses extrêmes limites que de 218 à 225 francs le kilog — soit une baisse de 18 0/0 par rapport au pair bimétallique français qui est de 222 fr. 22 et une hausse de 1,3 0/0 — il n'en a plus été ainsi après cette date. La réforme monétaire allemande du 4 décembre 1871 modifia radicalement la situation de l'argent par rapport à l'or.
En décembre 1871, l'once standard valait encore 60 d. 87, •c'est-à-dire exactement le pair français de 222 fr. 22 le kilog.
En 1902 — sons l'intluence des besoins d'or de la Chine pour le paiement de son indemnité et l'obligation où elle s'est trouvée ■de verser des quantités d'argent en échange sur le marché de Londres — l'once standard est tombée à 24 d. t/16 et, en novembre, k 21 d. 11/16, soit à 80 francs le kilog. La valeur de la piastre mexicaine en or n'était plus alors que de 1 fr. 95.
En 1903, on a enregistré des améliorations dans les cours. Au commencement de l'année, l'once standard valait2l d. 3/4 : à la lin de l'année 28 d. 1/2. Actuellement elle est cotée 27 1/4 soit
*S0 PALI. ALGLAVK.
99 fr, 46 le kilog. Ceci donne à la piastre une valeur intrinsèqoe de 2 fr. 42.
Bref, depuis 1872, c'est une baisse continue de l'argent ou des fluctuations sensibles que les statistiques nous révèlent',
L'indo-Chine, comme d'ailleurs tous les pays à étalon d'argent, ne pouvaient qu'être rorlement atteints par ce phénomène de dépréciation de l'argent.
C'est la situation diflicile qu'il a engendrée que nous devons maintenant analyser.
L'n certain nombre d'esprits optimistes soutiennent que le métal argent, malgré sa baisse, a conservé toute sa puissance d'achat au regard des marchandises autres que l'or. Le oégo-
■ Ce UbleaD montre cUirement ce* Tariations :
1884 — l>r janvier, A fr. 75 ; l<r mars, 4 fr. 65; 1" juillet, 4 fr. 60 ; 1" octobre i fr. 65.
1885 — 1" janTier, 4 fr. 55; 1" mars, A tr. 30.
1H8G — 1« janvier, 4fr. 20; !•' juin, 4 fr. 10; 21 juîlkl. 4 fcaaca; 11 Mobt, 3fr, 85; l" oclobre. 8 fr. 95.
1887 — 1" juillet, 3 Ir. 90; 1" soplemhre, 3 fr. 95.
1888 - 1" avril 3 fr. 85; 1- oclobre, 3 fr. 95.
1889— l"arrU, 3ff. 85; Il airil, 3 fr. 80; 1" nui, 3 fr. 85; l"juD, 3fr. 80: 1" noTcmbre, 3 Ir. 85; 21 novembre, i francs.
18"J0 — 1" janTier, 4 franc»; l"aeptembre, i fr. 70; 1" oclobrè,4 fr. 45; 1" notemb™, 4 fr. B.
1891 — 1" janvier, i Ir. 25; il janvier, 4 francs.
1892 — l" mai, 3 fr. 60 ; t" novembre, 3 fr. 55 ; l^r décembre, 3 fr. 50.
1893 — 1" janvier, 3 fr. 45; 1" raei, 3 francs; 1er juin, g f,. ^- ]« juillet, 3fr. 30: 1" aoûl, 3 fr. Î5: 1" oclobre, 3 fr. *0; I" novembres fr. 15.
1894 — 1" janvier, 3 fr. 10; 17 février, 3 francs; 1" mips, 2 fr. »; I" nu, 2 fr.85; 16juillel, 2 fr. 75; 1" septembre, S fr. 80; 16 oclûbre.S tr, 75; 1- novembrf. 2 fr, 75.
18!5 — t.i- j«nvier. 2 fr. 75; 16 février, 2 fr. fiO; 1" avril, 2 fr. 45; U'nM, !fr. 70; 1" juin. 2 fr. 75.
1896 — 1" janvier, 2 Ir, 75; 16 mars, 2 fr, 80; I" septembre, 2 fr. 70; 21 septembre, 2 fr. 6j. '
1897 - 1" janvier, 8 fr. 65; 19 mars. 8 fr. 60; 8 avril, 2 fr, 55H4 mai.lfr. 50; Jeraoùl. 2 fr.45;8aoûl, 2fr.50:22 août. 2 fr. 40 ; 21 aoûc. 2 /-r. 55 ; f« eeptembre, 2 fr, 30; 15 septembre, 2 fr, 35; 18 octobre, 2 tr. 40; 23 octobre, t fr. 45; 5 décembre, 2 fr. 50
1898 — 1" janvier, 2 fr. 50; 3fl janvier, 2 fr. 45; 15 février, t fr. 40; l" avril 8 fr. 35;!4avra, !fr. 40: 12 juin. 2I>. 45; iOaoùl, 2 fr. 40: 7 septembre, 2 ft. 43; 16 décembre ï fr, 50.
1899 — i" janvier, 2 fr. 50; 1 mai, 2 fr. 55; 5 septembre, 2 Ir. 50.
1900 — if janvier, 2 fr. 50: 31 janvier, 8 tr. 55; 88 mars, S tr. 50
LA QUESTION MONËTAIRB BN EXTRÊME-ORIENT, 65t
cianl îado-chinois exportant ou important en Chine et le commer^nt local qui se livre an trafic des marchandises indigènes à l'intérieur n'ont rien à redouter de la baisse de l'aident. Ils comptent en piastres, reçoivent et paient des piastres sans jamais avoir ô les transformer en op.
11 faut convenir que ces commei-çants sont moins atteints par la baisse de l'argent. Mais est-il exact que, même pour eux, cette baisse n'ait aucune influence? Si l'on compare les prix d'une période à l'autre, on constate que les prix de toutes choses ont haussé avec la baisse de l'argent. On admet, sans conteste, qu'il en soit ainsi pour les loyers, les salaires des domestiques, le prix des matériaux de construction de provenance indigène, de la main-d'œuvre des ouvriers chinois, ma<;on3 et charpentiers et même de la main-d'œuvre agricole. 11 est vrai qu'on ne manque pas d'objecter qoe Tlndo-Chine traverse une crise de croissance. Dans cetle période de développement tous ces objets étant plus demandés renchérissent. Soit, mais il est curieux de rencontrer le même phénomène dans l'Inde.
La dépréciation du métal n'a pas une action trop considérable, quand la baisse a lieu lentement, pendant un certain nombre d'années. Un équilibre relatif peut alors s'établir. Mais, lorsque l'argent subit une forte dépréciation, les prix s'en ressentent d'une manière frappante.
Voici ce que la lecture du tableau — donné par les Chambres de commerce, pour le prix du blé, de 1863 ë 1891 dans les principales villes de l'Inde — permet de relever.
Si, en 1863, on pouvait avoir pour une roupie 67 serres (environ 1 k.)deblé. eol885cechiffretombeà3âeten 1891 à 16. Cet écart montre bien la hausse énorme des prix en présence de la baisse de la roupie. Pour certains produits en Europe, on est au-dessous des cours cotés eu 1873 et en 1893, dans l'Inde, les prix sont au-dessus des cours cotés il y a 20 ans.
Cette constatation n'est pas de nature à désarmer certains convaincus qui remarquent que cette hausse des denrées, impôts et salaires est plus que compensée par l'accroissement du prix des marchandises exportées sur l'Europe ou entrant dans le marché mondial '. It en résulterait un accroissement de débou-
■ Voici ce qu'écrit M. Le Myre d« Viltei'<i dans les Quettiom diplomatiques, 1903,