‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 207 sur 238 · PAUL ALGLAVE · texte numérisé non relu

PAUL ALGLAVE

portés que 8.967.191 yen, ont été exportés 51.761.614 yen. Malgré ce drainag'ede 1900, la Chambre de commerce fait remarquer — à rencontre d'une opinion courante — , que le stock d'orna jamais été entièrement épuisé. Pendant 1902, par e:ïemple, la valeur du yen à Londres n'a oscillé que dans les lirailes de 1/16' à 13/16" de denier seulement.

Soit. Mais si l'on recherche quelles ont été les importations d'or depuis 1896 jusqu'en 1903 on trouve un total del81.441.4tiî yen en comprenant dans ce chiffre les 10.217.458 yen importés en 1896, un an avant l'établissement de l'étalon d'or. Dès 1897 od importe ■ — d'aucuns pourraient dire on emprunte — , pour 64.313.492 yen. Or, sur ces 181.441.463 yen importés en cess«pl ans, l'exportation n'en a laissé que 51.838.605. C'est, qu'à Tin- Tcrse de l'Inde, le Japon est toujours débiteur. Quels sont ses créanciers? Des pays à étalon d'or surtout depuis ces dernières années. Du jour où le Japon a voulu se constituer un armemeot k l'européenne, une grande quanlité d'achats, à des pays à étalon d'or, s'imposait. Ces acquisitions l'emportaient de beaucoup sur celles de riz, par exemple, faites en Extrême-Orient. Le Japon est passé à. l'étalon d'or comme l'Inde. Débiteur de l'étranger, le Japon a dû payer en or et pour cela l'emprunter. Pourtant croissait une dette contractée en or. C'était une nouvelle raison, qui, à l'instar de l'Inde, devait l'engager à établir une circulation d'or facilitant le solde de ces arrérages.

Le Siam, nous l'avons vu, ayant à exécuter de grands travaux publics, les industriels qui devaient se charger de l'enlreprise hésitaient, lis redoutaient les éventualités du change n'étant pas indigènes. Ajoutez l'influence anglaise aidant et l'on connaît les raisons qui poussèrent le Siam à suivre l'exemple du Japon.

La situation commerciale du Siam lui facilitait cette réforme. On constate une progression ascendante et continue du mouvement d'affaires. Mais il est curieux de remarquer que cette prospérité coïncide avec la baisse de la valeur du ticat. Par exemple, en 1892, alors que le tical cotait 2 fr. 10, le chilTrc d'affaires s'élevait à 103.284.468 fr. dont 32.990.272 aux importations et 70.294.296 aux exportations. En 1901 le tical vaut 1,47 et le

u qî;estion MONJirrAiRB en extréme-orirnt. 701

chiffre d'affaires — après une série de progressions annuelles continues antérieures — atteint 187.056.326 fr. Ce total se décompose en72.32o.788fi'.d'impor(ationsseul«ment, contre 111.730.538 fr. aux exportations. D'autre part, il résulte de l'examen de ces statistiques qu'en 10 ans, les importations ont augmenté de 122 0/0 et les exportations de 63 0/0. Mais toujours les exportations ont largement dépassé les importations. Le Siam partant, à l'instar de l'Inde et à l'inverse du Japon, est toujours créancier.

Les principales destinations et provenances restent toujours : Singapour, Hong-Kong, l'Anglelerre, l'Allemagne, l'Inde, Manille, le Danemark, l'Autriche, etc. C'est surtout dans ces pays que le Siam exporte. LaChine n'occupe guère que le 9* rang. Dès lors, une partie respectable du solde en faveur du Siam pourra être payé en or. Malgré tout l'expérience est encore trop courte pour pouvoir se prononcer. Dans quelques années nous verrons si le Siam aura à se féliciter d'avoir subi l'influence anglaise. A notre Kens cette réforme n'était pas urgente. Les intérêts en jeu auxquels on a voulu donner satisfaction n'étaient pas à ce point impérieux. Bien que le Siam bénélicie d'une balance toujours active, tant que le régime monétaire de la Chine et de rindo-Chine ne sera pas modifié, tout porte à croire que le tical ne sera pas facilement stabilisé.

A Hong-Kong aussi on a proposé l'établissement de l'étalon d'or. Mais les grandes banques anglaises s'opposent franchement à un changement dans la situation actuelle. On le comprend aisément. Elles réalisent de beaux bénéfices sur les variation& de cours. Les compagnies de navigation étrangères sont favorables, au contraire, à l'étude des modifications à apporter au régime monétaire actuel. Bref 40 maisons se sont prononcées pour la mise k l'étude d'un projet de réforme, 25 contre 30 se sont abstenues, 20 enfin dont la Banque de l'Indo-Chine et la Deutsche Asiatische Bank notamment n'étaient pas représentées. Quant au Comité de la Chambre, qui en 1902 avait rejeté sans discussion toute modification, il persiste à déclarer que l'adoption & Hong-Kong d'un étalon différent de celui employé dans le

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commerce extérieur avec la Chine porterait une graTe atteinte aux affaires et h la prospérité delà colonie.

De ces débats se dégage l'idée suivante : tant que la Chine n'aura pas modifié son régime monétaire ïunanimité pense qu'il est impossible d'établir l'étalon d'orà Hong-Kong.

L'argument a la même force pour notre Indo-Chine qui n'est, suivant une expression connue, qu'une annexe de la Chiae. Celle>ci, avant on certain temps encore, ne changera pas profondément son régime monétaire. Elle ne peut songer, avant tout, qu'à uniformiser sa monnaie. Ces! la politique monétaire suivie à Hong-Kong qui doit surtout nous inspirer, pour le moment. PIbî tard nous verrons — lorsque l'Indo-Chine sera arrivée à la situation monétaire de l'Inde à la veille de la réforme — si l'exemple de l'Inde doit être suivi aveuglément. Pour l'instant la politique suivie par les pays voisins ne cfoit pas nous inquiéter. Reprenant ici un argument présenté par les partisans de l'étalon d'or, — mais pour atteindre nn but tout différent — nous dirons que le Japon, les Détroits, les Philippines ont besoin de notre riz que la riche Cocbinchine surproduit. Quel qne soit le régime monétaire adopté, le besoin forcera ces pays à nous acheter cette marchandise. An Japon, malgré l'étalon d'or, nos exportations de riz augmentent chaque année et atteignaient 218.280 tonnes en 1903 sur une importation japonaise totale de 729.744 tonnes. Ce besoin est si impérieux qu'il est à peu prés démontré aujourd'hui que le Japon avait songé à jeter son dévolu sur la Cocbinchine avant de s'être décidé à mettre la main sur la Corée et la Mandchourie : contrées qui, à défaut de notre colonie, parviendront — le Nippon l'espère — à nourrir sa population dont la densité augmente tous les jours. C'est également à la Cocbinchine et à l'Indo-Chine qne viennent s'adresser tous les pays voisins. Même le Siam, lorsque sa récolte est déficitaire, comme l'année passée, pour trouver ce rii dont il ne peut pas se passer jette les yeux sur notre Cocbinchine. Elle qui est toujours — à des degrés divers suivant la prospérité de la récolte, — surproductrice de riz. Enfin est-il besoin d'ajouter que la Chine est notre meilleure cliente.

LA QUESTION MONÉTAIRB BN BXTRÈBJB-ORIBNT.

Ceci posé, nous pensons que la question monétaire en Indo- Cbinedoil être envisagée surtout au double point de vue commercial et budgétaire.

Pour résoudre le problème, ao point de vue commercial, il faut se poser les questions suivantes : Quelles sont les ressources de rindo-Chiae? Où vont-elles? Quel est en un mot son commerce? Est-il plus important avec l'Europe ou avec rExtrème-Orient? Avec les pays à étalon d'or ou avec ceux à étalon d'argent? Tout est là.

A ces questions nous sommes maintenant en mesure de répondre d'un mot. Le commerce de l'Indo-Cliine est principalement en Extrême-Orient, et surtout avtc la Chine. Tandis que les 2/3 "des exportations de l'Inde sontàdei^tinationdepaysji étalon d'or, les 3/4 des exportations dePlndo-Cbine sont vers des pays qui ont une circulation d'argent. Ces indigènes payent eu argent en piastres. Pour employer l'expression de M. Léon Say, tandis que les hommes blancs recherchent la monnaie jaune, les hommesjaunes recherchent la monnaie blanche.

L'argent platt à l'indigène. C'est de lui dont il faut se préoccuper en même temps que de ses puissants voisins « les plus grands réservoirs d'hommes du monde » avec lesquels il fait tousses échanges commerciaux. Introduire l'étalon d'or en Indo- Chine, en ce moment, ce serait faire émigrer immédiatement ce métal jaune vers les banques de Hong-Kong. On ne peut ainsi troubler profondément l'instrument monétaire des échanges sans risquer d'apporter les plus graves perturbations dans les allaires d'Indo-Chine.

Mais, dit-on, la colonisation l'exige, l'équilibre budgétaire également.

Au point de vue colonial, il importe qoe la colonie se suffise h elle-même. 11 lui faut pour cela un budget établi sur des bases fixes. Travailler à sa prospérité en attirant dés capitaux étrangers. Faciliter les importations françaises dans celte colonie doit être la préoccupation maîtresse.

En principe, ces desiderata sont-ils compréhensibles? Doiton sacrifier une colonie en la considérant uniquement — sui-

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vant L'ancieane politique coloniale — comme on simple débouché aux produits de la métropole? Nous ne le croyons pas. De plus, les capitaux qui émlgrent vers notre possession d'Extrême-Orient on compte les faire fructifier. Us vont servir k édifier des usines, à org'aniser des commerces. Dès lors, de plus en plus, les importations européennes vont diminuer. Unjourvieûdra où la Colonie — suffisamment outillée — suffira à toutes ses dépenses, mais subviendra & tous ses besoins. Pourquoi alors ferait-elle appel aux produits manufacturés de la métropole et européens puisqu'ils sont fabriqués .sur son territoire?

Ce mouvement qui se dessine déjà, on ne l'empêchera pas, espérons-le tout au moins. Alors, les importations venant de paysà étalon d'or doivent de moins en moins être envisaji^ées. Jusqu'à présent et depuis quelques années déjà, les importations de produits européens eu Indo-Chine exceptionnellement élevées dépassent de beaucoup les exportations. La colonie est toujours débitrice.

Cela ne durera pas dit-on. Mais alors pourquoi s'occuper principalement d'une situation qui n'est que passagère? C'est qu'il existe une idée profonde qu'on aime à déguiser. L'indo-Chine devrait être avant tout un débouché aux- produits métropolitains. C'est \k une opinion dangereuse pouvant engendrer les plus graves erreurs.

Reste la question budgétaire. Peut-être l'Indo-Chine a-t-elle été un peu vite en besogne. Elle a voulu rapidement se doter de tous les outillages de la civilisation moderne. S'étant imposé, de ce chef, de lourdes dépenses, il a fallu les solder. L'emprunt était inévitable. Elle y a peut-être recouru un peu largement. Mais il faut reconnaître — ceci soit dit en passant — qu'en matière de colonisation il faut faire bien, sans doute, mais surtout vite. La prospérité de la colonie en dépend. Il en est résulté pour l'Indo- Chine une lourde dette contractée à l'égard de la métropole. Ce paiement des arrérages qu'elle engendre pèse sur le budget de la colonie, surtout parce qu'il est dû en or. De plus, ces travaux, causes de ces emprunts rendent l'Indo-Chine débitrice de l'étranger et de la métropole. Toutes ces dépenses sont soldées

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en or et la colonie perçoit sen impôts en piastres parce qu'établis en piastres. D'où déficits budgétaires.

Gbiument les combler? D'après une opinion très soutenablc, la pruspérité grandissante de notre colonie s'en chargera. Les rentrées des impôts augmentent. Les plus-values des recettes témoignent du développement économique de notre possession. GrAce à cette coïncidence heureuse et escomptée, on peut, si^is trop écraser l'indigène, par quelques augmentations fiscales pa^ rer aux déficits budgétaires occasiounés par la baisse de la piastre, (^tte surcharge est largement compensée par une piospérité sans cesse grandissante de cette colonie. La richesse générale du pays croissant, une augmentation d'impôt ne pèse pas plus lourdement si elle est adéquate. Oe plus, par une meilleure organisation financière l'indigène ne paye plus qu'un impôt: Vîmpâl officiel- 11 est allégé — depuis que la perception est entre nos mains — de l'impôt, beaucoup plus lourd, qu'on pouvait appeler officieux. Enfin, cette légère augmentation d'impôt causera moins de troubles sur la prospérité du pays qu'une modification dans l'étalon monétaire.

De plus on pourrait — comme on l'a fait pour le budget des recettes — évaluer budgétairemcnt les dépenses en la monnaie qui sert & payer l'impôt : en piastres. Les pertes qui en résulteraieat pour certains fonctionnaires seraient compensées par l'allocation de nouvelles indemnités. Il suffirait de s'appliquer à faire coïncider le taun officiel de conversion de la piastre avec celui du change commercial. Ce résultat peut être atteint en n'établissant un même cours officiel que pour des délais assez courts. Pourquoi, enfin, ne distinguerait-on pas suivant la nature desdépcnses, suivantque les produits employés vicnnentou non de la métropole ou de pays à étalon d'or ou & étalon d'argent?

Au point de vue monétaire maintenant des mesures opportunes peuvent être prises. Les décrets de Juin 1903, en prohibant l'importation des piastres mexicaines et en supprimant les droits de 3 0/0 à l'exportation, ont déjà donné satisfaction & des desiderata émis depuis longtemps.

Uniformiser la circulation serait évidemment avantageux.

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