‹ Questions monétaires contemporainesChapitre 217 sur 238 · V. CONGLCSiUN · texte numérisé non relu

V. CONGLCSiUN

La, conclusion de tout ce qui précède est qu'une réforme monétaire s'impose. La Chine le comprit elle-même, et, le 22 janvier 1903, le chargé d'affaires chinois remettait entre les mains du secrétaire d'État à Washington une note accompagnée d'un mémoire, par laquelle la Chine, agissant d'accord avec le Gouvernement mexicain, demandait l'aide des Etats-Unis pour la recherche des moyens susceptibles de prévenir les pertes causées au commerce par les fluctuations du métal argent. Cette note avait été précédée d'une note conçue en termes identiques remise à M. Uay par l'ambassadeur meùcain. Le Président Roosevelt accueillit favorablement ces requêtes, et, le 22 janvier, il demandait, par un message, au Congrès de lui donner les pouvoirs suffisants pour donner satisfaction fi la Chine et au Mexique. Le Congrès accorda au président Roosevelt ce que celui-ci lui

CIiaiSTIAN PAULTRE.

demandait et une commission du cliange international fut nommée. Elle était composée de MM. H, -H. Hanna, C.-A. Conant et du pi'ofesseur Jercmiah \V. Jenks. Le (jouvernement mexicain nomma de son cdté deux commissions; l'une était chargée d'étudier la réforme monétaire au Mexique, l'autre avait pour mission de s'entendre avec la eommission américaine et les représentants des puissances intéressées, sur les questions relatives au change internatioDai.

La commission américaine et la commission mexicaine se rendirent en Europe, où elles se mirent en rapport avec les hommes connaissant le mieux les questions monétaires dans les pays ayant des relations commerciales avec les contréesà étalonargent. Puis le professeur Jenks se rendit en Chine pour exposer au gouvernement impérial les propositions de la commission. H arriva à Pékin le 30 janvier et rendit visite au prince Cheng et au Wai-pu-pu. La Chine nomma de son côté une commission chargée d'étudier la réforme monétaire, eelle-ci était présitlêc par M. Na-tung qui avait été pendant l'été 1903 au Japon faire une enquête sur les résultats obtenus dans ce pays par l'adoption de l'étalon or. Le [)rofcsseur Jenks reçut de la part des fonctionnaires chinois l'accueil le plus empressé; le zèle qu'il déploya reçut sa récompense, et, lorsqu'il quitta la Chine, il pouvait avoir la .satisfaction, ainsi que le constate le North China Daily News, de penser que sa mission n'avait pas été vaine.

Les conclusions du rapport de la commission américaine reconnaissaient la nécessité d'introduire l'étalon d'or en Chine'.

La Commission reconnut l 'impossibilité, étant données les conditions économiques, d'établir l'étalon d'or, avec une circulation réelle d'or. En effet, l'or ne servirait qu'i payer les créanciers étrangers; il ne faut pas oublier que la majorité des Chinois se servent de cuivre pour leurs transactions journalières, qui se montent à des sommes infimes : une pièce américaine de 50 cents suffit à l'entretien mensuel d'une famille d'ouvriers de l'intérieur de la Chine; et, le long des cOtos, les gages mensuels sont souvent inférieurs à 5dollars. L'introduction d'une monnaie d'or effective est donc impossible, en admettant même que la

> Commisiion on intarnulional eichsnge : Report on the gold eicliange stindird inlo China and olher silver using countries.

Chine puisse se procurer le stock métallique nécessaire', parce que, pratiquement, les coupures d'or ne peuvent pas être assez petites pour satisfaire aux transactions journalières du peuple chinois.

La Commission futd'a\is que le moyen le plus pratique et te plus facile pour arriver à une reforme monétaire était d'introduire en Chine l'étalon or avec circulation effective d'argent. Elle estima que l'Empire pouvait avoir un étalon d'or sans circulalion or, puisque l'Inde se trouvait fort bien d'un régime équivalent; elle lit remarquer en outre que la Erance avait réussi depuis t87o à maintenir k la parité de t'or plusieurs centaines de millions d'argent.

A l'effet de maintenir la nouvelle pièce d'argent en parité avec l'or la commission proposait : 1° de délimiter la quantité de la nouvelle monnaie frappée; 2° de donnera cette monnaie cours légal pour tous les paiements ; 3° de déclarer que cette monnaie serait seule reçue pour les droits dus à l'Etat ; 4° de maintenir une réserve.d'or.

Le rapport 1 : 32 était le rapport entre l'or cl l'argent adopté par la commission. La commission adopta ce rapport parce qu'il représentait le prix moyen de l'argent dans la période 1892-1902 et dans les années 1901-1902 et parce que, en conséquence il ne troublait aucunement l'échelle des prix ni les salaires et observait la justice par la conclusion des contrats faits sous le régime de l'étalon argent. En outre, pour réduire à leur minimum les oscillations du prix de l'argent, la commission proposa que les grandes nations fissent des achats mensuels d'argent pour satisfaire aux besoins de leur circulation monétaire\

La Commission estima qu'il était nécessaire que des contrôleurs étrangers, sous la surveillance des représentants de chaque Puissance, veillassent au bon fonctionnement du système.

Il est bien évidentque l'adoption de l'étalon d'or par la Chine est profondément désirable. Les iluctuations continuelles et

■ En supposinl une tirculalion de Irais dollars par t£le, la population de la Chine él«nt d'en»iron -yjO.OOO.OOO. le stock nécessaire s'élèïcrait à 1.200.000.000 dollars, ce qui Mpriseole le quartdu stock opexislant dans le monde.

' Curreney reform in Mexico and China by Darmin Economie Journal, lept. 190^, p. ."KIT à *00. The Economiste 16 aTiil lOOi, p. 658, — Monlldy HeporU of Yokohama, HvrieF, mai et octobre 1901.

(50 CHRISTIAN PAULlliE.

considérables du change sont une gène considérable pour toutes les transactions à terme. Le secrétaire de la statisliqoe des douanes impériales chinoises, après avoir constaté les effets désastreux des variations du change sur le commerce, dit : <« Il faut encore tenir compte dans toute opération de commerce extérieur des variations de change qui ^exiiitent entre l'intennédiaire des échanges adopté pour les transactions commerciales, c'est-à-dire l'argent et l'intermédiaire dont se sert le peuple, c'est-à-dire le cuivre. L'importateur étranger, pour arriver jusqu'au consommateur, et le producteur chinois pour envoyer »es marchandises sur les marchés étcangers, ont un double change à subir et doivent dans leurs transactions avoir une lar^e mai^ pour éviter les pertes résultant des fluctuations du doable change »'. En outre les pays voisios de la Chine, le Siam, les Philippines viennent récemment d'adopter l'étaloD d'or, le fiùt pour la Chine de rester le seul pays à étalon d'argent lui causerait un désavantage commercial énorme.

L'intérêt général réclame donc l'adoption deréiftion d'or, la stabilité da change développerait particulièrement le commerce d'importation. On a dit' à ce sujet que la France, dont les importations en Chine sont extrêmement faibles et qui, par contre. achète beaucoup à ce pays, avait intérêt à ce qu'il ne fût opéré aucune réforme monétaire. On a écrit aussi que les marchands lyonnais, spéculant sur le change, et tirant de ce chef de gros bénéfices, préféi'aient voir subsister l'anarchie monétaire chinoise. Nous ne croyons pas juste cette manière de voir.

Le commerce d'importation de la France avec la Chioe se trouvera développé du fait de la stabilisation du change aussi bien que celui de l'Allemagne, des Etats-Unis et de l'Angleterre. Les profita que le commerce de la France tire de la situation monétaire actuelle de la Chine, nous semblent problématîqoes, les spéculations sur le change comportent aussi bien des pertes considérables que de gros bénéfices; l'intéi'êt bien compris de notre pays, cooime celui des autres nations européennes, réclame une réforme du système monétaire chinois.

Les conditions politiques et économiques pemieitent-ollfis

< Impérial Maricime Cuiloim. Report for iheytar 1904.

* Aperipi nur la question nionétalrr en Chine. Éeonomitte européen, 1906,

„Googlc

1^ QUESTK») MCW&TAIRfe; BM CHINE. Ht

l'introduction de l'étalon d'or en Cbînft ? Si nons nous plaçons au point de vue politique, nous soyons qu'il n'y a pas de gouveraement central, le pouvoir est en fait aux mains des autorités locales. Les fonctionnaires provinciaux ne cherchent qu'à faire fortune et commettent des exactions de toutes sortes. L'accueil en- Ibousiaste qu'ils firent à M. Jenks ne doit pas être trè» siocëte, il est bien invraisemblable qu'ils fassent tous leurs eflorts pour amener la réalisation d'une réforme qoi leur enlèverait une source considérable de profits. Des faits tout récents montrent quelle confiance il faut avoir dans ces fonctionnaires provinciaux; les Monnaies provinciales fondent les anciennes sapèques à. trou central et frappent des pièces de tO sapèques; mais ces pièces ne contiennent mime pas le cuivre contenu dans quatreanciennes sapèques; certaines MonDaies en émettent qui ne valent pas trois sapèques; d'autres enfin en frappent qui sont en cuivre pur et dont la valeur n'égale pas deux sapèques. Chaque Monnaie agit h sa guise, les contrôleurs chargés de les surveiller se contentent de réaliser des bénéfices énormes'. Les ordres du gouvernement centrât aux Monnaies provinciales de frapper des pièces identiques restent inobservés.

Il faut dire en outre que la réforme monétaire se fera difficilement sans le concours des banquiers ; et ceux-ci ne sont pas très disposés à contribuer à la réforme car ils réalisent de gros bénéfices en spéculant sur le change.

Se plaçant au point de vue économique, M. Edmond Liltle estime que l'introductioa de l'étalon or est possible dans les conditions actuelles. 11 trouve que l'objection qui consiste à dire que cette réforme monétaire est impossible parce que la Chine est un pays débiteur est peu fondée. Il trouve de grandes similitudes entre la situation da Japon en 1898 et celle de la Chine en 1901. Quand le Japon changea son étalon, sa balance commerciale toi était aussi défavorable que celte de la Chine. Pour le Japon, les exportations représentaient 41 0/0, les importations 59 0/0 du commerce total; po'ur la Chine, les premières représentent 40 0/0, les secondes 60 0/0. Ces cbifircs ne sont pas l'expression exacte de la balance do la Chine; pour avoir celle-ci

< Tkt Economitt, 13 ir

733 CHKISTIAN' PAULTRE.

d'une fa<;oD plus précifie, il faudrait prendre la valeur des marchandises importées au débarquement et celle des marchandises exportées à l'embarquement; cd opérant de cette façon l'oa a pour les exportations li 0/0 et pour les importations 56 0/0, chiffres qui indiquent que la situation de la Chine est supérieure à celle du Japon en 1898; l'excédent des importations sur les exportations n'est pour le premier pays que de 12 0/0, tandis qu'il était pour le second de 18 0/0. Pour être exact, il faut dire que le Japon reçut de la Chine une indemnité de guerre, sans laquelle, quoi qu'en dise M. Little, il n'aurait pas pu opérer son changement d'étalon. Par contre, la Chine n'ayant pas de monnaie argent en circulation n'aura pas k la racheter, tandis que le Japon avait de ce chef une charge fort lourde.

M. Little estime que 30 millions de livres seront nécessaires pour constituer la réserve or indispensable pour la réussite de la réforme. Cette réserve pourrait être formée par un emprunt garanti par les grandes puissances; celles-ci pourraient encore venir en aide à la Chine en l'autorisant à suspendre pendant une période de dix ans le paiement de l'indemnité.

Cette adoption de l'étalon or a trouvé en Chine des adversaires. M. Palmer notamment, a, dans une conférence tenue à la Y. M. G- Association', combattu la thèse de .\1. Little. Les arguments qu'il apporte sont d'ordre politique. A son avis, pour qu'une nation puisse établir l'étalon or, il faut que non seulement elle possède une excellente situation linancière, mais encore qu'un puissant Gouvernement central la dirige et que la population qui l'habite soit en état d'apprécier la nécessité d'une telle mesure.

A notre sens, M. Palmer a raison. Il est impossible, dans l'état politique actuel de l'Kmpire chinois dont le Gouvernement central n'a aucune autorilé, d'adopter l'étalon d'or. En outre, la population chinoise n'est pas arrivée à un degré de civilisation qui permette une telle réforme. Nous croyons qu'avant de chercher à introduire dans ce pays l'étalon d'or, il serait plus raisonnable et plus logique de lui donner une monnaie nationale d'argent. On pourrait, ainsi que l'a proposé un agent d'une banque locale anglaise, établir un étalon argent basé sur un dollar argent chi-

1 Echo de Chine, i février 190*.

nois uniforme de 416 grains ou 26 ge. 98, et au titre de 900 de fin. Il semble qu'un résultat appréciable serait déjà obtenu ai l'on pouvaithabiluer les Chinois à se servir dans tout l'Empire d'une pièce de monnaie ayant un titre et un poids déterminés. L'adoption de cette monnaie .supprimant toutes tes variations de valeur qui existent actuellement pour les taels de districts à districts et souvent dans la mémo ville, faciliterait singulièrement le commerce dans l'intérieur de l'Empire chinois. L'adoption actuelle de l'étalon or a legrave inconvénient de supprimer une étape de l'évolution monétaire. La Chine est un pays où la circulation monétaire se fait principalement en cuivre ; il serait dangereux, anli-scicntiOque, de substituer au cuivre l'or sans passer par l'étalon intermédiaire naturel : l'argent. Il est vrai que l'objection ne porte pas pour les ports à traité et les provinces entières qui ont une circulation argent, rétablissement d'un étalon or non effectif avec une circulation réelle d'argent y semble fort possible. Cependant il serait peut-être plus sage d'établir d'abord le système sur la hase argent et de fixer plus tard la parité avec l'or.

Pour conclure, si désirable que soit l'introduction de l'étaloD d'or en Chine, il ne faut pas se dissimuler qu'elle rencontrera de très grandes difficultés qui tiennent principalement à la faiblesse du gouvernement central et au manque de scrupules des fonctionnaires provinciau.\.

JAPON

Avant 1897, le régime monétaire du Japon était le bimétallisme pur transformé par la fuite de la monnaie d'or en un monométallisme argent. Aussitôt après la Restauration, en mai 1871, l'étaloB d'or avait été adopté,mais cette adoption fut toule théorique et, en fait, ce fut un système bimétallique qui s'installa. La monnaie d'or se composait de pièces de 20, 10, 5, 3, etl yen, le yen d'or pesait 1 gr. 667 au titre de OOO/lftOO. La monnaie d'argent se composait du yen d'argent qui était une pièce du poids de 26 gr. 95 au titre de 900/1000 valant 5 fr. 39 au pair, suivant le rapport 1 ; 15 1/2. Cette moimaie était libre-

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