‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 210 sur 238 · C.-S. — CHnidTIAN PAltTBB · texte numérisé non relu

C.-S. — CHnidTIAN PAltTBB

714 CHRISTIAN PAUl.TRE.

dp l'évolution monétaire. La majeur** [lartie des provinces de l'Empire du Milieu ne sont qu'à cette troisième période. Les Chinois connaissent aussi dans les ports ouverts et dans quelques provinces de l'intérieur, l'argent comme commune mesure -de valeur, et ainsi, on peut dire qu'ils ont franchi la quatrième phase de l'évolution.

L'or est inconnu en Chine comme commune mesure de valeur; ««pendant, il sert de moyen d'épargne, de réserve, tant au Godvcrnement qu'aux particuliers, et remplit ainsi, de même que l'argent, une des fonctions de la monnaie.

Cette situation de la Chijic peut paraître étrange au premier Abord; elle est très normale cependant, si l'on réfléchit que ce pays n'a jamais eu à sa tête un gouvernement fort. Chaque pi'ovincc est dirigée par un fonctionnaire qui représente en théorie le pouvoir central, mais, on fait, il est le seul maître el les ordres qui émanent du Gouvernement restent inexécutés dans les provinces éloignées, quand ils y parviennent. Il faut ajouter que les Chioois ont un esprit conservateur excessivement développé, qu'ils sont hostiles à toute réforme nouvelle. €ette mentalité particulière a été l'obstacle le plus sérieuï qu'ait rencontré la civilisation européenne, c'est ce qui explique que même dans les villes où les Européens ont les établissements les plus anciens, les institutions modernes n'ont pu s'implanter qu'imparfaitement. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de trouver en Chine tous les degrés de civilisation coexister; le degré le plus parfait se trouvant là où l'influence européenne s'est fait le plus vivement sentir.

Il est donc difficile de répondre d'une façon formelle à cette question : quel est le régime monétaire de la Chine? On lit souvent que la Chine est un pays monométal liste argent; cela n'est pas exact, car l'argent n'étant pas monnayé el circulante la valeur de son poids n'a pas le caractère d'un véritable étalon. C'est le « tael » qui constitue la monnaie de compte ; c'est un certain poids <i'argent qui varie de province à province, de ville à ville et même dans la même ville. Pour les transactions importantes, ou K sert de lingots d'argent pesant un certain poids et ayant nu tilre déterminé; ces lingots d'argent s'appellent «sycée ». Il circule» outre, en Chine, diflérentes sortes de pièces d'argent étrangères dont la plus usitée est le dollar mexicain.

'lA

IJk QUESTION UON&TAIRE EN CHINE. 715

On dit aussi que la Chioe est un pays monométalliste cuivre — cela est aussi faux que l'aflirmalion précédente — ; s'il est Trai que la sapèque a été jusqu'il ces dernières années la seule monnaie frappée eu Chine, qu'elle a nu pouvoir libératoire absolu même pour les marchés les plus importants, il ne faut pas oublier que le Gouvernement n'accepte aucune responsabilité de rachat et que la sapèque ne vaut que par le cuivre qu'elle contient. Sa valeur varie suivant les localités, elle augmente à mesure que l'on s'éloigne des côtes ou du lieu où elle a été frappée, proportionnellement aux frais de transport.

Une troisième opinion voit dans la Chine un pays bimétalliste à double étalon argent et cuivre. Cela n'est pas plus exact, car la caractéristique d'un régime bimétalliste c'est d'établir un rapport û\e entre les deux métaux qui servent d'intermédiaires des échanges. Or, le rapport entre la sapèque et le tael est un rapport essentiellement variable; il varie suivant les villes, et dans la môme ville, il varie tous les jours.

11 faut ajouter que l'épargne se fait en or; les Chinois enterrent les barres d'or et couvrent leurs femmes de bagues, bracelets et autres bijoux d'or. Quant à la circulation tiduciaire, elle existe en Chine depuis ^es temps les plus reculés; les papiersmonnaie remontent à la dynastie de Tcbeou (1222 à 255 avant J.-C.]. Lorsque le gouvernement avait besoin d'argent, il recourait à des émissions de billets, en papier, eu étoffes, en peau de cerf; certaines banques locales émirent aussi et continuent ' à émettre des billets, mais ceux-ci n'ont qu'une circulation purement locale ; c'est à Fou-Tebeou que les billets furent le plus eubonneur. Des émissions excessives de billets et leur falsification les firent tomber bientôt. en complet discrédit. Sous la dynastie mandchoue un seul empereur GbceuQ-Tcheu fil en 1651 une émission de papier-monnaie.'

Signalons pour ternuner les billets de banque de 1 à 100 taeU et de 1 à 100 dollars émis par la << Chartered bankof India, Australia and China » et ceux de 1 à 100 dollars émis par la H Hong-Kong , and Shanghaï Banking Corporation ». Ces billots circulent en très petit nombre et jouent plutôt le rôte de monnaie d'appoint'.

< M. Tillot et B.-S. Fishar, Notes xur la Monnaie et las métaax prAcieni, p. 6.

î'b CHRISTIAN PACLTRE.

La conclusion qui ressort de ce que nous venons de dire c'est que ta Chine n'a paâ de système monétaire proprement dit. Dans certaines parties, les bouteilles vides, le thé, l'opium servent d'intermédiaires des échanges, dans d'autres parties h sapèque remplit le même rdle, dans d'autres enfin c'est l'argent qui est instrument d'échange.

Les problèmes monétaires se présentent donc en Chine sous un aspect tout particulier. Nous étudierons successivement la circulation cuivre et la circulation argent, puis nous examinerons les questions relatives au change, notamment l'influence du change sur les dettes de la Chine vis-à-vis de l'étpanger; enfio, nous passerons en revue les différents projets qui ont été mis en avant pour remédier aux graves inconvénients de l'anarchie monétaire chinoise.

Page 1