‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 215 sur 238 · ARGENT · texte numérisé non relu

ARGENT

1 A..ÉEl«...

TAEL.

AHGEKT.

«••emeMre

ÏO 0/lS

ïr 18/ w

3*Kmeitre

ASxiB im.

s.fl;

ASSÉE ISW,

i,SO 3,48

sa a/H

AKMiE iwa.

AKNÉE IHflS.

3fi1

Il "ni

AN>'IÏE 1004.

ii S/»

ANNltK imi.

i,ri

AKNÉE IMf (cinq

• Las chiffres de cb tahleau ont éré élablis d'aprts l'Éco poblia chaque semaine le taui do chsitge du tBr>l h I« pri; aur \f marché de Londres. Ls râleur du Shanghai Util nu pi

Tiiile furopetn, qui ; l'argent en barres :n francs est 7 rr.4T.

";i2 CHRISTIAN PAtLTRE.

Si l'on dressait un tableau des variations journalières du faux du Shanghai tacl et du prix de l'argent en barres, on verrait que les variations de ces deux éléments sont dirigées dans le même sens. C'est ainsi que lorsque le marché de l'argent est ferme, le taux du change du tael se stabilise '. De même, lorsque le prix de l'argent baisse tout à coup pour remonter ensuite, le taux du change du tael accuse les mêmes brusques variations. Mais il faut noter que les variations entre les deux éléments ne sont pas proportionnelles. En etFet, lorsque le métal argent remonte à d'anciens cours, le taux du Shanghai tael s'élève, mais n'atteint pas la valeur correspondante à ces anciens cours. Prenons, par exemple, le cours de l'argent en barres le 7 décembre 1904 qui est de 27 p. 1/2, nous voyons que le taux du change du Shanghai lael correspondant est 3 fr. 37; reportons-nous en 1900; si nous recherchons quel est le taux du change correspondant k ce prix de 27 p. 1/2, nous notons qu'il est de 3 fr. 54 le I" mars, de 3 fr. .'»6 le 8 mars, le i> avril, les 3, lOet 17 mai; il est à ce mémo chiffre les 19 et 26 janvier et le 2 février de l'année 1899, il atteint 3 fr. 45 le 18 août de l'année 1898; c'est là un fait que l'on peut constater pour tous les prix et tes taux du change : à un prix donné du métal argent ne correspond pas un taux uniforme du change, et s'il arrive à l'argent de remonter à des cours élevés, le taux du change ne le suit pas proportionnellement dans sa marche ascendante \

Le prix de l'argent en barres n'est donc pas le seul régulateur du taux du change ; celui-ci a subi une baisse qui est indépendante de la dépréciation du métal argent. La cause de ce phénomène réside dans l'augmentation plus considérable des importations par rapport aux exportations; la Chine devient de plus en plus, depuis quelques aimées, une nation importatrice. Cette balance du commerce défavorable à la Chine agit d'une manière bienfaisante sur le change en empêchant celui-ci de

' On peut le constaler notamment en mars, mai, juio, juillet fB96; en jansUr, février, ivril, mai 1897, en juillet, noTemhre 1898, en janvier, mers, mai, juillet, aofil, septembre, décembre 1899, en mars, avril, mai, novembre, décembre 1900, en juin, septembre 1901, en janvier, juillet. Boflt 190!. en juillet 1904.

> C'est ainsi que l'argent étant à 28 p. I, S le 28 décembre 19(M, le (aux du change du IbcI était de 3 fr. 41. tandis que l'argent étant au même prix le 17 mars 1897, le taux du change du tael était de 3 fr. 60.

suivre trop docilement les écarts brusqnes et chaque anaée plus accentués des pris du métal argent, ainsi que le montrent les chiffres suivants :

Pin h plm élevé.

PrtileplMbu.

sar/s

7,T fl/O

Wl/l»

is.« 0/0

La baisse du change a pour effet de favoriser les exportations et d'imposer une barrière aux importations, si toutefois les prix des marchandises sur le marché du pays à monnaie dépréciée n'ont pas varié et si les salaires n'ont pas augmenté. Ce phénomène économique x'est-il produit en Chine où le taux du change du tael n'a cessé de suivre les fluctuations du métal argent? Nous rechercherons plus loin si les deux conditions indispensables pour que la loi que nous avons énoncée reçoive son application ont été réalisées, pour l'instant nous les supposons remplies,

H est bien vrai que la baisse du change sollicite le producteur indigène à augmenter sa production. Cette augmentation dans la. production peut s'obtenir soit par un perfectionnement de l'outillage industriel, soit par des procédés de culture plus scientihques, soit par la création d'usines nouvelles, soit par la mise en exploitation de terres en friche; le producteur indigène facilite encore l'exportation de ses produits en en améliorant la qualité. Or, en Chine, il n'y a pas eu d'efforts pour améliorer soit la production industrielle, soit la production agricole. Le Chinois est essentiellement conservateur, il est l'ennemi de toute nouveauté. Il n'y a eu progrès industriel que dans les porls ouverts; à l'intérieur de t'Empiredu Milieu tes anciens procédés de fabrication sont religieusement observes. Prenons par exemple la soie qui représente 37 0/0 du total des exportations chinoises; la Mission lyonnaise constatait en 1897 que les Chinois n'avaient jamais cherché à améliorer leur matériel dans cette branche d'industrie. Si, maintenant, nous prenons le thé qui est

734 ClITttSTlAM fADLTKS.

avec la soie le principal Article d'exportation, aoas constaterons que pour cette marchandise, imid setUeneot il d'v a pas augmentation mai» diminution dans l'exportalirai; ob exfàMfoe ce fait par la concurrence des thés de Ceylaa et des Iodes an thé chinois sur les marchés anglais et américains. Il faut dire que la préférence des amateurs anglais et américains est justifiée par la qualité très supérieure de ces deux dernières sortes de thé. Le producteur chinois uod seulement n'a riea fait pour lutter contre cette concurrence redoutable, mais «ncore il Ta favorisée en mélangeant à son thé des matières étrangères, et l'achetenr earopéen, que de tels procédés ont rendu méfiast, a peu ^ peu retiré sa clientèle au producteur de thé chinois. On peut signaler des procédés analogues pour le tabac; le tabac chinois est excellent et serait susceptible de donner lieu à nn commerce d'exportation très développé, mais il est mélangé av«c tant de matières étrangères que personne n'en veut pins acheter. .\insi la baisse du change ne peut pas avoir «n Chine pour «flêt de développer les exportations, le productear indigène ne cberchant pas à augmenter sa production ni à améliorer la qualité de ses produits.

Le aecond effet de la baisse ne peut pas davantage seprodniic. Les importations ne »ont paralysées que si le produit étranger rencontre sur le marché indigène des produits similaires ei de même qualité; or les Chinois n'ayant jamais cherché h perfectionner leur industrie, les produits étrangers n'ont guère h craindre la concurrence locale, sauf dans les ports OHverts on les perfectionnements industriels modernes ont été introdaits. Le sucre nous offre à cet égard un exemple typique.

La Chine est le premier pays qui se soit oecopé de la cultnre de la canne à sucre et de l'extraction du sucre. La naissance de cette industrie remonte à une époque des plus recalées, et la consommation indigène en est très grande ; mais les procédés de la fabrication sont restés les mêmes, i« sucre obtenu est du sucre brut et surtoat du «ucre candi qui d'ailleurs est pavMt. L'Europe achetait beaucoup de sucre à la Chine; en 1844, l'eiportation de cetc denrée était évaluée è 300.M0 tonnes; aujourd'hui, l'industrie sucrière s'est implantée en Europe avec des procédés de raffinage qui restent totalement inconnus àaaa • l'Empire du Milieu et l'exportation du sucre n'est pins qoede

LA QUESTION UONIiTAlUB EN CtllNE. 735

T. 374. 000 francs en 1903. Bien plus, la Chine est devenue, pour cette denrée, tributaire de l'Europe; les importations de sucre se sontélevées en 1903 à 73. 556. 000 francs. Cet e-vemple démoatre bien qu'un produit étranger peut Jutter avec succès en Chine avec un produit indigène, même de<}ualité supérieure (le sucra candi étant coDsidéré par beaucoup de personnes comme supérieur ail sucre européen). L'esprit de routine dos Chinoi.s, empêche les effets de la baisse du ciiange de se produire. 11 faut de plus, remarquer que la Chine est un pays de consommâtioii autant qu'un pays de production; sa population, extrêmement dense, fait qu'il peut consommer tout ce qu'il produit et même iW ^ent dire que la production est insuffisante pour la consommation. Mais le Chinois est extrêmement sobre, il vit de peu. Il peut se faire cependant que le.f progrès de la civilisation, déracinant l'esprit conservateur, augmentent les besoins de la population, et bien qu'en supposant une production rendue active par les perfectionnements modernes, en admettant que l'étalon argent subsiste dans cet état supérieur, la baisse du change (si elle existait) n'entraverait que légèrement les importations, car la Chine n'aurait pas assez de ses produits pour sa consommation. Le péril jaune économique', que ceux qui le prophétisent montrent sous la forme d'une Chine laborieuse, fabriquant à vil pris, au moyen de machines modernes importées par les races blanches, des produits identiques aux produits occidentaux qui viendraient concurrencer ces derniers sur les marchés d'Europe, est absolument contraire à la réalité des faits*.

D'après ce qui vient d'être dit, il n'y a pas lieu de s'étonner, en constatant, lorsqu'on regarde le tableau du commerce extérieur de la Chine, de 1886 à 1904, un excédent constant des importations sur les exportations'.

" E. Tbérj, Le Péril Jateae, p. S07-308.

' Bd. CUverj, Developpfinent du débouché offert par la Chine aux articles de production européenne. Monde Économique, ïï avril 18(6. — Lei article/ étrangerten Chine. Mon^e Économique, 13 mai 1905.

' En 1904 les importatiaiu s'é^èTent k 34O.(MO.0O0 tiels, les sipottetiaiu à E39.487.UU0 taels {Éconamisu franeaù, SO mai 1905). Les dùSrai de ce Ubletu sont pris jiuquVn 1903 duis la rapport de M. Oérald.

Page 1