‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 202 sur 238 · PAUL ALOI.AVE · texte numérisé non relu

PAUL ALOI.AVE

chés de aature à augmeater la production, partaat développerait les cultures. L'augmentation des affaires en Extrême-Orient, raccroissemeot inouï de richesses qui se sont manifestés, depuis 25 ans, dans les colonies de Cochincbine et des détroits s'expliqueraient par la baisse de l'argent.

I! est étonnant que les pouvoirs publics des Straiis Seltlemenls n'aient pas compris tes effets de cette cause bienfaisante et qu'ils soient assez mal inspirés pour réformer leur régime monétaire.

Maintenant, en ce qui concerne la Cochincbine — qui exporte une grande quantité de son riz en Chine — des réserves sont nécessaires. Si les 2/3 des exportations de l'Inde sont à destination de pays fi étalon d'or, les 3/4 des exportations de l'Indo-Chine sont pour des pays W étalon d'argent. On se demande alors si la prime à l'exportation, dont on fait tant d'état, peut vraiment constituer un sérieux avantage '.

il y aurait une certaine catégorie de financiers auxquels, non seulement la. baisse de l'arg-cnt ne nuirait pas, mais profiterait au contraire. Ce sont les banquiers qui, émettant du papier fiduciaire à o fr. 35, i> francs, \ francs, 3 francs, 2 fr. 50 la piastre, est remboursable à 2 francs, voire même, en décembre 1902, au-dessous de ce taux.

Arrivons maintenant aux intéressés lésés d'une manière incontestable par (a baisse de l'argent et voyons s'ils sont dignes de sympathie.

Éliminons de suite les indigènes qui ont la manie d'enfouir leurs capitaux dans des cachettes.

Restent tous ceux qui ont à faire des remisesd'Indo-Chïne sur l'Europe ou les Ktats-Unîs ou inversement des remises d'Europe et des États-Unis sur l'Indo-Chine. En eflet, l'acheteur

p. 9 : Admeltona une mirchiDdUe dont Is valeur est de K piastres sur lesquelle* % roTiennent à la mam-d'inuTre et 2 au propriétaire du sol atosi qu'aui intenn4diaires. Si l'argent métal baisse de 500 0, le prix de venle s'élëTera à 6 piastres qui se repartiront, au début, de la manière nuivanle : msin-d'oenvre, 2 piastres ]/Z, propriétaire du sol el iotermidilices, 3 piastres 1/2, d'où béaéflce su pplémea taire pour le propriétaire et les intermédiaires d'une piastre et demie. Quant à l'ouTrier, l'accroissemenl du salaire d'une demi-piastre le couvrira cerUinemeDt de l'augmentation du prix de la vie malérielle.

' Pour ta rérutalion de celte idée, nous renroyons le lecteur à la pa|{e 63{ où il est démontré, d'aprfes le rapport de Indian Carrencf, que cet avantage n'est que momentané.

français de change indo-chinois ou l'acheteur indo-chinois de change sur la Franco, se trouve, parfois, obligé de payer la piastre ou bien le franc à un taux difiérent de celui qu'il avait prévu au moment de l'opération qu'il se proposait de régler. Cette différence— si l'on suppose des fluctuations brusques — peut absorber tout le bénéfice espéré. Et, cette hypothèse se réalise, en partie tout au moins, lorsqu'il s'écoule un certain laps de temps entre la conclusion d'une affaire et son règlement.

Qu'on se rappelle que la piastre valait, il y a encore quelques années, 3 fr. ïiO, par rapport k l'or, qu'elle est descendue ensuite à 2,20 et est tombée encore plus bas en novembe 1902 — oii elle était cotée 1 fr. 90 — et l'on comprendra aisément cçmblen cet effondrement a été désastreux pour les industriels français qui avaient envoyé des marchandises dans notre colonie, avant la baisse de la piastre. Ils ne pourraient les vendre sans perte qu'en relevant leurs prix en piastres. Les acheteurs annamites s'y refusent. Les stocks s'amoncellent alors dans les magasins de nos industriels. Us n'osent plus rien expédier n'étant pas sûrs de pouvoir vendre à des prix suffisamment rémunérateurs. Us sont obligés d'être d'autant plus circonspects qu'ils craignent toujours que la baisse de la piastre n'ait pas dit son dcrniermot, Sans doute, depuis 1903, on constate des relèvements sérieux dans les cours. Mais les fluctuations des cours sont si fréquentes et assez sérieuses pour que, pendant la traversée, une affaire de rémunératrice puisse devenir, sinon ruineuse, tout au moins ne laisser aucun bénéfice.

Ainsi les pays à étalon d'or paient de plus en plus cher — par rapport à la quantité d'argent que l'or versé peut acheter — les marchandises qu'ils reçoivent des pays à étalon d'argent. Par contre, les nations consomment de moins en moins les produits des premiers États parce que — obligés de payeren or — il leur faut, pour se procurer cet or, donner des quantités de plus en plus considérables de monnaie d'argent'. Leur puissance d'achat se trouve ainsi épuisée. Sans nier ce résultat on fait valoir deux considérations dcnatureà l'atténuer. La rapidité des communications avec les métropoles permetd'cvîter les grosapprovision-

■ On en trouve encore une preuve palpable dans le dernier rapport sur le commerce de rindo-Cbine en 190.1, aà la principale cause de la diminutinn des importations réside dans une augmenlalion de 10 à I&O/Odeaprii exprimés en piastres.

«5* PAUL AIX31AVB.

nemeots d'autrefois. Ea second lieu, les négoeïaats se couvreot de ce risque «n se faisant toar & tour importateurs ou exportateurs. Us gagrnent ainsi d'un cdté tout ce qu'ils perdent de l'autre.

Enfin, dira-tr-on, mais si la baisse de la piastre est fftcheuse pour la métropole et ses producteurs elle est avantageuse pour la colonie qui vend & un meilleur prix.

Nous n'avons plus à attirer l'atteutiou sur ce point. Nous y avons déjji insisté. Voyons quels sont, après les commerçants et les producteurs, les autres personnes qui souffrent de la baisse et de l'instabilité du prix de l'argent.

Ce sont les banques libres qui out à défendre leur capital et leur réserve fondée sur l'or. Elles risquent, chaque année, de voir leur capital et leur réserve amoindris si elles consentent des prêts k longue échéance. Aussi pour conjurer, dans une certaine mesure, ce péril, elles ne consentent pas de prêts à longue échéance si nécessaires pourtant pour l'agriculture. Elles n'escomptent que du papier court. Enfin pour se couvrir de cet aléa elles demandent un taux d'intérêt très élevé : 12 et 1& 0/0.

Il eu résulte qu'ici, incontestablement, la colonie tout entière souffrira de cet état de choses.

Les conimeri^nts européens qui ont mis un certain capital dans leur entreprise et qui en consacrent une partie en fonds de roulement sontégalement lésés.

Les Européens et indigènes ayant placé leurs ca[Htaux dans des immeubles urbains ou industriels ne seront pas plus heareux. Rarement l'élévation des loyers compense la diminution de la valeur de la piastre.

Jamais les entrepreneurs de transports maritimes ne peuvent modifier leurs tarifs en proportion des variations du change.

D'autre part, certains fonctionnaires ont eu à se plaindre de rinstablLité de ce régime. Tandis que les traitements du personnel des contributions indirectes et des douanes (décrets du 7 sept. 1877) et ceux des agents de la Trésorerie {arrêté du 28 mars 1888) et de l'Enregistrement (arrêté du 6 févr. 1893) sont établis en francs, la plupart des fonctionnaires sont payés en piastres cotées à 5 francs. Pour la première catégorie nous Avons vu' comment le budget général prenait &sa charge les per-

' Voir pags 6tS.

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tes de change. Mais, poor l'aatre groupe, de beaucoup le plus important en nombre !

On a essayé à. maintes reprises de remédier à cette inégalité choquante en accordant aux fonctionnaires des indemnités. C'est ainsi qu'en 1883 une bonification de 1 0/0 leur fut accordée. En 1886 elle fut portée à 16 0/0.

Malgré tout, au taux actoel, ces fonctionnaires perdent encore 4 0/0 de leor traitement par suite de la baisse du change. Ce sont surtout les fluctuations des coursqni doivent leurêtre particulièrement sensibles. On ne sait jamais à combien tombera la oieosoalité reçue qui doit permettre de subvenir aux besoins pendant le mois suivant. On comprendra d'autant mieux celte situation â l'on songe que les fonctionnaires sont, peut-être, ceux qui peuvent le moins se passer des produits enropéens.

Uoe certaine correction qu'ils doivent observer leur en fait presque uo devoir.

Indépendamment des fonctionnaires le régime monétaire adopté par l'Indo-Chiae nuit aussi à la Colonie. Nous avons déjà vu que. depuis le décret de 1899, c'est le budget général de rindo-Cbine, qui subit les pertes de change pour les fonctionnaires dont le traitement est fixé en francs. Mais le bndget général étant chargé — sauf règlement ultérieur avec les budgets . locaux — de toutes les dépenses effectuées en dehors de l'Indo- Chine, aura bien d'autres paiements à faire en or.

Retenons le plus important : le paiement des arrérages des emprunts contractés par l'Indo-Chine. Celle-ci a fait un premier emprunt de 80 millions sons le Gouvernement de M. Rousseau, un autre de 275 millions, sous celui de M. Doumer, soit, en tout, 3of> millions. Aussi la dette extérieure de Tlndo-Chine atteint actuellement iO millions payables en or.

Ce n'est pas tout. Sur ces 355 millions : 155 millions ont déjà été touchés et employés dans le pays.

Quand ils ont été reçus, ils ont été convertis en piastres à des taux variant entre 3 fr. 50 et 3 fr. 20. Au cours moyen de l'époque on peut donc estimer qu'ils oui produilo4. 385.000 piastres. Or, au cours du Trésor, du commencement de 1903', ces 54 millions de piastres ne valent plus que 100 millions de francs

' Depuis cette époqus le» coura se sont un peu tmâlioris.

PALL ALGIAVB.

au lieu de 155. Il ea résulte une perte variant eatre 46 et 50 millions de francs, puisque le budget colonial — qui n'a reçu en réalité que 54 raillions de piastres — devra en rembourser de 77 à 80 millions si tes cours ne s'élèvent pas'.

Comment pouvons-nous espérer, disait le Courrier de Haïphong, trouver dans les ressources du pays cette perte au change (le 25 millions de piastres ? .le crois que le plus habile administrateur ou le plus malin des directeurs des douanes pourrait proposer toutes les mesures- fiscales que son cerveau pourra jamais imaginer sans jamais parvenir à boucher ce trou de plus de 25 millions de piastres qui ne fera que devenir plus énorme avec une semblable baisse de la piastre.

Sans doute pour équilibrer le budget de l'Indo-Ghiae on peut frapper les malheureux Annamites d'irapdls nouveaux.

On objecte que cette mesure n'est pas nécessaire; que les budgets ne sont pas atteints: au contraire. Le développement des cultures — qui entraîne : l'accroissement des droits de sortie, «les impôts Fonciers et personnels — le paiement en or des tases douanières, l'augmentation de la consommation assurent une plus-value de recettes qui dépasse de beaucoup celle des dépenses. Bien que le taux des impôts indirects, si on les évalue en or, diminue chaque année.

Sans méconnaître ces plus-values — dont les rapports de budgets font foi — il est, peut-être, exagéré de dire que cette compensation soit complète. Tant de causes agissent et réagissent les unes sur les autres en cette matière, qu'il est impossible partant de déterminer dans quelle mesure exactement ce jugement est trop optimiste. Mais, on peut affirmer, sans crainte d'exagération, que rindo-Chine souffre, de ce chef, d'une perte sèche.

Après la Colonie, le Trésor métropolitain sera, fatalement, dans la même situation que les commerçants européens pour les remises de fonds qu'il a à faire en Indo-Cbine. Les sommes qu'il puise dans les caisses publiques de France pour solder les dépenses qui sont à la charge du budget général de l'Etat sont des sommes en francs qu'il faut convertir en piastres.

■ Une bauMçi bien sensible n' mirthé. Cette hausse que nous

DigilizedbyGoOgle

EuSd restent tous ceux qui veulent réaliser les uus, leurs bénéfices, tes autres placer leurs économies en France.

Le négociant qui liquide ses affaires pour regagner la métro pôle pourra, quelquefois, ne pas retrouver le capital, estimé en or, qu'il a apporté avec lui pour fonder son entreprise. En tout cas les bénéSces obtenus seront sérieusement diminués. Aussi, comprend-on, que la haïsse du cbaoge, son instabilité sont un obstacle à l'eiode des capitaux européens en Indo-Chine. Elle qui, comme toute colonie qui se développe, en a pourtant tant besoin.

Cette situation, créée par la dépréciation de l'argent, que nous venons d'analyser, est reconnue — à des degrés divers suivant les milieux — comme très grave. Elle, appelait des remèdes. Dans quelle mesure l'Iudo-Cbine et les autres États asiatiques, ayant comme elle une circulation d'argent, ont<ils réagi, c'est ce qu'il nous reste à examiner.

- Paul Alolavï,

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