‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 206 sur 238 · PALI. ALOLAVE · texte numérisé non relu

PALI. ALOLAVE

Et d'abord ce gros excédent' d'importations n'est que passager. II est dû à l'e\écution de grands travaux publics. Aussi coïncide-t-il avec le commcDceroent de 1900, point de départ de cette période de fièvre de grandes entreprises.

De plus, une grande partie de cet excédent est payée en France sur le produit des emprunts cjui y ont été émis. Un mouvement de fonds d'un pays k l'autre n'est pas h craindre. Enfin, bientôt, les exportations de 1 Indo-Chine l'emporteront à nouveau, comme avant, sur les importations. Des rentrées d*or, seront donc à prévoir.

On fgoute, en second lieu, qu'il est dangereux d'immobiliser en or une réserve qui peut être si nécessaire à Mndo-Chine et engendrer la gêne. C'est peu probable. En tout cas, en admettant même que ce soit, pourquoi l'Indo-Chinc ne traverserait-elle pas — comme avant lorsqu'elle n'avait pas de pareilles réserves — ces crises possibles?

Mais on ne manque pas d'objecter que ce système ne mettrait pas la ciiloriio à l'abri de la spéculation sur l'or. Pour cela, répond-on. il suffit de donner au Gouvernement la garde de la frappe des deux circulations. En les balançant l'une par l'autre dans de bonnes proportions, on échappe à ce danger.

Peut-être. Alors, ce n'est plus d'étalon d'or qu'il faut parler, mais d'un bimétallisme sui generis où l'or ne circulerait plus mais l'argent dont le prix serait arbitrairement surélevé.

Ceci nous amène à dire quelques mots des mesures préconisées pour arriver à la stabilisation de la piastre sans adopter l'étalon d'or tout en renonçant au statit quù.

Les uns parlent d'introduire en Indo-Chine la pièce de 5 francs. Celte mesure allégerait la mère-patrie de son gros stock de métal blanc. Elle diminuerait la nécessité de l'encaisse-or indochinoise indispensable pour établir l'étalon d'or.

Nous avons vu ' que dès 186i, le Gouvernement français

< Voici les cbiffres d«s imporlalions de 1899-1903 en millions ; 1%, 230, 2t5 en

Cas cbiUres sont, pour ks eiporlations. de 155, i6£ et 165 1/! Mulemeat. Il est vrai qu'en 1903 les imporlstions ont diminué au ditrlmenl surtout de I* France, * elles «'«levaient i 104 1/2, et lea eiporlaliona à moins de lîOl/S. * î Voir page 616.

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essaya cette mesure. Elle a échoué. C'est que faire circuler la pièce de 5 francs en lui maintenant la valeur fictive très exagérée qu'elle a en France serait une véritable hérésie économique. Il y a en Indo-Chine 20 millions d'indigènes dont nous devons respecter les usages.

Quant aux quelques milliers de Frani,'ais éparpillés sur ce vaste territoire y auraient-ils intérêt? Cette mesure, dit-on, faciliterait le règlement des fonctionnaires frani,'ais qui demandent tous à être payés en francs ou en valeurs équivalentes. Parce qu'actuellement, l'écu vautdei'orà 1 échange en France. Mais s'il devenait monnaie indo-chinoise, les indigènes ne manqueraient pas d'augmenter considérablement leurs prix.

L'Annamite, avec raison, estime que l'argent est une marchandise. Ce qui le préoccupe dans une pièce de monnaie, c'est uniquement son poids et son titre. Il ne comprendra pas qu'upe pièce de 23 grammes d'argent vaille subitement 2 fois 1/2 la piastre qui pèse 27 grammes.

En supposant que l'Annamite, en murmurant, accepte cette pièce, il demandera toujours le même poids d'argent dans des circonstances identiques soit comme salarié, soit comme vendeur. Dès lors, si 27 grammes valent 2 francs sous forme de piastre, l'employeur ou l'acheteur devra donner un peu plus de 5 francs. Enfin, dès que l'iotérêt existera, on introduira des pièces de 3 francs de titre et de poids imparfaits.

C'est alors que certains économistes, pour rendre la pièce de 5 francs indépendante du métal argent dont elle e.Ht faite, pour rendre eHicace ta prohibition à l'entrée de certaines pièces de mauvais aloi, proposent, pour notre colonie, des billets de banque. Od émettrait des petites coupures des bons de' demi et quart de piastre émis aux environs du taux actuel et garantis par le Trésor sans époque de remboursement comme cela existe pour l'argent en France où l'écu n'est qu'un billet de banque métallique. On aurait ainsi une circulation fiduciaire garantie par le crédit de la France. Ce papier aurait une valeur égale ou supérieure, maïs jamais inférieure à la valeur inscrite. Cette circulation n'empêcherait pas celle des piastres. Les habitudes indigènes seraient ainsi ménagées.

D'autres estiment qu'on pourrait arriver à stabiliser la piastre en s'inspirant de l'exemple de l'Inde. On fixerait un taux de sta-

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bilisation qui ne serait pas exagéré. Sinon l'inconvénient serait le même que celui déjii relevé pour l'introduction de la pièce de 5 francs. L'État, autant par honnêteté que dans son propre intérêt, tîierait le taux de stabilisation de manière k donner scnlement à la piastre une tendance à se relever légèrement par étapes. Ce taux officiel reeterait, par exemple, en vigueur pour toute la durée d'un budget.

La comptabilité publique en bénéficierail en simplicité ainsi que la perception des droits comme ceux dédouane notamment, tarifés en francs et payables en piastres.

Cette stabilisation sagement conduite d'année en année (Carrangement ponr le paiement de l'indemnité chinoise ayant enrayé une cause de baisse) pourra, combinée avec une frappe modérée de la piastre de commei-ce, relever peu k peu le cours de cette dernière, Ponr éviter de mettre la colonie à la merci d'une raréfaction possible de la piastre de commerce, la pièce de 10 francs en or serait admise légalement en Indo-Chine pour son équivalent en piastres au taux ofûciol.

Ce serait un moyen de faire rentrer de l'or dans la Colonie ea attendant que la balance du commerce redevienne favorable à rindo -Chine.

Mais, jusqu'à oe jour objecte-t-on, il faudra bien que l'indo- Chine se constitue un stock d'or pour garantir le cours officiel, Les uns font remarquer qu'on pourrait sensiblement diminuer cette encaisse-or en recourant an système des traites du Trésor qui a fonctionné pendant de longues années en Algérie. D'auti'es, allant plus loin, déclarent que la constitution immédiate de ce stock n'est pas nécessaire tant que l'Indo-Chine aura des fonds d'emprunts en réserve dans la métropole. Elle pourra disposer de traites en francs effectifs payables au Trésor à Paris. Ces traites vaudront de l'or garanties qu'elles sont par le crédit de l'État français.

Pour remédier à certains inconvénients budgétaires déjà sigaalés ' on pourrait substituer dans tous les services civils et militaires le tarif en piastres au tarif en francs et profiter de l'occa.sion pour relever à nouveau' les traitements exprimés depuis

1 Vagei 6\1 e( 655.

< Voir les préoédeota exposés sux pages 6M et ui*.

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un, certain temps déjà — alors que la piastre valait 3 francs — en piastres.

Enfin dans tous les cahiers des charges les travaux ou fournitures devraient être rigoureusement divisés en deux classes suivant que les produits viennent de la colonie ou de France, Dans le premier cas le règlement se ferait en piastres; dans l'autre, au contraire ces dépenses seraient imputées sur le fonds d'emprunt. Payables en francs à Paris, le Trésor ne subirait pas de perte.

Nous aurions bien voulu prendre parti desuite sur ces mesures de détail, si intéressantes, qui nous serviront pour notre conclosion. Mais au préalable il importe de nous arrêter quelque peu sur une question monétaire indigène de la plus haute importance que nous avions réservée : C'est des sapèquesetde leur crise auxquelles nous faisons allusion.

De par nos développements antérieurs nous savons ce qu'est la sapèquc, son importance dans la circulation indigène'.

On s'est el l'on continue toujours à se préoccuper en France de la baisse delà piastre. Mais à côté de cette crise qui atteignait le système monétaire de l'ÀdminisIration française et du commerce européen il y en avait une autre : ia crise de la ligature ou de la sapègue.

Malgré ses défauts la sapèquc est la monnaie courante pour les transactions oi-dinaires entre indigènes. C'est la seule qui, par sa valeur infime, convienne h une population dont les besoins sont restreints et les ressources limitées. Parlant la raréfaction de cette petite monnaie a amené de graves perturbations dans la vie quotidienne de l'indigène.

Les adversaires de cette monnaie voulurent arriver à sa suppression radicale par voie d'extinction. Les dangers de cette combinaison ne furent pas tout d'abord aperçus. Il y eu avait un stock d'amassé. Mais la cherté de la matière première arrôta lafonte des sapéqueries royales-. De plus les piastres mexicaines,

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inondant le pays, les remplacèrent, dans une certaine mesure, pendant (|uetque temps. Mais bientôt l'arrêt daos la rabricatiun et le déficit causé par des perles multiples firent sentir leurs effets. Le change des ligatures contre des lingots d'argent eo fut fortenieni atteint. La rareté des sapèques fut désastreuse non seulement pour l'indigène mais encore pour l'Européen.

Tandis qu'avant, lorsque les sapèques étaient abondantes, l'indigène pouvait avec une piastre acheter 8 ligatures, hier cmcore il n'obtenait plus que A ligatures en échange de cette pièce doal les Européens seuls se servaient. L'indigène qui avant demandait, par exemple, une ligature pour un poulet continuera toujours à nedemanderqu'uneligature. Mais comme à l'échange on ne pourra s'en procurer que 4 au lieu de 8 pour une piastre, cela se traduit, par rapport h la ligature, à un doublement des prix. Et l'indigène ne veut pas de piasti-es mais des ligatures. Elle faisait donc prime.

Une Commission fut nommée par arrêté du 26 décembre I90S pour étudier la question de cette monnaie nationale qui, par sa rareté, causait k l'intérieur peut-être plus de troubles que la baisse de la piastre k l'extérieur.

La Commission, après un rapport très documenté du rapporteur M. Henri Dernier se prononça en faveur de la création d'une nouvelle sapèque. Elle n'est pas rattachée au système de la ligature mais à celui de la piastre. Prenant pour base la plus faible unité courante de prix celui d'une chique de bétel, le rapporteur proposait la création d'une monnaie de 6 sapèques soit 4/10 de tien qui vaut 60 sapèques. La ligature ne comprendrait donc plus que 100 au lieu de 600 &aj)èques. Cette espèce de sapèques françaises réunies en ligature vaudrait légalement une piastre. Ce qui remet la valeur de chaque pièce à 1 /600 de piastre. En zinc pur d'un poids de 2 gr. 5 son prix de revient ue dépasse que de l/tî sa valeur intrinsèque. Si cette pièce est rattachée à la piastre elle a également un rapport décimal simple avec le système de la ligature par le tien. Ces pièces frappées à la Monnaie de Paris ont un trou central permettant de les enfiler. Pour distinguer ces saj)èques françaises des anciennes, au lieu d'être rondes elles sont hexagonales. Des mesures ont été prises pour éviter l'accaparement. Pour bien affirmer aux yeux des indigènes la valeur de cette nouvelle monnaie de zinc, il fut

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décidé que le Trésor les accepterait daus une certaine proportion — malgré l'encombrement que cela occasionne — en paiement de l'impAt. La mise en circulation pour 200.000 piastres de cette petite monnaie nouvelle influencera favorablement et rapidement ou l'espère le marché monétaire du Tonkin où la crise sévissait avec une acuité particulière. Cette mesure contribuera à faire renionter la ligature vers son cours normal de change. Celui-ci, après avoir été de 6 à Gl/à à la piastre, est descendu, dans certaines provinces, jt 3 1/2. Ce préjudice très grave qui en résultait pour les petites transactions si fréquentes de la vie indigène va faire plaisir notamment à nos agents annamites payés en piastres et qui sont obligés au marché noa de changer mais d'acheter vraiment des ligatures pour les menus besoins de leur vie quotidienne. La question monétaire indigène semble donc résolue. Pour la piastre il n'en est pas de même. Il nous reste à apprécier les réformes accomplies ou projetées en abordant notre conclusion.

CONCLUSION

Après cette trop longue étude de la question monétaire ea Extrême-Orient, il nous faut essayer de conclure.

Il est incontestable que la baisse de l'argent a causé des perturbations sérieuses en Extrême-Orient. Perturbations qu'on a peut-être exag'érées dans certains milieux mais qui sont certaines. Lorsqu'on constate en Indo-Ghine, en 1903, par eseiople, un écart de plus de 20 0/0 entre les taux extrêmes de la valeur de la piastre on comprend aisément que les transactions, en raison des aléas qu'elles cntraloeot, seront particulièrement difOcUes.

Aussi a-t-on vu les pays d'Extrême-Orient, les uns après les autres chercher un remède, ou tout au moins un palliatif, à un état de choses aussi préjudiciable.

A l'exemple de l'Inde, le Japon, le Siam, les Philippines, les Détroits ont évolué vers l'étalon d'or. On nous propose de suivre le mouvement : d'adopter l'étalon d'or en Indo-Cbine.

En faveur de cette solution, on fait valoir, notamment, le succès des réformes accomplies dans ce sens.

Ce succès est-il certain? Est-il bien probant pour notre Indo- Chine? Des réserves tout ou moins s'imposent.

Admettons même que l'Inde, après sept ans, soit arrivée, non à faire circuler l'or, mais à stabiliser, dans une certaine mesure, le prix de la roupie. Mais k quel prix! Nul ne le saura exactement. Ce n'est un mystère pour personne qu'il a fallu faire un emprunt de 10 millions de livres sterling. On est moins bien renseigné sur touteune série de mesures qui, pour être officieuses, n'en furent pas moins onéreuses. Une notamment, assez intéressante, a été relevée par M. Raffalovitcb. Elle consista dans la constitution à la Banque d'Angleterre d'un fonds de 20 millions de francs destinés à venir en aide au change de i'inde. Celle-ci, enbn, — malgré un commerce d'exportation considérable vers

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LA QUIfSTION MONftTAlRB EN ESTRÊME-ORIENT. 6y!>-

l'Europe, une circulation, monétaire à type aniforme pour tout le territoire, une frajipe exclusive réservée aux Hôtels des Monnaies — n'a pas mis moias de 7 ans pour mener & bien sa réforme. Et encore, si le ministre est satisfait des expériences de rétalon d'or le monde commercial et industriel l'est moins. Cette mesure avait rendu plus inquiétante la concurrence chinoise. Excitée par un change bas par rapport h la roupie — ayant une valeur artificielle — le commerce chinois devient redoutable

Cette circulation dirigée par le Gouvernement engendrerait souvent des contractions monétaires qui, pour être momentanées, n'en seraient pas moins très préjudiciables pour l'intérieur. Cette réforme, enfin, sacrifierait l'indigène au commerce européen.

On ne peut que confirmer ces récriminations. N'étaient-elles pas prévues par la Commission devant laquelle on les avait fait valoir? Mais en présence de plusieurs intérêts divergents que fit la Commission et la loi? Elle opta. Les plus gros intérêts furent satisfaits. Les intérêts secondaires, au contraire, furent sacrifiés. Ce sont ceux-là qui, aujourd'hui, font valoir de justes doléances.

Quant au Japon, depuis 1897, il a l'étalon d'or. Cette réforme a-t-elle réussi ? Il est difficile de se prononcer sur ce point.

Après avoir eu beaucoup de peine U. retenir son or sans cesse drainé par l'exportation — à en croire le dernier compte rendu de la Chambre de commerce étrangère de Yokohama — l'étalon d'or fonctionnerait maintenant sans à-coups. Il constituerait un avantage pour le pays. Les marchands ytrouveraient une grande facilité tant pour le commerce intérieur qu'extérieur. On pourrait toujours se procurer de l'or, et facilement, à la Banque du Japon, soit à celle de Tokyo ou d'Osaka sans limitation, en échange des billets émis. Ce sont ceux-ci, de l'aveu de ce document, qui constituent la monnaie courante du pays. De 1898 à 1903, c'est-à-dire en quatre ans, la Banque a émis pour 857 millions de yen de billets pour une encaisse de 354 millions de y#n. On n'essaye même pas d'arrêter l'exportation de l'or qui est libre. Aussi, en 1898, a-t-on exporté 42.281.343 yen contre une importation de 37.027.752 yen. Mais tandis qu'en 1900 n'ont été im-

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