I. — LA MONNAIE DE CUIVRE
La monnaie de cuivre chinoise est la sapcque(en anglais coppercash). Lasapèque est, pcut-ondire, la véritable monnaie Mtionale chinoise, c'est la plus ancienne, elle fut introduite en Chine vers l'an 2354 avant Jésus-Christ'. La sapèque est prestjue la seule monnaie en usage dans les provinces de l'intérieur de la Chine ; dans les ports ouverts elle sert aux transactions journalières et c'est en monnaie de cuivre que sont payés les salaires des ouvriers. La sapèque est une pièce percée à son centre d'un trou carré qui permetde la réunir en ligatures (en chinois liao, en anglais string) composées d'un nombre do pièces qui doivent représenter un tael. Le nombre de ces pièces varie suivant les lieux et les époques. La ligature théorique en sapèques normales pesant un mace et de la valeur de un )i est mille sapèques. Mais en fait il n'en est pas ainsi, les sapèques varient <le poids, d'alliage, de grandeur et les ligatures ne sont jamais composées d'un même nombre de pièces; certaines compteuti peine cinq cents sapèques. Dans chaque ligature il y a un certain nombre de bonnes sapèques ou grandes sapèque^ et de mauvaises sapèques ou petites sapèques. La présence d'un nombre déterminé de petites sapèques ou de sapèques contrefaites este»
1 M. Tillol et Emil S-Fislier, Notes sur la Monnaie et les métaux précieux, p. 1.
effet tolérée dans chaque ligature. Cette tolérance est plus ou moins grande suivant les localités. C'est ainsi qu'à Nankin ' le tiao se compose de dix strjngs ou de 974 bonnes sapèques. Chaque string devrait contenir normalement cent sapèques, mais en réalité n'en contient que 98 ou 95. Les strings de 95 sapèques sont appelés ti-tsz. Dans trois strings ou plus un seul est ti-tsz; dans sept strings ou plus deux ti-tsz sont permis. Dans chaque string on tolère la présence de deux ou trois petites cash ou mauvaises sapèques; mais, en fait, tes mauvaises sapèques sont beaucoup plus. nombreuses*. 11 y a des strings appelés " Yrk-Kîu- Tich 1), ■< Rh-pah-lih » et San-ts-ch-tih » qui contiennent 10, 20, ' 30 petites sapèques pour 90, 80, 70 grandes sapèques.
Le nombre de sapèques nécessaires pour représenter un tael varie suivant les localités et les époques. A Tchoun-King, par exemple, pour faire un tael d'argent de Tchoun-King pesant 37 gr. 700, il fallait :
en 1892 1 ,450 eapèques.
en 1693 1.650 —
en 1894 1.470 -
en 1896 1.286 -
en 1897 1 .230 -
A Wuhu, on achetait pour uu tael baikwan :
en 1882 1.722 Mpèqnes.
en 1883 1.733 -
en 1885 1.733 -
en 1887 1 .619 -
en 1888 1 .650 -
en 1889 1.619 —
en 1890. . . '. 1 . 587 -
en 1891 1,.'»93 -
' Journal of tke China branch oflhe Royal Atiatic Society, année 1890, p. 67, ' Il y a plusieurs TariéléBde maaTaises aapAqubS : il y a le « 5ha-lsz-Uz » qui contieetane grande proportion de sable ; le u N go-yen •• quiesl unepiicn très petite arec ne trou très large; elle ne doit pas être confuDiliie avec une monnaie ancienne qui porte le même nom. On trouve encore le ■• Sm-ts'len ■ et le • Lu-chcu-Kw'an n qui sont les noms des localités où ces mauvaises pièces soni (j^Jnëralement fabriquées. A Nankin il j a aussi une variélé de peliles sapèques connues sous le nom de u Buugts'ian • ; elles sont composées de cuivre rouge ; bienqu'ellei ue soient pas bonnes, elles sont acceptées su pair avec les grandeisapéquesa cause de la qualité du cuivre qu'elles contiennent; on doit trouver dans chaque string cinq sapèques de cette variété — (Journal of iAe China branch oflhe Royal Aiiatic Sooiety, année iH90, p. 67j.
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A Shanghai, il fallait 1.120 sapèques pour représenter on taet le 31 décembre 1898, alors qu'en 1889, 1.380 sapèques étaient nécessaires.
Le cours des sapèques est fixé à Shanghai chaque jour en relation avec le tael; il est fixé aussi en relation avec le dollar'.
Ce qui ressort des chiffres' que nous venons de donner, c'est une appréciation du cuivre par rapport à l'aident. Cette appréciation croit chaque année. C'est dans le Yangtsu central qu'elle se faîl le plus vivement sentir d'après M. Jameson. L'émission de pièces de 10 sapèques par les Monnaies locales n'apporte aucun arrêt à cette appréciation. Le pouvoir d'achat de l'argent par rapport au cuivre décroît en 1903 de 6 0/0 à l'Tchang, àe i 0/0 à Han-Koou, de 6 0/0 à Tchin-Kiaog*; cette raréfaction de la monnaie de cuivre qui sert aux transactions journalières a les conséquences les plus fAcbeuses ; elle amène plus qu'une gène, elle réduit le peuple à ta misère, la disette des sapèques est aussi à craindre que celle du riz.
Les causes de cette appréciation de la monnaie de cuivre sont nombreuses; les principales semblent être les suivantes : l'Ia ruine de l'industrie cxtractive du Yun-nan; il est vrai que )es importations de cuivre étranger ont vite suppléé à l'arrêt de la production indigène; 2° le haut prix du cuivre métal; 3* la présence de nombreuses petites sapèques ou de sapèques contrefaites, de sorte que, suivant ta loi de Gresham, les mauvaises chassent les bonnes; 4* les décrets des mandarins, qui, pour maintenir les sapèquesdans leurs districts, interdisaient l'exportation des sapèques hors de ces districts ; cette interdiction eul pour résultat de donner une prime à la monnaie de cuivre dans les districts voisins où la circulation s'est trouvée réduite.
Cette raréfaction des sapèques ne tarda pas à effrayer la population européenne. En 1899, la Chambre de commerce de
I Poup flzar le cours des sapèques par rapport la dollar, on maltiplie le nombre des sapèques au laal par la parîtd entre le dollar et le tael, puis l'ou dirise le lotsl par 100. Si par eietnple la parité eDlre le dollar et le tael eit da 73,95 laeU = 100 dollars et que d'antre part 1120 sapèques = 1 tael, on aura ; 73,85 X "ao
lUO
s sapèques.
» Chiffres recueillis par M. Sculforl, La circulation monétaire tn Chine, p, 36 al 37. > Diplomatie aod consular Baporl. Report oo China for Ihe year 1903 by M. Jame-
Tîentsia adressa un mémoire au vice-roi pour atlircr son atlentioD sur ce sujet. Ce mémoire mettait eu lumière l'insuFfisance notoire des sapèques eu circulation pour satisfaire aux transactions journalières et réclamait du vice-roi une mesure énei^que pour mettre fin & une situation aussi grave. Le commerce d'exportation du port de Tientsin, était-il dit dans ce mémoire, se trouve paralysé par l'appréciation de la monnaie de cuivre qui sert presqu 'exclusivement à l'achat des marchandises indigènes. La Chambre de commerce indiquait en outre les mesures qni, seloa elle, seraient susceptibles d'apporter un remède & cet état do choses. Elle proposait tout d'abord de rendre « légal tender » le dollar d'argent et ses divisions en monnaie d'argent jusqu'à. 10 cents avec le change de 1.000 sapèques pour un dollar; puis^ elle émettait l'avis que les perceptions officielles de la province de Chihiî acceptassent en paiement des droits et des impôts, le dollar d'argent et ses divisions pour toute somme supérieure à 100 sapèques,. enfin, elle réclamait la prohibition complète de la monnaie de cuivre dans les chemins de fer impériaux pour le paiement, soit du transport des voyageurs, soit du transport des marchandises. En d'autres termes, la Chambre de commerce faisait du dollar d'argent le principal intermédiaire des échanges et laissait l'usage du cuivre pour les très petites transactions^ en réduisant la. monnaie de cuivre à ce rôle inférieur, elle pensait apporter un remède suffisant h la raréfaction '.