CHAPITRE IV
Sous l'empire des préoccupations que les événements avaient fait naître, le ministre des Colonies nomma, le 10 décembre 1902, une commission interministérielle' chargée d'étudier la question.
On attend encore, avec une légitime impatience, dans les milieux intéressés et à la Chambre même — comme en témoigne, le Rapport des monnaies et médailles de M. Chastenet — que le Gouvernement veuille bien se décider à faire connaître le résultat des travaux de la Commission. On sait que, depuis quelque temps déjà, elle a remis à l'Administration son rapport.
Mais on refuse, en haut lieu, de faire connaître les conclusions de la Commission. Toutefois, si nous sommes bien informés, des résolutions prises, semble se dégager une tendance vers un régime qui se rapprocherait sensiblement de celui adopté par les Anglais dans l'Inde.
La Commission s'est bornée à proposer deux mesures, qu'on pourrait appeler préparatoires. Sans elles, tout système de stabilisation de la piastre en Indo-Chine, devient impossible.
La première consiste à uniformiser la monnaie en usage dans
' Celle commission, présidée par le minialre lui-même, compraoait : le i^urernear de la Btoqae de France : M. PalUin et le sous-gouverneur M. De Liron d'Airolleï, M. le directeur général de la comptabilité publique, Laurent, la directeur de i» Caille des dépfits el consignations, M. Delalour, le directeur du Mouvement général dea fonds, M. Benac, le directeur des Monnaies et Médailles, M. Arnuuné, le directeur du contrùie au minislére des Colonies, M. Oubard, le directeur de la Comptabilité an ministère des Colonies, M. Bloch, le directeur des Affaires d*Aiie, d'Amérique et d'Océanie, le directeur de la Banque de l'Indo-Cliine, le directeur des douanes et régies de l'Indo-Chlne, el le sous-direct eu r du Mourement général des fonda.
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IÎ82 PAUL ALGLAVB.
la Culoilic. Ce qui suppose réiiminalion, aussi pTOUiple que possible, de la piastre mexicaine. Le vide produit par l'exode de cette pièce devra être comblé par une quantité égale de piastres de commerce pour assurer les besoins de la circulation. V^oilà la deuxième mesure.
Comme le remarque le rapport de la Banque de l'Indo-Cbine à ses actionnaires, ces mesures placeront notre colonie dans une situation analogueà celte où se trouvait l'Inde eu 1893, à la veille de la réforme. Dos lors, une réforme identique sera possible. C'est qu'en efTct, il importe que la situation monétaire ne comporte — comme en Inde alors — qu'une monnaie : rien que des pièces françaises. Sinon, l'existence des piastres mexicaines équivaudrait à une frappe libre d'une monnaie d'argent. Puisque nous ne pouvons rien sur ces monnaies.
C'est ce qu'a enfin compris le Gouvernement.
Par deux décrets en date du 3 juin 1903, rendus sur la proposition du ministre des Colonies, l'introduction en Indo-Chine de monnaies d'argent étrangères a été prohibée. En même temps, les droits d'exportation à la sortie de l'Indo-Cbine, alore de 3 0/0, ont été supprimés pour les monnaies d'ai^ent.
Ces mesures facilitent l'exportation des piastres mexicaines qui encombraient le marché indo-chinois et amènent leur remplacement par les piastres de commerce. Maïs, depuis la réforme monétaire que vient d'adopter hier le Mexique, ii est à craindre que cette exportation soit quelque peu gênée. Si le Gouvernement mexicain, usant de son droit, prohibe toute réimportation ou bien la frappe d'un droit élevé, où iront ces pia.stres que ta réforme monétaire, par voie de conséquence, vient de déprécier?
En tout cas, grftce à ces décrets, nous serons à l'abri d'une inondation nouvelle de ces pièces auxquelles on fermait déjà les portes un peu partout, et qui maintenant, dépréciées, seront encore moins acceptées.
Comment nous débarrasserons-nous de ces pièces? C'est une nouvelle diUîculté que la réforme mexicaine fait naître etque les décrets de 1903 ne résolvent plus.
Enfin, il faut reconnaître qu'ils ne s'y opposent plus, et nous protègent pour l'avenir. C'est déjà quelque chose.
D'ailleurs, si l'on en juge par l'encaisse des banques et notam-
ment de celle de la Banque d'Iodo-Chine, on est obligé de constater que l'eflet de cette mesure s'est immédiatement fait sentir. Le rapport du Conseil d'administration de la Banque de l'Indo- Chine du 1 1 mai 1904 eu fait foi. Il y est déclaré « qu'alors que l'annéedernière les encaisses étaientcomposées, en grande partie, de piastres mexicaines elles ne comprennent plus, pour ainsi dire, à l'heure actuelle, que des piastres françaises. On peut donc entrevoir déjà le moment où la piastre mexicaine pourra être démonétisée ». Il est indispensable cependant, avant de réser^'er le cours légal à la piastre française seule, d'introduire encore en Indo-Chine une quantité plus considérable de cette monnaie. Sans doute, depuis 1879, comme nous l'avons vu', celte pièce est créée. Depuis 1885, la Monnaie de Paris en fabrique. Au 31 décembre 1903, le nombre de pièces frappées et introduites en Indo-Chine tant par le Gouvernement que par la Banque indochinoise s'élevail à 70.194.979. El encore ce total ne représente que les piastres françaises de commerce et non les monnaies divisionnaires. Pourtant M. E. Payen' estimait que la circulation des piastres françaises ne dépassait pas alors 60 millions. C'est laconséquencedecefait, que, jusqu'en 189o, le poids de ces piastres était de 27 gr. 215, c'est-à-dire sensiblement supérieur au dollar mexicain. Il y avait donc tout avantage à les exporter en Chine pour la fonte. Aussi peut-on estimer que les 13.170.471 piastres frappées à ce poids ont disparu de la circulation. Or, eu égard à l'importance de la population et des transactions ainsi qu'à l'habitude de thésaurisation qui subsiste chez l'Annamite, cette quantité de numéraire parait insuffisante et devrait être portée, pense M. Payen, à près de 100 millions. Et, comme le faisait judicieusement remarquer M. Denis', la Monnaie de Paris dispose de moyens puissants. Si elle veut bien nous faire passer avant les étrangers pour lesquels elle travaille, elle aura vite fait de compléterles 75 à 100 milliers de pièces nécessaires à la circulation. M. Denis parlait en janvier 1903, or, depuis lors, les arrêtés de juin 1903 ont quelque peu modifié la face des cho-
) Voir la p . 646.
> Balletm du Comilâ de l'Asis françaine. janTieFl903.
* Dans une commuDication faile à la Sociélé d'économie politique du 5 janvier 1903. '
68i PAUL AI.OLAVE.
ses. Il y a des vides à combler. La quantité de piastres à frapper devrait être beaucoup plus considérable.
Espérons que la Monnaie y veillera et évitera — ce qui n'a pas BU être fait pour les sapèques — une crise de piastres françaises que la dépréciation des piastres mexicaines risque d'occasionner.
Cette crise des sapèques, dont nous venons de parler, retiendra un instant notre attention ultérieurement. Car, au dire de bien des intéressés, elle aél« aussinuisibleque la baissede l'argent. Mais il importe d'en Unir, au préalable, avec la question de la piastre et le problème monétaire tel qu'il s'est posé et continue h se poser en Extrême-Orient.
Nous avons, par nos développements antérieurs, fait connaître l'œuvre du Gouvernement en ce qui touche le règlement de la question monétaire en Indo-Chine du fait de la baisse de l'argent. D'an mot on peut la résumer en disant que le Gouvernement, jusqu'à présent, s'est borné à préparer ie terrain, à faciliter la réforme monétaire. Rien de plus. La question reste donc encore entière. L'analyse des solutions proposées pour résoudre le problème conserve, dès lors, toute son importance.
On peut dire que notre problème a été examiné un peu dans tous les milieux.
La presse, les réunions d'économistes et toutes les personnes ayant une compétence spéciale en matière monétaire se sont efforcés de résoudre la question.
Deux opinions se sont dégagées avec netteté. D'un côté, on trouve des partisans convaincus de l'étalon d'or; de l'autre, des personnes qui croient qu'en Extrême-Orient le rôle de l'aient, comme monnaie internationale, n'est pas terminé, et proposent partant le maintien du statu quo.
Enfin entre ces deux partis extrêmes on relève toute une série de mesures préconisées en vue d'arriver à une certaine stabilisation de la piastre.
C'est l'étude rapide de ces propositions qui doit nous arrêter quelque peu.
Recherchons, tout d'abord , quels sont les principaux arguments que font valoir les partisans de l'étalon d'or.
Ils remarquent, en premier lieu, que la situation monétaire en Extrême-Orient s'est singulièrement modifiée depuis, quelques années.
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L'Asie russe et sa dépendance, au point de vue économique, la Mandcbourie ', le Japon', les Indes', les Philippines ', le Siam ', lesStraits-Settlements, les divers États malais de la Fédération ' emploient déjà ou d'ici peu l'or pour leurs transactions aveci 'étranger. L'argent sera relégué au rdle subsidiaire qu'il occupe dans le reste du monde. Il servira à la circulation intérieure. Il remplacera, avec les progrès de la civilisation, de plus en plus, la monnaie incommode et encombrante de cuivre ou de zinc, mais perdra sa qualité de monnaie internationale.
Pourquoi, dès lors, laisser rindo-Chine. seule avec la Chine, au régime de l'argent? On corapren'&it cette ténacité de la part des pays producteurs d'argent comme les États-Unis et le Mexique mais de l'Indo-Chine qui importe la monnaie qui lui est nécessaire. Elle n'a même pas sa monnaie propre. La piastre mexicaine, dont elle ne peut contrôler les émissions, est à la base de sa circulation. Cette situation est d'autant plus anormale que le champ de circulation de cette pièce va sans cesse en se rétrécissant.
Au point de vue commercial, tandis que le trallc de l'Indo- Chine se faisait presque exclusivement avec la Chine et Singapour pays à monnaie d'argent, maintenant, tout en restant très actif avec la Chine, se développe de plus en plus avec la France et même l'Europe. Volontiers ils rappellent ce principe économique, qui a guidé l'Angleterre dans sa réforme, consistant à modeler le régime monétaire sur celui adopté par le pays avec lequel on a le commerce le plus important.
Avant de poursuivie davantage cette argumentation des partisans de l'étalon d'or, voyons ce que répondent les adversaires.
Ils reconnaissent volontiersque lapiasfre mexicaine circulede . moins en moins surtout depuisles réformes réalisées hier au Mexique,aux PhilippinesetdanslesStraitsSetttements. Puisqu'à partir du 31 août 1904 les British dollars, les dollars mexicains et de
• Voir l'AIude faite à la psge 713 du mémoin; qui suil. » PagB 753.
1 Pages 598 el »a\v.
• Pages 663 el iniv.
• Pages 6&8 et suiv.
• Pages 666 et suiv.
PAUL ALÛI-*TE.
UoDg-Kong cessent d'avoir cours légal dans les Établissent eDts des Détroits et les divers l^tats malais de la Fédération.
Puisqu'aux Philippioes depuis le 30 septembre 1904 les banques de Manille refusent les anciennes monnaies locales espagnoles ou mexicaioes. El, qu'enfin, le Mexique frappe une pièce spéciale. Mais les décrets, depuis 19U3, ont remédié à la situation anormale relatée en accomplissant la première étape vers la démonétisation de cette pièce dont la circulation cboque en Indo-Cbinc.
Il ne reste donc plus de l'argumentaliou que le point de vue commercial et la répercussion que peuvent avoir sur rindo-Chine les réformes monétaires accomplies par ses clients et voisina.
Prenons d'abord le Siam. M. Bouctot, dans son rapport d'une exceptionnelle ampleur sur le budget des monnaies et médailles, craignait que cette réforme n'eût un contre-coup fâcheux sur la circulation monétaire de nos possessions d'Indo-Cbine. Mais il pouvait se ra.ssarer en songeant au peu d'importance de notre trafic avec le Siam. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont absolument insignifiants pour ne pas dire nuls.
Les bateaux des messageries fluviales, qui sont tunique manifestation des rapports existants entre Saigon et Bangkok, circulent généralement à vide dans les deux directions.
Les deux produits principaux du Siam sont le riz, qni naturellement ne va pas en Indo-Chine exportatrice de ce produit, et les bois de teck surtout exportés en Europe pour la construction des navires. Cependant, d'après le rapport de notre attaché commercial ', les exportations françaises ont augmenté de 1892 k 1902 assez sensiblement. D'autre part nos réexportations, qui s'élevaient l'an dernier à 104.220 francs sont tombées, en 1902 à 58.430 francs. Quant à nos exportations, quiétaient de 166.657 francs eu 1901, elles sont montées, en 1902, À 325.179 francs. Sans contester ces chiffres on peuttoutefois faire remarquer que cette augmentation de nos exportations a coïncidé avec une baisse dans la valeur du tical de 8 0/0. D'autre part, depuis la réforme du Siam, nous voyons nos exportations s'accroître rapidement. Elles atteignent pour le 1"^ semestre 1903 : 603.384 francs. Tan-
< RappoFi de M. Dauphinot sur lu situation cimmercitle au SUm an 19ui.
dis que DOS importations sont inrérieures à 80.000 francs, en ' augmentalion cependant snr tes années précédentes.
Mais les adversaires de l'étaloD d'or aiment surtout à. se placer sur le terrain des relations de la Chine avec notre colonie au point de vue commercial pour réfuter la thèse qu'ils combattent. Voici comment ils raisonnent. L'Inde, en faisant sa réforme, avait envisagé surtout les relations commerciales les plus importantes ainsi que )e recommandent tes principes économiques. Ne convient-il pas d'en faire autant en cequi nous concerne? Quel est notre principal client sinon la Chine, Hong-Kong. Pourquoi songer, dès lors, à troubler des rapports aussi intéressants pour la prospérité de notre possession? Faisons comme l'Angleterre : sacrifions les moins bons clients aux meilleurs. VoiI& à quel point de vue l'exemple de l'Angleterre doit nous être profitable. L'objection est sérieuse mais ne laisse pas les partisans de l'étalon d'or sans réponse.
On nous oppose, disent-ils, que si l'on change la monnaie, on ne pourra plus exporter en Chine. Rien de plus faux, déclarent-ils.
Voici comment ils te démontrent :
Reconnaissant que c'est le riz qui constitue à lui seul les 3/4 des exportations vers la Chine, raisonnons sur lui. On dit : le jour où nous aurons l'étalon d'or, le Chinois qui achètera notre riz devra, si l'argent a baissé, majorer son prix d'achat de la dépréciation subie par sa. monnaie relativement à la ndtre qui sera fixe. L'exportation des riz de Cochinchine se fait, dit-on, principalement à Hong-Kong d'où ils sont réexpédiés dans l'intérieur de la Chine. Les acheteurs chinois n'ont pas d'autre moyen de régler le montant de leurs transactions que d'envoyer à Saigon des piastres mexicaines > ou leur équivalent en traites. A ceci on répond que sur une place commerciale aussi importante que Hong-Kong, les banques sont habituées aux opérations de change les plus compliquées * et il ne serait pas plus difficile aux marchands chinois de payer en monnaie d'or leurs achats en riz que les importations de marchandises enropéennes. Ceci sera l'affaire des banques qui étabUront un taux d'es-
st défendue.
i Honf-Kong, page 677.
compte en rapport avec les valeurs des deux monnaies. Celle opératiori leur sera facilitée par l'existence d'une contre- partie : les traites relatives aux importations venant de Chine qui jouiront d'une prime.
Sans doute, il en résultera une majoration de prix. Mais bon gré malgré la Chine sera obligée de la subir. Elle ne peut pas'se passer de riz. Ce sont les besoins h satisfaire et non le prix du produit qui décide du chiffre des achats. Quant à la concurrence des pays producteurs de riz elle n'est pas à craindre. Le Japon, le Siam, la Birmanie, l'Inde ayant l'étalon d'or n'auraient pas sur nous une supériorité du fait de leur monnaie. Bien plus, le Japon loin d'être exportateur de riz en est toujours acheteur. Depuis 10 ans, la moyenne de l'excédent des importations a été de lâo.OOO tonnes par an. Maintenant, les autres pays, en raison de leur situation géographique, ont à supporter un fret plus lourd. De ce chef il existe en notre faveur, même pour le pays le plus près, une véritable prime qui atteindrait 7 à 8 0/0 de la valeur du produit. Le fret de Saigon à Hong-Kong est de 12 à 15 cents par picul inférieur & celui que l'on paie de Bang-kok.
On peut répondre que cette prime, pardes perfectionnements dans la navigation et surtout par un courant d'affaires plus important, pourrait, sinon disparaître, tout au moins être sérieusement diminuée.
Mais il est une autre objection plus sérieuse.
L'adoption de l'étalon d'or appelle l'établissement d'un rapport fixe d 'échange, entre l'ancienne monnaie et la nouvelle monnaie d'or. Pour peu que l'on accepte, comme en Inde, un taux plus élevé que le taux commercial, aussitôt on rehausse fictivement la valeur du métal argent. C'est le prix de toutes les marchandises, le coùf de la vie en «n mot qui est surélevé.
D'autre part, l'adoption de l'étalon d'or au Siam a eu pour conséquence de donner un avantage aux riz de Saigon sur ceux de Bangkok. Plus la valeur de ta piastre baissera, par rapport au taux d'échange adopté par le Siam, plus la prime sera forte en faveur des riz .de Cochinchine, plus la culture de ceux-ci s'étendra. L'adoption de l'étalon d'or en Indo-Chine fait disparaître cet avantage.
Enfin, l'étalon d'or gèncriiit également les exportations vers
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SA QUESTIO?) MOKLTAIRE EN EXTRl<;UE-OKIENT. 689
les pays à étalon d'or, exportations qui sont déjà inférieures aux importations.
Sans nier ce fait on se contente de répondre que cette prime constituera peut-être un stimulant trop actif pour la production du riz. Les autres cultures nccessaîres k la subsistance de la population indigène seraient négligées. Le danger de la monoculture— si funeste autrefois k bien des colonies tropicales — serait à redouter.
Quant aux exportations vers les pays à étalon d'or, elles ne seraient pas gônées. Car les produits expédiés, ne sont concurrencés que par des marchandises venant de pays ayant l'étalon d'or. Que l'avantage du change ue profite à l'exportateur que momentanément. La hausse des prix chez le producteur annulant vite cette influence favorable'.
N'oublions pas encore que la France absorbe une grande partie de ces exportations. Les deux principaux produits envoyés par rindo-Chine en France sont le riz et les poivres. Ils sont presque à l'abri de la concurrence étrangère jouissant d'une protection douanière.
Quant aux autres produits, bien moins importants, — ayant à lutter avec des marchandises de même nature importées de pays à étalon d'or, — après une courte période de transition, ils parviendraient à se vendre à des prix sensiblement identiques.
En échange de ce léger sacrifice la baisse de la piastre n'entraverait plus l'importation de tous- les produits provenant des pays à monnaie d'or à destination de l'Indo-Chine.
Or, parmi ces pays à étalon d'or, il en est un tout au moins, particulièrement intéressant, c'est la France. Il en résulte que la Colonie subit une perte proportionnelle à la baisse du change supportée soit par le consommateur ou l'importateur. Conséquemment le consommateur, devant l'élévation des prix, est amené à restreindre ses achats. Les importations diminueront donc. Or, venant surtout de France, c'est l'industrie, le commerce français qui en souffrent. Et, en dernière analyse, le producteur indigène payant plus cher les produits d'importation non seulement en consommera moins, mais encore, pour rétablir l'équili-
< Voir reiposé de cet argument à propos de l'enquête anglaise p. 6£3 «t aoiy.. C.-S. - Pal'l Ar.oi.AVE. « •
PllL ALGLATE.
bre. atigin«utera le prix de ses produits. Aussi depuis dii ans le prix da paddy en lodo-Cbioe a plos que doublé. Enfin, si Too donne Haile au projet consistant i établir le budget eu fraucs. on ramène les impôts en piastres comptées à nue ralenr Sturélerée, la situation sera encore aggravée pour riodigène. Partaat nos eiporlatious en Indo-Chine seront encore ralenties. C'est une des principales raisons qui eipliquent la diminution des importations en 1903. L'augmentation des pris des produits européens du /ait de la monnaie est estimée de 10 à 15 0,0. Or du moment qu'on fait des dépenses pour une colonie n'est-ce pas dans l'espoir qu'un jour elle offrira no débouché important aux produits de la métropole?
Aussi, d'une manière générale, on peut conclure, sur cette matière des importations, que nous n'avons, somme toute, qu'à gagner ii l'introduction de l'étalon d'or.
IMus de perte de change. Les produits importés des pays à monnaie d'or — comme la France principalement — en Indo- Chine seront payés à égalité de monnaie et ne subiront plus de majoration. Quant aux produits importés de Cbine, de Singapour, des pay.s à étalon d'argent, en un mot, dans notre colonie, ils seraient payés, si le change baisse, avec une monnaie faisant prime, d'où diminution de leur prix de revient.
Ce n'est pas seulement le commerce et l'industrie de la métropole qui y gagneront mais également la colonie. Ceci est surtout vrai si l'on songe que notre colonie, comme tout pays neuf, a besoin d'une grande quantité de capilaux. L'étalon d'or, fixant la valeur de la monnaie aurait une influence salutaire sur la conservation des capitaui investis en Indo-Chine et provenant surtout de pays à monnaie d'or. La crainte de cette dépréciation s'évanouissant, les capitaux moins timides afflueraient dans notre colonie. Puissamment ils aideraient au développement des affaires.
Enfin le budget ne serait pas le dernier & bénéficier do cett« mesure.
Bref, l'adoption de l'étalon d'or amènerait la fixité de la monnaie qui éviterait, pour notre commerce d'importation, le» pertes résultant du change. Les importations ne pourraient dès lors qu'y gngncr, La colonie et la métropole y trouveraient leur avantage parce que la cause de dépréciation des capitaux s'éva-
Doniraît. Enfin le bud^t de rindo-Chine verrait disparaître une eaase de déficit.
Voil* le bot à alteindre. Comment y arriver?
Sur ce terrain, les partisans de l'étalon d'or se sentent bien moins à l'aise. Les moyens proposés sont multiples.
Dès le 12 aoftt 1886, la chambre de commerce de Saigon demandait tout simplement qu'on introdnislt de l'or en Indo-Cbine.
On a vite reconnu que ce serait favQriser la canalisation do métal jaune vers les banques de Hon§^-Kong. Ceci équivaudrait — selon la forte expression d'un négociant de Saigon, que M. de Lanessan a faite sienne — à (e jeter dans un gouffre sans fond ».
D'autres, plus modestes, proposent simplement la constitutiou d'un stock d'or en y consacrant une partie des emprunts autorisés, et non appelés encore. On y ajouterait les fonds des caisses de réserve qui s'accroissent tous les jours. La moitié de ces sommes suffirait peut-être, car qui demanderait le remboursement en or d'un<> monnaie d'argent frappée spécialement et qui seule circulerait?
Pas les indigènes. Quant aux Européens, ils n'y auraient intérêt que si les banques émettaient^es prétentions exagérées en demandant un taux de commi^ssion exorbitant pour vendre leurs traites. On affirme que cette éventualité n'est guère à redouter.
En d'autres termes, on se base sur les exemples fournis par rinde, le Japon, le Sianv. Mais, en voulant copier l'Inde, on oublie peut-être trop que l'Inde est avant tout exportatrice, et qu'elle commerce surtout avec l'Angleterre à étalon d'or.
Pour l'Indo-Chine, au contraire, la situation n'est pas la même. Noti-e colonie exporte beaucoup dans des pays h étalon d'argent, et importe a.s.scz dans des pays ayant jusqu'à présent même monnaie. Mais elle a un mouvement appréciable d'importation avec des pays à étalon d'or. N'est-îl pas à craindre, dès lors, que ce stock or ne quitte notre possession? En tout cas. il ne saurait être augmenté par cette situation économique. D'autre part, a'est-il pas dangereux d'exposer ainsi les fonds des caisses de réserve?
Sans nier la portée de l'objection, les partisans de l'étalon d'or font remarquer qu'on exagère peut-être les conséquences de cette situation économique.